LE CORAIL ET SES CONSTRUCTEURS
Considéré comme l'une des plus splendides productions de la mer, le Corail, déjà célébré dans les chants d'Orphée, a vu sa vogue traverser les siècles sans jamais s'affaiblir. Les Gaulois et les Indiens en décoraient leurs glaives et leurs armures de guerre. Aujourd'hui il n'est plus employé que pour la parure des femmes; là, les filles de la Nubie surchargent de longs colliers de corail leurs épaules d'ébène; ailleurs, l'éclat rutilant de ces colliers fait ressortir la blancheur satinée du cou des belles Circassiennes.
Mais ce Corail, si anciennement renommé, il a fallu plus de vingt siècles de tâtonnements incessants pour en dévoiler la mystérieuse nature.
C'est un Polypier branchu, d'une belle couleur rouge, qui offre la dureté des roches les plus compactes, et, comme elles, est susceptible de recevoir un beau poli. Quand on le retire de la mer, dont il habite seulement les eaux profondes, il ressemble absolument, par la disposition de ses rameaux, à un arbuste en miniature; et la coupe de sa tige, elle-même, présente des couches concentriques analogues à celles de certains végétaux. Ses branches sont couvertes d'une écorce rose et molle, et elles offrent de place en place de petits trous dans chacun desquels réside l'un de leurs constructeurs. Ceux-ci sont autant de Polypes qui, lorsqu'ils viennent à s'épanouir,
ont toute l'apparence de jolies petites fleurs d'un assez beau blanc, à huit divisions étalées comme des rayons, et dont les bords sont ornementés d'une rangée de cils.
Ce fut cette trompeuse apparence qui fit tant osciller les naturalistes relativement à la nature du Corail.
Son extrême dureté et le beau poli qu'il peut prendre, le
27. Coupe de la tige du Corail rouge, d'après une préparation de M. Poteau.
firent considérer comme un simple minéral par quelques observateurs.
Mais l'idée qui parut dominer toutes les autres, c'était que le Corail ne représentait qu'un arbrisseau sous-marin. Telle fut l'opinion de Pline et de Dioscoride ; et ces deux érudits, en le voyant si dur et si compacte, ajoutaient même que cet arbrisseau ne nous apparaissait avec une telle consistance, que parce qu'il se pétrifiait subitement en sortant des flots, lorsque l'air le frappait.
Tournefort, ce voyageur si judicieux, ne tira, à ce sujet, aucun avantage de ses pérégrinations en Orient, la patrie du célèbre Polypier. Il le considéra aussi comme une plante et le
fit même figurer, à ce titre, dans l'une des planches de son magnifique ouvrage. Il y est placé dans la vingt-deuxième classe du règne végétal, parmi la section qu'il intitule : des herbes marines ou fluviatilesi desquelles les fleurs et les fruits sont inconnus du 'vulgaire.
Un moment, mais seulement un moment, hélas! l'opinion du botaniste français parut reposer sur la plus stricte observation. Durant le dix-huitième siècle, le comte de Marsigii annonça au monde savant qu'il venait de découvrir les fleurs du Corail, et que, par conséquent, sa nature végétale ne pouvait