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LES INSECTES CHASSEURS

Beaucoup d'Insectes ne vivent que de chasses, et les procédés qu'ils y emploient suffiraient pour les classer en catégories distinctes.

Quelques-uns poursuivent à pied leur proie à travers monts et broussailles, et l'attaquent avec le courage du Lion. Les

92. Cicindèle champêtre. 93. Carabe pourpré. 94. Cicindèle de la Chine.

Carabes à la robe resplendissante d'or et d'azur, et les agiles Cicindèles sont dans ce cas. Et cependant, ni leur beauté, ni leurs services méconnus par l'homme, ne trouvent grâce devant lui : au lieu de protéger ces utiles auxiliaires de l'agriculture, qui chaque jour anéantissent tant d'espèces dévorantes, il les tue impitoyablement.

D'autres, non moins ardents à la curée, mais beaucoup plus ingénieux, tendent des filets ou construisent des pièges insidieux, dans lesquels leurs victimes s'engouffrent inévitablement.

La vie des Insectes présente des anomalies dont on n'observe pas d'exemples chez les autres animaux : ce sont des mœurs absolument différentes chez des espèces presque identiques physiquement. Ainsi, nous avons vu que les nymphes de nos magnifiques Libellules vivent dans la fange des marais ; au contraire, une larve d'un autre genre, qui leur ressemble infiniment, ne se plaît que dans le sable et aux ardents rayons du soleil : c'est celle d'un Névroptère fameux, le Fourmilion, ainsi appelé à cause de l'affreux carnage qu'il fait des Fourmis.

Cette larve affamée, la plus ingénieuse peut-être que l'on connaisse, construit son piège dans le sable le plus sec et le plus fin qu'elle peut rencontrer. Il consiste en un entonnoir parfaitement régulier, creusé au-dessous du niveau du sol» L'Insecte n'emploie que sa tête pour en opérer le déblaiement. Placé au centre de son travail, il la charge de parcelles de sable, qu'il lance ensuite au loin à l'aide d'un mouvement brusque d'élévation ; et ce mouvement se répète avec une telle fréquence que ces parcelles forment un jet presque continu.

Quand l'entonnoir a ses glacis assez inclinés et assez réguliers pour qu'aucun insecte ne puisse les gravir, la larve s'enfouit elle-même dans le fond, où l'on n'aperçoit plus que ses menaçantes mandibules , qui restent béantes, attendant l'occasion de s'exercer.

Lorsqu'une Fourmi vient étourdiment à franchir le bord de l'embûche, elle se trouve infailliblement entraînée par le plan incliné de l'entonnoir infernal. En vain tente-t-elle de remonter, le sable roule sous ses pieds, et elle glisse fatalement au fond, où aussitôt les terribles mâchoires du Fourmilion la saisissent et la tuent.

Parfois aussi, c'est un Insecte beaucoup plus gros qui tombe dans cette embûche de mort. Il résiste et fait de vigoureux ef-

forts pour en remonter la pente. Pendant ce temps, l'insidieux Fourmilion reste à son poste-, mais, se doutant de la taille de l'individu fourvoyé, parle volume des débris qui roulent sur sa tête, alors, il prend une part directe à sa perdition et, pour troubler ses efforts, jette, coup sur coup, sur sa proie des masses de sable qui en activent la chute au fond du gouffre. Arrivé là, l'animal est indubitablement perdu : le Névroptère altéré de sang ne fait aucune grâce.

Mais si le Fourmilion gardait près de lui les débris de ses repas, le piège se transformerait bientôt en charnier inhabitable ; il faut donc à tout prix s'en débarrasser. A cet effet, chaque fois que la larve a sucé un insecte, elle en place le cadavre sur sa tête, puis, à l'aide d'un effort suprême, le lance en l'air, et même parfois fort loin des abords de son trou, afin d'éviter le soupçon que pourraient faire naître les cadavres de ses victimes aux imprudents qui s'acheminent vers le fatal refuge. Durant quelques observations que je faisais sur les Fourmilions, je les ai vus lancer ainsi des mouches ou de grosses fourmis, à trois pouces de leur demeure.

D'autres Chasseurs, moins ingénieux, mais plus braves, procèdent comme de véritables oiseaux de proie. Ce sont des rapaces qui, dans leur vol agile et puissant, semblables au Faucon, fondent sur leur victime et la saisissent au milieu de l'air. Tels sont ces beaux insectes aux ailes transparentes et irisées, qui volent près de nos mares et que l'on désigne vulgairement sous le nom de Demoiselles.

Si la jalousie de Minerve brisa le métier d'Arachné, quoique réduite à ses propres moyens, l'obscure rivale delà déesse n'en accomplit pas moins de merveilleux travaux. Là, ceux-ci se font remarquer par la perfection de leur tissage; ailleurs, leur disposition révèle la plus astucieuse intelligence. Dans la première catégorie se trouvent les filets régulièrement circulaires que les Araignées des jardins tendent d'une branche à l'autre; dans la seconde, les toiles des espèces qui envahissent nos habitations.

Confectionnées ordinairement dans les angles des murailles, ces dernières offrent une nappe horizontale, souillée de pous-

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