L'INTELLIGENCE DES INSECTES
Descartes, qui n'avait guère observé les Insectes, ne voyait en eux que d'ingénieuses machines, de vrais automates vivants, montés une seule fois pour mettre en mouvement leurs rouages et leurs ressorts ; tout ce qu'a de merveilleux leur existence, semblait avoir échappé à ce brillant génie. Lorsque le cartésianisme eut fait son temps , quelques philosophes timorés consentirent cependant à reconnaître d'obscurest races d'instinct chez ces animaux.
Mais, à mesure que l'on étudia mieux ces miniatures de la création , à mesure aussi on leur découvrit quelques facultés élevées et des sensations perfectionnées, auxquelles succèdent la comparaison et le jugement. Nous les voyons même accomplir des actes dont le but confond notre esprit ; ils agissent
dans la prévision d'un avenir dont aucun tableau matériel n'a pu leur révéler l'existence.
Tout nous étonne dans la vie de l'Insecte, et ces travaux dont le fini et l'étendue tiennent du prodige . et ceux dont aucune tradition n'a pu lui dévoiler l'urgence.
Ce Papillon, qui s'échappe au printemps de son coffre de momie, n'eut jamais de rapports avec aucun des siens ; comment donc , à l'automne , déploiera-t-il tant de soins prévoyants pour une progéniture qu'il ne doit jamais voir ? Ces soins si délicats, cette prévoyance extrême, ne peuvent même pas être un reflet de ses premières impressions ! Les images s'en fussent effacées durant ces métamorphoses qui l'ont bouleversé de fond en comble.
A cette Libellule née sous l'eau, vivant dans l'ombre, plongée dans la vase, qui donc révèle que sa dernière patrie n'est que le ciel resplendissant? Et quand, entraînée par une suprême aspiration, elle va rejeter son ignoble vêtement de larve, pour s'imbiber d'air et de lumière , qui donc marque le moment précis où elle doit se ravir au fond des marécages, se parer de sa brillante robe de fête, et, semblable à l'oiseau, s'élancer dans l'atmosphère ?
Gall et Camper, qui ont mesuré l'intelligence des mammifères d'après les proportions du cerveau ou de l'angle facial, auraient bien eu aussi quelque chose à faire sur les Insectes. On remarque, en effet, que les plus ingénieux d'entre eux ont un système nerveux plus centralisé que les autres, et une tète proportionnellement plus grosse.
Cette observation a été faite par de célèbres physiologistes, à l'égard des Abeilles et des Araignées, qui ont des facultés assurément plus élevées qu'aucun autre animal de leur tribu. Ratzeburg, dans les magnifiques planches de son ouvrage, a même représenté le cerveau des premières pour donner l'idée de son ampleur.
On sait que Camper admettait que plus les animaux ont
l'angle facial aigu, et plus aussi leur intelligence est dégradée. Un savant anglais , White, a rendu cela graphiquement sensible en figurant la tête d'une grande série d'espèces de vertébrés, depuis l'homme jusqu'à la Grue, dont l'extrême allongement de la face correspond à l'infériorité intellectuelle. On pourrait peut-être exécuter quelque travail analogue pour les Insectes. Au commencement du tableau se trouveraient les Cicindèies et les Carabiques, audacieux carnassiers aux mœurs féroces, et à la tête fortement accentuée ; à la fin se verraient les timides