Têtes et trompes de divers Papillons
avant, et sont parvenus à discerner dans les Chenilles les premiers rudiments de l'ovaire, cette véritable fabrique d'œufs.
Mais que de merveilles encore inaperçues, inexpliquées! L'Image est précieusement protégée par une succession d'enveloppes dont elle se dépouille tour à tour. Puis, comme avant-
î 81. Pattes à crampons et ongles de la Chenille du saule. D'après Lyonet.
dernière scène de la vie, celle que revêt la Chrysalide est plus épaisse, plus robuste, plus rembrunie et moins ornementée que toutes les autres ; et c'est sous celle-ci, cependant, qu'une divine alchimie sème sa poussière d'or et d'argent sur les élytres de l'Insecte, ou les émaille de saphirs et de rubis.
En effet , lorsque le nouvel être, brisant ce laboratoire sépulcral, s'épanouit à la lumière, sa robe éblouissante reflète le plus vif éclat des métaux ou étincelle de pierreries. Aucun animal, aucune plante n'étale autant de richesses; nos plus belles parures n'en approchent pas. Aussi, subjugué par l'admiration, dans sa Théologie des insectes, Lesser a-t-il pu s'écrier : « Jamais Salomon, sur son trône resplendissant, n'a été aussi magnifiquement vêtu que l'une de ces frêles créatures! »
Dans les anciennes chroniques, il est assez souvent question de gouttes de sang tombées, çà et là, comme un sinistre présage, ou même de véritables pluies de sang, qui ont jeté l'effroi parmi nos superstitieux ancêtres. Les savants expliquent parfaitement aujourd'hui ce phénomène, qui se lie aux métamorphoses des insectes.
Grégoire de Tours parle déjà d'une pluie de sang qui tomba durant le règne de Childebert et répandit l'épouvante parmi les Fran es. Mais la plus célèbre est celle qui eut lieu à Aix en Provence, durant l'été de l'année 1608. Elle avait frappé de terreur les habitants de toute la contrée. Les murailles du cimetière de l'église, et celles des maisons des bourgeois et des paysans, à une demi-lieue à la ronde, étaient toutes tachées de grosses gouttes de sang.
Un attentif examen de ces gouttes avait convaincu un savant de cette époque, M. de Peirese, que tout ce qu'on débitait sur ce sujet n'était qu'une fable. Cependant il ne put d'abord expliquer cet extraordinaire phénomène, mais un hasard lui en révéla ostensiblement la cause. Ayant renfermé dans une boîte une chrysalide d'un des Papillons qui s'étaient montrés alors fort abondamment, quel ne fut pas son étonuement lorsqu'il aperçut une tache d'un rouge vif à l'endroit où s'était opérée sa métamorphose !
Le savant avait là réellement découvert la cause de ces pluies prodigieuses, qui ont frappé de stupeur tant de gens. Beaucoup de Papillons, en effet, peu d'instants après être
sortis de leur maillot de chrysalide, rejettent un fluide épais,
82. Pluie de sang. Vanesse grande Tortue. Vanessa polychloros, Linnée.
coloré, qui s'est amassé dans l'intestin pendant leur réclusion. Celui-ci est d'un rouge de sang chez certains Lépidoptères
diurnes, en particulier les Vanesses, et surtout, parmi elles, la grande Tortue, que Réauraur accuse principalement du fait.
M. de Peirese reconnut en effet que la pluie de sang d'Aix avait été accompagnée de l'apparition prodigieuse de Papillons appartenant à la même espèce que celle qu'il avait renfermée. Et il est dit dans l'Encyclopédie que ses conjectures furent confirmées, en ce que l'on ne trouva aucune tache sur les toits, mais seulement sur les étages du bas des maisons, lieux que les Papillons choisissent pour leurs métamorphoses 28.