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GRANDES RELATIONS AVEC LES AUTRES ÉTATS DE L’ASIE

C’est cette tolérance de toutes les doctrines.de toutes les religions qui se produisaient en Chine sous son règne , comme sous celui de l’empereur Taî-tsoung, qu’il avait pris pour modèle , qui fit accourir en Chine, tant d’apôtres de doctrines étrangères, venus de tous les points de l’Asie.

L’empereur avait promis au roi du Thibet de lui donner une princesse de sa famille en mariage. Ce roi envoya des ambassadeurs pour engager l’empereur à tenir sa promesse ; et il lui fit demander en même temps les livres sacrés de la Chine, c’est-a-dire le Chi-king , le Chou-king , le l.i-ki et le TWinn-Éviéott. L’empereur reçut trèsbien les ambassadeurs, et leur accorda tout ce qu’ils demandaient. A ce sujet, un lettré, attaché par emploi à la garde des livres, regardant comme contraire aux anciens usages et à la saine politique de la Chine , que l’on • envoyât à un roi barbare les livres classiques de sa nation , crut devoir s’y opposer de toutes ses forces. Il présenta une requête à l’empereur, que le P. Amiot a traduite ainsi :

« Autrefois le roi de Toung-ping, dont la famille était alliée à celle des Han, qui gouvernait alors l’empire, demanda avec instance qu’on lui donnât nos livres d’histoire et de philoso-

fhie. Il fut constamment refusé par empereur, son parent et son ami.

Aujourd’hui le roi du Thibet , qui est l’ennemi juré de notre nation , demande nos livres sacrés , et Votre Majesté ne fait aucune difficulté de les lui accorder; n’est-ce pas là lui prêter des armes pour nous combattre? Si les Tou-fan ( Thibétains ) , ses sujets , lisent une fois nos livres, leur entendement s’ouvrira; ils acquerront nos sciences , et avec elles l’esprit de prévoyance et de ruse; ils n’en deviendront que plus insolents et plus redoutables pour nous; en un mot, ils apprendront l’art de nous vaincre, et peut-être de nous subjuguer. Je sup-

plie Votre Majesté de ne pas donner à nos ennemis des flèches avec lesquelles ils ne manqueraient pas de nous percer, etc. »

L’empereur ne pensait pas comme ce lettre. Cependant il voulut proposer la question à son conseil des ministres. L’un de ces derniers justifia la mesure en ces termes , en considérant la question sous un point de vue plus élevé que le vieux lettré :

«Les Thibétains, révoltés depuis bien des années, ne font que de se soumettre. Ils demandent humblement notre alliance et notre instruction. Les refuser, ou ne leur accorder qu’une partie de ce qu’ils souhaitent, ce serait les révolter encore. Je pense donc qu’il est très-à propos de les satisfaire, et de leur envoyer le Chouking, le Chi-king, et tous ceux de nos livres qui pourront leur faire plaisir. Ils y puiseront les principes de la grande iloctrine , qui est sans bornes ,, et en deviendront meilleurs. Que ne pouvons-nous faire un pareil présent à tous les peuples barbares ! Hientôt toute la terre serait peuplée de sages, et nous n’aurions pas la peine d'assembler si souvent de nombreuses troupes pour réprimer l’insolence et la rapacité de nos injustes agresseurs.

Yu-hiéou-li (l’auteur de là requête) ne fait pas attention aux avantages réels que l'étude des sciences procure aux hommes. Si quelques-uns en deviennent plus artificieux , plus rusés et plus méchants , le plus grand nombre y apprend les règles d’une bonne vie , celles de la sagesse et de la vertu. »

Les causes que nous avons signalées précédemment rendirent très-fréquentes les ambassades des autres Etats de l’Asie avec la Chine. On voit, dans la Notice sur l'Inde , déjà citée, que, pendant les années 714 et 715 de notre ère, le royaumede l'Inde occidentale envoya des ambassadeurs offrir des productions du pays. L’année 717, le royaume de l’Inde centrale envoya également une ambassade à la cour’, pour offrir des productions du pays. L’année 720, le même royaume de l’Inde centrale envoya un ambassa-

deur à la cour; la même année, le royaume de l’Inde méridionale envoya un ambassadeur offrir des zibelines avec des perroquets de cinq couleurs.

L’année 725, le roi de l’Inde centrale envoya un ambassadeur présenter ses hommages à l’empereur. L’année 729, un prêtre samanéen, instruit dans les trois mystères bouddhiques, du royaume de l’Inde septentrionale , nommé Mi-to, se rendit à la cour de l’empereur delà Chine, pour lui offrir du tchifhan (nom d’une certaine médecine), et d’autres médicaments de cette espèce. L’année 730, le royaume de l’Inde centrale envoya un ambassadeur à la cour offrir un tribut. L année 73t. les royaumes de l’Inde envoyèrent à la cour offrir des présents.

SECOURS DEMANDÉS A L’EMPEREUR CHINOIS PAR LES INDIENS CONTRE LES ARABES.

Un autre fait plus curieux , consigné dans la même Notice, est le suivant : ,

« Selon la Relation des Indes, dans la période des années Kaï-youan (de 713 à 742), un ambassadeur, envoyé par Y Inde centrale, vint à la cour, après avoir essavé de traverser trois fois Y Inde méridionale , offrir des oiseaux de cinq couleurs , qui pouvaient parler; il demandait des secours contre les Ta-chi (ou Tadjiks, Arabes) et les Thou-fan (ou Thihétains), et il se proposait pour être le général de ces troupes auxiliaires. » L’empereur chinois lui accorda sa demande. Niais les troupes chinoises lurent battues par les Arabes, s’il faut en croire la version turque de l’histoire des khalifes, parTABABi. «Cette même année, 87 de l’hégire (709 de notre ère) , fut

glorieusement terminée par la défaite.

e deux cent mille Tartares qui étaient entrés dans le pays des Musulmans, commandés par Teghaboun , neveu de l’empereur de la Chine. Les Musulmans reconnurent qu’ils devaient cette importante victoire à la protection de Dieu. » La légère différence des dates rapportées par les historiens des deux nations, nrautorise pas à admettre

que les troupes chinoises, battues par les Arabes, et que commandait un neveu de l’empereur de la Chine, étaient précisément celles qu’avait obtenues l’ambassadeur indien ; mais il résulte de ce rapprochement historique, que les troupes chinoises appelées par les États de l'Asie occidentale, eurent à combattre plusieurs fois la puissance déjà formidable de la nation arabe ;ous les khalifes, qui faisaient aussi trembler l’Europe. C’est à la même époque (732) que Charles Martel délit les Mores près de Poitiers, et leur enleva, par cette victoire glorieuse, la conquête de la France.

Il est dit aussi , dans une Notice chinoise sur le royaume de Fargana ( Ta wan(*) ) : « La 29' des années Kaï-youan (741 de notre ère) , le roi du royaume de Che ( Schasch ) demanda des secours contre les Ta-chi (A rabes) , secours qui ne lui furent point accordés. » Le roi de Schasch ajoutait que le khalife des Arabes était hjléau de tous les États. » Ce même roi perdit son royaume huit ans après , sous le prétexte qu’il était attaché au roi du Thihet, alors en guerre avec la Chine; et ce fut un général chinois qui , s’étant approché de la ville de Schasch avec un grand corps de troupes , surprit cette ville où était le roi , et le fit prisonnier. Il pilla le palais et la ville: il y avait , dit - on , dans ce palais , de beaux instruments de musique et beaucoupd’or ; le général chinois eut de quoi en charger cinq ou six chameaux ; il fit beaucoup d’esclaves, et enleva un grand nombre de chevaux. Arrivé à Si-ngan-fou, le roi de Schasch y fut mis à mort. Son fils courut les pays voisins pour avoir des secours , afin de combattre le général chinois dont la mauvaise foi et l’avarice irritèrent tous les princes du pays. Ces princes implorèrent le secours du khalife, et, pour se venger, ils résolurent d’attaquer les places qu’occupaient les Chinois. Le khalife leur donna des troupes, et les joignit à celles du roi d e Schasch

(*) Voy . le Kou-kin-tou-chou, section Piani-tian, liv. 5ÿ, fol. i3.

CHINE

et des princes alliés. Le général chinois avait une armée de soixante mille hommes, presque tous Tartares, qui fut entièrement défaite. La bataille se donna près de la ville deThara's. Le fils du roi de Schasch se fit tributaire du khalife.

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