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ÉTRANGERS

Dans les premières années de son règne , Houng-wou reçut des ambassadeurs de quarante royaumes étrangers; et il y avait un lion au nombre des objets qu’ils lui présentèrent.

C’est, dit ['histoire, le premier qui fut vu en Chine. Il reçut aussi des envoyés de la Corée, du Japon , de l’île Formose, des îles de l’Australie et du royaume de Sien-lo ou Siang. L’ambassadeur de ce dernier pays était porteur d’une lettre missive écrite en lettres d’or.

Avant d'être entièrement maître de la Chine, Tchou, déjà reconnu roi, avait établi sa cour à Nan-king. Il y avait fait construire un palais, un temple des ancêtres, et tous les édifices destinés par les usages chinois à l’exercice de l’autorité souveraine. Il avait aussi fait construire un temple hors de l’enceinte de la ville, pour y offrir le sacrifice du solstice d'hiver. Ayant pris la résolution d’offrir ce sacrifice à la onzième lunede l’année 1 367, il se fit accompagner par celui de ses fils qu’il destinait déjà à être son successeur. La cérémonie étant finie, il conduisit son fils dans la campagne, pour lui donner une de ces leçons frappantes, que l’on peut d’autant moins oublier, qu’elles ont un caractère plus grave et plus solennel.

« Voyez , mon fils , lui dit-il , tous ces champs , examinez avec quelle activité toute cette multitude d’hommes dispersés çù et là travaillent! C’est ue c’est a présent le temps où ils oivent confier à la terre la semence destinée à produire des fruits dans une autre saison... C’est pour nous que ces pauvres gens travaillent ; c’est pour nous nourrir que , pendant tout le cours de l’année, ils s’épuisent de fatigues ; trop heureux encore si , après

s’être ainsi épuisés , il leur reste de quoi réparer leurs forces par la nourriture la plus grossière. Tout le fruit de leur travail est pour nous. Nos ancêtres étaient de la classe de ces hommes. Je les ai vus arroser les champs de leurs sueurs , et j’ai été témoin de leurs misères. Je serais aujourd’hui tout comme ils étaient , si j’avais eu assez de forces pour pouvoir travailler. Vous ne seriez alors vous-même que le (ils d'un paysan ou d’un laboureur.

Le ciel en a disposé autrement ; mais, nous ne devons pas oublier pour cela l’état de bassesse d’où il nous a tirés pour nous placer au faîte des honneurs. Ainsi, mon fils, si le même ciel qui m’a placé où vous me voyez , vous destine à être dans la suite roi ou empereur, rappelez quelquefois dans votre esprit notre entretien d’aujourd’hui. Il vous inspirera des sentiments de compassion pour ceux de vos sujets qui s’occuperont du travail , et vous portera à les soulager. Il empêchera encore que vous ne vous laissiez dominer par un fol orgueil (*). »

Quelque temps après , il éleva Khoung - hi - nro , descendant de Khoung-tseu , à la cinquième génération , au rang de koung ( ou comte) de l’empire, en reconnaissance, lui dit-il en présence de toute sa cour, de ce que son illustre aïeul avait laissé à la postérité , dans ses écrits immortels, les véritables maximes du bon gouvernement, maximes qu’il s’efforcerait lui-même de mettre en pratique, tant qu’il aurait des hommes à gouverner.

Le dernier empereur mongol ne tenait plus que quelques places dans la province de Pe-tchi-li ; les généraux et les courtisans de Tchou , car il avait déjà des courtisans, le pressaient de se déclarer empereur. « Dans peu , lui disaient-ils, nous allons être entièrement délivrés de tous ces étrangers; vous ne pouvez résister plus longtemps au vœu de la nation. »

— « Puisque le ciel et les hommes le veulent ainsi, répondit-il je me

(*) Amiot, lieu cité.

rends ; » et aussitôt il protesta en face du ciel et de la terre, que ce n'était point par ambition , ni par aucun autre motif semblable, qu’il allait prendre le titre d’empereur, mais que c’était uniquement pour obéir au ciel, dont les ordres lui étaient manifestés par la voix des populations qui avaient pour organes les ministres, les grands, et les tqandarins. Alors, dans la première lune de l’année 1368, il alla offrir le sacrifice solennel des empereurs dans le temple du Ciel , placé au midi de la ville; et, à son retour, il tint son premier lit de justice comme empereur. Il détermina, dans cette cérémonie , que le nom de Ta - mine/ , ou de grande lumière, serait donne a sa dynastie , et que les années de son règne seraient nommées Houng-wou ( du grand guerrier). Cette cérémonie étant achevée, il se rendit au temple des ancêtres ( taï-miao ) avec tout son cortège. Il y plaça les Tablettes de quatre de ses ancêtres ; et , après avoir fait devant elles les prosternations et autres cérémonies d’usage, il se retira.

La soumission de la capitale et des principales provinces, dit un biographe du fondateur de la dynastie des Ming, ne fut pour le nouvel empereur qu’un motif de redoubler d’activité, afin d’achever la conquête de l’empire.

Tous ses généraux furent envoyés à la fois pour réduire ce qui pouvait rester du parti des Mongols ou des chefs de rebelles, naguère rivaux de Houngwou. Lui-même, tranquille à Péking sans y être oisif, s’occupa de consolider, par de sages institutions, sa grandeur qui ne reposait encore que sur le succès de ses armes. Ennemi du luxe , comme presque tous ceux qui s’élèvent par leur mérite , et qui veulent se montrer supérieurs à leur fortune, il mit ses soins à réformer toutes les folles dépenses qui avaient rendu la cour tartare odieuse au peuple. Il fit abattre les tours et les palais somptueux que les Mongols avaient construits à Péking, et remplacer par des ornements de cuivre, les figures d’or et d’argent qui brillaient sur les chars et

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les meubles; et, comme un de ses grands lui représentait la perte que ce changement allait produire, et la nécessité de conserver des superlluités qui augmentaient l’éclat extérieur de sa dignité : « La gloire d’un prince, répondit Houng-wou, n’est pas d'avoir des meubles somptueux et superflus , mais d’étre le maître d’un peuple qu’il rende heureux. J’ai tout l'empire pour domaine : en serai-je plus pauvre quand je perdrai la façon de quelques meubles inutiles? Si ‘je donne l’exemple du luxe, comment pourrais-je le condamner dans mes sujets ? »

« Houng-wou était doué de trop de grandeur "d’ânie pour oublier le rang obscur d’où il était sorti; et loin de rougir de sa naissance, il semblait plutôt en tirer vanité. Tous ses discours à ses courtisans , les instructions qu’il adressait au peuple, les exhortations qu'il faisait à ses armées, avaient pour objet d’enflammer leur âme, en leur montrant l'élévation où l’avaient fait arriver, disait-il, la vertu simple et modeste de ses aïeux , et son attention à se conformer aux intentions bienveillantes du ciel pour les hommes.

Néanmoins, le désir qu’il avait de pacifier l’empire, ne l’empêcha pas d’entreprendre des guerres qui pouvaient le conduire a cet objet. Ses généraux, après avoir soumis ou dispersé tout ce qui restait des armées mongoles en deçà de la grande muraille, sortirent des limites de l’empire par plusieurs points , et allèrent attaquer en Tartarie les princes de la dynastie fugitive, dont le retour sur les frontières aurait pu inquiéter ou troubler l’empire.

« Le Thibet, leLiao-toung , et même plusieurs divisions de la nation mongole se soumirent à leur tour aux armes chinoises; et le prince tartare, qui conservait le titre d’empereur, se vit contraint de se retirer a Karakoroum, dans le pays même d’où ses ancêtres étaient partis pour aller à la conquête de l’Asie. Riais dans cet éloignement, iis ne cessèrent pas de tourmenter les Chinois, soit en venant à l’improviste fondre sur les frontières,

soit en harcelant ceux des Tartares qui avaient reconnu les Ming, et qui servaient de boulevard à l’empire. Houngwou ne vit pas la fin de ces guerres, qui lui donnaient toujours de l’inquiétude sur la stabilité de sa dynastie. Ce ne fut que dans les années Young-lo, sous son second successeur, que les Chinois, prenant enfin leur revanche sur les Mongols, pénétrèrent dans la Tartarie, et la réduisirent en province chinoise.

« Mais Houng-wou eut toujours la gloire d’avoir délivré sa patrie du joug que les étrangers lui avaient impose depuis cent ans ; d’avoir réuni à ses États des pays immenses qui avaient été subjugués par les Mongols; d’avoir rendu la paix à un vaste empire, et rétabli l’ordre troublé par les révoltes et les guerres ; d'avoir enfin répandu la terreur et la gloire du nom chinois dans des contrées éloignées, « d’où un grand nombre d’étrangers vinrent lui paver le tribut, participera ses bienfaits, et admirer son gouvernement , »

c’est-à-dire, en langage chinois, que sous son règne l’accès de l'intérieur de l’empire fut ouvert aux étrangers, et que l'attrait du commerce attira en Chine les marchands de tous les pays de l’Asie; car, quant à la soumission des contrées qui sont situées au delà du Thibet, dans l’Inde, la Perse et la Tartarie, on doit la regarder cette fois comme une de ces exagérations dont les Chinois sont assez prodigues , quand il s’agit de rehausser l’éclat et d’augmenter la splendeur du règne de leurs souverains. »

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