ECLAIRCISSEMENTS
108. Une Mousse, la Bry des Alpes, Brium Alpinum, arrachée assurément dans la forêt thuringienne, est apportée par les cours d'eau jusque sur les rochers de porphyre des environs de Halle. Darwin pense que les forêts de pêchers et d'orangers, qui couvrent l'embouchure de la Parana, n'ont dû leur naissance qu'à des graines charriées par le fleuve.
109. Une fois accolée à la branche, la semence du Gui y germe, enfonce sa racine dans l'écorce, et vit aux dépens de l'arbre. Les tiges de ce végétal ont cela de particulier, qu'elles se dirigent avec une égale facilité dans tous les sens. Ses fruits sont blancs et de la grosseur d'une groseille.
Pline parle longuement de ce végétal : « Les Druides, dit ce naturaliste, n'ont rien de plus sacré que le Gui et l'arbre qui le produit.... Ils lui donnent un nom qui marque qu'il guérit toute sorte de maux.... Lorsqu'ils l'ont aperçu, un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l'arbre, coupe le Gui avec une serpe d'or, et le reçoit dans son habit : après quoi, il immole les victimes, et prie les dieux que le présent soit favorable à ceux à qui il le donne. Ils croient que les animaux stériles deviennent féconds en buvant de l'eau de Gui, et que c'est un préservatif contre toutes sortes de poisons. »
Quoique Pline ne dise rien du lieu où se pratiquaient ces cérémonies, on sait qu'elles avaient surtout lieu dans de sombres forêts de l'Armorique, où florissait le culte des Druides.
Dans la vieille Gaule, au premier jour de l'an, on distribuait cette plante révérée au peuple en criant :' Au gui l'an neuf, pour annoncer le retour de la nouvelle année.
Ce végétal est aussi cité par Virgile. Le poète compare le rameau d'or que cherchait Ënéeau Gui entouré de ses touffes de feuilles jaunâtres sur l'arbre qui le nourrit.
110. Selon Sebastiani, auteur italien, le nombre d'espèces végétales qui peuplent le Colisée de Rome, et qu'y auraient transportées les oiseaux, ne s'élève pas à moins de 261.
111. C'est la Civette, appelée Viverramusanga, qui, à Java, opère la dissémination du Café, en le dispersant çà et là avec ses excréments. Karl Mùller rapporte, d'après Junghunh, que ce café, qui a traversé les organes digestifs du mammifère, est même considéré par les Javanais comme étant d'une qualité supérieure, et que ceux-ci ne dédaignent pas de le ramasser pour leur usage dans les excréments de l'animal.
Le Raisin d'Amérique, Phytolacca decandra, L., fut introduit dans les environs de Bordeaux, pour l'employer à colorer les vins, et c'est de là que les oiseaux l'on tant disséminé. Le Passereau qui, à Ceylan, ensemence partout les Camélias est le Turdus zeilanicus. (K. Mùller, t. I, p. 91, 92.)
112. Les anciens assuraient qu'il devait croître spontanément dans la vallée d'Enna, en Sicile, lieu que la fable prétendait avoir été doté des bienfaits de Cérès et de Triptolème; mais on s'accorde aujourd'hui à penser que cette Graminée est originaire de la Perse, où elle a été rencontrée à l'état sauvage par les voyageurs Michaux et Olivier.
La Sicile était emblématisée par trois jambes indiquant ses trois promontoires, et autant d'épis de blé pour marquer sa fécondité. Sur des médailles de Syracuse et des Thasiens, à l'effigie de Cérès et de Bacchus, le revers représente de gros épis de froment.
113. La Ravenelle, Raphanus raphanistrum, L., qui est originaire de l'Asie, s'est introduite clandestinement dans nos campagnes, lorsqu'on y apporta les Céréales. Les Épinards sont originaires de la Médie. La Lentille, Ervum lens, L.,etle Haricot vulgaire, Phaseolus vulgaris, L., proviennent probablement de l'Arabie; les Melons et les Concombres, des bords de l'Euphrate ou du Tigre; le Lilas, Syringa vulgaris, L., arriva d'abord de l'Asie à Vienne, et se répandit ensuite en Europe. Le Lis, Lilium candidum, est originaire des montagnes de la Syrie. Le Saule pleureur, Salix babylonica, L., fut répandu des plaines de la Babylonie en Europe, par le poète A. Pope, qui l'avait reçu de Smyrne. La tradition rapporte que le père de tous nos Orangers d'Europe se voit encore dans le couvent de Sainte-Sabine, sur le mont Aventin, à Rome, où l'on prétend qu'il fut planté par saint Dominique en 1200. L'Hortensia, que Commerson dédia à Hortense Lepaute, qui s'appliquait avec distinction à l'astronomie, est originaire du Japon, d'où il n'arriva qu'en 1788. C'est de ce pays insu-
laire que nous provient aussi le Camélia, qui en fut rapporté par le R. P. Caméli. Le Mexique nous fournit une abondance de Cactus. Le Dahlia fut importé d'Amérique et nommé ainsi en l'honneur d'un botaniste suédois, André Dahl.
114. Voici comment un savant botaniste allemand décrit l'établissement de la végétation sur les rochers nus. « Si nous observons la surface d'un fragment de granit récemment mis à nu, nous trouvons que, grâce à une petite quantité d'eau atmosphérique saturée d'ammoniaque et d'acide carbonique, une plante microscopique s'y développera bientôt; c'est la Pierre aux violettes. Un enduit pulvérulent d'un rouge écarlate, qui la recouvre, dégage, lorsqu'on la frotte, une odeur de violette. Ces fragments de rochers, recouverts de la plante, sont un objet de recherches pour ceux qui visitent les contrées montagneuses. Par la mort successive et la décomposition de ces petites plantes, il se forme peu à peu une mince couche d'humus capable de fournir de la nourriture à une certaine espèce de Lichens brunâtres. Ces Lichens, qui recouvrent de grands espaces près des mines de Fahlun et de Dannemora, en Suède, et qui, par la sombre couleur qu'ils impriment à toute la contrée d'alentour, font ressembler ces anciens puits abandonnés aux noires demeures de la mort, ont été appelés par les botanistes Lichens de Fahlun, Parmelia styaia, Ach. Mais ce ne sont point des messagers de la mort; par leur décomposition, ils préparent le sol pour la petite et élégante Mousse des Alpes, à laquelle succèdent bientôt des mousses plus vertes et plus grandes, jusqu'à ce que le sol soit suffisamment préparé pour recevoir la Camarine, Empetrumnigrum, le Genévrier et enfin le Sapin.»
C'est de cette manière que, peu à peu, une couche d'humus s'épaissit et recouvre la pierre nue; qu'une végétation de plus en plus forte succède à des Lichens imperceptibles, qui tous se nourrissent des éléments que condense ce nouveau terrain. (Schleiden, la Plante. Paris, 1859, p. 184.)
Dans ma jeunesse j'ai traversé la célèbre vallée de Goldau, en Suisse, où, vingt àns auparavant, une montagne entière s'était affreusement éboulée, en écrasant plusieurs villages et en couvrant un immense espace d'énormes fragments de ses rocs brisés. Déjà toutes ces roches, naguère absolument dénudées, étaient recouvertes d'une luxuriante végétation, et la tortueuse route si accidentée que l'on avait frayée au milieu de cette vaste nappe de débris, partout riante et fraîche, était couverte de sapins et d'arbustes du plus charmant aspect.
M. Boussingault'cite un exemple analogue qu'il observa en Amérique. En dix ans, un éboulement de roches porphyriques s'était recouvert de massifs d'Acacias. (Boussingault, Économie rurale.)
115. Cette assertion est basée sur les expériences de Sternberg, qui a vu, dit-il, des grains de blé extraits de tombeaux égyptiens donner naissance à de nouveaux épis. Schacht, professeur à l'Université de Bonn, paraît admettre ce fait comme positif. (Schacht, les Arbres. Bruxelles, 1862, p. 51.)
Il faut cependant dire aussi que MM. Vilmorin et Payen ont pensé que cette assertion était contestable. Le célèbre chimiste prétend même que la faculté germinative du blé ne s'étend pas au delà de soixante ans.
Un expérimentateur anglais m'a envoyé, il y a une vingtaine ^Tannées, des tiges de blé qu'il m'assura être provenues de grains recueillis dans un sarcophage égyptien. Ces chaumes avaient une hauteur de plus du double de celle de notre céréale et offraient des épis ayant des caractères particuliers. Cependant, comme le fait judicieusement observer Louis Figuier dans son excellent ouvrage de Botanique, il faut se tenir en garde contre de tels prodiges; trop de fois, en semblable matière, la malignité du vulgaire a trompé la bonne foi de certains savants. (Histoire des Plantes. Paris, 1865, p. 198.)
116. La géologie a pour objet l'étude de l'origine et de la structure du globe. Cette science fut assez avancée chez les Égyptiens. Foulant un sol formé par les
alluvions, ils pensèrent naturellement que la terre était sortie de l'eau. Les mages insinuèrent cette idée à Orphée, qui l'émit dans ses hymnes. C'est aussi à leur école que le philosophe Talés prit cette doctrine, qu'il professa dans la suite et qui s'identifia avec l'antiquité : déjà Hésiode, dans lés temps nébuleux de la Grèce, donnait à l'Océan le nom de Père de Vunivers.
Durant le dix-huitième siècle, les théories sur la formation de la Terre surgirent de tous côtés. Vhiston, en 1696, prétendit que la Terre avait été produite par la condensation de l'atmosphère d'une comète abandonnée dans l'espace. Demaillet, renouvelant les idées des peuples des bords du Nil, en donnant une origine aquatique
ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
à notre globe, professait, au milieu d'un tissu d'absurdités, que l'espèce humaine n'était même qu'une transformation des poissons, et qu'elle se trouvait encore dans quelques parages océaniens, incomplètement métamorphosée, et présentant à la fois un mélange de ses deux natures. Malgré le discrédit dans lequel tomba l'hypothèse de Demaillet, la fluidité primitive du globe n'en fut pas moins soutenue avec un talent remarquable par beaucoup de savants allemands, et aussi par notre célèbre Lamarck.
Kepler, illustré par tant de découvertes, regardait la terre comme un grand être animé dont toutes les parties étaient douées de mouvement et de vie. Les montagnes schisteuses représentaient les organes respiratoires de cette immense machine vivante; les volcans expulsaient ses déjections, et les métaux n'étaient que le résultat de ses maladies.
Mais de toutes les théories, celle qui obtint le plus de crédit fut celle de Buffon. Ce naturaliste considéra la Terre comme n'étant qu'un fragment incandescent ravi au soleil par le choc d'une comète, et qui, en bondissant au sein de l'espace, s'était enfin enchaîné dans son cycle, quand l'attraction planétaire contre-balança sa force de projection; fragment solaire qui, d'abord liquide, prit par sa rotation la figure d'un sphéroïde aplati vers les extrémités de son axe. figure que les lois de la mécanique devaient lui imposer; de là, cet aplatissement de la terre vers ses pôles, exprimé par l/310e de son diamètre, ou neuf lieues environ.
117. Dans les archives scientifiques de presque toutes les époques, on trouve des indices sur les soulèvements du globe. Les savants grecs et ceux de Rome se doutèrent eux-mêmes de ce fait capital. Aristote dit que, dans certaines circonstances, la terre s'enfle et se soulève avec fracas, à l'instar des flots qu'agite la tempête. Dans son important ouvrage de géographie, Strabon rapporte que, dans quelques pays, le sol s'abaisse et s'élève successivement.
Un philosophe persan qui vivait au dixième siècle, Ferdoucy, est encore plus explicite à ce sujet.
Les soulèvements se trouvent aussi indiqués dans un Traité des machines de guerre composé par un moine du quinzième siècle. Mais ce fut l'anatomiste Sténon qui décrivit nettement ces soulèvements. Cependant la gloire de placer ce fait à la hauteur d'une démonstration était réservée à Elie de Beaumont et à de Buch.
Quelques-uns de ces soulèvements ne datent que d'une époque peu reculée. Il en est même qui sont contemporains de l'existence de l'homme.
Tel a peut-être été , selon Beudan , le soulèvement qui a donné naissance à l'Etna, au Vésuve et au Stromboli. Tels sont certainement ceux qui ont formé le Monte-Nuovo et le Jorullo, ce grand volcan du Mexique.
118. Les Trilobites, crustacés marins, appelés ainsi à cause de leur corps composé de trois lobes distincts, étaient presque les seuls êtres, avec quelques rares coquilles, qui peuplassent les mers de l'époque Silurienne.
Aujourd'hui, on ne rencontre aucun crustacé analogue à ces espèces éteintes.
Par un heureux hasard, quoique des milliers et peut-être des millions d'années nous séparent de l'époque à laquelle existèrent les Trilobites, les géologues en ont parfois rencontré des échantillons si bien conservés, qu'on pouvait discerner sur eux la délicate structure des yeux. On a reconnu que ces organes étaient exactement faits sur le même plan que ceux des Crustacés qui peuplent actuellement nos mers.
Ces données suffisent pour établir un parallèle entre les points extrêmes de la création ; aussi Buckland, d'après l'examen de cet appareil, a-t-il audacieusement posé les conditions physiques dans lesquelles se trouvait le globe au moment où ces singuliers Crustacés l'ont animé. « Les conséquences auxquelles ces faits nous conduisent, dit-il, n'intéressent pas seulement la physiologie animale; elles nous instruisent aussi sur la condition des mers et de l'atmosphère des temps anciens et sur les rapports de la lumière avec l'un et l'autre de ces deux milieux, à cette époque reculée où les animaux marins les plus anciens étaient pourvus d'organes de vision dont les arrangements optiques les plus minutieux étaient les mêmes qui servent encore maintenant à transmettre la sensation de la lumière aux Crustacés du fond de nos mers actuelles. »
« Relativement à la nature des eaux où vivaient les Trilobites, pendant la période de transition tout entière, nous arrivons à cette conclusion que ce n'était pas ce liquide imaginaire, trouble, formé d'un chaos d'éléments en désordre, dont les précipitations, au dire de certains géologues, auraient produit les matériaux consti-
tuant l'écorce du globe. Car le liquide au fond duquel les yeux de ces animaux remplissaient leurs fonctions, quel qu'il fût, devait être assez pur et assez transparent pour livrer passage à la lumière jusqu'à ces organes visuels que nous retrouvons aujourd'hui dans un état si parfait de conservation et dont la nature nous est si bien connue.
« Nous pouvons arriver à des conclusions analogues relativement à la lumière elle-même; car cette ressemblance entre l'organisation des yeux aux âges primitifs et à l'époque actuelle, nous est une preuve que les relations mutuelles de ces organes et des rayons qui leur transmettaient l'impression des objets extérieurs, étaient au fond des mers primitives ce qu'elles sont au fond des mers actuelles. »
119. Après avoir jeté un regard curieux et investigateur sur les antiques forêts d'où sont dérivées nos houillères, on a voulu en apprécier la durée et l'ancienneté. M. Chevandier, en supputant le produit de deux plantations de Hêtres pendant une période d'années, trouva que le carbone de nos forêts contemporaines, en cent ans, ne formerait sur un hectare qu'une couche de houille de sept lignes d'épaisseur. Cette donnée a suffi à quelques statisticiens, plutôt curieux que rigoureusement savants, pour limiter quelle a dû être la durée des forêts dont le dépôt forme notre Charbon de terre. Ils sont arrivés à supposer qu'elles ont concentré le produit d'une végétation qui a eu 672 788 ans de durée. Bischoff s'est adonné à d'autres calculs ; le savant physiologiste allemand a voulu fixer quel nombre d'années nous séparent de la période houillère. Selon lui, il faut remonter à 9 millions d'années de notre ère le dépôt de nos couches carbonifères. Mais il est évident que ces calculs, de même que les précédents, ne doivent être considérés que comme d'audacieuses investigations sans la moindre rectitude scientifique.
120. Aujourd'hui l'atmosphère ne contient que 1/1 000 d'acide carbonique, et selon A. Brongniart, à l'époque carbonifère, il s'y en trouvait peut-être 7 à 8/100. Cet acide étant l'indispensable aliment de la végétation, car il lui fournit tout son carbone, sa présence explique facilement le grand développement des forêts antédiluviennes de cette période. Et comme une telle quantité de cet acide eût été évidemment mortelle pour les animaux élevés, tels que les mammifères et les oiseaux, on n'en rencontrait aucun alors. On ne vit apparaître les reptiles et les mammifères que quand, à force d'employer de l'acide carbonique pour s'alimenter, les végétaux eurent assez épuré l'atmosphère pour permettre à l'animalité de s'y trouver plus à l'aise.
Mais cette réduction de l'acide carbonique de l'atmosphère devait avoir ses bornes, car sans cela il était nécessairement appelé à s'épuiser, et, par conséquent, la végétation à disparaître. Cette fin fatale ne peut être à craindre, selon M. Brongniart; nous en sommes arrivés à une époque où l'atmosphère reste parfaitement stable. Les forêts devenues considérablement moins étendues et les animaux à respiration aérienne étant apparus en masse, il én résulte que les végétaux absorbent autant d'acide carbonique que les animaux en produisent, et qu'ils émettent autant d'oxygène que ceux-ci en absorbent; de là l'équilibre.
121. Dans son bel ouvrage, Louis Figuier dit que « La Nouvelle-Sibérie et l'île de Lachou ne sont pour la plus grande partie qu'une agglomération de sable, de glace et de dents d'éléphants. A chaque tempête, la mer jette sur le rivage de nouvelles quantités de défenses de Mammouth. » (L. Figuier, la Terre avant le déluge, 1863, p. 306.)
Dans leurs excursions sur la côte nord de l'Amérique, les Russes en ont aussi rencontré d'amples gisements. Les matelots de l'équipage de Kotzebue s'en servaient pour faire du feu.
De temps immémorial, même à une époque où l'existence de l'Eléphant était pour elles un mystère, les nations occidentales employaient l'ivoire à de nombreux usages; et, chez elles, cette substance était rangée parmi les objets de luxe : cela avait surtout lieu en Syrie, en Grèce et à Rome.
Les Phéniciens et les Étrusques étaient célèbres par l'art avec lequel ils lui donnaient les plus belles teintes de la pourpre; et longtemps avant la guerre de Troie, les souverains en ornaient leurs palais et leurs temples. La couche de Pénélope, le trône d'Ulysse et les portes du palais de Ménélas étaient incrusté^ d'ivoire (Odyssée, IV, 73, et Iliade, IV, 141). A Jérusalem, il n'élait pas moins recherché. Salomon s'était fait faire un trône d'ivoire rehaussé d'or. Quelques maisons de Jé-
ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
rusalem en étaient fastueusement ornées, à ce que rapporte le prophète Amos. Achah lui-même en avait décoré l'extérieur de son habitation (Psalm. xltv, 9).
Les flottes de Salomon et d'Hiram, qui commerçaient avec les rivages d'Ophir et de Tharsis, en rapportaient de l'ivoire parmi leurs marchandises précieuses. Et à Tyr cette substance était si commune que ses riches habitants en embellissaient leurs barques de plaisir (Ezéch., xxvri, 6).
Les statuaires grecs ont à diverses fois employé l'ivoire dans la production de leurs chefs-d'œuvre. Pausanias dit que la statue de Jupiter Olympien de Phidias était sculptée à même l'or et l'ivoire. A Rome, il était également fort recherché; aussi, dans la Maison d'or de Néron, voyait-on des tables versatiles, dans la confection desquelles on l'avait allié aux plus précieux métaux. (Pausanias, Voyage historique en Grèce.)
Dans l'antiquité, il est évident que l'ivoire fut toujours considéré comme étant un symbole de la richesse des nations; aussi le faisait-on figurer dans les cérémonies de parade. Athénée dit qu'à la célèbre pompe de Ptolémée Philadelphie, des Éthiopiens portaient six cents dents d'éléphants, et que l'on y admirait plusieurs trônes d'or et d'ivoire. (Athénée, Banquet des savants, liv. V.)
122. Scheuchzer, à la fois naturaliste et théologien, décrivit son homme fossile dans sa Physica sacra. Là il le représente comme une des plus rares reliques de la race maudite engloutie par le déluge; et dans son religieux enthousiasme, à son aspect il s'écrie :
D'un vieux damné déplorable charpente, Qu'à ton aspect le pécheur se repente.
Dans ce fragment de squelette, le savant suisse prétendait retrouver des vestiges du frontal, des débris du cerveau et un fragment notable de l'os maxillaire et de la racine du nez.
L'autorité de Camper et de Cuvier a renversé tout cet échafaudage. (Cuvier, Ossements fossiles.)
123. Boucher de Perthes a fait une découverte aussi heureuse qu'inespérée, qui confirme ces prévisions. Il a enfin trouvé dans le Diluvium des environs d'Abbeville des ossements humains mêlés à des instruments en silex. Ces précieux vestiges consistent en une dent et une mâchoire d'homme, rencontrés à 4 mètres 52 centimètres de la superficie du sol. De l'assentiment des naturalistes anglais et français qui ont observé ces vestiges, le doute n'est plus permis : ils appartiennent à une race d'hommes antérieure au déluge.
Dans une note récemment lue à l'Académie des sciences, de Vibraye croit pouvoir affirmer que jusqu'au Diluvium inférieur, l'Homme s'associe aux Ursus spelxus, Hyena speLea, Cervus megaceros, Rhinocéros tichorhinus, Elephas primigenius. (De Vibraye, Silex trouvés dans le Diluvium. Compt. rend., p. 577.)
Un de nos archéologues les plus distingués, J. M. Thaurin , a découvert, avec mon fils Georges Pouchet, quelques ossements d'éléphants et une défense de l'un de ces animaux dans le Diluvium des environs de Rouen. Mais ils n'ont encore pu y rencontrer aucun vestige d'industrie humaine. (Voyez J. M. Thaurin, Pétrifications antédiluviennes des carrières de Quatremares, de Sotteville et de Saint- Etiennedu-Rouvray. Rouen, 1861.) j
124. Ce dernier des Mastodontes, ce Père des bœufs, comme l'appellent les sauvages Schavanais, qui le célèbrent dans toutes les vieilles chansons de la tribu, après avoir été simplement blessé par les foudres, s'est, selon eux, réfugié vers les grands lacs, où il se tient encore caché.
Voici l'une de ces chansons :
« Lorsque le grand Manitou descendit sur la terre, pour voir si les êtres qu'il •avait créés étaient heureux, il interrogea tous les animaux. Le Bison lui répondit qu'il serait content de son sort dans les grasses prairies dont l'herbe lui venait jusqu'au ventre, s'il n'avait sans cesse les yeux tournés vers la montagne, pour apercevoir le Père des bœufs en descendre avec furie pour dévorer lui et les siens. »
125. Notre savant naturaliste Victor Meunier donne de curieux détails sur les habitations lacustres dans le remarquable ouvrage qu'il vient de publier. Nous les citons textuellement ici :
« A la Nouvelle-Guinée, les Papous bâtissent également sur pilotis; mais ces pilotis sont enfoncés dans la mer à une certaine distance du rivage, parallèlement à
celui-ci, et supportent à huit ou dix pieds au-dessus de l'eau un plancher formé de pièces de bois rondes, qui, à son tour, supporte des cabanes circulaires ou carrées, formées de pieux rapprochés et de joncs entrelacés, et recouvertes d'un toit conique ou à deux pans. Un ou plusieurs ponts étroits conduisent à la rive.
« Exactement semblables (sauf la différence d'une station lacustre à une station maritime) étaient les habitudes de ces Pœoniens du lac de Prasias que Mégabyse ne put soumettre, et dont les demeures, au rapport d'Hérodote, étaient construites de la manière suivante :
« Ils fixent sur des pieux élevés, enfoncés dans le lac, un échafaudage bien lié, « qui n'a d'autre communication avec la rive qu'un pont étroit; chacun, sur cette « plate-forme, a sa cabane, où se trouve une trappe qui donne sur le lac ; et, de « peur que leurs petits enfants ne tombent à l'eau, ils les attachent par le pied à « une corde; le lac est si poissonneux, qu'en y descendant un panier par la trappe, « on le retire à peu près plein de poisson. »
« Telles sont encore, pour en citer un dernier fait, celles de ces Africains dont la cité aquatique, bâtie dans une crique de la rivière Tsadda, causa tant d'étonnement, il y a une dizaine d'années, au docteur et naturaliste anglais Baikie, faisant alors partie de l'expédition du navire Pleiad sur le Niger.
A l'approche des étrangers, les habitants sortirent de leurs demeures, ayant de « l'eau jusqu'aux genoux; un enfant en avait jusqu'à la ceinture. »
a Nous vîmes de ces huttes, dit le docteur, qui, si elles sont habitées, obligent « leurs habitants de plonger comme des castors pour en sortir et pour y entrer. Nous « n'aurions jamais imaginé, ajoute-t-il, des créatures raisonnables formant par goût « comme une colonie de castors, ayant les mœurs des hippopotames et des croco- « diles qui infestent les marais voisins.» (Victor Meunier, la Science et les Savants en ISQi). Paris, 1865, p. 86.)
126. Nous faisons ici allusion aux personnages si célèbres de Faust et de Manfred, qui se ressemblent sous tant de rapports, en cherchant dans les secrets de la cabale la révélation de l'avenir.
Dans divers passages de ses œuvres, Byron exprime le vœu de converser avec les esprits, et de s'élancer loin de la terre et des détails prosaïques de la vie:
« Êtres mystérieux, esprits du vaste univers, ô vous que j'ai cherchés dans les ténèbres et dans les régions de la lumière; vous qui volez autour du globe et habitez dans des essences plus subtiles ; vous à qui les cimes inaccessibles des monts, les profondeurs de la terre et de l'Océan servent souvent de retraites..., je vous appelle..., réveillez-vous et apparaissez!... » (Manfred, act. I, se. lre.)
Dans son immense drame, Goethe s'écrie :
« Esprits qui nagez près de moi, répondez-moi, si vous m'entendez!... » (Faust, act. I, se. lre.)