‹ L'UniversChapitre 34 sur 348 · MENTION DE CHARS MAGNÉTIQUES · texte numérisé non relu

MENTION DE CHARS MAGNÉTIQUES

« Des personnes de Youé- Tchang (*)

(*) Le texle chinois donne la note sui-

« viennent à la cour. — A cptte épo- « que, les San miao (peuplades barbares indigènes , dont une partie fut transportée par l’empereur Ch un à l’occident de la Chine , et devint la souche des Thibétains actuels, et dont l’autre partie se dispersa dans les hautes montagnes du midi de la Chine, où ses descendants, qui portent encore le même nom, se sont maintenus indépendants ) « avaient « planté des mûriers; ils en réunirent « les graines et en remplirent pres-

vantc : « Youà tchâxg chi : des personnes « de Youé-tchdng : c’est un royaume mari- « lime du sud, dont trois interprètes vinrent « apporter des faisans blancs. Tcbeod- « K ou kg leur fil présent de chars qui mon- « traient le sud , pour aller au loin. L’année « suivante ils se mirent en roule. »

Voilà une nouvelle mention historique des chars magnétiques, dont l'invention est attribuée à Hoanu-ti. La confection de ces chars suppose la connaissance des propriétés physiques de l’aiguille aimantée , et par conséquent de la boussole marine; mais les Chinois d'alors n'ayant pas de marine, l’usage de cette dernière n'était pas nécessité, tandis que la boussole terrestre, si utile dans les temps anciens où peu de routes étaient encore tracées , et où les connaissances géographiques ne pouvaient pas être bien avancées, l'homme ayant encore à peine reconnu son immense domaine, était connue et usitée, ainsi que nous l’avons déjà vu; et ce fait prouverait beaucoup à lui seul pour l’esprit industrieux du peuple chinois des la plus liante antiquité. On sera peut-être surpris de voir que le char magnétique des Chinois et leur boussole marine mollirent le sud, tandis que la propriété de l'aiguille aimantée est de se. tourner vers le nord avec plus ou moins de déclinaison; mais on cessera de l'être si l’on réfléchit que les premières applications qui furent faites par les Chinois de cette aitraction incompréhensible, étaient pour indiquer le sud; on trouvera tout simple que, tout en reconnaissant que l’aiguille aimantée était attirée vers le pôle nord, lisaient affecté au pôle opposé, qui n’est que la continuation ae l'axe, une figura saillante pour indiquer le pote sud; et le nom i\'indiquant le sud ( tchi nâté) sera resté à toutes les applications du principe une fois reconnu, avec le signe indicatif affecté à l’extrémité sud de l’aiguille,

« que tout un char ; le peuple monta « dessus (et partit?). Tching-waxg, « interrogeant Tchéou-koung, lui « demanda pourquoi cela. Le minis- « tre répondit : Les San-miao ont « réuni ensemble toutes leurs graines « (de mûriers). Puisse l’empire avoir « le môme accord et ne faire qu’un !

« Après trois années , des personnes « de Ÿouê-tchâng vinrent à la cour « avec des interprètes (yi) , apportant « en tributs un faisan blanc , deux « faisans noirs , et une dent d'élé- « pliant. Les envoyés (qui étaient ve- « nus trois ans auparavant ) s’étaient « trompés de route en voulant retour- « ner dans leur pays. Tchéou-koung « leur lit présent de cinq chars d’une « espèce légère , construits pour indi- « quer le sud. Ils montèrent sur ces <• chars et se dirigèrent au sud. L’an- « née suivante ils arrivèrent dans » leur royaume. Les envoyés s’étant « livrés à des divertissements joyeux , « au lieu d’arriver dans leur pays s’é- « taient éloignés de sa direction; et, « bien que le char indiquât toujours « le sud, ils avaient tourné le dos au « point qu'il montrait ; mais l’année « suivante , ils arrivèrent. » (Voy. le Choué-yuene t le Kou-kin-tchou , Litai-ki-sse , kiouan 6, f" 10.)

Tchéou - koung mourut à la onzième année du règne de Tchingwang. C’est un des plus grands hommes de la Chine. I.es grandes connaissances et la sagesse éclairée qu’il déploya dans l’exercice de ses fonctions, connaissances supérieures pour son époque, furent tellement honorées par les Chinois , que sa statue fut placée à côté de celle du roi Tchingwaxg , dont il fut le régent , sur le même trône , dans la meme salle du Ming-tang, ou Temple de la lumière de la troisième dynastie. Les historiens delà vie de Khuung-tseu (Confucius) rapportent que ce philosophe, qui vivait cinq siècles après, étant allé visiter ce temple avec plusieurs de ses disciples , l’un d’entre eux , frappé de voir les statues du roi et du ministre régent placées également sur le môme trône, en témoigna sa surprise au

philosophe. (Voy. pl. 17.) «Maître , « lui dit-il, les statues que nous voyons « désignent sans doute quelques traits « de la vie des deux princes qu’elles « représentent : si cela est , je ne con- « çois pas comment Tchéou-koukg, « qui passe pour avoir été l’un des « plus sages princes de l’antiquité , « aurait pu s’oublier jusqu’à se mettre « au niveau de son souverain. Un!

« sujet qui s’assied en présence de son « roi , commet une inconvenance ; mais « il manque essentiellement au res-1 « pect qu’il lui doit , quand il ose , ' « sous quelque prétexte que ce puisse « être , s’asseoir sur son trône a côté « de lui....

— « Je pense, répondit Khoung- « tsf.d , que vous n’etes point instruit « des circonstances qui ont fait placer « les deux statues comme vous les « voyez; et qu’ignorant la vérité de « l’histoire, vous vous égarez dans le « labyrinthe des raisonnements. Voici « le fait tel qu’il est raconté dans les « annales des Tchéou :

« Wou-wang se voyant sur le point de mourir, désigna son fis Tchingwaxg pour être son successeur à l'empire ; mais comme ce jeune prince , a cause de son bas âge, devait être pendant bien des années hors d’état de régner par lui-même , Wou-wang y pourcut sagement , en nommant Tchéou-koung pour gouverner à la place du jeune prince , jusqu'à ce qu'il eût atteint l’âge compétent.

« Comme Tchéou-koung, ajouta « Kiioung-tseu , dans ses fonctions « de régent gouvernait seul tout l’em- « pire, il craignit que les grands et le « peuple ne le prissent pour le suc- « cesseur du grand AVou-wang; alors « il crut devoir proclamer solennelle- « ment le légitime héritier de la cou- « ronne. U indiqua à cet effet une « assemblée générale dans la salle « extérieure du Temple de la lumière « ( Ming-tang ) (Pl. 17); et là, après « s’ôtre assis sur le trône pour tenir « le jeune roi à côté de lui , dans la « posture qu’il convenait , il le lit re- « connaître par tous les ordres de

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h l’état. Voilà l'action que l’on a voulu « représenter. »

Un grand nombre d’odes comprises dans le Livre des vers ( Chi-king ) recueilli par Khoung-tseu , sont de Tchéou- koung. 11 contribua à la composition du Livre des rites ( Li- Ki ), et il fit des commentaires sur le Livre des changements ( Y-King), composé par l’empereur Fou-h i. On lui attribue aussi la composition d'un livre intitulé Tchéou-li : Rites de la dynastie Tchéou ? dont une grande partie a été recueillie dans le I.i-ki.

A la dixième année du règne de Tching-wang, des personnes de Youë-tchâng vinrent encore à la cour.

A -la vingt-cinquième année, il y eut une grande assemblée de tous les premiers vassaux à la cour orientale.

Quatre peuples barbares nommés Y, grands archers , vinrent apporter des tributs. A la trente-quatrieme année, une pluie d'or tomba à I/ien yang, et à la trente-septième année , en été , quatrième lune , le roi ordonna à son premier ministre ( tai-pao , conservateur et protecteur) et à son ministre nommé Chi de l’assembler ses serviteurs pour recevoir ses dernières volontés. Ensuite il mourut.

La mort et les funérailles du roi Tching-wang, décrites dans le Livre des annales, offrent un tableau.curieux de l’étiquette royale à cette époque et dans ces circonstances.

« Au jour de la pleine lune du quatrième mois , le roi se trouva très-mal.

« Au premier jour du cycle, le roi se lava les mains et le visage, ceux qui étaient auprès de lui pour le servir, lui mirent le bonnet (*) et l’habillement; alors le roi s'appuya sur une petite table de pierres précieuses.

« Il appela le premier ministre et les rands vassaux des royaumes de Joui, e Toung , de Pi, de IP'eï et de Mao ; il fit venir encore le gouverneur de

(*) Nommé mien. Aux douze cordons de soie pendant devant et derrière le lionuet , incliné en avant en signe de déférence, étaient enfilées douze pierres précieuses. C’est le bonnet de cérémonie.

la porte du palais, le vassal Hou, le chef des officiers et tous ceux qui étaient chargés des affaires.

« Le roi dit : Hélas ! ma maladie est mortelle; je sens que mon mal augmente continuellement ; dans la crainte de ne pouvoir plus vous déclarer nia volonté, je vais vous instruire de mes ordres.

« Les rois mes prédécesseurs Wenxvang et Wou-wang ont fait briller partout l’éclat de leurs vertus, ils ont été très-attentifs à procurer au peuple tout ce qui peut conserver la vie; ils ont eu soin d'instruire chacun des devoirs de son état ; et ils ont si bien réussi , que tous ont été dociles à leurs instructions ; cela a été connu des peuples de Yn , et tout l’empire a été soumis à notre famille.

« Ensuite , malgré mon peu d’expérience, je leur succédai; mais ce ne fut pas sans crainte ni sans respect que je me vis chargé par le ciel d'une commission si périlleuse : j'ai donc continué à faire observer les instructions de tV eh -wang et de Wouwang , et je n’ai jamais osé les changer ni les transgresser.

« Aujourd’hui le ciel m’afflige d'une grande maladie, je ne puis me lever, et à peine me reste-t-il un souille de vie. Je vous ordonne de veiller avec soin à la conservation de Tciiao, mon fils héritier; qu’il sache résister à toutes les ditlicultés.

« Qu’il traite bien ceux qui viennent de loin (les voyageurs fatigués ) , qu’il instruise ceux qui sont auprès de sa personne , qu’il entretienne la paix dans tous les royaumes, grands et petits.

« C’est par l’autorité et le bon exemple qu'il faut gouverner les inférieurs ; vous ne sauriez être assez attentifs à faire en sorte que , dès le commencement de son règne, mon fils Tchao ne donne dans aucun vice. >>

« Après que les grands eurent reçu les ordres du roi, ils se retirèrent; on détendit les rideaux et on les emporta. Le lendemain , second jour du cycle (17 mars 1067 avant notre ère), le roi mourut.

« Alors le régent du royaume (*) ordonna à deux grands vassaux de faire savoir au prince de Tsi ( dans le Chan-toung , orient montagneux ) de prendre deux hallebardiers et cent gardes pour venir en dehors de la porte australe, au-devant du prince héritier Tchao, et de le conduire dans le corps-de-logis qui est à l’orient. C’est là que ce prince devait uniquement penser à pleurer la mort de son père.

« Au quatrième jour du cycle ( 19 mars 1068 av. J.-C. ), le régent du royaume Tcuao-roung lit écrire les paroles testamentaires du feu roi , et la manière dont se feraient les cérémonies.

« Sept jours après, le dixième du cycle, il ordonna aux officiers défaire préparer le bois dont on aurait besoin.

« I.’officier appelé Tie eut soin de mettre en état l’écran sur lequel étaient représentées des haches (**), et il tendit des rideaux ( autour du trône).

« Vis-à-vis la porte, tournée vers le sud , on étendit trois rangs de nattes, appelées mie (faites de bambou fendu); la couleur des bords était m£lée de blanc et de noir; on mit la petite table faite de pierres précieuses.

« Devant l’appartement occidental , tourné vers l’orient , on étendit également trois rangs de nattes , nommées ti ( faites de jonc ), dont les bords étaient composés de pièces de soie de diverses couleurs , et on mit une petite table faite de coquillages.

« Devant l’appartement oriental , tourné vers l’occident, on étendit encore trois rangs de nattes, appelées foung , dont les bords étaient de soie de plusieurs couleurs; on y mit une

(*) Nommé dans le texte chinois Taî-pao, grand conservateur ; c’élail le régent du royaume pendant le grand deuil du nouveau roi , qui durait trois aus.

('*1 Cet écran ou paravent était liant de 8 pieds, et il était couvert d'une étoffe de soie rouge, sur laquelle étaient représentées des haches, symboles de la puissance royale.

petite table faite de pierres précieuses très-bien taillées.

« Devant un appartement séparé, à l’occident, on étendit vers le sud trois rangs de nattes, appelées s un ( fuîtes de bourgeons de bambous , ainsi que les précédentes ) , dont les bords étaient de soie noire; on mit une petite table vernissée.

« On rangea les cinq sortes de pierres précieuses , et la chose la plus rare , l’épée, dont le fourreau était de couleur de clia'ç,; le livre des grands documents (*) : les pierres précieuses appelées houna-pi et youen-yen furent rangées dans l'appartement occidental qui était à côté; on mit dans l’appartement du côté opposé les pierres précieuses appelées la-yu et y -vu (jade rare et jade commun ); le globe céleste fait de pierres précieuses ( thieii feieou ); la figure sortie du fleuve (**) (Ao-IÂou, comprenant les premières figures symboliques du Y-kirtg ). Dans un autre, appartement , 5 l’occident, on mit les habits appelés Yn (***), destinés aux danses, les grands coquillages et le tambour appelé fen-kou; dans un autre appartement oriental , on mit la lance appelée tout , l’arc appelé ho, et les ileches de bambou, nommées tchow.

« Le grand char ( ta-lau ) fut mis

(*) Selon le commentateur Tcbou-hi, l’expression chinoise ta hiun, grand document, grand enseignement, désigne le livre ou l'histoire des Trois augustes souverainetés (du ciel , de la terre et de l'homme) , et celle des Cinq empereurs; d'où il résulterait, comme on l’a déjà remarque dans cet ouvrage, qu’il existait déjà des livres avant le Chou- king, et que ces livres désignés ici renfermaient l'histoire de ces temps très-reculés, que nous avons nommés ante-historiques.

(**) Ce sont les figures symboliques que l’on voit tracées par Fou-aï dans son portrait. La tradition prétend qu’il les avait vues sur le dos d’un dragon cheval qui sortit d’uu fleuve en sa présence.

(***) Nom d’un pays où l’on avait réglé ce qui concerne les danses.

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près de l’escalier des Hôtes (*); ce char était tourné vers le sud. Un autre char, destiné à conduire le premier, fut placé auprès de l’escalier de celui <jui attend les hôtes; il était aussi tourne vers le sud ; le char de devant fut placé auprès de l’appartement latéral de la gauche, et les chars de derrière auprès de l’appartement latéral de la droite (**),

« Deux ofliciers, couverts d’un bonnet rouge foncé , et tenant une hallebarde à trois têtes, étaient debout en dedans de la porte de la grande salle ; uatre officiers, couverts d’un bonnet epeau de faon, et présentant la pointe de leurs hallebardes, étaient debout à côté des salles de l'escalier de l’ouest et de l’est, et se répondaient les uns aux autres. A la salle de l’est et de l’ouest, était un grand-officier , couvert de son b nnet de cérémonies, et tenant en main une hache; sur l’escalier oriental était un autre grandoüicier, couvert de son bonnet et armé d’une pique à quatre pointes; un autre, couvert et armé d une pique trcspointue, paraissait debout sur le petit escalier à côté de celui de l’orient.

« Le nouveau roi , couvert de son bonnet de toile de chanvre , vêtu d’habits de différentes couleurs, monta l’escalier des Hôtes ; les grands et les princes vassaux, avec des bonnets de toile de chanvre et des habits noirs , vinrent au devant de lui ; chacun alla à son poste et s'y tint deltout.

(*) Les princes vassaux qui venaient à la eour, dit le P. C.imhil , étaient a|)|ielés Hôtes; et il y avait un grand-offieier eliargé de les traiter et d'avoir soin de ce qui les regardait. C’est encore la eotilume de faire voir, dans ces cérémonies des funérailles, le même Irait] et le luèane équipage que le mort avait de sou vivant. >

(") Ce sont cinq chars différents: le i", ta luu, le grand char, était de pierreries, selon le commentateur Tchoc-hi le a*, tclioni lou, était un eliar d’or: le 3”, sian Ion , char de devant, était de bois; les deux de derrière, le 4' et le 5e, siang lou et ké lou, étalent, l’un peint, et l’autre sculpté. Os cinq chars sont représentés dans l’Encyclopédie chinoise.

« Le régent du rovaume ( Tài-pao) , le grand historien de l’empire ( 'Caisse ) , l’intendant des rites et cérémonies, étaient tous couverts d'un bonnet de chanvre , mais habillés de rouge.

Le régent du royaume et l’intendant des cérémonies montèrent l'escalier de celui qui traite les hôtes : le régent du royaume portait entre ses mains la grande pierre précieuse nommée koue f , à l’usage du r i , et la tenait élevée en haut; l’intendant des cérémonies portait élevées en haut la coupe et la pierre précieuse nommée mao. Le grand historien monta sur l’escalier des Hôtes, et remit au roi le testament qui était écrit.

« Il dit : L’auguste prince (le roi décédé ), appuyé sur la petite table de pierres précieuses, a déclaré ses dernières volontés : il vous ordonne de suivre les instructions de vos ancêtres, de veiller avec soin sur le royaume de Tc/iéou, d’observer les grandes règles ( les lois constitutives, selon le commentaire ) , de maintenir la paix et les bonnes mœurs dans le royaume; et enfin d'imiter et de publier les belles actions et les instructions écrites de 'Wen-wang et de Wou-wang.

« Le roi se prosterna plusieurs fois, se leva et répondit : — Tout incapable que je suis , me voilà 'chargé du gouvernement du royaume ; je crains et je respecte l’autorité du ciel.

« Ensuite , le roi prit la coupe et la pierre précieuse , fit trois fois la révérence ( à la représentation de son père mort) , versa trois fois du vin à terre, et en offrit trois fois; alors le maître des cérémonies répondit : « C’est bien. »

a Le ■ régent du royaume prit la coupe, descendit, se lava les mains, prit une autre coupe, la plaça dans le vase appelé tchaiig, et fit la cérémonie en avertissant ( en publiant l’acte par lequel il prenait possession du royaume au nom du jeune roi ) ; il donna ensuite la coupe à un des officiers des cérémonies , et salua ; le roi lui rendit le salut.

« Alors le régent du royaume', re-

prenant la coupe, versa du vin à terre, s’en frotta les lèvres, revint à sa place, et, après avoir donné la coupe a un officier des cérémonies, salua; le roi lui rendit le salut.

« Le régent du royaume descendit de sa place , et lit retirer tout ce qui avait servi à la cérémonie ; les princes vassaux sortirent par la porte de la salle des cérémonies ( miao ) et attendirent. »

( 1078 av. J.-C. Commencement du règne de Kaxg-wasg.) « Le roi étant sorti , s’arrêta en dedans de la porte de l’appartement du nord. Le regent du royaume ( prince vassal , chef des grands vassaux ) , à la tête des princes vassaux d’occident , entra par la porte qui est à gauche ; et Pi-koung , à la tête des princes vassaux d’orient , entra par celle qui est à droite; on rangea les chevaux \ présents des princes vassaux ) de quatre en quatre; ils étaient de couleur tirant sur le jaune , et leur crinière était teinte en rouge. Les princes vassaux, prenant leur kouei (*) et les pièces de soie ( qui désignaient la redevance ), les tinrent élevés entre les mains, et dirent :

« Nous qui sommes vos sujets vas- « saux , chargés de la défense du « royaume, nous prenons la liberté « de vous offrir ce qui est dans notre « pays. » Après ces paroles , ils firent plusieurs révérences à genoux , et le roi , héritier de l’autorité et des prérogatives des rois ses prédécesseurs , rendit le salut.

« Le régent du royaume et le prince de Joui se saluèrent mutuellement en joignant les mains et en s’inclinant légèrement; ensuite ils firent la révérence à genoux, et dirent : « Nouspre- « nons la liberté de parler ainsi au fils « du Ciel (**). » En considération de ce que Wen-vvang et AVou-wang ont

(*) Pelile tablette que les princes et les grands plaçaient par respect devant leur visage en parlant au roi.

gouverné avec beaucoup de prudence et avec un cœur de père les pays occidentaux (les provinces occidentales de la Chine, dont le chef-lieu était dans le Chen-si), l’auguste ciel leur a donné avec éclat le royaume, après en avoir privé la dynastie de in; et ces deux

rinces ont été très-soumis aux ordres

u ciel.

« Vous venez de prendre possession du royaume; imitez leurs actions, récompensez et punissez à propos , procurez le bonheur et le repos à vos descendants ; voilà ce que vous devez avoir soigneusement en vue; tenez toujours en bon état, vos six corps de troupes et conservez ce royaume que vos ancêtres ont obtenu avec tant de peine. »

« Alors le roi dit : « O vous qui êtes des divers ordres de princes vassaux de tous les royaumes ( formant l’empire chinois), vo'ici ce que Tchao vous répond :

« —Les rois mes prédécesseurs, AVenwang et AV o u - w a n g , pensaient plus à récompenser qu’à punir; leur libéralité s’étendit partout (*); leur gouvernement était sans défaut, et fondé sur la droiture : voilà ce qui les rendit si illustres dans tout l’empire. Leurs officiers, intrépides comme des ours , étaient en même temps sincères et fidèles; ils ne pensaient qu’à servir et à défendre la famille royale; c’est pour cela que ces princes reçurent les ordres au souverain maître ( Chang-Ti ), et que l’auguste ciel , approuvant leur conduite, leur donna autorité sur tout l’empire.

« Ils ont créé des princes vassaux (**),alinque ceux-ci défendissent

(*) Celle grande libéralité dont on fait ici lcioge , causa la ruine de leur dynastie ; parce qu’ils accordèrent tant de pouvoirs à un si grand nombre d'individus, que l'empire fut, par la suite, morcelé en un si grand nombre de petites souverainetés qu'il n’y eut plus d'empire.

(**) T/iien-lseu; c’est la première fois que (**) Parmi ces princes vassaux créés par nous rencontrons cette expression dans le Wjou-wang et par Tcaino - waho , dit le Chou-king, elle est particulière à la dynastie P. Caubil , les lins étaient de la famille de Tclttou. Tchéou, d’autres des principales familles

le rovaume de leurs successeurs. Vous qui êtes mes oncles paternels , pensez que vous , vos pères et vos aïeux ont été sujets des rois mes prédécesseurs, et qu'ils ont maintenu la paix. Votre corps est éloigné de la cour, mais votre cœur doit y être ; partagez avec moi le travail et les inquiétudes ; remplissez tous les devoirs de sujets vassaux : quoique jeune , ne me couvrez pas de honte.

« Les grands et les princes vassaux, après avoir reçu les ordres du roi , se saluèrent mutuellement , les mains jointes, et se retirèrent promptement; le roi quitta le bonnet de cérémonie pour prendre le vêtement de deuil. »

( Chou-king , I. IV, ch. 22, 23. )

Les historiens chinois rapportent peu de faits remarquables du régné de Kk\ g-wang ( roi excellent, paisible).

Ce roi assembla , dit-on , plusieurs fois ses états, composés des principaux sujets du royaume. Il mit ses soins à faire fleurir l’agriculture. Un vieux saule , sous lequel il s’asseyait , lui servait de tribunal pour juger les différends qui naissaient entre les laboureurs ; et ce saule est devenu aussi célèbre dans la poésie chinoise que le chêne de Vincennes dans l’histoire de saint Louis. Le Livre des Annales a conservé de lui un discours sur le gouvernement, adressé à son premier ministre , dans lequel on trouve ces paroles caractéristiques :

« Il faut distinguer les bons d’avec les mauvais , et mettre des marques à leurs maisons. Faites valoir les bons, punissez, les mauvais et publiez ce que

des sujets des Tchéou , et même des descendais des rois des Chang, des /lia, et aussi des rois plus anciens; tous avaient des états tributaires, et ils étaient créés pour la défense du roi, appelé Titien- tseu, fils du ciel. Ces princes vassaux possédaient une histoire de leur famille, et plusieurs avaient des historiens en titre. Il est difficile que tant d’ouvrages aient péri dans l’incendie des livres ordonné par Clii-lioang-li. S ema-tsien, qui écrivait plus de reut ans avant J.-C., et qui était historien de l’empire, s’en est servi pour composer son Histoire générale.

vous faites en faveur des uns et contre les autres. S’il y en a qui désobéissent aux ordres, qui ne gardent pas la loi... privez-les de leurs terres et donnezleur-en de plus éloignées ; cette justice animera les uns et intimidera les autres...

« Celui qui gouverne doit s’attacher à ce qui dure toujours , et celui qui parle doit s’attacher à ne dire que ce qui est nécessaire , et à le dire en peu de mots... Les mœurs de la dynastie de In ( ou Chang ) avaient dégénéré en complaisance et en flatterie, et celui qui savait faire des discours étudiés et recherchés passait pour un homme habile; ces maximes ne sont pas encore entièrement abolies : pensez-y.

« Je me rappelle cette belle sentence des anciens : La vertu règne rarement parmi les gens riches , et parmi ceux qui sont d’anciennes maisons; l’orgueil leur impose de la haine et du mépris pour les gens vertueux, et ils les maltraitent; c’est détruire la loi du ciel, que de ne pas se soucier de garder les règles de la modération, de ne penser à vivre que dans le luxe et la mollesse; c’est le défaut qui a toujours régné; c’est un torrent qui inonda tout.

« Les grands de la dynastie Yn comptaient sur le crédit dont ils jouissaient depuis si long-temps; uniquement occupés à faire des dépenses, ils étouffaient les sentiments de la justice et de l’équité, ils cherchaient à se faire remarquer par des habits magnifiques; l'orgueil, Vamour du plaisir, le mépris des autres, l’envie démesurée de faire parler de soi, leur avaient tellement gâté l’esprit et le cœur qu’ils persévéraient jusqu’à la mort dans leurs mauvaises habitudes. » ( Ch.-h.

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