‹ L'universChapitre 26 sur 212 · Corail. Corallium rubrum, Lam · texte numérisé non relu

Corail. Corallium rubrum, Lam

plus être mise en doute. En plaçant des branches de ce Polypier dans de l'eau de mer, immédiatement après qu'elles venaient d'être pêchées, l'observateur italien avait vu les espèces de bourgeons qui couvrent leur surface, s'épanouir comme autant de fleurs à huit pétales, formées de gentilles petites corolles blanches et étoilées, qui se dessinaient sur l'écorce rougeâtre des tiges. Marsigii n'en doutait plus; c'étaient là les fleurs de l'arbrisseau paradoxal ; il avait résolu le problème laissé encore incomplet par Tournefort. Dans sa joie, en proclamant sa découverte dans le sein de l'Académie des sciences

et en lui faisant passer les pièces de conviction, il écrivait au président : « Je vous envoie quelques branches de Corail, couvertes de fleurs blanches. Cette découverte m'a fait presque passer pour sorcier dans le pays, personne, même les pêcheurs, n'ayant rien vu de semblable. »

L'illustre compagnie savante fut convaincue. Mais ses convictions et la quiétude de Marsigli ne devaient avoir qu'une

29. A, Polypes du corail plus grossis. B, ovule cilié. C, larve.

courte durée. Peu de temps après le moment où l'on avait cru avoir mis enfin le doigt sur la vérité, un médecin français, Peyssonnel, qui, en 1725, parcourait les côtes de la Barbarie, ayant assisté à la pêche du Corail et fait sur celui-ci de longues recherches, découvrit que ces prétendues fleurs n'étaient qu'autant de petits animaux ou Polypes analogues à ceux des Madrépores, et qui, comme eux, bâtissaient le faux arbrisseau pierreux.

Convaincu de l'exactitude de ses observations, Peyssonnel, à son tour, en lit part à l'Académie des sciences. Mais celle-ci, encore fascinée par les fleurs du corail que le comte italien lui avait adressées, n'ajouta aucune confiance aux découvertes du médecin français, et l'évinça de la façon la plus gracieuse.

Réaumur ayant été chargé par ce corps savant de faire un rapport sur cette découverte, crut, par ménagement, comme il le dit, n'en pas devoir nommer l'auteur. Et c'était avec un ton mêlé d'ironie et de compassion qu'il en écrivait à celui-ci, en lui accusant réception de son mémoire. Ce qu'il y eut encore de plus impardonnable, ce fut l'attitude du calme et consciencieux Bernard de Jussieu. Il adressa à Peyssonnel une lettre exempte de cette raillerie badine qui n'était nullement dans son caractère, mais tout aussi décourageante que celle de l'historien des insectes. De Jussieu était cependant beaucoup plus coupable, car le plus superficiel examen des prétendues fleurs du Corail lui eût démontré l'erreur. Tout ce que l'appareil floral a de fondamental y manquait; mais, paraît-il, le botaniste ne se donna pas la peine d'y regarder.

L'affaire eut un grand retentissement, et bon gré mal gré il fallut bien la débrouiller. Puis, au moment où la lumière se fit, on s'aperçut enfin que c'était le simple médecin de province qui avait raison contre l'Académie. Les fleurs du Corail n'étaient que des Polypes, et l'arbrisseau pierreux, un Madrépore, sculpté et façonné par de tout petits animaux marins.

Telle est la vérité relativement à la nature du Corail ; revenons sur la seconde erreur qui ternit son histoire.

On ne concevait pas trop comment un corps si dur pouvait cependant n'être qu'un tissu végétal. Les pêcheurs, en suivant la tradition ancienne, expliquaient parfaitement la chose, et tout le monde ajoutait foi à. leurs paroles. Ils prétendaient aussi que, sous l'eau, l'arbrisseau marin n'avait que la consistance de toutes les plantes terrestres analogues, mais qu'il durcissait subitement au contact de l'air. Cette étrange opinion était profondément enracinée parmi les masses et rangée au nombre des faits les plus avérés.

Cependant, M. de Nicolaï, qui était inspecteur des pêches, voulut tout vérifier.

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