USAGE DE CANONS OU PIERRIERS EN CHINE, DANS I/ANNÉE
Pendant que le général tartareNGANlou-chan s’efforcait de s’emparer de l’empire chinois, un de ses généraux , d’origine turque , nommé Chi - sseming , qui lui avait déjà fait de grandes conquêtes, avait entrepris, avec une armée de auatre-vingt mille hommes, le siège de Taï-youan-fou (la ville de la première origine), capitale de la province du Chan-si. Li-kouangpi, général de l’armée des Thang , avec dix mille hommes de bonnes trou-
(*) M.Rémusat, Nouveaux mélanges asiatiques, t. IT, p. 177.
(**) N° CUt du Catalogue de Fourmont.
CHINE
pes, était entré dans la ville, bien résolu , dit le P. Gaubil , à périr ou à conserver cette place à l’empereur. Il réunit beaucoup de vivres et de provisions, pratiqua des souterrains, et fit une seconde enceinte en dedans des murailles : la ville avait quatre lieues de tour. Les habitants étaient bien intentionnés et résolus à se défendre.
Le général fit faire des canons ou pierriers pour lancer des pierres de douze livres : la projection était de trois cents pas.
Chi-sse-ming, de son côté, fit de grands efforts, mais Lï-kouang-pi 11e s’en inquiéta guère, et il laissa pendant plus de trente jours les rebelles se morfondre devant la place. Quand il sut qu’ils étaient las et fatigués d’un siège inutile, il commença à faire jouer ses canons et à se servir de ses souterrains (mines) : cela dura plusieurs jours et plusieurs nuits; les assiégeants ne savaient où se loger, ils se voyaient partout surpris, et les pierres leur tuaient un grand nombre d’hommes.
Le général qui commandait le siège s’acharnait cependant à de nouvelles attaques , mais partout il était battu.
Il avait perdu 60,000 hommes quand il reçut l’ordre de lever le siège.
O11 ne dit pas, ajoute le P. Gaubil, quel était l’artifice des machines ou canons à lancer des pierres , ni celui des souterrains : on suppose cela bien connu.
I.ES KHALIFES ABASSIDES ALMANSOR, OU ABOU GIAFAR ET SON FRÈRE ABOUL ABBAS- SEFFAII , ENVOIENT DES TROUPES AUXI- LIAIRES AUX EMPEREURS CHINOIS.
Dans la permière lune, dit l’histoire chinoise, de l'année 757 de notre ère, l’empereur Sou-tsoung apprit que les troupes du Ngan-si (occident pacifié), de Pe-ting, de Pa-han-na (départements militaires chinois dans l’Asie occidentale), et celles du khalife, étaient arrivées pour le secourir.
Le P. Gaubil pense que les troupes du khalife ne venaient pas de Koujah ou des environs de cette cour du kha-
life , mais que selon toutes les apparences elles étaient, ou desgarnisons arabes des frontières orientales du Khorassan et du Tokarestan, ou des troupes de ce pays-là à la solde du khalife.
L’histoire chinoise dit que le prince de Toû-ho-lo( Tokarestan) etduKhorassan, ainsi que neuf autres princes, envoyèrent des troupes à l’empereur Sou-tsoung, pour le secourir contre les rebelles.
Le3 historiens chinois ajoutent que le premier khalife à robe noire fut A-pou-lo-pa (. iboul-abbas ), et que son frère A-pou-kong-fo {Abou-giaffar) lui succéda, lis ajoutent qu’au commencement du règne de Sou-tsoung ce khalife lui envoya un ambassadeur et des troupes pour le secourir.
Dans une revue que l'empereur Soutsoung passa des troupes réunies, dans son camp , il trouva qu’elles s’élevaient à 150,000 hommes. Un Ko-han [khan ou chef) des Hoêï-he (Oîgours) y était arrivé avec 4,000 hommes choisis; et il y avait déjà dans l’armée beaucoup de soldats de la même nation.
O11 y comprenait aussi des Tartares de l’ouest , Jes troupes de Ngan-si , de Pa-han-na et celles du khalife. Les Oîgours, qui formaient l’avant-garde de cette armée, commencèrent l’attaque contre les rebelles ; l’action dura depuis midi jusqu’ au coucher du soseil; l’armée des rebelles, forte de 100,000 hommes que commandait un habile général turc, perdit 60,000 hommes et se retira en désordre.
Cette grande bataille se donna près de la capitale occidentale, Si-ngan-fou, dont elle a conservé le nom. L’empereur fit présent au prince Chi-hou, qui copimandait les Oîgours, de 20,000 pièces de soie.
Taï-tsoung (762). Cet empereur succéda à son père Sou-tsoung, et il reçut le pouvoir souverain dans un moment où il lui était encore vivement disputé par les rebelles, qu'il finit cependant par détruire avec le secours des troupes étrangères des États occidentaux de l’Asie, dont il vient d’être question, surtout des Oîgours.