DÉLIVRANCE DE TCHAO-TSOUNG. DESTRUC T10N DES EUNUQUES
Un officier général , plus indigné encore qu’humilié de la domination souveraine des eunuques, forma le projet de délivrer l’empereur sur les instigations d’un ministre. Ce fut le 24 janvier, premier jour de l’année chinoise 901, qu’il choisit pour exécuter plus facilement son dessein. Il se présenta de grand matin au palais , et s’étant approché du principal eunuque , comme pour lui presènter ses salutations, il le perça de son sabre ; ensuite ses officiers firent main basse sur les autres eunuques que l’on put saisir : l’empereur fut délivré. On fit subir la peine de mort à plus de vingt complices des quatre principaux eunuques qui avaient emprisonné l’empereur, et on détruisit leurs familles. Cependant on laissa le tribunal intérieur des eunuques en possession de l’autorité sur les troupes; on les fit seulement surveiller par un corps de troupes spéciales ; mais ils surent déjouer les nombreux projets présentés à l’empereur pour les détruire complètement. C’était au moyen
CHINE
de jeunes et belles filles introduites par eux dans le palais, e{ qui savaient lire et écrire, qu’ils savaient tout ce que Ton proposait par écrit à l'empereur contre eux. Toutefois, dans l’année 903 , l’empereur , qui avait été obligé par les eunuques de fuir de sa capitale pour rester sous leur dépendance, fit mourir le chef des eunuques et les officiers qui étaient ses créatures. Ensuite soixante-douze eunuques mandarins furent mis à mort à Fong-siangfou, où l’empereur s’était retire; quatre-vingt-douze autres furent aussi mis à mort à Si-ngan-fou.
A la rentrée de l’empereur dans cette capitale, le ministre, qui avait depuis longtemps médité et sollicité la destruction des eunuques, lui exposa dans un placet « que tous les malheurs de la dynastie venaient de l’autorité donnée aux eunuques; » il demandait que l’on cassât leur tribunal intérieur et leur juridiction sur les troupes; qu’ils n’eussent aucune inspection sur les affaires de l’empire ; que l’on n’envoyât point dans les provinces des eunuques en qualité de commissaires et d’inspecteurs , et que toutes les affaires de l’empire ne se traitassent que par les tribunaux ordinaires établis par les souverains. L’empereur ordonna l’exécution de ce que le ministre proposait. Après que le placet eut été offert et approuvé , on rassembla les eunuques en divers endroits de la ville et du palais , et on les mit à mort sans distinction des innocents et des coupables. On compta plus de sept cents eunuques massacrés à Si-nganfou. L’ordre fut donné à tous les gouverneurs et mandarins de province de faire mourir tous les eunuques qu’ils trouveraienldansleurcommandement, à quelque titre qu’ils y fussent. On conserva seulement trente jeunes eunuques pour balayer les cours du palais, habillés de jaune.
FIN DK LA DYNASTIE DES TBANG.
Le général qui avait été appelé à Sauver l’empereur du despotisme des eunuques, voulut être récompensé d’un
si grand service par le titre et les fonctions de généralissime de toutes les troupes de l’empire ; ensuite il se fit nommer prince de Liang. Mais plus il recevait d'honneurs, moins son ambition était satisfaite. Il voyait sur le trône un prince trop faible et trop incapable pour s’y maintenir seul; il forma le projet de le renverser pour s’y placer lui-même. Ayant toutes les forces de l’empire entré les mains , il
Krvint facilement à être maître de mpereur, qu’il força, en 905, de transférer sa résidence à Lo-yang, où il mourut bientôt assassiné par ses ordres. Le généralissime , ne croyant pas encore le moment venu de s’emparer du pouvoir souverain, fit nommer empereur un des jeunes fils du monarque qu’il avait fait assassiner. Ce jeune prince régna à peine deux ans sous le nom deTcHAO-siouAN-ïi; l’ambitieux généralissime, craignant qu’un autre ne s’emparât de l’autorité souveraine, le força d’abdiquer pour se mettre à sa place , et il adapta pour sa nouvelle dynastie le nom de Liang.
La proclamation qui annonça ce changement de dynastie fut envoyée dans tout l’empire. Il y eut une amnistie.
Le nouvel empereur donna un grand festin aux ministres et aux grands; il invita aussi à un autre festin tous ses parents; son frère aîné, qui s’y rendit de son village, lui tint le discours suivants :
« Tchoü-san (c’était son nom de famille), tu fus d’abord, à la montagne Tang-chan , homme du peuple; tu suivis le rebelle Hoang-tchao, et fus un misérable voleur. Tu quittas les rebelles, et te, soumis à l’empereur.
Ce prince te donna le gouvernement de plusieurs places , et par là tu devins puissant, riche, et tu te vis fort élevé ; pourquoi tout à coup as-tu détruit une dynastie qui a duré près de trois cents ans? Crois-tu que notre famille ne sera pas détruite un jour ? »
On ne dit pas ce que le nouvel empereur répondit aux rudes paroles de son frère. Ce que l’on sait, c’est que sa dynastie n’eut qu’une existence trèséphémère.
A la nouvelle de la chute de la dynastie des Thang, plusieurs chefs de province prirent le titre d’empereur, et ne voulurent pas reconnaître celui qui avait détrôné le dernier rejeton des Thang.
ÉTAT DE L'EMPIRE CHINOIS A LA MORT DO DERNIER EMPEREUR DE LA DTNASTIE DES TIIANG , EN 908 DE NOTRE ÈRE.
Le fondateur de la nouvelle dynastie ne posséda qu’une faible portion de l’empire des Thang. Les provinces du Ifo-nàn et du Chân-toung formaient tons ses États. Les gouverneurs des autres provinces s’étant rendus pour la plupart indépendants, ne reconnaissaient pas son autorité; ou s’ils la reconnaissaient, ce n’était que nominalement. Les Turcs Hoeï-hou ou Ofgours possédaient le Tangout et la partie la plus occidentale du Chen-si. La Chine propre était ravagée par les guerres civiles; aucun autre droit que celui de la force n’était respecté ex reconnu ; l’empire était dans une véritable dissolution causée par l’incapacité de la race abâtardie des Thang.
WODTAIi LES CINQ PETITES DYNASTIES.
LES LIANG, LES THANG, LES TCIH, LES HAN, LES TCHKOU POSTÉRIÏCnS, DE 9O7 A 960.