RASER LA TÊTE SOUS PEINE DE MORT
Enfin, la ville ayant été prise par trahison, aussitôt un édit fut rendu public, dans lequel il était ordonné à tous les Chinois, sous peine de mort, de se raser la tête à la manière tartare. Cependant, malgré la pénalité horrible et extravagante de cet édit barbare, plusieurs milliers de Chinois aimèrent mieux perdre la vie que de se laisser déshonorer ainsi. Toutefois, plus tard, cet édit fut publié et observé dans toute la Chine. Voilà l’origine de cette coutume qui fait trouver aujourd’hui les Chinois ridicules aux yeux des Européens , à cause de leur tête rase et de leur longue queue pendante. On vient de voir qu’il faut s’en prendre à leurs conquérants tartares de cette coutume, qui d’ailleurs est commune à d’autres peuples qu’aux Chinois.
Avant cette époque ils soignaient beaucoup leur chevelure , qu’ils regardaient comme le plus bel ornement de la tête. « Les hommes et les femmes indifféremment, dit Semedo, laissent croître leurs cheveux , qui sont communément noirs, d’où vient qu’entre plusieurs autres noms qu’on donne à ce royaume , on le nomme le royaume du peuple aux cheveux noirs. Ils ont pareillement les yeux noirs et petits , comme aussi le nez petit, et ne peuvent souffrir ceux qui l’ont comme nous, un peu large et élevé, croyant que c’est une difformité qui donne 'mauvaise grâce. Us ont peu de barbe, et ne se soucient pas de l’avoir épaisse, pourvu qu’elle soit noire, qui est la couleur la plus commune, et qu’ils estiment le plus, bien qu’ils n’aient pas les rousseaux tout à fait en horreur, comme ils estoient anciennement à Thèbes : ils la portent longue, la lais-
sant croître au gré de la nature , sans jamais la couper. Leur principal soin est d’adjuster et de bien mettre leur chevelure, en quoy ils surpassent toutes les nations du monde, aymans mieux n’avoir aucun poil au menton que de perdre un seul cheveu de leur teste (*). »
Comme les progrès des armées tartares devenaient ae jour en jour plus menaçants pour la sûreté de l’empire et de fa dvnastie chinoise, un des plus habiles généraux chinois, nommé Maowen-loung, natif de la province de Kouan-toung , fut envoyé , avec quatre-vingt-mille hommes, pour défendre la forteresse de Chang-hai, située dans lTle de Tsou, lieu inaccessible, et qui, bien défendue , pouvait interdire l’entrée de la Chine aux Tartares. Mais la destinée de l’empire des Ming devait s’accomplir. Les populations soulevées et mêlées à ces torrents dévastateurs (Lieou tseu ) de révoltés, qui pillaient et ravageaient les provinces , venaient en aide aux Tartares pour hâter sa ruine.
L’empereur Hi-tsoung meurt l’année 1627, à l’âge de trente-deux ans ( le roi tartare Thian-ming meurt dans la même année).
Hoaï-tsoung (1628-1643), frère du précédent .empereur, lui succède, et termine la dynastie des Ming. Ce prince aimait beaucoup les lettres, dit-on, et écrivait très-bien les caractères chinois. Cette qualité et ce talent ne suffisaient pas pour conserver l’empire et la nationalité chinoise contre les armées tartares. Quoique extrêmement attaché aux bonzes, il n’en conserva pas moins un caractère tolérant et humain. 11 adoucit la rigueur des supplices , réprima le luxe , surtout dans les vêtements de soie, et défendit aux mandarins toute communication avec les eunuques. Il renvoya les soldats que ces derniers avaient introduits dans le palais. Il avait autrefois souvent conseillé à son frère Hi-tsoung de se défaire du chef des eunuques, nommé /P'eï-soung, homme très-puissant et
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CHINE
très-cruel , dont l’insolence et l’orgueil menaçaient la cour et l’empire d’une ruine prochaine. Aussitôt que Hoaïtsoung fut empereur, cet eunuque, prévoyant le sort qui lui arriverait, et n’ayant pas le courage de la résistance, prit du poison pour prévenir, par une mort volontaire, les supplices qui l’attendaient. Son cadavre fut mis en pièces par le peuple; on confisqua ses richesses , qui étaient immenses , .
et l'on rasa ou l’on brûla plusieurs temples qui avaient été élevés en son honneur par ses flatteurs serviles.
Cependant cet empereur tomba dans la meme faute qu’il avait reprochée à son frère. Les partis des révoltés se multipliaient d’une manière menaçante dans les provinces de l’empire. Hoaïtsoung pensa à faire la paix avec les Tartares pour pouvoir plus facilement détruire les premiers. Il mita la tête d’une nouvelle armée un eunuque nommé ïouan, qu’il envoyaenTartarieavec plein pouvoir de traiter des conditions de la paix. Cet eunuque, qui était un fourbe et un traître, se laissa secrètement corrompre par l’or, et conclut un traité aux conditions les plus honteuses pour la Chine. L’empereur refusa de ratilier ce traité; mais l’astucieux eunuque, pour l’y contraindre, empoisonna le commandant en second de l'armée chinoise, dont la fidélité était à toute épreuve; il conseilla ensuite aux Tartares de marcher droit sur Pé-king, par une route ditférente de celle qu’il occupait avec son armée, ce qu’ils exécutèrent sans obstacle ; et ils assiégèrent la ville impériale.
L’eunuque ïouan fut appelé aussitôt au secours de Pé-king avec ses troupes; il partit sans hésiter, ne soupçonnant pas que l’on avait découvert sa trahison. Mais, dès qu’il se fut laissé introduire dans la ville, on le mit à la question, et, après avoir été convaincu de son crime, il fut étranglé. Le chef de l’armée tartare n’eut pas plutôt appris cette mort, qu’il leva le siège et s’en retourna dans le Lino-toung, chargé des dépouil.es de la province.
Dans l’année 1635, le roi tartare mourut; Tsoung-te lui succéda (1636).
27” Livraison. (Chine.)
C’est le père du fondateur de la dynastie suivante.