BELLE REMONTRANCE FAITE A L'EMPEREUR
Celui-ci, saisi de crainte, demanda qu’on lui présentât un placet, dans lequel on lui exposerait sincèrement ce qu’il fallait faire pour le bien public. Les ministres, les grands chinois, les docteurs et généralement tout ce qu’il y avait de gens éclairés à la cour, nommèrent le ministre Tchang-koueI pour rédiger ce placet. Après avoir demandé que tous ceux qui avaient participé à l’assassinat du dernier empereur et de son ministre, fussent punis sévèrement, que tels gouverneurs de provinces fussent aussi punis pour leurs exactions , il dit « que deux
(*) Voy. ci-devant p. 34o.
CHINE
mandarins ont contrefait des ordres de l’empereur et enlevé la femme d’un officier. On les a convaincus de ces crimes, et on leur a pardonné. Sous prétexte que la cour souhaite des pierreries, on en fait un commerce sordide; on n’a pas honte de les faire payer à l’empereur dix fois plus qu'elles n'ont été achetées, et on ne compte pour rien la ruine des familles et des provinces, pourvu qu’on puisse faire sa cour en offrant des pierreries qui ne sont d’aucune utilité.
« Un prince ne doit penser qu’à gouverner l’empire en père de ses sujets; et ce n’est pas par des bonzes qu’il doit chercher à être heureux. Depuis que les bonzes, les lamas et les tao-sse font tant de prières et de sacrifices à leur Dieu , le ciel a donné des marques continuelles de sa colère; et jusqu’à ce qu’on voie le culte de Fo aboli , et tous les bonzes chassés , on doit s’attendre à être malheureux.
« Le palais du prince est rempli de gens oisifs, eunuques, astrologues, médecins, femmes, etautres, dont l’entretien s’élève à des sommes exorbitantes. L’empire souffre ; la misère est extrême. L’empire est une famille dont l’empereur est le père; il ne convient pas que, parmi ses enfants, il y en ait qui meurent faute de secours et d’attention ; et il convient encore moins qu’un prince croie indigne de sa grandeur d’écouter les cris nés misérables.
<• Pendant le ministère de Tiemoutiel , et depuis l’attentat de Tieche (son fils , assassin de l’empereur), on a fait mourir des gens innocents; il faut en faire la recherche , et dédommager les familles désolées; il faut aussi visiter les prisons , examiner l’état des villes et des campagnes ; de si mauvais ministres qui ont gouverné, tant de scélérats qu’ils ont employés , et tant d’injustices qu’on a commises, font craindre qu’il n’y ait encore bien des innocents opprimés, et bien des familles abandonnées que l’on ne pense pas à secourir.
« On doit envoyer des commissaires gur les frontières , et faire attention à
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ce que les troupes ont souffert; on ne doit pas oublier d’envoyer les corps morts dans les pays où sont leurs parents, et leur donner de quoi les enterrer; on doit de même fournir des secours et des remèdes aux pauvres malades, et défendre, dans la province de Canton, la pêche des perles, comme faisant mourir trop de monde (*). »
L’empereur Tàï-ting lut avec plaisir ce placet, dit-on; mais il n’osa pas abolir le culte de Fo , et accéder à quelques autres demandes qui lui étaient faites. Cependant on réforma plusieurs abus.