REPRÉSENTATIONS FAITES A L’EMPEREUR
Sur la fin de la quarante-cinquième année de son règne (1566), on présenta à l’empereur un écrit anonyme par lequel «on l’avertissait de veiller avec plus a’at-
tention sur sa conduite. On lui représentait que, depuis plus de vingt ans, l’empire tombait de plus en plus en décadence; que les lois anciennes avaient perdu toute leur vigueur; que le prince héréditaire n’avait pas la liberté de se présenter à son père; que ses plus fidèles serviteurs étaient payés d’ingratitude et disgraciés sur les plus légers soupçons; qu’il passait sa vie dans les plaisirs et l’oisiveté, au milieu de ses jardins , avec une troupe de jeunes filles, ses concubines; qu’il mettait à la tête des armées des hommes ignorants dans l’art de la guerre, et plus avides d’or et d’argent que d’honneur et de gloire; que les finances s’épuisaient tous les jours par de folles dépenses , soit à bâtir des jardins et des palais , soit à fournir aux frais des extravagantes cérémonies des bonzes et des partisans du breuvage de l'immortalité, qu’ils disaient être tombé du ciel ; comme si , depuis le temps de "Y ao et Chun, il se fût trouvé personne excepté de la fatale nécessité de mourir (*), etc. »
L’empereur ne put retenir sa colère à la lecture de ce hardi libelle; il le jeta parterre, le foula aux pieds; puis le ramassa, en donnant des marques de repentir. Peu de jours après, il tomba' malade, et, ayant pris le prétendu breuvage d'immortalité de la main de quelques bonzes, il mourut à l’âge de cinquante-huit ans.
Mo-tsoung (1567-1572). Son fils lui succéda sous leqom de Mo-tsoung.
Il commença son règne par remettre en liberté ceux que son pere avait fait emprisonner; et, pour consoler les familles de ceux qui avaient été mis à mort, il leur conféra des titres posthumes honorifiques. Du reste, c’était un prince qui ne pouvait supporter qu’on lui donnât des conseils, et il dégradait aussitôt à un rang inférieur ceux qui se permettaient de lui faire des représentations.
Comme, d’après les lois de la Chine, personne ne peut remplir des fonc-
(*) Couplet Mon. sin. lab, chronologica, pag. 86.
tions de magistrat dans sa province natale, l’empereur Mo-tsoüng modifia cette loi -, et , à la demande de l’un de ses ministres, il permit aux mandarins de second ordre (tels que ceux qui président les Lettrés, ou qui ont une inspection sur les agents du fisc), d’exercer leur magistrature dans leur pays natal.
Chin-tsoung (1573-1619). Cet empereur n’avait que dix ans lorsque la mort de son père Mo-tsoung l’appela au trône. L’histoire donne des éloges à la tendresse et au respect qu’il eut toujours pour son précepteur, à la droiture de son caractère, a son naturel plein d’équité et de justice, et à à son esprit vif et pénétrant, qui le rendit habile dans les sciences chinoises.
PROTECTION ET ENCOURAGEMENTS DONNÉS AUXlEUNES LETTRÉS.
Cet empereur ordonna que désormais ce serait aux frais du souverain que les jeunes licenciés de toutes les provinces se rendraient à la capitale pour y subir l’examen où l’on confère le titre de docteur; il assistait lui-même à cet examen.
Tous les jours, dès quatre heures du matin, il examinait les requêtes qu’on lui avait présentées , et qu’il pénétrait d’un coup d’œil ; il y répondait sur-le-champ. Il ordonna , pour la commodité et l’avantage du public , que l’on imprimerait, une fois par chaque saison de l’année, le nom, le degré et la patrie de chaque mandarin ou fonctionnaire de l’empire ; et cet usage s’observe encore exactement aujourd’hui.
TRAVAUX IÎTDRAULIQUES; FAMINE EXTRÊ- ME! DÉFAITE DES TAnTARES.
Dans l’année 1570, on employa huit cent mille ouvriers à arrêter et à diriger ailleurs le cours des grandes eaux.
Trois ans après ( 1582 ), parut une comète; et il y eut une si grande stérilité dans la province du Chan-si, que le nombre de ceux qui moururent de faim fut incalculable. On fit creuser
dans plusieurs endroits environ soixante fosses immenses , que l’on nomma, les fosses des dix mille hommes ( wen jin keng ), parce qu’elles pouvaient contenir chacune plusieurs milliers de cadavres.
, Dans |a même année , dix mille Tartares , entre ceux qui avaient fait une irruption sur le territoire de l’empire , furent tués par les troupes chinoises.
L’année suivante (1583); les fleuves ayant été gelés par un grand froid , les Tartares profitèrent de cette circonstance pour passer en grand nombre sur les terres de l’qmpire ; fnais ils furent encore presque entièrement anéantis par les Chinois-
NOUVELLE SÉCHERESSE; REMISE DES IM- POTS; REMONTRANCE FAITE A L’EMPEREUR.
En 1585, une grande sécheresse se fit de nouveau sentir. L’empereur en fut très-affecté , et implora le ciel avec tous les signes extérieurs de la douleur et du repentir, pour faire cesser le terrible fléau. Il remit la moitié des impôts. Dans un autre temps de sécheresse , il donna sept millions de secours à la ville de Nan-king, et il envova dans toutes les provinces des mandarins pour examiner la conduite des gouverneurs, reconnaître le véritable état des choses, et les misères du peuple.
Dans l’année 1592 parut une comète vers la partie orientale du ciel. Un grand de la cour, nommé Foungngan ,- en prit occasion pour faire à l’empereur une remontrance, dans laquelle il disait que l’apparition de cette comète était un avertissement pour lui de chasser de son palais principalement trois de ses ministres , qui se laissaient corrompre par des présents, et qui n’étaient que de vils flatteurs. Ce malencontreux conseiller fut jeté en prison , et condamné à mort en récompense de sa hardiesse à dire de dures vérités. Mais son fils étant venu s’offrir à mourir pour son père, l’empereur fut touché de ce beau dévouement filial , et commua la peine de mort en unsimple exil,
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Une comete parut encore en 1593; et, comme par une triste fatalité, l’année suivante ( 1594), la famine fut si grande dans le Ho-nan , qu’on y vivait de chair humaine (*). Le trésor impérial fut aussitôt ouvert, par ordre de l’empereur, pour soulager cette malheureuse province. Cette même année, les Japonais envahirent la Corée, et portèrent partout le fer et la flamme.
Ils s’emparèrent de plusieurs villes; le ■"Voi fut contraint de prendre la fuite , et il envoya aussitôt des ambassadeurs en Chine pour demander des troupes auxiliaires. Ces secours furent envoyés immédiatement; un combat sanglant eut lieu ; la perte fut grande des deux côtés ; enfin les Japonais furent presque entièrement détruits. Ceux-ci envoyèrent ensuite une ambassade à l’empereur de la Chine , pour implorer sa clémence , et le supplier de donner un titre à leur roi. L’année suivante, l’empereur Chin-tsoung lui donna le titre de Ji-pen-ivang , c’est-à-dire roi du Japon; mais il défendit à ce roi d’envoyer à l’avenir aucune ambassade en Chine.