PUISSANCE DES LAMAS
Les lamas, contre l’influence et la fourberie desquels les représentations les plus pressantes avaient été inutiles, voyaient leur autorité croître de jour en jour à la cour, surtout auprès des princesses. Ils avaient des patentes pour prendre des chevaux de poste, et on les voyait courir sur toutes les routes, dit Gaubil, avec le train et l’équipage des princes. Ils étaient à charge au peuple , obligé de leur fournir des chevaux et des provisions de bouche ; leur vie et leurs mœurs étaient souvent fort déréglées, et, de tous côtés, arrivaient contre eux les plaintes les plus amères. L’empereur en fut instruit, et y remédia.
L’an 1327, les grands de la Chine invitèrent l’empereur à aller en personne faire le sacrifice au ciel ; il le refusa , en citant une loi de Hou-pt-lik, qui portait que l’empereur devait faire faire ce sacrifice par un délégué. A
(*) Gaubil , Histoire de la dynastie de* Mongous , p. a58. i
cette occasion , les historiens chinois représentent T aï - ting comme un prince peu exact à remplir les devoirs qui lui étaient imposés ; et ils ajoutent qu’en punition de toutes les fautes qu’il commit , son règne fut de peu de durée , et affligé de toutes sortes de calamités , telles que la sécheresse , la famine, les inondations, des chutes ou éboulements de montagnes , des tremblements de terre , et une éclipse de soleil ; phénomènes qui ont toujours été regardés en Chine comme des signes manifestes de la colère du ciel envers ceux qui gouvernent mal les peuples.
Après la mort de Taï -ting, plusieurs prétendants se disputèrent l’empire. Un des fils de Wou-tsoung l’emporta sur ses rivaux , et régna quatre ans (1329-1332), sous le nomdeWENtsoung. Un de ses frères, qu’il est accusé d’avoir fait mourir, porta quelques instants le titre d’empereur, avec le nom de M ing-tsoung. Ce fut Wentsoung qui , le premier des empereurs mongols, se rendit en personne au Temple du ciel , pour y célébrer le sacrifice solennel en l’honneur du Souverain Être; il y honora en même temps Tchinggis-khan , comme fondateur de sa dynastie. Après l’accomplissement de la cérémonie, il y eut une amnistie générale. C’est alors qu’il fut réglé que, parmi les femmes de l’empereur, une seule aurait le titre d'impératrice, au lieu de cinq, sept, et même vingt et une, comme du temps de Tchinggis-khan.
Les historiens chinois blâment cet empereur d’avoir reçu dans son palais, avec les plus grands honneurs, le grand lama, ou chef des Donzes du Thibet , et d’avoir ordonné à ses courtisans de le traiter avec le plus profond respect.
On vit les plus grands seigneurs de la cour saluer ce bonze à genoux, et lui offrir du vin dans cette humiliante posture, tandis que le lama ne daignait pas seulement s’incliner, ni donner la moindre marque de civilité.
Un des principaux courtisans, extrêmement pique de cet orgueil , lui
dit : « Bon homme , je sais que vous êtes le disciple de Fo et le chef des bonzes; mais peut-être ignorez-vous que moi je suis le disciple de Khoungtseu, et que je tiens un des premiers rangs parmi les lettrés de l’empire ; il est Don de vous l’apprendre, si vous ne le savez pas ; ainsi agissons sans cérémonie ; » et en même temps , se tenant debout, il lui présenta la coupe. Le grand lama se leva de son siège , prit la coupe en souriant, et la but.
Ce disciple de Khoung-tseu était le seul personnage de la cour qui eût compris sa propre dignité.