VII. “ Dans la septième catégorie
V examen des cas douteux, on choisit un homme pour interroger les sorts (*), et on l’investit de ses fonctions.
x Cet examen corn prend : 1° la vapeur qui se forme; 2° celle qui se dissipe; 3° l’obscurité; 4“ les tissures isolées, et celles qui se croisent et se tiennent.
x S’il se trouve trois hommes pour interroger les sorts, on s’en tient à ce que deux diront.
x Si vous avez un doute important, examinez vous-même; consultez les grands, les ministres et le peuple; consultez les sorts.
x Lorsque tout se réunit pour indiquer la même chose , c’est ce que l’on nomme le grand accord : vous aurez la tranquillité , la force , et vos descendants seront dans la joie.
x Si les grands , les ministres et le peuple disent d’une manière , et que vous soyez d’un avis contraire, mais conforme aux indices de la tortue et des sorts, votre avis réussira.
x Si vous voyez les grands et les ministres d’accord avec la tortue et les sorts, quoique vous et le peuple soyez d’un avis contraire , tout réussira également.
x Si le peuple, la tortue et les sorts
(*) Scion lés interprètes, c’ctait l'inspection d’une tortue que l’on brûlait, et de certaine herbe.
Digmfod
L’UKIVERS.
sont d’accord, quoique vous, les grands et les ministres vous vous réunissiez pour le contraire , vous réussirez dans le dedans , niais non au dehors.
« Si la tortue et les sorts sont contraires au sentiment des hommes , ce sera un bien que de ne rien entreprendre; il n’en résulterait que du mal.
VIII. « La huitième catégorie des apparences ou des phénomènes comprend : 1° la pluie; T le temps serein; 3° le chaud; 4° le froid; 5° le vent; 6° les saisons. Si ces six choses arrivent exactement , chacune selon la règle , les herbes et les plantes croissent en abondance.
» Le trop est sujet à beaucoup de calamités ; le trop peu est également sujet à beaucoup de calamités.
« Voici les bonnes apparences :
Quand la vertu règne, la pluie vient à propos ; quand on gouverne bien , le temps serein paraît; une chaleur qui vient dans son temps, désigne la prudence ; quand on rend des jugements équitables, le froid vient à propos; la perfection est indiquée par des vents qui soufflent dans leur saison.
« Voici les mauvaises apparences :
Quand les vices régnent , il pleut sans cesse ; si l’on se comporte légèrement et en étourdi, le temps est trop sec; la chaleur est continuelle, si l'on est négligent et paresseux; de même, le froid ne cesse point, si on est trop prompt ; et les vents soufflent toujours, si l’on est aveugle sur soi-même.
« Le roi doit examiner attentivement ce qui se passe dans une année; les grands ce qui se passe dans un mois , et les petits fonctionnaires ce qui se passe dans un jour.
« Si la constitution de l’atmosphère, dans l’année, le mois, le jour, est conforme à la saison , les grains viennent à leur maturité, et il n’y a aucune difficulté dans le gouvernement; on fait valoir ceux qui se distinguent par leur vertu , et chaque famille est en repos et dans la joie.
« Mais s’il y a du dérangement dans la constitution de l’atmosphère , dans les jours, dans les mois et dans l’année, les grains ne mûrissent pas, le gou-
vernement est en désordre , les gens vertueux demeurent inconnus, et la paix n’est pas dans les familles (*).
« Les étoiles représentent les peuples. Il y a des étoiles qui aiment le vent , d*autres qui aiment la pluie.
Les points solsticiaux pour l’hiver et pour l’été sont indiques par le cours au soleil et de la lune ; le vent souflle et la pluie tombe , selon le cours de la lune aans les étoiles.
IX. « La neuvième catégorie, des cinq bonheurs ou félicités , comprend :
1° une longue vie; 2° des richesses ; 3° la tranquillité; 4° l’amour de la vertu; 5° une fin heureuse, après avoir accompli sa destinée. .
» Elle comprend en outre les six malheurs, qui sont 1° une vie courte et vicieuse; 2° les maladies: 3° les afflictions ; 4° la pauvreté ; 5° là haine ; 6° la faiblesse et l’oppression. » ( Chouking , I. IV, ch. 4. J
Voilà ce qui se disait à la cour de la Chine, il y a trois mille ans. Ce qui se dit aujourd’hui dans les cours européennes n’est pas si naïf et si simple. Aussi il parait que Woù-wang lut si satisfait des avis philosophiques de Ri-tseu sur le bon gouvernement, qu’il le nomma prince ae la Corée , et renvoya gouverner cette presqu’île orientale de la Chine dépendante encore aujourd'hui du grand empire.
On trouve, à cette époque de l'histoire chinoise, deux exemples extraordinaires de fidélité dynastique , qui n’ont pas été souvent imités depuis. Deux sages nommés Pé-y et Chou-tchi, sujets de la dynastie des Chang, se laissèrent mourir de faim , pour ne rien devoir à la nouvelle dvnastie. Ils avaient servi fidèlement ei avec zèle
(*) Toutes les idées qui précèdent , si elles ne prouvent pas beaucoup aux yeux des physiciens modernes, pour les connaissances scientifiques du prince philosophe Ki-tseu, n’en sont pas moins belles aux yeux du moraliste. D'ailleurs il n’est pas donné au chimiste d'analyser dans son creuset les rapports inconnus qui peuvent exister entre l’homme , la société , les gouvernements et l’univers immense qui nous presse de toutes parts.
CHINE
Chéoü-sjn, à qui ils n’avaient pas manqué de faire souvent de vives remontrances sur sa conduite; et ils étaient du nombre des mécontents qui se retirèrent de la cour Après la mort fatale du dernier roi de la dynastie Chang , et lorsque AVou-wang allait tenir sa cour dans son pays de Tchéou , PÉ-lr et Chou-tciiy sortirent de leur solitude, allèrent à sa rencontre , et prenant son cheval par la bride, ils lui cirent : « Vous qui «-vous piquez de vertu, comment « avez-vous osé vous révolter contre « votre prince et contre votre père, « jusqu’à l’obliger de se donner la « mort? Où est votre fidélité? où est « votre obéissance? » Les gardes qui accompagnaient le nouveau roi mirent le sabre à la main , et voulaient tuer ces deux hommes, mais AVou-wang s’y opposa. Les deux anciens serviteurs , voyant que tous leurs efforts en faveur de la dynastie Chang seraient absolument inutiles , renoncèrent à tout commerce avec les hommes. Ils allèrent se cacher dans une montagne, résolus d’y vivre de racines et d’herbes qui y croissaient , pour qu’il ne fût pas dit qu’ils tissent usage de grains appartenant à la nouvelle dynastie. Ils vécurent ainsi quelque temps, jusqu’à ce qu’une vieille femme passant par cette montagne , et ayant su d'eux la vie qu’ils menaient et les motifs qui les y portaient , leur dit :
o Je trouve vôtre raisonnement sin- « gulier: vous ne voulez pas vivre des « grains dont les hommes vivent , « parce que la dynastie Tchéou est « maîtresse de l’empire , et que vous « ne voulez pas vous nourrir de ce « qui lui appartient; est-ce que ces « racines , ces herbes que vous man- « gez , ne si nt pas les productions « d'une montagne qui appartient aux « Tchéou ? » Le raisonnement de la vieille femme leur parut sans réplique ; les deux sages, se regardant l’un l’autre , trouvèrent qu'elle avait raison ; dès lors ils prirent la résolution de Se priver de tout . de peur de manquer de fidélité à la aynastie des Chang , dont ils étaient nés sujets, et ils- se
laissèrent mourirdefaim. AVou-wang, en apprenant leur mort , en fut affligé ; il loua publiquement leur fidélité et leur attachement à leur prince , et il se reprochait d’en avoir été la cause.
( Hist. générale de la Chine , t. I , p. 273. )
Le nouveau roi , pour satisfaire les rands du royaume auxquels il avait es obligations, leur donna de petites souverainetés vassales qui relevaient de la sienne, mais qui , par la suite, étant devenues de petits royaumes indépendants , furent la source de nombreuses guerres civiles qui déchirèrent l’empire. Tous les mécontents, tous les aesrendants des jpremiers empereurs des dynasties précédentes, furent ainsi pourvus de petits royaumes, et quinze des parents du nouveau souverain reçurent quinze principautés en apanage. Il y eut alors vingt -deux états feudatairesdans l’empire, lesquels furent portés à plus de quarante-trois, cent ans après, et à cent vingt-cinq, cent ans plus tard , vers l’époque de Khoung-tseu ( Confucius ). Les grands Tableaux chronologiques chinois comptent cent cinquante -six royaumes J'eudat aires ( Iteou-koue ) sous les Tchéou, et établis par eux. Il y en avait eu dix-sept sous les Chang, vingt sous les Ilia , trente sous l’empereur Ciiu n , et treize sous Yao; mais dans ces premiers temps, c’étaient des états en partie indépendants, et non créés dans le sein de l’empire , comme sous les Tchéou.
Le système féodal européen s’établit dans toute sa plénitude, et dura près de huit cents ans , autant que la dynastie des Tchéou. L’empire, sous cette forme irrégulière de gouvernement, prit un grand développement intellectuel, et la corruption, que la civilisation occasionne souvent , prit aussi un si grand développement , que plusieurs philosophes , entre autres JjAO-tseu et Khoung-tseu (Confucius) , se constituèrent réformateurs, en s’élevant contre les nbns et en formant de nombreux disciples pour continuer leur mission.
La renommée de AVou-wang fut
L’LMVERS.
bientôt répandue dans les contrées voisines de l’empire chinois. Plusieurs chefs de peuplades étrangères accoururent à sa cour pour lui faire hommage et soumission, en lui payant les anciens tributs. Les envoyés au pays de Lou, à l’occident de la Chine, apportèrent un grand chien en présent au roi (*), Ce présent, qui nous paraîtrait, à nous, ridicule, ne l’est cependant pas plus que l’envoi au roi de France, d’un lion ou d’une girafe. Ce fait , insignifiant par lui-méme , ne doit pas Pétre pour les naturalistes.
Il prouve que le chien n’était pas alors indigène à la Chine, et qu'il devait y être fort rare à cette époque. Les paroles que le premier ministre dit au roi à cettè occasion méritent d’être rapportées : — « Préférer ce qui est « utile à ce qui ne l’est pas, est une <• action digne d’éloge. Le peuple <• trouve ce qui lui est nécessaire , « quand on ne recherche pas les cho- « ses rares et quand on ne méprise « pas les choses utiles. Un chien, un « cheval, sont des animaux ctran- « gers à votre pays (**), il n’en faut « pas nourrir : de même, n’élevez pas « chez vous de beaux oiseaux , ni des « animaux extraordinaires; en ne fai- « saut point de cas des raretés étran- « gères , les hommes étrangers vien-- « dront eux-mêmes chez vous. Qu’y * a-t-il de plus précieux qu’un sage ?
« 11 met la paix parmi tous ceux qui « sont autour de vous. » ( Ch.-k. , liv. IV, ch. 5. )
Wod-wang étant tombé malade , on consulta les sorts : il guérit; mais il mourut ensuite à la septième année
(*) Le commentateur Tcbou-hi dit que les chiens de celle espèce, nommée gao dans le texte, ont quatre pieds chinois de haut.
(**) On trouve cependant dans les caractères primitifs de l'écriture chinoise le signe du chien et celui du cheval. Comme l’écriture fut primitivement inventée et employée à la cour des qpipereurs chinois , il est probable que l’usage du chien et du cheval ,
Sue d’origine éuangère, y était connu s long-temps.
de son règne (1146 ans avant J.-C.).
Son lils, Tciiing-wang (roi parfait), qu’il avait choisi , lui succéda. Son oncle, Tcuéoü-koüng, qui fut régent de l’empire pendant sa minorité, se distingua par de belles actions. Il réprima plusieurs révoltes, et il fit construire une ville nommée Lo-ye , dans l’endroit où est aujourd’hui Honan-fou, du Ho-nan. Elle fut nommée Cour orientale. Un grand nombre de familles de l’ancienne dynastie eurent l’ordre d’aller l’habiter. Cette ville fut bâtie sur un plan qui a été généralement suivi pour toutes les autres villes chinoises. Elle était quadrangulaire, à alignements droits, et elle avait de grands faubourgs. Un des côtés de la ville avait 17,200 pieds ( le pied d’alors était de plus d’un tiers plus petit que celui d’aujourd’hui). C’est dans cette ville, dit le P. Gaubil, que Tciiéou-koung observa l’ombre solsticiale d’été, d’un pied cinq pouces : le pied avait dix pouces; le gnomon était de huit pieds (*). C’est de cette époque que l’on conserve encore la plus ancienne monnaie de cuivre ronde, avec un trou carré au milieu.
ïchéou-roung fut un des plus grands hommes que la Chine ait possédés. Il était astronome; il fit bâtir un observatoire dans la ville qu’il lit construire. Cet observatoire se voit encore aujourd’hui dans la ville de Teng-foung , de la province du Ho-nan, ville qui a remplacé l’ancienne Lo-ye. On y voit aussi le gnomon dont il se servait pour mesurer l’ombre solsticiale et l’élévation du pôle. Il connaissait la propriété du triangle rectangle et celle de la boussole. Il apprit l’usage à des étrangers des contrées où sont aujourd’hui les royaumes de Siam, de Laos , de Cochinchine , qui étaient venus à la cour de l’empereur de la Chine féliciter la nouvelle dynastie.
On dit même qu’il leur fit présent
(*) Le pied chinois de cette époque , dit le P. Gaubil , conlenait 7 pouces el un peu plus de 5 lignes du pied de roi. Cette base peut servir à vérifier l’exact i Inde de l’observation astronomique de Tcutou-Kouno.
CHINE
d’un char nommé tclii-nân-kiu ; char qui indique le sud ; tchi-nàn , indiquant. le sud, est un nom que porte encore aujourd’hui la boussole chinoise.
Les grands Tableaux chronologiques chinois rapportent beaucoup de faits à la louange de Tchéou-koüxg :
« A la deuxième année du règne dç « Tching-wang, des hommes de « l’Orient viennent , avec empresse- « ment , voir Tchéou-koung ; ils coni- « posent des vers à sa louange. A la troi- . « sième année , Tciieoii-k.oung va « habiter l’Orient; il fait des vers pour « les présenter au roi. En automne il y « eut de grands tonnerres et de grands « vents. Le roi alla à l’Orient au-de- « vant de Tcuéoü-koung. La pluie « remplaça les vents. Tchéoc-koung « demeura deux ans à l’Orient. Le « ciel déchaîna les vents et les tem- « pètes. Le soleil ne cessa pas d’être « obscurci. Tchéou-koüng eut ordre « d’aller soumettre les peuples de l’O- « rient ; il fit une grande proclama- « tion pour tout l’empire.... Deshom- « mes du royaume Mi-H vinrent à la « cour (Mi-li houe lai Ichao). Il est dit « dans les mémoires nommés Chi-i « ( collection de ce qui est négligé) : A « la troisième année du règne de « Tching-wang (1113), il y eut des « hommes du royaume de Mi-li qui « vinrent à la cour. Ces hommes se « flattèrent d’avoir abandonné leur « royaume , en marchant au milieu « d'une nuée ambulante. Ils enten- « dirent les voix des tonnerres des- « cendre en bas. Quelques-uns éntrè- « rent dans des jounques ou demeures « vagabondes nautiques ( hœ ji tsian « joung ) , sur lesquelles l’eau pas- « sait ; ils entendirent le bruit re- « tentissant de grandes vagues qui « se brisaient sur leurs têtes. En re- « gardant le soleil et la lune , ils se « servirent de leur position pour re- « connaître les régions et les rovau- « mes; ils calculèrent le degré de <* froid et de chaleur (l’état de la tem- « pérature) pour reconnaître la lune « (le mois) Je l’année. Ils s’informè- « rent des premiers temps, ainsi que
« des usages du royaume du milieu.
<■ Le roi les instruisit des cérémonies « que doivent observer les hôtes ve- « nus de l’étranger. » ( Li-tai-ki-sse , kiouan 6, t° 0.)
Quel était ce royaume étranger Ni-U ? L’écrivain chinois ne le dit pas. Il n’en savait rien. S’il nous était permis, à nous, qui pouvons embrasser le passé dans un espace plus vaste que l’historien chinois, de former ici quelques conjectures, nous dirions que ce royaume était T Égypte . désignée
Par le nom de son grand fleuve que on appelait déjà ainsi à cette époque, puisque Hérodote lui donne cette dénomination et qu’elle sc trouve dans les anciens livres sanskrits. Diodore de Sicile dit que ce fut le roi Nileus, qui , ayant fait creuser des canaux , élever des digues, etc., donna son nom au fleuve qui portait auparavant celui A'Egyptus. Puisque le nom du royaume était celui du fleuve, il dut porter également celui de Mil, en retranchant la terminaison latine du nom. Ces étrangers, arrivés à la cour du roi de la Chine, lui ont pu dire u’ils venaient des bords ou du royaume u Mil. L’habitation flottante dans laquelle quelques-uns d'entre eux se réfugièrent, et sur laquelle ils entendirent rouler les flots de la mer, nous paraît s’expliquer par leur embarquement sur un navire, qui aura pu les transporter de la mer Rouge dans un des ports de la Chine ; et c’est à leur débarquement qu’ils se seront orientés sur le cours au soleil et de la lune, qu’ils auront seulement alors distingués, parce que les tsian joung, demeures vagabondes flottantes, qu’ils montèrent, n’avaient pas de ponts découverts comme nos vaisseaux européens. C’est même un fait curieux de retrouver ce nom de joung, pour les Européens jounques, dans le bâtiment flottant qui transporta ces étrangers en Chine, plus de mille ans avant notre ère. Si les limites de cet ouvrage nous permettaient de donner ici une traduction complète des Tableaux chronologiques chinois entiers, dans ces temps reculés , bien d’autres
Di
faits non moins curieux de l'antiquité de la Haute-Asie nous seraient révélés.
Le Livre sacré des Annales renferme plusieurs chapitres consacrés aux instructions du sage ministre régent (Tchéou-koung). Celles qu’il donna au jeune roi son pupille méritent d’étre rapportées :
« Tchjéou-koung dit : Oh! un roi sage ne songe pas à se livrer au plaisir.
« Il s’instruit d’abord des soins que se donnent les laboureurs et des peines qu'ils souffrent pour semer et pour recueillir; il ne se réjouit que quand il connaît ce qui fait la ressource et l’espérance des gens de ta campagne.
« Jetez les yeux sur ces pauvres gens : les pères et mères ont eu beaucoup de peine pour semer et pour recueillir ; mais leurs enfants , qui ne pensent point à ces travaux, se divertissent , passent le temps à tenir des discours frivoles et remplis de mensonges; ils méprisent leur père et leur mère, en disant : Les hommes d’autrefois ( les vieillards) n’entendent et ne savent rien.
« ....Tsou-kia, de la précédente dynastie, ne croyant pas pouvoir monter sur le trône sans injustice , alla se cacher parmi les gens de la campagne , et vécut comme eux; ensuite, devenu roi et connaissant parfaitement les ressources et les moyens qui font subsister les paysans , il fut plein d’amour et de complaisance pour Je peuple...
« Wen-wang fut attentif a s’habiller modestement, à établir ia paix et à faire valoir l’agriculture.
« Sa douceur le fit aimer, il se distingua par sa politesse, il eut poulies peuples un cœur de père, il veilla à leur conservation, et il fut libéral et généreux pour les personnes dans le besoin.
k Si vous ne suivez pas les conseils que je vous donne, vos vices seront imités, on changera et on dérangera les sages lois |>ortées par les anciens législateurs contre les crimes; il n’y aura aucune distinction; le peuple mécontent murmurera , il eu viendra
même à faire des imprécations et à prier les Esprits contre vous.
« Si vous n’écoutez pas ces avis, vous croirez des fourbes et des menteurs , qui vous diront que des gens sans honneur se plaignent de vous et en parlent en termes injurieux; alors vous voudrez punir, et vous ne penserez jkis à la conduite que doit tenir un roi. Vous manquerez de cette grandeur d’ame qu’on reconnaît dans le pardon. Vous ferez inconsidérément le procès aux innocents , et vous punirez ceux qui ne le méritent pas. Les plaintes seront les mêmes ; tout l’odieux et tout le mauvais retomberont sur vous.
« Tchéou-koiing ajouta : Hélas!
jeune prince héritier, laites attention a ces conseils. » { Ch.-k. , liv. IV, cli. 15.)
Outre Tchéod-koung, son oncle, le jeune roi avait plusieurs autres ministres instituteurs. Un second de ses oncles devait l’avertir de conserver sur le trône la gravité et la majesté convenable, et ae recevoir avec respect les instructions qu’on lui donnerait ; il devait encore lui recommander l’attention et l’assiduité à ses lectures, et voir s'il ne parlait pas inconsidérément.
Sse-¥, son second maître, était chargé d’examiner si , dans les temps de recréation, il imitait trop légèrement les jeunes gens qu’on mettait
Srès de sa personne; s’il marquait trop e iierté à l’égard des grands , etc.
Le sous-gouverneur de l’état devait veiller, lorsque le jeune roi entrait daDs le palais, ou en sortait, s’il observait les rites convenables; si ses habits , son bonnet, sa ceinture étaient arrangés avec bienséance; enfin, si dans ses moindres actions ii faisait paraître de l’amour pour la droiture, l’équité, la justice et la vertu.
Le pacificateurde l’empire, Tchéoukoung , était chargé de voir si Je jeune roi . ne se livrait pas trop au plaisir; si, pendant la nuit, après avoir fait retirer ses courtisans , il ne S’adonnait pas au vin ou à la débauche ; s’il avait de la propreté, soit sur sa
personne, soit sur {es choses qui étaient a son usage.
Chao-koüng devait veiller à ce qu’il s’appliquât à manier le sabre , la lance, la lleclie, et autres armes offensives et défensives; à ce qu’il ne négligeât point les instruments de musique, ni le chant, et prît goût à jouer et à chanter, selon les règles établies par les anciens.
Enfin , le grand-maître de l’astronomie devait l’instruire des mouvements du soleil, de la lune, des planètes et des étoiles, ainsi que des phénomènes célestes.
On voit par là que l’éducation d’un jeune prince était soignée, et que, pour une époque qui remonte à plus de onze cents ans avant notre ere, les connaissances humaines qu'un roi devait posséder indiquent déjà un assez haut degré de civilisation.
On lit dans les Tableaux chronologiques : « A la sixième année ( sina mao , 1110 avant J. -C.), le roi cor- « rigea l’administration des cent fonc- « tionnaires supérieurs ( pe-kouan ); il * régla les rites et la musique. On lit « dans le Kang-kien-pou : Tchéou- « koung étant ministre du roi « Tching-wang, appela à la cour « tous les vassaux et les réunit dans « le temple de la lumière {ming-tang).
« Il régla les rites, composa de la « musique nouvelle; il promulgua des « ordonnances sur les poids et les « mesures, et l’empire jouit d’une « grande tranquillité. La musique « nouvelle fut nommée tcho (le carac- « tère est un signe de capacité ) ; « voulant dire par là qu'elle pouvait « contenir la doctrine des premiers « ancêtres. Il composa aussi une mu- « sique nommée guerrière ( wou ) , « pour imiter les qualités guerrières « de l’éléphant.
« Grande chasse au midi de la mon- « tagne Ai. (Voy. le Tsou-chou, Ai o nian.)