TESTAMENT DE L'EMPEREUR KIA-K1NG
KiA-KrNG mourut le 2 septembre 1820. Voici le testament qu’il fit avant d’expirer :
Dernières volontés H testament de l’empereur de la Chine , publiés le 2 septembre 1 820 , jour de la mort de ce prince. Traduit de l’anglais, et revu sur le texte original chinois (*).
«L’auguste empereur qui reçut du ciel et de l'ordre des temps l’empire de ce monde, annonce par cet écrit ses intentions au peuple.
« Lorsque sa majesté Kao-tsoungtchen-hoang-ti (**) m’eut remis le sceau impérial, et que je lui succédai au trône, je continuai à recevoir, pendant trois années , ses propres instructions sur le gouvernement.
« J’ai considéré que les grands principes de la conservation du royaume et de l’ordre social , sont : de respecter le ciel; d’imiter ses prédécesseurs ; de cljérir le peuple , et de donner tous ses soins à l’administration.
« Depuis que je^suis sur le trône, j’ai constamment agi avec la plus grande prudence; j’ai médité sans cesse, et
(*) Cette traduction est empruntée au Journal asiatique, lom. I, p. 175. Son auteur, M. Landresse , y a joint la noie suivante : La traduction anglaise , dont je me suis servi , est d’un savant sinologue , le rcv. Morrison (voy. l 'Zncto-C/tinese Gleanrr, n° 1 5 ) ; j’ai donc pu l’employer avec confiance. Mais, pour plus d’exactitude, j’ai revu avec soin mon travail sur le texte chinois.
(**) Ce qui veut dire, l’empereur grand, respectable et parfait. Ce prince est plus connu en Europe sous le nom de Ktan-toung.
Aujourd’hui en Chine , comme autrefois en Égypte, les souverains sont soumis, après leur mort, à un jugement public, par lequel on leur décerne un titre plus ou moins honorable, selon que leur régne a été plus ou moins glorieux ; et ils n’ont pas d’autre nom dans l’histoire de leur pays. ( L.)
avec le plus saint respect, sur les graves devoirs qui m’étaient imposés; j’ai toujours eu présent à l’esprit, que le ciel n’élève si haut les princes que pour la cause du peuple, et que le soin de le nourrir et de l’instruire repose sur un seul homme.
« Lorsque je commençai à régner, les rebelles qui ravageaient les provinces de Tchouan (Sse-tchouan), Chen (Chen-si), et Tsou (Hou-kouang), n’étaient pas encore soumis ; et j’avais de grands officiers à former et à encourager; j’avais une armée puissante à organiser et à conduire. Ce fut par ces travaux, qui m’occupèrent pendant quatre années , que les révoltés furentsuccessivement abattus. Dès lors l’empire jouit du calme et de la tranquillité.
<> Les habitants des campagnes s’acquittaient avec plaisir de leurs devoirs : ils trouvaient protection dans mon sein; je répandais (les largesses sur le peuple; ainsi nous jouissions tous de la paix et du bonheur.
« Mais le peuple, perverti , vint à se révolter encorer 11 se précipita en foule vers le sacré portique du palais; et les rebelles, ligues avec les habitants de Thsao et de Hoa , se répandirent dans trois provinces. Ayant heureusement placé ma confiance dans les secours du ciel tout-puissant, les chefs furent pris et le reste exterminé. En moins de deux mois , le calme fut de nouveau rétabli.
« J’ai toujours pensé que les doctrines hétérodoxes ne peuvent que corrompre le peuple. C est pourquoi j’ai souvent publié des ordonnances et des instructions a cet égard, non moins pour faire respecter le gouvernement, que pour corriger le cœur des hommes ; pour resserrer les nœuds qui unissent les sociétés; pour rendre l'administration plus parfaite et les coutumes meilleures. Mon cœur n’a jamais négligé ces soins, pas même un seul jour.
« Le fleuve Jaune a de tout temps été la désolation de l'empire. Lorsque dans les cahtonsdeYun-thi etdeKouanhia, son cours vers ta mer a été arrêté
ar des bancs de sable, il s’éleva trèsaut, et inonda le pays alarmé. En de telles circonstances, je n’ai point épargné les fonds du trésor public pour contenir le fleuve et rétablir les eaux dans leur premier lit.
« Six ou sept années de tranquillité s’écoulèrent depuis que l’on m’eut annoncé que cette première réparation était terminée. Quand l’année dernière, à l’automne, des pluies excessive?
rossirent singulièrement les eaux du euve , alors il rompit les digues en plusieurs endéoits, au nord et au midi; et le courant Wou-tchi , passant à travers le pays, se fraya un passage à la mer. Le dégât qu’il causa fut immense.
« Au printemps de cette année, comme les directeurs des travaux de la digue m’annonçaient que l’ouvrage était achevé, la digue du midi, dans Y-foung, se rompit aussi. J’ai donné l’ordre de commencer les réparations après l’automne, et j’ai assigné les fonds nécessaires pour ces travaux, qui pourront être accomplis pendant l’hiver.
« J’ai particulièrement veillé à ce que le peuple ne restât pas sans subsistance ; et j’ai été attentif h empêcher qu’un seul individu manquât du nécessaire.
Toutes les fois que des pluies excessives ou une trop grande sécheresse affligeaient quelque partie de l’empire , je remettais les impôts sur les terres, et je faisais distribuer des grains. Dès u'on me donnait connaissance de la étresse , je faisais de suite passer des Secours.
■ L’année dernière, au soixantième anniversaire de ma naissance, les magistrats et le peuple vinrent en foule et avec joie me présenter leurs sincères félicitations. Après avoir réfléchi aux bienlaits que je pouvais accorder en cette occasion , j’ai fait proclamer la remise des impôts sur les terres, soit en argant, soit en nature, et montant à plus de vingt millions; désirant ajouter ainsi à l’aisance de chaque famille, et voulant que chaque individu puisse s’élever au comble du bonheur public.
• Cette année, pendant le printemps,
l’été et jusqu’au milieu de l’automne, les pluies ont été favorables; et l’on m’a annoncé que l’abondance régnait dans chaque province. Mon cœur en a ressenti un véritable plaisir.
« Vers le milieu de cet automne , pour me conformer avec respect aux sublimes instructions de mes ancêtres, je me suis rendu aux chasses de Moula n. Comme je m’avançais vers la chaumière de la montagne, je m’arrêtai afin d’éviter la chaleur. J’avais jusqu’alors joui d’une excellente santé, et, quoique parvenu à la soixantième annee de mon âge, je pouvais monter ou descendre une coiline; je pouvaft traverser un fleuve ou une large plaine sans connaître la fatigue. Mais alors, au milieu de mon voyage, la trop grande chaleur me fit mal. Cependant, hier je poussai mon cheval au travers la montagne Kouang-jin ; mais quand j'arrivai à la chaumière, je sentis que le flegme me suffoquait, et je craignis, jusqu'au soir, de ne pouvoir plus me remettre,
« Cependant, pour me conformer à l’usage établi par mes vénérables aïeux, j’avais, dès la quatrième année Aiaking, au dixième jour du quatrième mois, à la cinquième heure du matin, nommé d’avance mou héritier au trône. Cette nomination, scellée de ma main, est dép&ée dans une boite secrète.
> « Lorsqu’à la dix-huitième année de mon règne, les rebelles tentèrent d’escalader les murs du palais, l’héritier impérial lui-même fit feu sur les ennemis, et en tua deux, ce qui fit tomber le reste à terre avec elfroi. De cette manière, le palais impérial recouvra la tranquillité. Le mérite de cette action fut très-grand; et comme je n’avais pas déclare mon dessein de le faire prince héritier, je lui conférai le titre de t'chi-thsin-hoang (roi sage), pour récompenser ses signalés services.
« La maladie actuelle terminera mes jours. Le meuble divin (le trône) est de la plus haute importance, et il est a propos de le conférer à un autre.
C'est pourquoi j’ordonne à tous les ministres de la présence, à tous les
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hommes d’état dn conseil militaire , à tous les grands officiers du palais impérial, de s’assembler pour ouvrir le secret dépôt. L’héritier que je nomme est bienfaisant, respectueux, sage et courageux. Il se rendra capable de supporter la charge qui lui est conGée. Qu’.l monte donc sur le trône, et qu'il nie succède dans ce grand gouvernement.
« Les devoirs d’un souverain consistent à connaître les hommes, et à procurer du repos au peuple. J’ai pendant longtemps examiné et médité avec soin ces devoirs; ils sont réellement très-difficiles à remplir. Réfléchissez profondément à ces grands principes; maintenez-les avec force; donnez les emplois aux vieillards sages et vertueux; aimez et nourrissez le peuple aux cheveux noirs (*); et faites que notre famille conserve son haut éclat, pendant cent mille fois dix mille ans.
« Le l.i-Kl dit que les Gis obéissants se conforment toujours aux desseins de leurs ancêtres, et qu’ils respectent ce qu’ils ont fait. Puissent vos efforts n’ être jamais interrompus!
« J’ai été honoré du titre de Gis du ciel; j’ai étendu mes années au delà d’un cycle de soixante ans; on peut dire que mon bonheur a été grand.
Mon successeur pourra exécuter mes rojets; il fera jouir l’empire du boneur de la paix : telles sont mes espérances , et alors mes vœux seront comblés.
« Lorsque je reçus le sceau impérial , j’avais deux frères aînés, et un autre frere plus jeune que moi, qui furent élevés à des dignités royales. Cette année, au printemps, le prince royal Kina tshirt mourut, et il ne resta pius que les princes 1-lhsin etTchhing-thsin.' Ces derniers m'ayant offensé , je les privai de leurs emplois. Cette peine est aujourd'hui entièrement remise.
« Le Chou-king rapporte que l’empereur Chun termina sa carrière à
(*) C’est-à-dire , les jeunes gens; ceux dont la vieillesse n’a point encore blanchi les cheveux ; en oppositio ux hommes sages •I vertueux, qui so: , vieillards.
une excursion de chasse. Le même événement m’arrive; de plus, ce lieu de Louan-yang est un de ceux qui doivent être, chaque année, honorés de la présence du souverain; et mon aïeul y est enterré (*). Pourquoi donc serais-je triste?
« Que l’on se conforme , en prenant le deuil, aux usages précédents, et qu’on le dépose apres vingt-sept jours.
Annoncez mes volontés au peuple, et faites que chacun les entemfe.
« La vingt-cinquième année Kia~ king, au vingt-cinquième jour de la septième lune. »
( Ici est la place du sceau de l’empereur.)
Le vice-roi des deux provinces de Kouang ( Kouang-tung et Kouang-si ), votre sujet Youan-youan, et l’envoyé de la province de Kouang-tung, votre sujet Khang-chao-young , font fait transcrire sur papier jaune, avec une respectueuse attention.
Le gouverneur de Canton par intérim, trésorier, juge criminel, votre sujet Lian, l’a fait graver avec une respectueuse attention.
TA0-K0iUNG(t82l).Le règne de cet empereur n’est connu en Kurope que par quelques extraits de la gazette impériale de Péking, publiés par des journaux anglais. On sait qu’il succéda a Kia-king en 1821, et qu’il s’est montré aussi hostile ala prédication du christianisme que son pere. Les troubles ont continué dans plusieurs provinces; les Mahométans du Turkestan se sont aussi révoltés, mais ils ont été comprimés; une autre révolution a
(*) J’ai osé adopter ici un sens entièrement opposé à celui du rév. Mori.sson. Ce savant traduit ; el mun aïeul y est né ; j’ai mis: el mon aïeul y est enterré; le cltinuis
Portant, mot à mot, de mon aïeul derédq aine y est. Ce qui précède el ce qui suit s’accorde très bien avec ce dernier sens; en effet, on lit d'abord, l'empereur Chun est mort à une excursion de chasse , et ensuite, pourquoi serais-je triste, sous-entendu de mourir, puisque l’empereur Cliuti est mort eomme moi à une excursion de chasse, et puisque mon aïeul est enterré dans l’euilroit meme uù je meurs? (L)
éclaté dans Pîle de Formose; les Miaotseu, réduits par Khian-loung, se sont réveillés de leur assoupissement.
Tout dénote que la dynastie tartaremantchoue a plus que jamais besoin de la force pour se maintenir sur le vieux trône impérial de la Chine.
Une autre conspiration fut découverte à Péking, en 1832. Dans la même année, une famine s’est fait senlirdans les provinces de Ngan-hoéï, de Kiangsi, de Hou-pe et de Tché-kiang : elle était causée par les grandes inondations de l’automne de 1831. Daus les trois premières de ces provinces, l’empereur a fait la remise d’une partie des impôts. 11 a aussi ordonné que le pauvre peuple reçût, des magasins impériaux, des secours en riz pour ses fcesoins pressants, et de grains pour semer ses champs.