‹ L'UniversChapitre 262 sur 348 · ÉDIT SOMPTUAIRE · texte numérisé non relu

ÉDIT SOMPTUAIRE

Sa principale attention était toujours le soulagement du peuple; il avait apartenu lui-même à cette classe nomreuse d’un Etat, et il n’ignorait aucune de ses souffrances. Persuadé que l’amour du luxe a son principe dans l’orgueil, et que l’orgueil était la source empoisonnée d’où découlaient la plupart des vices, il mit une partie de ses soins, non à chercher les moyens de tarir entièrement cette source, mais à lui opposer des digues assezfortes pour empêcher qu'elle ne débordât. Il défendit les habillements de soie à quiconque n’était pas constitué en dignité, ou d’un rang à pouvoir y prétendre.

« Pour ce qui est des gens de travail, dit-il dans son édit, et de tous ceux qu’on appelle le peuple, il suffit qu’ils soient bien nourris et qu’ils s’habillent décemment. S’ils vont à l’excès , dans la nourriture et l’habillement, ils deviennent débauchés et paresseux ; ils tombent bientôt dans la misère, et la misère les rend capables de tous les crimes. Je veux que l’on garde en tout les règles de cette bienséance que prescrit la raison. »

Ces règles prescrites par la raison , il les observait exactement lui-même, et il tenait la main à ce que les mandarins et les grands les gardassent aussi. Un jour de cérémonie publique, il aperçut du haut de son trône un mandarin de l’ordre inférieur, magnifiquement vêtu. La cérémonie finie, il appela le mandarin : « Voilà, lui dit-il, uue étoffe de bien bon goût. Combien vous coûte cet habit? — Cinq cents pièces de monnaie, répondit le manda-

rin. — C’est beaucoup, reprit l’empereur, en prenant un air sérieux; au moyen d’une pareille somme, une famille ordinaire, composée de dix bouches , aurait pu se procurer de quoi vivre à l’aise pendant une année entière. Un habit si beau dénote en vous de l’orgueil en ce qu’il est au-dessus de votre rang ; un habit qui coûte tant est un signe de prodigalité, deux grands défauts dans un mandarin. Gardezvous bien de paraître désormais en ma présence avec un pareil vêtement. Je serais contraint de vous casser pour le bon exemple. » N

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