Nids de Flamants rouges. Phœnicopterus rubcr, Cuvier
et appartenant surtout aux genres Gelidium et Sphserococcus. En rasant les vagues, les Hirondelles les enlèvent à leur surface, les avalent et les rejettent ensuite mêlés à leurs sucs di-
159. Nid de Merle mauvis. Turdus iliacus, Linnée. Du Muséum de Rouen.
gestifs, ce qui les rend glutineux, et facilite l'édification du gîte maternel.
La récolte de ces nids est dangereuse, parce que les Salanganes les placent souvent au fond de cavernes inabordables, dans lesquelles il faut se glisser avec des cordes, ou descendre
à l'aide de longues échelles de bambou. Les Chinois qui font l'état de les recueillir, n'y procèdent souvent qu'après s'être attiré la protection des dieux par quelques sacrifices préliminaires, et en parfumant l'entrée des précipices avec du benjoin ou d'autres substances odoriférantes.
Les nids de Salanganes ont acquis une grande célébrité à cause de l'usage que l'on en fait à la Chine pour l'alimentation. Là, ces nids sont l'indispensable ornement de tout repas de luxe; leur prix est fort élevé, aussi les particuliers qui possèdent des cavernes fréquentées par les Salanganes en tirentils des revenus considérables. Dans le potage, hachés en petits fragments, ils remplacent le riz ou le tapioca, et leur goût a la plus grande analogie avec ce dernier43.
Mais le plus charmant de tous nos maçons aériens est assurément le Roitelet omnicolorc, couronné de sa brillante huppe d'or. Ses nids ressemblent à autant d'éteignoirs renversés, que l'on aurait collés, par le côté, sur des tiges de roseaux. Ces véritables petites coupes à couver ne sont composées que de brins d'herbes agglutinés à l'aide de boue et de salive, pour en former une mince muraille presque aussi résistante que du carton. C'est un passage aux nids des Salanganes.
Il y a aussi des ouvriers qui emploient des matériaux mixtes; on ne sait où les classer. Le Mauvis est dans ce cas. Au dehors, son beau nid est entièrement formé de touffes de mousse moelleusement éparpillée, et à l'intérieur il se trouve lambrissé d'une muraille de terre compacte, sur laquelle la couvée repose à nu, comme si les parents redoutaient pour elle la chaleur de l'édredon. Cet oiseau n'est donc qu'à moitié maçon; et son nid est une vraie anomalie architecturale au milieu de sa classe où les parents déposent ordinairement leur progéniture sur un matelas moelleux et chaud, tandis que lui les place sur un corps froid et absolument dénudé.
Nous avons vu, au commencement de ce chapitre, un Pal-
160. Nids du Roitelet omnicolore. Regulus omnicolor, Vieillot. Du Muséum de Rouen.
mipède qui se creuse sous le sol une espèce de four, daus lequel a lieu l'incubation. Un Passereau de l'Amérique est plus ingénieux, il le construit; c'est un véritable maçon, aussi lui a-t-on tout naturellement donné le nom de Fournier. C'est
161. Nid de Fournier. Furnarius rufus, Vieillot. Du Muséum de Rouen.
un plus robuste ouvrier que les hirondelles. On s'étonne du nombre de voyages qu'il a dû faire pour porter au haut des arbres la terre gâchée, presque pure, qui compose sa demeure de famille.
Le Fournier est de la taille d'une Caille. Ses nids hémisphériques, placés à la bifurcation des grosses branches d'arbres, ont plus de huit pouces de diamètre ; ils pèsent de trois à
162. Nid et coupe du terrier de la Chouette mineur. Strix cunicularia, Ch. Bonaparte.
quatre livres. Si cette construction n'est point comparable, pour l'ampleur du travail, à celle du Mégapode, elle est cependant remarquable par sa maçonnerie serrée, et son ou-
verture exactement analogue à la gueule d'un four de boulanger. Un de ces spécimens d'architecture, que possède le Muséum de Rouen, fidèlement représenté ici, semble justifier le nom que porte l'ouvrier.
Le prince Ch. Bonaparte nous a fait connaître une charmante et curieuse Chouette, qu'on doit placer aussi dans la catégorie qui nous occupe. C'est un enfant révolté, dédaignant toutes les traditions de famille, et qui, malgré sa nocturne livrée de hibou, déserte les vieilles ruines et l'obscurité des cavernes, et ne chasse qu'au grand jour, à la vive lumière qui aveuglerait tous ses camarades.
Cette espèce pullule sur le territoire du Mississipi, où elle s'abrite dans des souterrains de plusieurs mètres de profondeur, dont l'entrée est surmontée d'un tumulus de terre. On l'appelle Chouette mineur, mais cependant elle ne mérite pas strictement ce nom, car c'est souvent une simple spoliatrice, qui s'installe dans les villages des Marmottes, qu'elle en chasse probablement. Ce qu'il y a de certain, d'après l'illustre ornithologiste, c'est que les deux animaux n'habitent point ordinairement ensemble; seulement, dans un danger commun, la Marmotte et l'Oiseau se blottissent au fond du même souterrain, où parfois on les trouve environnés d'hôtes les plus inattendus , au milieu d'une compagnie de Crapauds, de Serpents à sonnettes et de Lézards!