INSCRIPTION DE SI NGAN-FOU
C’est au règne de Taï-tsoung que
(*) On peut consulter avec beaucoup de fruit les extraits des Annales chinoises concernant le Ta-thsin, que Visdelou a données à la suite de l’inscription de Si-ngan-fou.
remonte une inscription découverte en 1026 a Tchang-ngan ( aujoud’hui Si-ngan-fou) , doiit on possède un facsimilé réduit à la Bibliothèque royale de Paris , où il fut envoyé dans le siècle dernier par les missionnaires jésuites en Chine. Cette inscription, en admettant son authenticité, que nous n'avons aucun motif de nier comme Voltaire, quoique les historiens chinois n’en parlent pas, prouve seulement que la doctrine du christianisme, mais cependant d'un christianisme fort vague, comme le fait suffisamment connaître cette inscription (*), fut portée en Chine sous le règne de l’empereur Taï-tsouxg (de 627 à 650 de notre ère ) , par un prêtre chrétien nommé O-lo-pen, qui arriva à cette époque dans la capitale de l’empire à la suite de nombreux prêtres bouddhiques, et autres sectaires, qui accouraient en foule à Si-nganjou de toutes les parties de l’Asie, pour y propager leurs différentes doctrines' sous les auspices de la tolérance philosophique ae l’illustre empereur Taïtsoijng , qui avaitrempli l’Orientde sa grande renommée. L’histoire chinoise rapporte en détail toutes les ambassa- des politiques et religieuses qui se succédaient presque sans interruption à la cour de Taï-tsousg ; elle décrit fort au long les missions bouddhiques en Chine, depuis l’époque de Mjng-ti qui envoya une ambassade dans l’Inde pour chercher la doctrine de Bouddha; mais, de l’aveu des missionnaires les plus instruits (**), elle ne fait aucune
(*) On peut eu voir la traduction dans la Chine illustrée du P. Kirrher, jésuite, p.41, dans l 'Histoire universelle de la Chine , du P. Alvarez Semedo, Portugais. Lyon, 1667, p. 9 i o et suiv. , et dans le Supplément à la bibliothèque universelle , de d’Herhelot, par le P. Visdelou, savant missionnaire jésuite en Chine , qui l’a accompagnée d’une paraphrase et de notes, p. 375 et suiv.
(**) Voy. le P. Visdelou, lieu cité, et le P. Gaubil , Abrégé de l’histoire de la dynastie des Thang. Mém. sur les Chin. , t. XV, p. 446.
mention de la religion chrétienne, à la date de l’inscription.
Le P. Gaubil dit O-lo-pen arriva dans la capitale de l’empire chinois, « par les pays de l’ouest, et non par n la voie du sud. L’histoire, ajoute- « t-il, ne fait nulle mention d’une « ambassade du pays Ta-tsin à l’an- « née 635. Il y a apparence qu’ O-lo-pen « était à la suite des envoyés de Tcfiouvytte, de Tchou-mi , Tchoung-ting , « Ko-pan-to , Yu-tien ou Sou-le. Il « peut se faire aussi qu’il fût lui-même « ambassadeur. Ta-tsin est le nom de « l’empire romain ; c'était alors celui « dns Grecs. On sait que dans le pays « du Turkestan et autres pays voisins, « il y avait des chrétiens et des prê- « très. »
Voici quelques passages de cette inscription traduite par le P. Visdelou :
« Éloge de la religion admirable qui coule et qui marche dans le royaume du milieu; composé par Khing-çim ( Khing-seng ), bonze du temple* de Taçin, et gravé sur une pierre.
« Certes vraiment, celui qui perpétuellement vrai, solitaire, premier du premier, et sans origine, profondément intelligent, vide, dernier du dernier, et existant par excellence, tient l’axe mystique, et en opérant, convertit (le néant et l’être), et par sa dignité primitive confère l’excellence à tous les saints , n’est-ce pas le corps excellent de notre seule unité-trine, le véritable seigneur sans origine, Olo-ho?
« Il a formé une croix pour déterminer les quatre parties (du monde). Il a fondu le *vent primogène et a enendré deux matières. Le vide ténéreux a été changé, et le ciel et la terre ont paru à découvert. Le soleil et la lune ont fait leurs révolutions, et le jour et la nuit ont été faits. Par son travail il a achevé dix mille choses; mais en formant les premiers hommes , il les gratifia d’une concorde intime intérieure. Il leur ordonna de veiller à la sûreté d’une mer de conversions. (Leur) parfaite et primogène nature était vide et non pleine. 'Leur)
oogle
CHINE
cœur simple et pur était originellement sans désirs et sans appétits.
Mais après que Sothan eut répandu les mensonges, en appliquant son fard, il souilla le pur et le net.
« Il inséra l’égalité de grandeur dans le milieu de ce vrai-ci, et mit en pièces l’identité obscure dans l’intérieur de ce faux-là. C’est pourquoi trois cent soixante-cinq sectes se prêtant l'épaule (les unes aux autres), formèrent une chaîne; elles tissèrent à l’envi des filets de lois. Les unes indiquèrent les créatures pour déposer le vénérable.
Les autres évacuèrent l’être pour submerger les deux. D’autres en priant sacri lièrent pour extorquer la félicité. D’autres firent parade du bien pour tromper les hommes. L’examen et la sollicitude en travaillant travaillèrent.
L’affection pour le bienfait , étant en esclavage, fut captive. Toujours flottants iis n’obtinrent rien; le bouilli tourna en rôti. Ils augmentèrent les ténèbres; ils perdirent la voie; longtemps égarés, ils ne revenaient point.
Alors notre unité-trine lit part de san corps à ('admirablement honorable Mixi-ho.
« Se recueillant, il cacha la véritable majesté; il se présenta aux hommes semblable à l'homme. Le ciel joyeux de sa naissance publia la félicitation.
Une femme (vierge) enfanta le saint dans Taçin, une constellation admirable annonça le fortuné...
« L’empereur Taï-tsodng a illustré la Chine; il a ouvert la révolution, et a gouverné très-saintement les hommes. Un homme d’une vertu éclatante, nommé O-lo-pen, fut originaire du royaume du Ta-tçin. Il observa les nuées bleues, et porta les véritables écritures; il fit attention aux règles des vents, pour traverser le difficile et le périlleux. L’an neuvième de Tchingkouan, il arriva à Tchang-ngan. L’empereur ordonna à un de ses ministres d’aller à la tête d’un grand cortège, dans le faubourg occidental, et rencontrant le nouveau venu , de l’amener au palais. Il traduisit les écritures dans la salle des livres. La porte où il n’est pas permis d’entrer écouta la
Doctrine, et comprit à fond la droite unité; il ordonna spécialement de la publier et livrer. L’an douzième de Tching - kouan , au septième mois, en automne, il fit un édit en ces termes :
« La Doctrine n’a point de nom déterminé, le saint n’a pointde substance déterminée ( toutes les religions sont bonnes); il institue les religions selon les pays, et passe en foule tous les hommes dans la barque. O-lo-pen , du royaume de Taçin et d’une grande vertu, prenant les écrjtures et les images, est venu les offrir dans la cour suprême. En examinant l’esprit de cette religion , elle est mystérieuse, excellente, paisible. En contemplant son primogène vénérable, il produit le parfait et établit le nécessaire. Ce discours est exempt d’un importun verbiage... Que ceux qui sont en charge construisent sans délai dans le canton nommé Y-nien, de la ville impériale, un temple du royaume de Taçin, et y fassent passer viiigt et un bonzes.
» La vertu des vénérables Tcheou s’étant éteinte, le chariot bleu ( Lao tseu ) passa dans l’Occident. La sagesse des grands Thang étant venue à briller, le vent admirable a soufflé dans l’Orient... »
Toute l’inscription , dont nous n’avons rapporté ici qu’un court fragment , est écrite de ce style , au moins dans la traduction du P. Visdelou (nous n’avons pas cru nécessaire de la comparer avec l’original); on ne peut guère s’empêcher d’y reconnaître un mélange confus de toutes les doctrines étrangères au confucianisme qui se produisirent ouvertement en Chine sous le règne d’indifférence et de tolérance religieuse de l’empereur Taï-tsoung. On v remarque surtout un caractère bien prononcé des doctrines professées par les sectateurs de Lao-tseu, auquel le dernier paragraphe cité de l’inscription fait allusion; et il serait difficile, sans la meilleure volonté du monde, d’y découvrir les doctrines du christianisme qui n’y est pas même nommé. D’ailleurs nous avouons sincèrement que nous ne
voyons pas l’importance que l’on a voulu attacher à ce monument , lequel , en admettant son authenticité,' que nous n'avons aucun intérêt à contester, ne prouverait rien autre chose, selon nous, si ce n’est que des notions d'un christianisme bien vague auraient été portées en Chine sous le règne de Taïtsoung, comme une foule d’autres no- - tions religieuses avec lesquelles elles auraient été confondues.
Le P. Gaubil (histoire de la grande dynastie Thang) dit « que Taï-tsoung fit bâtir dans la place Y-ning-fang de la ville impériale une église pour être , desservie par vingt et un prêtres ou religieuxde cette loi. L’empereur, dans cet édit, rapporte qu’autrefois la dynastie Tchéou ayant presque perdu la vraie vertu, Lao-kiun (ou Lao-tseu) alla en Occident, et que l’empire des Thang faisant fleurir la vraie vertu , la vraie loi de Tathsin était venue dans le pays oriental (la Chine)»; voulant faire entendre que la religion apportée de l’empire romain en Chine, sous son règne, était semblable à celle portée en Occident par Lao-tseu plus de mille ans auparavant.
« Dans l'histoire chinoise, ajoute le P. Gaubil, on ne voit rien qui désigne l’édit de l’empereur en faveur de la religion chrétienne. »
L’histoire chinoise de l’époque où nous sommes arrivés, fait mention d’un grand nombre de peuples de l’Asie centrale et occidentale, parmi lesquels on reconnaît les Perses ( l’o-sse), dont le roi, est-il dit, Isdegerde ( Y-sse-y) , descendait des grands Youë-tchi ou Indu-Scythes. On reconnaît aussi dans les désignations de l'histoire chinoise la Transoxanv, le Tokarestan et l’empire -grec de Constantinople {Foulin}. En lisant cette histoire, on est frappé du grand mouvement qui agitait l’Asie a cette époque où les barbares, sortis des déserts de la Scythie, se ruaient de toutes parts sur les peuples que le luxe et les richesses avaient amollis, pour prendre leur place au soleil de la civilisation.
650. L’empereur Kao-tsoung qui succéda à Taï-tsoung eut un règne
long , mais peu brillant. L’histoire chinoise lui reproche la passion qu’il conçut pour une concubine de son père nommée Wou, qu’il éleva au rang d’impératrice, apres avoir répudié ses deux premières femmes légitimes pour satisfaire son ambition. Ce lâche empereur poussa l’aveuglement et la passion si loin, qu’il remit à cette femme le gouvernement de l’empire, et lui donna le titre de reine céleste ( thianhéou ). Après sa mort, qui arriva en 683 de notre ère, cette femme fit déposer son fils Tchoung-tsoung qui lui avait succédé, et s’empara du trône. Le jeune empereur dépossédé resta en exil jusqu’à l’année 705 où il fut rappelé au pouvoir. L’histoire chinoise ne place point l’imperatrice AVou-héou dans la liste des souverains qui ont gouverné la Chine, parce qu’elle est regardée comme une usurpatrice. Cette femme avait 'beaucoup d’esprit et de moyens, dit-on; elle s’était fort appli-
?|uee à l’étude de l’histoire chinoise. Il allait bien qu’elle fut supérieure aux deux empereurs qu’elle annula complètement, puisqu’elle sut les tenir à l’écart et régner à leur place. Quand les hommes sont su-dessous de leur mission, ce ne doit pas être un crime à la femme de s’en emparer, surtout si elle est digne de la remplir, et si elle ne s’abandonne pas aux passions cruelles qui naissent trop souvent d’un pouvoir sans contrôle.