HONNEURS RENDUS AU PHILOSOPHE EHOUNO- TSEU ET AUX LETTRÉS
Taï-tsoo, quoique mil itaire , n’avait pas négligé de s'instruire dans les sciences et les lettres; ces études graves lui avaient fait apprécier la liante valeur politique et morale des écrits de l’ancien philosophe Khoung-tseu. Il avait dû s’apercevoir que les dynasties qui avaient abandonné ses principes, n’avaient pas tardé à marcher vers leur ruine et à occasionner de grands désordres dans l’empire. Aussi , dès u’il fut au pouvoir, s’empressa-t-il e remettre en honneur le grand philosophe national de la Chine. Il alla visiter le lieu de sa naissance et composa son panégyrique ; il revêtit aussi un de ses descendants d’un titre d’honneur, qui lui donnait un rang trèsélevé dans l’empire.
Taï-tsou faisait un si grand cas des lettres , qu’il portait le respect pour elles jusqu’à la vénération. Jamais il ne refusa d’accorder sa protection à ceux qui les cultivaient, et de les admettre eu sa présence, quand ils avaient quelques grâces à lui demander. Il s’entretenait familièrement avec eux; il leur faisait des questions sur les fCing, ou livres canoniques, sur les I.it>res classiques , sur l’histoire , sur l'antiquité et sur les sages qui s’étaient le plus distingués dans les commencements de l’empire, et sous le règne des trois premières dynasties. Un jour qu’il avait fait venir près de lui un des plus célèbres lettrés de son temps, pour lui expliquer les Livres classiques sur le gouvernement , il lui demanda
d'abord d'où dépendait le bon gouvernement. Le lettré répondit que , pour bien gouverner , ii fallait aimer le peuple et réprimer ses passions (*). L’empereur T aï-tsou trouva ces deux maximes si belles , qu’il les fit écrire sur une tabletté qu’il avait toujours devant les yeux.
ÉLÉVATION UES LETTRÉS AUX CHARGES PU- B LAQUES RÉTABLISSEMENT UES ANCIENS COLLÈGES ET CRÉMATION UE NOUVEAUX.
Ce même empereur ne se borna pas à donner aux lettrés des marques stériles de bonté ou des distinctions purement honorifiques , il créa en leur faveur des charges et des dignités auxquelles il attacha des revenus. Il rétablit tous les anciens collèges , et en fonda de nouveaux. Il voulut que, dans chacun de ces collèges, il y eût une salle particulière pour y placer les \ portraits aes savants et des littérateurs d’un certain ordre. Il les partagea par classes, à la tête desquelles il mit Khouno-tseu , comme le premier de tous ; et aux deux côtés de ce grand philosophe, dans le fond de la salle, il fit placer tous les anciens dont il voulut que l’on composât les éloges particuliers; il ordonna même qu’on les mît sous son propre nom , afin , dit-il, d’apprendre à la postérité la haute vénération qu’il avait pour tous ces grands hommes.
■ Après que ces collèges eurent été ouverts, il s’y transporta en personne , pour voir si tout avait été exécuté comme il l’avait ordonné ; et il assista plusieurs fois aux leçons qui s’y donnèrent. En sortant de ces leçons , il recommandait toujours aux personnes de sa suite de faire faire de Lonnes études à leurs enfants, « car, disait- il , les lettres sont le fondement
(*) Le Icxle chinois des deux maximes porte : Tc/ii chi nw jou ngai min ; yang ebinmo jou kouo ro ; litléralemenl : Pour bien gouverner un empire, il n'est rien d’ efficace comme d'aimer te peuple- : pour ibien améliorer sa personne, il n'est rien d'efficace comme de reprimer ses passions.
de tout ; elles apprennent à chacun à Lien vivre selon son état; aux souverains à bien gouverner; aux magistrats à observer les lois; aux citoyens à être dociles envers ceux qui sont préposés pour les commander et les instruire; aux militaires à bien combattre.
Aussi je veux que désormais ceux qui embrasseront la profession des armes, aient au moins étudié quelque temps ; et je vous déclare que, même dans les emplois purement militaires, je donnerai toujours la préférence a celui qui aura de l’instruction, sur un concurrent qui n’en aura pas (*). »
C’est aux encouragements multipliés que cet empereur éclairé donna aux lettres que les historiens chinois attribuent leur prosnérjté et le grand éclat dont elles ont brillé sous la dynastie des Soung, comme des progrès qu’elles ont faits depuis. En effet , ajoutent-ils , si jamais la littérature a joui du double avantage des richesses et des honneurs, c’est surtout soüs le règne de ce fondateur d’une des plus célébrés dynasties qui aient occupé le trône "de le Chine. Il plaça les habiles lettrés dans le ministère, dans les tribunaux , dans tous les postes qui ont un rapport immédiat avec le gouvernement; il écouta toujours avec bonté leurs avis et leurs remontrances.
Le P. Amiot,dans le portrait qu’il a fait de Taï-tsou, dit que , pour résumer à la manière chinoise les qualités de cet empereur, il posséda dans un degré éminent les cinq vertus capitales : J in , y, li , tchi, sin ; c’est-à-dire l’ humanité, la justice, l’amour de l'ordre, des ceremonies et des usages de la nation ; la droiture et la bonne foi. Nous avons déjà donné des exemples de son humanité, il fit constamment usage de cette grande vertu dans les guerres qu’il eut à soutenir pour vaincre les gouverneurs de provinces qui n’avaient pas voulu reconnaître volontairement son autorité. La vie de l'homme, disait-il souvent, est ce qu'il y a de plus précieux sous le ciel ; on ne
(*) Auiiol, Portraits des Chinois célèbres.
CHINE
peut apporter trop de soin pour empêcher qu’on ne l’ôte à qui que, ce soit, sans y être contraint par tes lois et par la nécessité.
DÉFENSE DF. FAIRE EXÉCUTER DES SENTEN- CES DE MORT SANS AVOIR SOUMIS I.A CAUSE A UN TRIBUNAL SPÉCIAL ÉTABLI DANS LA CAPITALE ET SANS L’AUTORISATION DE L'EMPEREUR.
Ce fut parce qu’il était pénétré de ce grand principe qu’il porta (ou plutôt qu’il renouvela) le fameux édit par leuel il était défendu aux gouverneurs e provinces et aux magistrats particuliers, dans toute l’étendue de l’empire, de faire exécuter de leur chef des sentences de mort. Il voulut que ces sentences fussent envoyées au tribunal des crimes dans la capitale, lequel, après avoir revu et discuté toutes les pièces du procès, annulait le jugement ou le confirmait, comme notre cour de cassation ; et si ce tribunal suprême jugeait que le criminel méritait la condamnation portée contre lui, il devait en faire son rapport à l’empereur, qui seul , en cette occasion, jugeait en dernier ressort, en signant ou en ne signant pas la condamnation.
Taï-tsoung (976-997). Cet empereur eut encore à repousser les invasions des Tartares du Liao-tounq, qui se donnaient 1» nom de Khi-tan; mais ses troupes ne furent pas tou jours heureuses. Une longue sécheresse ayant désolé la Chine, Taï-tsoung se déclara publiquement coupable du fléau, et il supplia le ciel de le faire cesser. Il publia une amnistie à cette occasion et fit mettre en liberté les prisonniers. Les historiens chinois font remarquer que la pluie tomba aussitôt après cet acte.de clémence.
Taï-tsoung aimait beaucoup les lettres, et il s’était formé, dit-on, dans son palais, une bibliothèque de 80,000 volumes, cju’il passait une partie de la journée à lire.
Tchin-tsoung (998-1022). Cet empereur eut aussi à combattre les Tartares, qui vinrent assiéger une ville du Pe-tchi-li ; l’armée impériale les força de lever le siège et de se retirer avec de
HT livraison. (Chine.)
grandes pertes. Tchin-tsoung aurait pu profiter de ces avantages pour repousser les Tartares jusqu’au delà des frontières ; il aima mieux traiter avec eux que de poursuivre des succès douteux ; mais les historiens chinois lui reprochent d’avoir accepté dans cette paix des conditions aussi dures que si l’armée impériale avait été vaincue : il se soumettait à payer annuellement aux Khi-tan cent” mille onces d’argent et deux cent mille pièces d’étoffe de soie.
remise des IMPOTS.
Dans les premières années de son règne, à l’occasion de l’apparition d’une comète, il publia un édit par lequel il demandait qu’on l’avertît de ses fautes, afin de s’en corriger et de prévenir par là les malheurs dont il croyait l’empire menacé par l’astre vagabond ; en même temps il fit remise des impôts au peuple pourune valeur très-considérable, et il fit donner la liberté à trois mille prisonniers.
dénombrement des agriculteurs.
L’année 1013 de notre ère, Tchintsoung fit faire le recensement de tous ceux qui étaient occupés aux travaux de l’agriculture, pour en exiger le tribut en nature. On trouva que leur nombre s’élevait à vingt et un millions, neuf cent soixante-seize mille, neuf cent soixante-cinq. Dans ce recensement ne furent pas compris les femmes, les jeunes gens au-dessous de vingt ans, les magistrats, les lettrés, les eunuques, les militaires, les bonzes, ni les mariniers dont le nombre est très-considérable.