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L'ÉPONGE ET LE SILEX

Ces deux noms semblent former une antithèse ; cependant, celle-ci, en philosophie naturelle, n'est pas aussi absolue qu'on le suppose d'abord, puisque parfois l'un de ces corps dérive de l'autre.

Mais quels rapports peuvent avoir nos molles et flexibles Éponges avec ces durs cailloux dont le briquet tire des étincelles ? Nous allons le voir.

Depuis Aristote jusqu'à nos jours , on n'a jamais su à quel règne rapporter les premières. Aujourd'hui même, quelques naturalistes les considèrent comme des végétaux ; d'autres, au contraire, les rangent parmi les animaux. Il y a même une troisième opinion, c'est celle qui consiste à les regarder comme tenant à la fois des deux règnes.

Toute Éponge ne se compose que d'une masse d'apparence gélatineuse , soutenue par un lacis inextricable de filaments cornés, ou plus rarement par une bâtisse calcaire ou siliceuse.

Les Éponges sont le plus bas terme de l'animalité, plus bas encore que la Monade ! Elles se présentent, il est vrai, à nos yeux sous des formes fort distinctes, mais rien en elles ne nous révèle l'individualité de leurs architectes. Ceux-ci se confondent en une seule masse glaireuse, dont les ondulations sont presque insensibles; tandis que la Monade est parfaitement circonscrite et douée d'une vive locomotion.

La vitalité des spongiaires est même tellement douteuse, que ce n'est réellement qu'en se fondant sur des indices rationnels qu'on les a classées dans le règne animal. D'organes, on n'en aperçoit aucun.

Les Éponges sont les êtres les plus polymorphes de l'animalité ; on en rencontre de toutes les formes, de toutes les dimensions, de toutes les couleurs.

Les unes se ramifient à l'instar des arbres ; beaucoup ressemblent à un entonnoir ou à une trompette; d'autres se divisent en lobes imitant de gros doigts, ce sont les gants de Neptune; il en est qui sont connues sous les noms de manchons et de cierges de mer, à cause de leur forme.

Un genre voisin fournit même de véritables Éponges monumentales. Celles-ci s'élèvent d'un à deux mètres sur les rochers sous-marins. Elles présentent un pied rétréci, qui, aune certaine hauteur, s'évase largement et donne à l'œuvre la forme d'une coupe régulièrement creusée et absolument semblable à un immense verre à boire. A un tel et si colossal vase, l'imagination des marins ne pouvait donner qu'un seul nom, celui du redoutable dieu de la mer; ce vase vivant est la coupe de Neptune f

Je ne vois jamais l'une de ces gigantesques éponges sans m'incliner devant la sagesse, providentielle. Cette vraie production monumentale n'est érigée que par des myriades de Polypes, frêles animaux ratatinés dans leurs trous et n'en sortant à demi que pour plonger leurs imperceptibles bras dans les flots. Mais ces polypes étant séparés les uns des autres, et même souvent placés à un mètre de distance, qui donc dirige et conduit leurs mains invisibles, pour donnera leur construction une si harmonieuse symétrie ? Quand le pied étroit est terminé, qui annonce à toute la population que désormais on va devoir l'élargir? Qui donc l'avertit quand le moment de creuser le vase est arrivé ; quand il faut en amincir les bords ou en orner l'extérieur d'élégantes côtes? Enfin, quelle as-

piration suprême indique à cette multitude d'ouvriers si éloignés, et tous enchaînés dans leur cellule, qu'il faut cependant mouler la coupe dans ses proportions artistiques!

Je conçois l'Abeille fabriquant son alvéole; je conçois sa prévoyance, et l'ordonnance générale d'un travail dont tous les artisans peuvent se voir, se communiquer et s'entendre ;

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