DÉNOMBREMENT ET REVENDS DE L’EMPIRE
Cette même année, 780 de notre ère, on comptait dans l’empire 385,576 familles du peuple, selon le P. Gaubil, 768,000 officiers et soldats (*) ; le re-
(*) En supposant , terme moyen , cinq personnes par famille, ce nombre de familles, sans y comprendre l’armée, n'aurait donné
Su’iine population de 1,917,880 personnes u peuple ! Il y aurait une immense disproportion entre ce nombre et le montant des impôts, ainsi que la population trouvée dans les recensements antérieurs ; car en 764 , sous le règne de Taï - tsoung , on donne une population de 1,900,000 familles, ou 16,900,000 personnes. Il est vrai que ce dernier recensement offrait déjà une population bien inférieure à celle de l’année 711 de notre ère, où l’on trouvait 45,43 t,i65 individus, ou 7,86i,i36 familles, et surtout à celle de l'année 754 qui se montait à 9,619,154 familles, ou 51,884,818 individus (voy. ci-devant p. 3 1 5). Il est vrai que les longues guerres civiles qui eurent lieu en Chine sous les trois derniers empereurs, dont il vient d'étre question, durent beaucoup diminuer la population; mais quelque acharnées , quelque meurtrières que ces guerres aient été , elles n’ont pas pu réduire la population chinoise de plus de cinquante millions d’individus.
M. Biol fils, qui a publié un travail spécial sur la population chinoise à différentes époques de son histoire ( Journal asiatique, avril et mai i836), donne le chiffre de 3,805,076 familles. Nous allons citer un passage de cet important travail qui assigne une cause vraisemblable aux insurrections qui désolèrent la Chine à l’époque qui nous occupe. « Après l’an 756, se présente une diminution immédiate dans le nombre des familles contribuables , qui , de neuf millions environ , est réduit en 760 à un million neuf dixièmes ; en 764 , ce nombre se relève à près de trois millions , et croit ensuite lentement jusqu’à atteindre un maximum de près de cinq millions, vers les années 836, 841, dans les derniers recensements opérés sous la dynastie des Thang.
«Cette singularité s’explique par des considérations analogues à celles que j’ai déjà présentées pour les recensements des Soui. Dans le dénombrement le plus complet, celui de l’an 754 , on avait classé tous les individus attachés aux familles supérieures, individus dont le nombre par famille variait
venu en argent se trouva de 30,898,000 taels ou liangs (231,735,000 francs),
de deux ou trois jusqu’à douze. De plus, on avait compté les familles yn ou protégées, qui se trouvaient fermières de terres à la campagne. De celte manière on fit rentrer dans la classe contribuable une grande quantité de familles et d’individus qui avaient été longtemps exempts d’impôts. Ces mesures mécontentèrent fortement la population nécessiteuse, et ce mécontentement augmenté, suivant l’histoire , par la dureté des officiers chargés du prélèvement des taxes, aboutit à des insurrections.
«Un Tartare , nommé Ngan-lo-chan, se mil à la tète des insurgés, et occupa pendant prés de six ans les provinces au nord. Dans les autres provinces parurent des armées de brigands , composées pour la plupart de gens qui fuyaient la taxe. C’est la troisième fois que nous voyons ainsi des troubles éclater immédiatement après des recensements très-étendus. Nous en avons déjà trouvé deux exemples sous les Han et sons les Soui. Le calme revint vers l’an 763 ; mais la population contribuable se trouva étrangement diminuée par suite de la quantité d’individusqui refusaient de payer la taxe. En rejetant le recensement de 760, qui dut être nécessairement inexact, étant fait au milieu des troubles, celui de l’année 764, qui présente 2,908,000 familles, donne une diminution de 6,000,000 de familles sur celui de 755, ou de 5, 000, 000 sur celui de 756. Celte différence, évaluée en individus , présenterait une diminution de a5 à 3o,ooo,ooo d'hommes. Elle ne peut être expliquée qu’en considérant que le recensement de 764 n’a compris que les familles principales; et en effet , dans ce temps, on chercha à diminuer les impôts. L’Age da tin g (dans lequel on est passible du service personnel ) , ne commença qu’à vingt-cinq ans et il finit à cinquante-cinq. O11 chercha à ramener les familles enfuies , en leur accordant un délai de deux ans pour revenir, et du temps pour payer ce qui était dû. Pendant ce délai de deux ans, on remit leurs terres à des familles pauvres qui les cultivèrent, et eu devinrent propriétaires quand les maîtres ne revinrent pas. Ces mesures obtinrent quelqueeffet ; ce qu’on voit d’après le recensement de 780,911! donne 3,805,076 familles ; de sorte qu’en le comparant à celui de 764 , on trouve en seize ans, une augmentation d’un tiers dans le chiffre des familles.»
et en mesures de grains le revenu fut de 2,157,000 mesures de 120 livres chacune.