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Bremser s'explique ainsi à ce sujet

« L'esprit était encore trop enchaîné à la matière, et ce n'est qu'après s'être débarrassé de cette dernière, non propice à l'animalisation, qu'il pouvait agir plus librement, et parvenir à la fin à gouverner l'existence corporelle de l'organisation à laquelle il est inhérent; car l'homme animé par l'esprit veut, et sa volonté est une loi pour la matière. Cette assertion souffre cependant quelquefois des exceptions dans certains cas; mais alors l'esprit demande plus que la matière ne peut faire, et nous devons également considérer que l'homme n'est pas un esprit, mais seulement un esprit borné par la matière de différentes manières. En un mot, l'homme n'est pas un dieu, mais, malgré la captivité de l'esprit dans sa corporéité, celui-ci est déjà devenu assez libre en lui pour qu'il s'aperçoive qu'il est gouverné par un esprit plus élevé que le sien, c'est-à-dire par un Dieu.

« Il est encore à présumer, dans la supposition qu'il y aurait une nouvelle précipitation, que des êtres beaucoup plus parfaits que ceux qui ont été le résultat des précédentes, seraient créés. L'esprit dans l'homme est à la matière dans la proportion de 50 à 50, avec de légères différences en plus ou en moins, car c'est tantôt l'esprit et tantôt la matière qui domine. Dans une création subséquente, si celle qui a formé l'homme n'est pas la dernière, il y aurait apparemment des organisations où l'esprit agirait plus librement, et où il serait dans la proportion de 75 à 25. Il résulte de cette considération, que l'homme a été formé comme tel à l'époque la plus passive de l'existence de notre terre. L'homme est un triste moyen terme entre l'animal et l'ange; il tend aux connaissances élevées et ne peut pas y atteindre; quoique nos philosophes modernes le croient quelquefois, cela n'est réellement pas.

ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

L'homme veut approfondir la cause première de tout ce qui est, mais il ne peut pas y parvenir : avec moins de facultés intellectuelles, il n'aurait pas la présomption de vouloir connaître ces causes, qui seraient au contraire claires pour lui s'il était doué d'un esprit plus étendu.

128. L'histoire de l'Ambre jaune a récemment été débrouillée par M. Goppert. Ce savant a reconnu que cette matière précieuse, dont l'origine a été si longtemps paradoxale, n'est que la résine produite par une espèce de Conifère antédiluvienne, le Pinites succinifer. Cet arbre à Ambre, qui paraît assez analogue à nos Sapins rouges, distillait bien plus abondamment sa résine que ne le font aujourd'hui, dans nos forêts, les végétaux de la même famille. Aussi, en coulant en masses à la surface de ses écorces, souvent ses volumineuses concrétions ont emprisonné quelque insecte ou quelque fleur, que laisse apercevoir leur transparence.

Selon K. Mûller, on trouve parfois au milieu des morceaux d'Ambre de petits cônes de sapins et des débris de tissus ligneux, qu'on reconnaît provenir du tronc de quelque espèce se rapprochant beaucoup des Sapins rouges.

Aux époques antédiluviennes, les Pins succinifères formaient, à n'en pas douter, d'épaisses forêts sur les bords de la Baltique; et l'Ambre, enseveli sous ses flots, est aujourd'hui rejeté de sa vieille tombe par les plus terribles ouragans. C'est au milieu des brisants et des tempêtes, et à l'aide d'un rude labeur, que les pêcheurs le recueillent. On le trouve mêlé à des bois flottants et à des plantes marines, que l'on enlève aux vagues à l'aide de filets. Quand leur masse est retirée de la mer, les femmes et les enfants y cherchent la substance précieuse.

Dans l'intérieur de l'Europe, on récolte l'Ambre comme les produits fossiles, à l'aide de fouilles. On en trouve des gisements en Suisse, en France, en Pologne et en Italie. Il en existe aussi au Groenland.

L'ambre jaune découlait si abondamment des Pins qu'il s'amassait sur le sol en masses souvent considérables. Là, cette résine, en se combinant à l'oxygène de l'air, se transformait en acide succinique.

Le plus gros morceau d'Ambre jaune que l'on connaisse aujourd'hui se trouve au muséum d'histoire naturelle de Berlin, et pèse plus de treize livres. On l'estime à une valeur de 10 000 thalers, quoiqu'on ne l'ait cependant payé que le dixième de cette somme, l'Ambre, ainsi que cela se pratique pour les diamants au Brésil, étant considéré en Prusse comme la propriété de la couronne. Les rivages de la Baltique, qui sont les plus productifs en Ambre, en fournissent annuellement environ 150 tonnes. (Cosmos, t. I, p. 329. — K. Muller, Merveilles du monde végétal, t. I,p. 168.)

129. Ces empreintes de gouttes d'eau ont été photographiées par J. Deane, d'après des rochers du Connecticut.

Elles sont évidemment dues à des averses tombées sur un sable encore humide et mou qui s'est, plus tard, desséché en se transformant en grès.

Sur d'autres terrains d'Amérique, dont on peut voir les figures dans l'ouvrage de Buckland, on a retrouvé des empreintes de pieds de Tortues et de pas de Lézards. (Buckland, la Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports avec la Théologie naturelle. Paris, 1838.)

130. Un de nos plus remarquables écrivains, Alfred Dumesnil, que je m'honore de compter au nombre de mes amis, a publié une charmante biographie intitulée : Bernard Palissy, le potier de terre. Paris, 185i. Cet ouvrage, écrit avec autant d'esprit que de cœur, nous donne sur cet artiste des détails que chacun voudra y lire soi-même, et dont nous craindrions d'affaiblir le mérite en les reproduisant.

131. L'idée d'attribuer aux Pèlerins de Rome les coquilles fossiles trouvées dans les montagnes ne fut pas soutenue fort longtemps par le philosophe de Ferney. Il craignait de se fâcher sérieusement avec l'illustre Intendant du Jardin des plantes, « Je ne veux pas, écrivait-il, me brouiller avec M. de Buffon, pour des coquilles. » (Voltaire, Physique, chap. xv, Des singularités de la nature.)

132. En effet, quand les anatomistes tels que F. Plater décrivent sérieusement dans leurs ouvrages des squelettes de géants et les font représenter sur les murs d'un monastère ; quand un érudit comme le P. Kircher en donne une série de belles figures dans ses œuvres, il faut avoir une grande raison pour refuser d y croire. (Kircher, Mundus Subterraneus. Amsterdam, 1678, p. 59. 1

133. La Gigantologie est presque une science spéciale. On possède de curieux ouvrages qui y ont trait, car on a beaucoup écrit sur les géants trouvés dans le sein de la terre ou renfermés dans des tombeaux, et ils ont donné lieu à d'acerbes disputes. Les titres de quelques-uns de ces ouvrages suffiront pour en donner une idée. De Gigantibus eorumque reliquiis, atque Us qux ante annos aliquot nostra œlate in Gallia repertx sunt, par J. Cassanione. Basilew, 1580. — Gigantostéologie ou Discours des os de géants, par N. Habicot. Paris, 1613. — Antigigantologie ou Contrediscours de la grandeur des Géants, par N. Habicot, 1618. — Histoire véritable du Géant Theutobochus, roy des Theutons, Cimbres et Ambrosins, deffait par Marins, cent cinq ans avant la venue de notre Sauveur, par J. Tissot. — Gigantologie. Histoire de la grandeur des Géants, par Riolan. Paris, 1618. — Gigant07nachie pour répondre à la Gigantostéologie, par Riolan, 1613.

134. Près de Bogota, à 2660 mètres au-dessus de la mer, il y a un champ rempli d'ossements de Mastodontes que l'on appelle dans le pays Campo de gigantes, dans lequel de Humboldt fit exécuter des fouilles avec le plus grand soin. [Cosmos, t. I, p. 321.)

135. Bernardin de Saint-Pierre, bien avant Fr. Klée, avait exposé un système absolument analogue à celui de ce savant. Il croyait que c'était l'accroissement successif de la végétation tropicale et des glaces polaires qui, tour à tour, faisait basculer le globe. Ce système, selon notre célèbre écrivain, expliquait aussi les anciennes traditions des prêtres égyptiens dans lesquelles il est dit qu'autrefois le soleil s'était levé où il se couche actuellement. [Harmonies de la nature. Paris, 1806, t. II, p. 96.)

136. Voici quelques fragments des prophéties de la Vala, tirées de VEdda Scandinave, qui font allusion aux bouleversements du globe.

« Je me souviens de neuf mondes et de neuf cieux, dit la sibylle. Avant que les fils de Bor (les dieux) élevassent les globes, eux qui créèrent le resplendissant Midgaard, le Soleil luisait au Sud. A l'Orient était assise la vieille dans la forêt de fer (les glaces du pôle).... Le soleil se couvre de ténèbres, la terre s'abîme dans la mer : du ciel disparaissent les étoiles étincelantes ; des nuages de fumée enveloppent l'arbre tout nourrissant ; de hautes flammes montent vers le ciel même ; la mer s'élève avec violence jusqu'aux cieux, passe par-dessus les terres.... La terre ni le soleil n'existent plus; l'air est bouleversé par des ruisseaux étincelants... Elle (la sibylle) voit pour la seconde fois s'élever de la mer la terre couverte de verdure. » (Fr. Klée, le Déluge, p. 223.)

137. La théorie de la chaleur centrale donne une explication plausible des volcans et des tremblements de terre, phénomènes qui semblent produits par les efforts des matières en combustion du noyau terrestre, pour crever son écorce solidifiée, et qui, tantôt ne pouvant réussir qu'à l'ébranler, à la faire vibrer, produisent seulement de violentes oscillations ; et tantôt parviennent à la fracasser et à se faire jour au dehors en coulant sous la forme de fleuves de laves embrasées, qui renversent tout sur leur passage.

Quelques savants s'étonnaient que le centre terrestre pût fournir assez de matières aux éruptions. Mais, en y réfléchissant, on voit qu'il ne faut pas une grande contraction de l'écorce du globe pour les alimenter. Les fortes émissions volcaniques ne produisent pas ordinairement plus de mille mètres cubes de laves, et elles sont rarement aussi abondantes. Si l'on supposait ce produit étendu sur toute la superficie de notre planète, il n'y formerait pas une couche de 1/500 de millimètre d'épaisseur. — De là on arrive à conclure qu'une contraction de la terre de 1 millimètre de son rayon suffirait pour alimenter cinq cents éruptions violentes; et, en consultant l'histoire des phénomènes vulcaniens des dernières époques, on arrive à conclure qu'il a suffi d'une contraction de trois centimètres pour fournir les laves vomies par toutes les éruptions arrivées sur notre planète dans la période de 3000 ans qui vient de s'écouler.

138. Dans les Cordillères, les volcans ont rejeté un poisson précédemment inconnu des naturalistes, c'est le Pimelodus cyclopum, dont le nom rappelle l'origine vulcanienne. De Humboldt dit que des fièvres pernicieuses qui se déclarèrent dans la ville d'Ibarra, au nord de Quito, furent attribuées à la putréfaction d'un grand nombre de ces poissons morts que le volcan Imbabaru avait rejetés. [Cosmos, t. I, p. 265.)

139. La caverne du Mammouth est une grande affaire de curiosité pour les Américains. Ils s'y rendent en foule; on ne trouve pas toujours de la. place dans la grande hôtellerie destinée à héberger les touristes, malgré sa table de 300 couverts. Son exploration demande cinq à six jours. Une armée de guides s'y tient en permanence pour les besoins des voyageurs.

Chacun des sites de cette célèbre excavation porte un nom pittoresque. Il y a la Caverne étoilée, tout éblouissante de stalactites; la Chambre des revenants, anciennement encombrée de momies indiennes, qui est devenue, par une regrettable profanation, une sorte de cabaret où les femmes des guides offrent des liqueurs et des journaux aux voyageurs déjà harassés par leur course souterraine et heureux de l'aire une petite halte. Là aussi est une sorte d'hôpital où quelques médecins ont confiné des malades atteints d'affections de poitrine, pensant que l'atmosphère sulfureuse de ces cavernes leur était favorable. Au milieu de cette salle se dresse un squelette de Mastodonte presque entier. C'est aussi à cette station de la grotte du Mammouth que les femmes des guides montrent et vendent aux curieux les extraordinaires petits poissons aveugles, les cyprinodons, qui se pèchent dans les cours d'eau de ces immenses cavernes.

Plus loin se rencontre le Fauteuil du diable, qui, comme une gigantesque cristallisation, tout étincelante, s'élève sur un noir abîme sans fond. Outre le Slyx et la Mer Morte, ces cavernes, dont on connaît déjà trente à quarante kilomètres de routes souterraines, possèdent bien d'autres amas d'eau. On y a constaté aujourd'hui deux cent vingt-six avenues; cinquante-sept dômes ; onze lacs ; sept rivières; huit cataractes et trente-deux abîmes, dont plusieurs sont d'une immense profondeur.

140. Les témérités d'Agricola ont été surpassées par Schleiden. Le vieux minéralogiste de la Souabe n'avait fait que décrire les Génies de la terre. Schleiden les a représentés à l'œuvre. Dans son ouvrage sur la plante, on trouve une belle gravure qui montre de petits Gnomes laborieusement occupés pour mettre à nu toutes les richesses du sol. Les uns piochent la terre pour en tirer de gros troncs de végétaux fossilisés; d'autres en rassemblent ou en soudent les fragments dilacérés. Chaque Gnome ou Cobale a la figure d'un petit mineur laborieux et décrépit. Le fond du tableau est occupé par une cascade qui bondit et écume sur les rochers. (Schleiden, la Plante, pl. 13.)

141. Les Mulets, plus circonspects et plus rusés, dit de Humboldt, cherchent à apaiser leur soif d'une autre manière. Des végétaux de forme sphérique et portant de nombreuses cannelures, les Mélocactus, renferment, sous leurenveloppe hérissée, une moelle très-aqueuse; le Mulet, à l'aide de ses pieds de devant, écarte les piquants, approche ses lèvres avec précaution, et se hasarde à boire ce suc rafraîchissant. Mais ce n'est pas toujours sans danger qu'il peut puiser à cette source végétale vivante. On voit souvent des animaux dont le sabot est estropié par les piquants du Cactus.

A la chaleur brûlante du jour succède la fraîcheur de la nuit, qui égale le jour en durée; mais les bestiaux et les chevaux ne peuvent même alors jouir du repos. Pendant leur sommeil, des Chauves-Souris monstrueuses se cramponnent sur leur dos comme des vampires, leur sucent le sang et leur occasionnent des plaies purulentes, où s'établissent les Hippobosques, les Mosquites, et une foule d'autres insectes à aiguillon. Telle est l'existence douloureuse de ces animaux, dès que l'ardeur du soleil a fait disparaître l'eau de la surface de la terre. (Humboldt, Tableau de la nature, t. I, p. 39.)

142. C'est même à leur habitude de sucer le sang des animaux que ces Chauves- Souris doivent le nom de vampires que leur donnent les naturalistes. La Condamine assure que ce furent elles qui épuisèrent et détruisirent les premiers troupeaux de bœufs et de moutons qu'on importa dans quelques régions de l'Amérique. L'homme n'est pas à l'abri de leurs attaques. Le voyageur d'Azzara en fut plusieurs fois mordu pendant qu'il sommeillait sans abri. Leur blessure est analogue à celle des sangsues. — On ne s'en aperçoit qu'à son réveil, en voyant le sang qui s'est épanché aux environs, et à l'affaiblissement que l'on éprouve.

143. Ce ne sont pas seulement les Crocodiles et les Jaguars, dit de Humboldt, qui, dans l'Amérique méridionale, dressent des embûches au cheval. Cet animal a aussi parmi les poissons un ennemi dangereux. Les eaux marécageuses de Béra et de Rastro sont remplies d'Anguilles électriques, dont le corps gluant, parsemé de taches jaunâtres, envoie de toutes parts et spontanément une commotion violente. Ces Gym-

notes, c'est leur nom scientifique, ont cinq à six pieds de long; ils sont assez forts po'ur tuer les animaux les plus robustes, lorsqu'ils font agir à la fois et dans une direction convenable leurs organes, armés d'un appareil de nerfs multipliés. A Uritucu, on a été obligé de changer le chemin de la steppe, parce que le nombre de ces anguilles s'était tellement accru dans une petite rivière, que, tous les ans, beaucoup de chevaux, frappés d'engourdissement, se noyaient en la passant au gué. Tous les poissons fuient l'approche de ces redoutables anguilles. Elles surprennent même l'homme qui, placé sur le haut du rivage, pêche à l'hameçon ; la ligne mouillée lui communique souvent la commotion fatale. Ici, le feu électrique se dégage même du fond des eaux. (Humboldt, Tableau de la nature, t. I, p. 45.)

144. Dans un mémoire couronné par une académie de province, Julia Fontenelle a soutenu que l'air des hôpitaux, et même celui des égouts, avait la même pureté que l'air de nos campagnes.

145. « Chaque corps organisé, dit Bonnet, se présente à moi sous l'image d'une petite terre où j'aperçois, en raccourci, toutes les espèces de plantes et d'animaux, qui s'offrent en grand sur notre globe. Un Chêne me paraît composé de plantes, d'insectes, de coquillages, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes, d'hommes même. Je vois monter dans les racines, avec les sucs destinés à leur nourriture, des légions innombrables de germes. Je les vois circuler dans les différents vaisseaux, se loger ensuite dans l'épaisseur de leurs membranes pour les augmenter en tous sens. »

Qui pourrait croire cependant qu'une telle science a eu des continuateurs au dixneuvième siècle?

C'est cependant ce qui vient d'avoir lieu. Le vicomte Gaston d'Àuvray, pour sauver du naufrage la vieille hypothèse de la panspermie et les théories de M. Pasteur, a supposé qu'il existait dans l'air des myriades d'œufs et de spores dont la vitalité résistait à huit heures d'ébullition et même à la température du rouge blanc !

146. L'un des hommes qui honorent le plus la science italienne, l'illustre Mantegazza, dans des travaux qui resteront à jamais célèbres, a démontré victorieusement combien étaient erronées les théories des Panspermistes. M. Musset, de Toulouse, et l'illustre professeur Joly, par leurs importantes recherches sur les générations spontanées, ont porté le dernier coup à celte prétendue dissémination des germes. (Comp. principalement: Paolo Mantegazza, Sulla generazione spontanea. Milan, 1864.

— Ch. Musset, Nouvelles recherches expérimentales sur l'hétérogénie. Toulouse, 1862.

— N. Joly, Examen critique du mémoire de M. Pasteur. Toulouse, 1863.)

M. Ezio Castoldi, de Milan, a aussi, dans un savant mémoire critique, démontré toute l'inanité des hypothèses de M. Pasteur (Ezio Castoldi, / fenomeni délia generazione spontanea. Milan. 1862).

147. Dans sa Nouvelle Uranométrie, Argelander, directeur de l'Observatoire de Bonn, dit que sur l'horizon de Berlin, pendant le cours d'une année, on aperçoit 3256 étoiles à l'œil nu. Un astronome de Munster, M. Heis, prétend même que sa vue est si pénétrante, qu'il en aperçoit 4000 de plus que son confrère ! D'après de Humboldt, à Paris, on en compte 4146.

Mais grande est la différence, aussitôt que l'on examine le ciel avec des instruments un peu puissants. Ainsi, dans un coin de la constellation des Gémeaux, où l'œil le plus exercé n'aperçoit que six étoiles, dans le même espace, une bonne lunette en fait découvrir plus de 3000 entassées.

148. Quoique Newton reporte aussi à Chiron l'invention des constellations, cependant, nous devons dire que, déjà dans la Bible, il est question de plusieurs de celles-ci, à une époque antérieure de quelques années à celle où vécut le célèbre Centaure. Dans le livre de Job, il est même question des constellations d'Orion, des Pléiades et des Hyades. Le groupement des étoiles remonterait donc à près de trois mille trois cents ans. (Arago, Astronomie populaire, t. I, p. 346.)

149. On trouve aussi sur les monuments de l'ancienne Egypte des indices du groupement des constellations. Mais on sait actuellement que quelques-uns de ces monuments remontent beaucoup moins haut qu'on ne l'avait cru d'abord.

150. Les anciens rattachaient diverses idées à chacun des signes du Zodiaque. Le Taureau, chez les Grecs, rappelait l'enlèvement d'Europe par Jupiter.

ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Le soleil, en arrivant dans le signe du Cancer, indiquait, par sa marche rétrograde vers l'équateur, le mode de progression de ce Crustacé.

Selon J. Coulier, les Égyptiens, par le signe du Lion, voulaient rappeler les grandes chaleurs qui se produisent vers le solstice d'été , moment où les lions abondent et sont très-dangereux en Ethiopie.

La Vierge, pour les Égyptiens, n'était que l'emblème de la déesse Isis.

La Balance indiquait anciennement le lieu où le soleil se trouve à l'équinoxe d'automne, au moment où les jours et les nuits ont une égale durée.

Le signe du Sagittaire rappelle sans doute l'époque des chasses ; car c'est alors qu'on se livre à celles-ci avec d'autant plus d'ardeur que le soleil arrive dans ce signe. (J. Coulier, Dictionnaire d'astronomie. Paris, 1824.)

151. Au dix-septième siècle, Weigel, professeur à l'Université de Iéna, par une basse flatterie, proposa de substituer aux douze constellations zodiacales des figures héraldiques représentant les écussons de douze des plus illustres maisons de l'Europe. Sa tentative fut repoussée unanimement.

152. Le premier télescope de grande dimension qui fut construit fut celui de John Herschell. Mais celui-ci a été beaucoup plus célèbre à cause de son ampleur extraordinaire que par ses services scientifiques.

En 1802, le baron de Zach allait même jusqu'à prétendre « que cet instrument colossal n'avait été d'aucune utilité; .qu'il n'a pas servi à une seule découverte, et qu'on peut le considérer comme un objet de pure curiosité. » (Correspondance mensuelle. Janvier 1802.)

Le tube de cet instrument ayant une extrême pesanteur, on ne parvint à lui imprimer ses mouvements qu'à l'aide d'un mécanisme fort complique. C'était une combinaison de mâts et d'échelles formant une gigantesque pyramide.

L'exagération en augmentait encore les proportions, et celle-ci était telle qu'on crut un jour à Londres que J. Herschell avait donné un bal dans l'intérieur de son télescope. On avait confondu l'illustre astronome avec un brasseur du même nom, et le grand télescope avec un tonneau à bière dans lequel ce dernier avait fait, en effet, danser ses amis. Il eût été assez difficile de transformer le tuyau astronomique d'Herschell en salle de bal, car son diamètre n'était que de 1 mètre kl centimètres.

153. Euler prétendait que pour apercevoir les plus gros animaux de la lune, il faudrait des télescopes de plusieurs centaines de pieds. Hooke demandait à cet effet des lunettes de 10 000 pieds de longueur (plus de trois quarts de lieue), et projetait d'en construire une. Le télescope de lord Ross vient démontrer qu'on peut obtenir cet avantage beaucoup plus facilement.

« C'est, dit Brewster, une de nos plus merveilleuses combinaisons de la science et de l'art. »

« Ce magnifique instrument est installé au milieu de murailles qui ressemblent à des pans de fortifications. Le tube télescopique a 55 pieds anglais de longueur et pèse 6604 kilogrammes. »

Avec lui, on peut sonder les plus incommensurables profondeurs du ciel. On pense qu'à l'aide de cet instrument on apercevrait facilement un monument de la dimension des pyramides d'Égypte, s'il en existait dans la lune. La surface de cet astre s'y peint presque aussi nettement qu'un paysage terrestre.

Le télescope de lord Ross, dit Babinet, ne rendrait pas sans doute visible un Éléphant lunaire, mais un troupeau d'animaux analogues aux troupeaux de Buffles d'Amérique serait très-visible. Des troupes qui marcheraient en ordre de bataille y seraient très-perceptibles. L'Observatoire de Paris, Notre-Dame et le Louvre s'y distingueraient très-facilement. Il en faut donc conclure que si nous n'apercevons rien de tout cela dans notre pâle satellite, c'est que sa surface, anciennement toute brûlante, toute volcanique, et aujourd'hui toute glacée, n'a rien possédé ou ne possède rien d'analogue.

Ibk. Un épisode, tiré de la vie d'Euler et raconté par Arago, pourrait démontrer combien le inonde réel surpasse l'empire des fictions.

Un ministre protestant de Berlin, qui, dans un de ses sermons, avait employé toutes les pompes d'une fausse éloquence pour peindre la Création, vint un jour trouver le grand physicien, qui était très-pieux, et avec lequel il entretenait des relations intimes. Sa contenance était abattue, et une tristesse profonde semblait avoir glacé tout son être. « La religion est perdue, et toutes les bases de la foi sont ébran-

lées, dit-il à Euler. Le croiriez-vous ? J'ai représenté la Création dans tout ce qu'elle a de plus beau, de plus poétique et de plus merveilleux; j'ai cité les anciens philosophes et évoqué la Bible elle-même! et, cependant, la moitié de mon auditoire ne m'a point écouté, et l'autre moitié a dormi !

« — Faites l'expérience que je vais vous indiquer, repartit Euler : au lieu de puiserl a description de l'univers dans les écrits des philosophes, prenez le monde des astronomes et dévoilez la Mécanique céleste, telle que les savants la connaissent.

« Dans le sermon qui a été si irrégulièrement écouté, vous avez, sans doute, cité Anaxagore, qui fait du soleil un astre égal au Péloponèse? Eh bien! dites à votre auditoire qu'en suivant des mesures exactes, cet astre est, douze cent mille fois plus volumineux que la terre.

« Vous avez sans doute parlé des cieux et dit qu'ils étaient formés d'immenses voûtes de cristal emboîtées ? Dites que celles-ci n'existent pas, car, dans leur marche rapide, les Comètes les briseraient.

« Les Planètes, dans vos explications, ne se sont distinguées des étoiles que par les mouvements. Avertissez que ce sont des mondes; que Jupiter est quatorze cents fois plus gros que la terre et que Saturne l'est neuf cents fois. Décrivez l'étonnant anneau qui environne ce dernier, et parlez des lunes multiples qui, comme une heureuse compensation, épanchent leur lumière sur ces sphères éloignées du soleil.

« En arrivant aux étoiles et en cherchant à apprécier leur distance de la terre, ne citez pas de lieues, les nombres seraient trop grands, et on ne les apprécierait pas. Prenez pour échelle lavilesse de la lumière; dites aux fidèles qu'elle franchit 77 000 lieues par seconde, et ajoutez cependant qu'il n'existe pas d'étoiles dont la lumière nous arrive en moins de trois ans, et qu'il en est quelques-unes dont on a reconnu qu'elle ne nous parvient qu'en trente années.

« En passant des résultats certains à ceux qui n'ont qu'une grande probabilité, montrez que, suivant toute apparence, certaines étoiles pourraient être visibles plusieurs millions d'années après avoir été anéanties; car la lumière qui en émane emploie plusieurs millions d'années pour franchir l'espace qui les sépare de la terre. »

Tels furent, en abrégé, les conseils qu'Euler donna à son ami. Celui-ci se détermina à les suivre, et à substituer aux fabuleuses conceptions de l'esprit les documents des savants. Au jour fixé, Euler attendait avec impatience le ministre ; mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il se présenta à lui ayant l'air plongé dans le plus profond désespoir. « Qu'est-il donc arrivé? s'écria le physicien. — Ah! monsieur Euler, répondit le prédicateur, je suis bien malheureux; ils ont oublié le respect qu'ils devaient au saint temple : ils m'ont applaudi !... •>

155. Le volume du Soleil est plus de six cents fois plus considérable que le volume de toutes les planètes réunies. Il tourne autour de son axe en vingt-cinq jours et demi.

On peut se faire une idée de l'immense volume de cet astre par rapport à la terre, à l'aide d'une comparaison que cite Arago dans son Astronomie populaire. « Un professeur d'Angers, dit-il, imagina, à cet effet, de compter le nombre de grains de blé de grandeur moyenne qui sont contenus dans la mesure de capacité nommée litre : il en trouva 10 000. Conséquemment, un décalitre doit en renfermer 100 000, un hectolitre 1 000 000, et 14 décalitres 1 400 000. Ayant alors rassemblé en un tas les 14 décalitres de blé, il mit en regard un seul de ces grains, et dit à ses auditeurs : «Voilà « en volume la Terre, et voici le Soleil. » Cette assimilation frappa les élèves de surprise infiniment plus que ne l'avait fait l'énonciation du rapport des nombres abstraits 1 et 1400 000.

Si Ton veut mettre en regard le poids du Soleil et celui de la Terre, l'astronomie les pèse avec autant de précision que si on les mettait chacun dans un des plateaux d'une balance ; voici ce que l'on obtient :

Le poids du Soleil est de 2 096 000 000 000 000 000 000 000 000 de tonnes de mille kilogrammes.

Et celui de la Terre seulement de 5 875 000 000 000 000 000 000.

La constitution physique du Soleil n'a été bien débrouillée que par les astronomes de notre époque. Le corps de cet astre est presque entièrement obscur; mais il est entouré de trois enveloppes : l'une formée de vapeurs qui le touchent; une autre qui est lumineuse, placée à une grande distance et que l'on appelle photosphère ; enfin, une troisième qui recouvre celle-ci, et dans laquelle flottent des nuages. Les taches du Soleil ne sont formées que par des percées qui se trouvent dans la photosphère et laissent voir le noyau terreux de l'astre. (Comp. Guillemin, le Ciel. Paris, 1865.)

ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

156. Le physicien Hartsoeker était déjà beaucoup plus près de la vérité que ne l'était Hésiode. 11 prétendait qu'un boulet lancé de la terre, et se mouvant toujours avec la même rapidité qu'il a en sortant du canon, emploierait plus de cent millions d'années pour parvenir à l'une des étoiles du firmament. (Saverien, Histoire des philosophes modernes. Paris, 1778, p. 134.)

157. L'Alpha du Centaure (l'une des étoiles les plus rapprochées de nous), qui n'est qu'à environ huit milliards de lieues de la terre, nous envoie sa lumière en trois ans ; et la Polaire, qui est à plus de soixante-dix mille milliards de lieues, en un demi-siècle.

158. Il semble, en effet, qu'à l'endroit du ciel où se trouvent les Sacs à charbon, il y ait une absence totale d'étoiles, un hiatus dans l'univers sidéral.

159. Si l'on se proposait simplement d'empêcher la chaleur solaire de rayonner, il faudrait lancer à sa surface un jet d'eau glacée, ou pour mieux dire de glace, qui mesurerait 18 lieues de diamètre, et qu'on lancerait avec la vitesse de 70 000 lieues à la seconde. En recevant une pareille colonne de glace, l'astre du jour ne rayonnerait plus ; mais cela ne veut pas dire encore qu'il y aurait là une action suffisante pour l'éteindre. (Camille Flammarion, les Merveilles célestes. Paris, 1865, p. 202.)

160. Sénèque avait pressenti non-seulement le mouvement régulier des Comètes, mais encore la possibilité d'en tracer la marche par le calcul. « Je les regarde, dit-il, non comme des feux passagers, mais comme des ouvrages éternels de la nature. Chaque comète a un espace assigné à parcourir. (Comp. Just. astron. de Lemonnier.)

C'était à Newton qu'il appartenait de démontrer leur marche par le calcul (Newton Principes). Euler a également contribué à éclaircir les mouvements de ces astres, (Theoria planetarum et cometarum. 1744.)

161. On peut voir, dans Ambroise Paré, jusqu'à quel point les esprils les plus sérieux des derniers siècles se sont laissé égarer au sujet des Comètes. L'illustre chirurgien, qui certes n'était pas superstitieux, donne, dans son important ouvrage, les plus fantastiques figures de quelques-uns de ces astres.

Dans son chapitre intitulé des Monstres célestes, Ambroise Paré parle de Comètes chevelues, barbues, en bouclier, en lance, en dragon ou en batailles de nuées. Et il y décrit surtout, et y représente, dans tous ses détails, une Comète sanglante qui apparut en 1528. « Cette Comète estoit si horrible, dit-il, si espouuantable qu'elle engendroit si grand terreur au vulgaire, qu'il en mourut aucuns de peur; les autres tombèrent malades. Elle apparoissoit estre de longueur excessiue, et estoit de couleur de sang ; à la sommité d'icelle, on voyoit la figure d'vn bras courbé tenant vne grande espée en la main, comme s'il eut voulu frapper. Au bout de la pointe, il y auoit trois estoilles. Aux deux costés des rayons de cette Comète, il se voyoit grand nombre de haches, cousteaux, espées colorées de sang parmy lesquels il y auoit grand nombre de faces humaines hideuses, auec les barbes et les cheueux hérissez. » (Ambroise Paré, chap. xxxn.)

162. Arago, adoptant l'hypothèse d'une égale distribution des Comètes dans toutes les régions du système solaire, et fondant ses calculs sur le nombre de Comètes observées entre le Soleil et Mercure, évalue à dix-sept millions et demi le nombre de ces astres qui sillonnent le système solaire en deçà de ses limites connues, c'est-àdire de l'orbite de Neptune. (Guillemin, le Ciel. Pans, 1865, p. 348.)

163. Selon de Humboldt, la chevelure des Comètes de 1819 et de 1823 aurait atteint notre atmosphère. On suppose qu'il en a été de même de la dernière grande Comète qui a été observée dans nos latitudes.

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