PREMIÈRE TRIANGULATION CONNUE
Y- H an'g prit en habile homme toutes les mesures dont il était capable pour s’assurer d’une bonne méthode. Il voulut connaître la situation des principaux lieux de l’empire. Pour cela il
(*) Sse-tseu-kouë , traduction du terme sanskrit sinhala on sin/iald dvipa , altéré en celui de serendib, par les Arabes.
(**) Histoire abrégée de l'astronomie chinoise.
(***) On a vu précédemment , pag. 84 , que Tcuéou-koumg , noo ans avant notre ère, avait déjà fait des observations qui dénotaient un certain degré assez avancé de la science astronomique; mais on ne peut pas dire qu’il ait fait opérer une triangulation pour connaître approximativement les diamètres et la circonféreuce de la terre.
fit faire des gnomons, des sphères, des astrolabes, des quarts de cercle et autres instruments d’observation. II envoya deux compagnies de mathématiciens, l’une au nord et l’autre au sud. Ils eurent ordre d’observer tous les jours, lorsqu’il serait possible, la hauteur méridienne du soleil par le nomon de huit pieds, et la hauteur e l’étoile polaire. Ils eurent ordre de prendre exactement la distance de quel ques lieux qui fussent situés en opposition nord et sud. On choisit pour cela la province de Ho-nân où se trouvent de grandes et belles plaines. Le but de Y-hang fut de savoir exactement le nombre de li qui, sur la terre, répondent à un degré de latitude. Sachant ensuite la différence des lieux en latitude, il savait leur distance en li. On n’indique pas quelles mesures il prit pour savoir la distance des lieux en longitude ; les opérations mathématiques que cet astronome chinois fit faire, étaient une triangulation aussi sdre que l’état des connaissances mathématiques et astronomiques de son époque, privée des instruments modernes, pouvait l’admettre.
Y-hang ordonna à ses savants voyageurs d’aller les uns à la capitale de la Cochinchine et du Tonquin, et les autres jusqu’au pays de Tié-lé (*) vers le nord, avec 1 injonction d’observer et de marquer par eux-mêmes la du-' rée des jours et des nuits, et les différentes étoiles qui ne pouvaient être vues sur l’horizon de Si-ngan-fou. Les traités d’astronomie chinoise n'avaient parléjusqu’à Y -h ang , que de celles qui sont visibles sur l’horizon de 34 à 40° de latitude nord. O11 commença alors à parler de l’étoile Canope et de celles ui sont à son sud. L’histoire chinoise e l’astronomie des Thang rapporte les observations qui eurent lieu ainsi par l’ordre de Y-hang; elle donne la longueur de l’ombre d’un gnomon de huit pieds, à midi du solstice d’été, dans les villes capitales de la Cochinchine et du Tonquin, dans quelques villes
(“) Nom d'une horde de Tarlares qui campait aux environs du lac Baï-kal,
du Hou-kouang , du Ho-nan et du Chan-si. L’histoire rapporte encore un voyage que Y-hang (it exécuter sur mer piour observer les étoiles qu’on ne voyait pas à la Chine. Elle parle aussi de l’instrument que ce bonze lit faire pour bien représenter les mouvements célestes.
Y-hang fit encore observer l’ombre du gnomon dans un pays des Indes fort éloigné de la Chine, et qui n’était pas bien désignée par l’ombre déjà observée. Ce pays devait être vers le sixièmedegréde latitude septentrionale.
Il fit aussi observer l’ombre du gnomon au nord du désert de sable, jusqu'à une hauteur du pôle qui passait cinquante degrés. On ne peut guère douter que toutes ces observations n’aient eu pour but de connaître la mesure de la circonférence de la terre, dont on a vu que les anciens Chinois avaient une notion vague, mais qui n’a pas moins de quoi surprendre (*). L’empereur KHANG-Hi,dansun petittraité de géométrie et de trigonométrie, dit que Y-hang puisa sa méthode dans les écrits des Mahométans. Quelle que soit l’autorité du célèbre empereur chinois, nous devons faire observer cependant que Y-hang ne put se sertir des travaux sur l’astronomie des écrivains arabes et mahométans qui vécurent et écrivirent après lui, tel que le fameux khalife Almamoun (né en 786 de notre ère), qui fit traduire en arabe l’Almageste de Ptolémée et les autres livres alexandrins, mesurer le degré ter restre , et composer de nouvelles tables du soleil et de la lune; Albaténius qui florissait vers l’an 880, et Ibn-Joimis qui observait au Caire vers l’an 1000.
Nous serions plutôt fondés à croire que si Y-hang emprunta sa méthode astronomique à des étrangers, ce fut aux astronomes de l’Inde qu’il put faire cet femprunt; sa qualité de prêtre de Bouddha devait lui donner un accès facile aux livres indiens, dont il est
(*) Voy. ci-devant pag. 46 et 200, et le Journal asiatique, mars, i836, p. 290,011 un ancien texte chinois sur cette question a été cité et traduit.
probable qu’il connaissait la langue, comme la plupart des prêtres de Fo l’ont constamment connue.
grand instrument astronomique imitant LES mouvements des corps célestes.
L’instrument astronomique dont nous avons parlé ci-dessus, que fit construire Y-hang, fut achevé l’année 725. Au moyen de l’eau (dit le P. Gaubil, qui a puisé ces détails dans les écrivains chinois), les roues, par leurs divers mouvements, représentaient le mouvement commun et le mouvement particulier des astres , les lieux du soleil et de la lune, des étoiles et des planètes , et les éclipses. Outre cela, une statue, en frappant un tambour, annonçait les quarts d’heure; une autre, en frappant sur une cloche, annonçait les heures; ces statues disparaissaient ensuite.