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Fourmis occupées à traire des Pucerons

dit Huber, est plus ou moins riche, selon qu'elle a plus ou moins de Pucerons !

Huber a découvert aussi que les Fourmis sont tellement avides de cette liqueur sucrée que, pour s'en procurer plus commodément, elles pratiquent des chemins couverts qui, de la demeure de la tribu, s'étendent jusqu'aux plantes qu'habitent ces vaches en miniature. Parfois on les voit pousser la prévoyance jusqu'à un point encore plus incroyable. Afin d'obtenir plus de produits des Pucerons, elles les laissent sur les végétaux qu'ils sucent habituellement, et, avec de la terre finement gâchée, leur bâtissent là des espèces de petites étables, dans lesquelles elles les emprisonnent. Le savant que nous venons de citer a découvert plusieurs de ces étonnantes constructions ; c'est donc un fait irrécusable.

Quelques Fourmis, au lieu de puiser sur d'autres insectes cette humeur sucrée dont les nôtres paraissent si friandes, en

100. Fourmis à miel de grandeur naturelle, Myrmecocystus mexicanus.

trouvent une abondante source en elles-mêmes : c'est ce qui se voit sur la Fourmi à miel. Les tribus de ce curieux insecte signalé pour la première fois par M. Wesmaël, habitent le Mexique et vivent dans de petites galeries souterraines. Là, à un moment donné, le ventre d'un certain nombre devient globuleux, transparent, et se remplit d'une matière sucrée, à un point si prodigieux qu'il acquiert le volume d'une petite cerise. Cette sécrétion mellifère étant d'un goût exquis, dans certaines régions où abonde la Fourmi à miel, les femmes et les enfants vont creuser ses souterrains pour la récolter et la servir à table ;

ce qui se fait au dessert, dans des assiettes, après avoir enlevé la tête et le corselet de l'insecte.

Daus certaines circonstances, les Fourmis se livrent aussi des batailles qui ne paraissent avoir pour cause que des antipathies d'espèces ou de tribus.

Les combats des Fourmis ont eu leur historien, on pourrait presque dire leur chantre, car Huber fils les a décrits avec non moins de poésie qu'on n'en trouve dans les récits homériques ou les strophes de la Thébaïde.

On va le voir par le tableau de l'une des batailles, que nous empruntons textuellement au savant genevois. La lutte avait lieu entre deux fourmilières de la même espèce, situées à une centaine de pas l'une de l'autre. « Je ne dirai pas, s'écrie Huber, ce qui avait allumé la discorde entre ces deux républiques, aussi populeuses l'une que l'autre ; deux empires ne possèdent pas un plus grand nombre de combattants. Les armées se rencontrèrent à moitié chemin de leur résidence respective. Leurs colonnes serrées s'étendaient du champ de bataille jusqu'à la fourmilière, sur une largeur de deux pieds. Une immense réserve soutenait ainsi le corps de bataille. Dans celui-ci, des milliers de Fourmis, montées sur les moindres saillies du sol, luttaient deux à deux, s'attaquant mutuellement à l'aide de leurs mâchoires. D'autres enlevaient des prisonniers, mais non sans de rudes combats, ceux-ci prévoyant le sort cruel qui les menaçait aussitôt leur arrivée dans la fourmilière ennemie.

« Le champ de bataille, qui se développait sur un espace de deux à trois pieds carrés, était jonché de cadavres et de blessés, couvert de venin et exhalait une odeur pénétrante. Çà et là aussi, quelques combats particuliers s'engageaient encore. La lutte commençait entre deux Fourmis qui s'accrochaient par leurs mandibules en s'exhaussant sur leurs jambes. Bientôt elles se serraient de si près qu'elles roulaient l'une et l'autre dans la poussière. Le plus souvent alors les deux athlètes recevaient du secours, et l'on voyait des chaînes de six à

dix Fourmis toutes cramponnées les unes aux autres, et tirant en sens inverse les deux adversaires jusqu'à ce que l'un ou l'autre lâchât prise ou fût entraîné par une force supérieure. »

A l'approche de la nuit, les deux armées opérèrent leur retraite et rentrèrent dans leurs demeures. Mais, le lendemain, le carnage recommença avec plus de fureur, et Huber vit la mêlée occuper six pieds de profondeur sur deux de front. L'acharnement des combattants était tel qu'aucun d'eux n'aperçut l'observateur et ne songea à l'attaquer.

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