SUPPRESSION DE LA PEINE DB MORT
L’empereurKAO-Tsoo-wou-Ti donna pendant son règne le premier exemple peut-être de la suppression de la peine de mort dans un grand empire. Il est vrai que c’est à la doctrine bouddhique, qui enseigne la métempsycose ou la transmigration des âmes, et qui ne permet pas même le meurtre des animaux, que cette grande réforme était due. Mais que ce soit à un principe religieux ou à un principe d’humanité qu’un grand acte social s’accomplisse, il ne faut voir que le résultat, et en honorer toutes les causes , si ce même résultat est utile à l’humanité. Des historiens prétendent que la réforme de l’empereur bouddhique chinois fut
(*) La pt. 56 , qui est tirée des Faits mémorables des empereurs chinois , représente Wbu- ri expliquant dans son palais les livres bouddhiques à ses courtisans el aux gens du peuple. On voit dans le serond plan de la gravure la triade bouddhique, dont il est si souvent question dans les livres de cette secte.
nuisible à la paix de l’empire, et que les meurtres et les brigandages se multiplièrent à l’infini par la suppression de la peine de i#ort. Si cela était, si la peur du châtiment pouvait empêcher le crime, nul doute qu’il ne faillit le conserver, dans l’intérêt même de l’humanité aussi bien que dans celui de l’ordre social; mais c'est une question qui ne nous paraît pas résolue.
On vit se renouveler sous le règne de Wou-ti un exemple de fidélité assez commun en Chine (voy. p. 82-83), mais que l’on ne rencontré pas souvent ailleurs sous cette forme un peu débonnaire. Un grand de l’empire, qui avait été ministre de la précédente dynastie, ne voulant pas servir la nouvelle, se laissa mourir de faim. Quand le nouvel empereur apprit cette mort, il s’écria : N'est-ce pas du ciel et non des grands que je tiens l'empire '? quelle raison a donc pu porter ce misérable à se donner la morl't
Sous le règne de ce même empereur arriva aussi un exemple de piété filiale assez extraordinaire pour trouver une place honorable dans l’histoire. Un jeune homme de quinze ans voulut mourir pour son père, qui avait été condamné à avoir la tête tranchée pour plusieurs crimes commis pendant l’exercice de sa magistrature. L’empereur, touché du dévouement du fils, accorda la vie au père, et voulut récompenser le jeune homme d’un titre d’honneur; mais ce dernier refusa, en disant que cette distinction lui rappellerait sans cesse le souvenir du crime de son père.
Un petit roi delà province d ellonan, vassal de l’empereur, se mit en révolte contre son souverain , et se rendit maître de Nan-king. fl se saisit de l’empereur, qui parut devant lui avec une contenance ferme et assurée, sans donner aucun signe de trouble. Le rebelle eut de la peine à soutenir les regards de son souverain , et il en fut si frappé que la sueur couvrit son visage. Je n' durais jamais cruf s’écria-t-il, qu’il était si difficile de résister à une puissance établie par le ciel! Cette émotion involontaire et passagère l’empêcha de faire massacrer le vieil empereur;
il se contenta de le faire mourir lentement en lui retranchant chaque jour quelque chose de ses aliments.
Deux fils du fondateur de la dynastie des Liang lui succédèrent au pouvoir.
Le premier, Kiàn-wen (550-551), n’y fit pour ainsi dire que passer; il fut étouffé la seconde année de son règne par le même rebelle qui avait fait mourir son père, et qui prit ensuite le titre d’empereurde/fare. Lesecond , Youan- TI (552-554), ne régna que trois ans.
Un de ses généraux, qui était en même temps souverain d’un petit État, ayant défait et tué le vassal rebelle, dont le cadavre fut exposé à toutes sortes d’outrages et mangé par une populace furieuse, se révolta a son tour, et assiégea Nan-king où résidait l’empereur. Celui-ci, que les historiens représentent comme tout à fait adonné aux doctrines des sectateurs de la Raison (les Tao-sse), ayant pris scs armes et fait le tour des murs de la ville, vit que tout espoir de salut était perdu pour lui; alors il brisa son épée précieuse, et fit mettre le feu à sa bibliothèque qui contenait plus de cent quarante mille volumes, en s’écriant : Hélas !
c’en est fait désormais des sciences militaires et de la littérature!
La ville ayant été prise, il monta sur un cheval blanc, et, vêtu comme un homme vulgaire, il alla se livrer au vainqueur, qui le tua de sa propre main , à l’àge de quarante-sept ans.
L’histoire chinoise rapporte que la première année de son règne (552), deux soleils furent aperçus ensemble dans le ciel.
Un des fils du dernier empereur lui succéda (555-556); mais au bout de deux ans de prétendu règne, il fut aussi tué par le meurtrier de son père, qui devint ainsi le fondateur de la dynastie suivante.
Quelques descendants de Wou-ti régnèrent, sur la fin de la dynastie des Liang et au commencement de celle des Soui, dans la province actuelle de Hou-kouang , sous le nom de Liang postérieurs (heou Liang). Ils ne sont pas mis au rang des empereurs et des dynasties. i
CHINE
XIe DYNASTIE. LES TCHIN.
sa 667 a. 58i. — — 33 asb^es, 5 empereurs.
Ces successions rapides de souverains et de dynasties, dans un empire 'comme la Chine, indiquent qu’à ces époques il y avait ou il devait y avoir une grande perturbation dans ies éléments d’ordre et de stabilité qui assurent la durée des nations, et que les idées religieuses n’y devaient pas être étrangères. En effet, l’histoire chinoise (dont nous ne pouvons recueillir ici que quelques traits épars, en indiquant rapidement la succession des principaux événements) nous fait connaître
u’à l’époque de la chute de la dynastie
es Liang, l’empereur de la partie du nord de la Chine, appelée Tchéou, lit brûler tous les temples et les idoles des bonzes. Alors il y avait une réaction contre les envahissements successifs des prêtres bouddhiques. On verra encore se renouveler ces grandes exécutions politiques qui ont un caractère si imposant, sinon si barbare, et qui ébranlent si profondément les populations. Les révolutions politiques, dont on méconnaît quelquefois les causes, sont dues souvent aux ébranlements des âmes autant qu’aux mécontentements des esprits.
Le fondateur de la dynastie des Tchin ne régna que trois ans (557-559) , sous le nom de Empereur guerrier (Wou-ti); son frère lui sucreda sous celui de Empereur lettré (Wen-ti) , titre qu’il mérita par ses connaissances et sou amour éclairé de la justice. Il avait l’habitude de parcourir souvent son palais pendant la nuit ; c’est ce qui lui lit établir l’usage d’annoncer ies différentes heures de la nuit dans la courdu palais en frappant sur de grands tambours, usage qui s’exécute encore aujourd’hui dans toute la Chine. Pendant son règne, qui dura sept ans (de 560 à 567), l’empereur du Nord renouvela un ancien usage, fort louable, qui était d’entretenir aux frais de l’empereur les vieillards qui avaient rendu des services importants à l'État.
L’empereur Siouan-ti (569-580), frère du fondateur de la dynastie , s’em-
para de la souveraineté par force, et il en déposséda son neveu, qui ne régna que deux ans.
Ce prince aimait passionnément la musique, et il était d’un caractère aimable et enjoué; il accueillait près de sa personne les sages et les hommes instruits, qu’il aimait et protégeait.
Ces qualités lui procurèrent un règne que l’on devait regarder comme long, à cette époque de troubles et de morts violentes : il régna quatorze ans.
Pendant ce temps, l’empereur du Nord avait donné sa fille en mariage à l’un de ses ministres, nommé iangkian, qui peu après fut fait souverain de la principauté de Souï. Ce ministre devint si puissant, qu’en peu d'années il fut en état de se rendre maître de toute la Chine.
Plusieurs historiens (de ce nombre sont ceux qui ont rédigé la Table chronologique précédemment citée) font cesser le règne de la dynastie Tchin à la mort de Siouan-ti. D’autres font encore régner sept ans (583-589) un prince débauché, qui n’eut que le courage de se cacher dans un puits à l’approche du prince de .Voir?, dont l’armee nombreuse, après avoir traversé le grand lleuve Kiang, était entrée triomphante dans la résidence impériale. Ce prince, lâche et efféminé, fut chassé du trône qu’il avait souillé par ses infamies, et il fut réduit à passer sa vie dans la condition la plus humble et la plus vulgaire, pour laquelle il était né. C’est ainsi que finit la dynastie des Tchin, la dernière des dynasties méridionales de la Chine, et avec elle la division de l'empire chinois en deux (nàn pe tchao : les empires du Nord et du Midi), et la Chine redevint à cette époque (589) une monarchie unique et puissante.