Genre direct
« Le peuple ne peut goûter aucun repos, aucune Ira liquidité, parce que le royaume est iidesté de voleurs, d'hommes pervers qui lui extorquent le Iruit de ses sueurs. Lorsqu’ils feignent d'être hommes de bien, et qu’ils disent ne pas approuver les actes coupables qu'ils commettent (au nom de la tyrannie royale), ce sont des menteurs et des tourbes. Cependant on blâme mes paroles accusatrices, et tu voudrais les étouffer; mais d’autres t’ont déjà chanté et maudit. •
{Chi~king. Siao-ya , ch. 3 , od. 3.)
Le même Livre des vers, d'où cette pièce est tirée, en renferme deux autres a’une personnalité plus énergique encore, concernant le même roi Li- w anq.
Dans l’une , dont toutes les strophe* sont du genre comparatif ou allégorique {pi), le poete, avec un art habile, déplore, par la bouche de Wenwa.no , le sort de la dynastie Chang , et montre dans un parallèle continu , que les mêmes causes qui ont amené sa chute, se représentent dans Li-w ans et le menacent du même sort. Dan* l’autre, ce sont des avis impérieux et hardis; toutes les strophes sont du genre direct ( fou), sans ambages. La citation précédente suffira sans doute pour juger de la verve poétique et du patriotisme des poètes chinois, à une époque où l’ Europe occidentale était encore bien loin d'être seulement barbare.
Il serait inutile de faire remarquer ici tout ce que cette grande et énergique élégie sociole renferme de menaçant, dans son vague même, nécessité par la terreur qu’inspirait le tyran cruel auquel elle est adressée. Quand la conscience publique indignée rencontre un pareil organe , le peuple tôt ou
tard trouve en lui assez d’énergie pour se soustraire à la tyrannie qui l’opprime. G’est ce qui arriva pour Ltwang. Le peuple se révolta et extermina toute la famille royale, au nombre de trois cents personnes. Il n’y eut d’épargne que le tyran, qui parvint à s’échapper par la fuite, et le plus jeune de ses enfants, qu’un ministre, nommé Ciiao-kolng, parvint à dérober à la fureur du peuple, en lui livrant son propre (ils, qui fut pris pour l'héritier au trône. Cet événement historique a été mis sur la scène , plus ou moins défiguré par les Chinois, et cette pièce dramatique fut la première de ce genre connue en Europe, dans le dernier siècle.
Voilà un nouvel exemple d'un roi chassé du trône par le peuple, auquel il s’était rendu odieux, sans que la dynastie ait été changée. Si on en cherche la cause, on la trouvera peut-être dans la prudence des ministres qui administraient à cette époque; car s’ils avaient été aussi odieux au peuple que leur souverain , le peuple ne les eût pas plus épargnés. Peut-être aussi la conservation de la dvnastie fut-elle due à une eau se qui occasionnera plus tard sa ruine : le démembrement du royaume en un grand nombre de principautés eu de royautés de fait; ce qui fit que la chute de Li-wahg ne produisit aucun ébranlement dans la presque totalité de l’empire , et que le gouvernement, qui n’avait de central et de suprême que le nom, eut le temps de se rétablir.
Ce roi Li-\vang resta quatorze ans en fuite, au bout desquels il mourut.
Les ministres qui avaient administré le royaume pendant son absence forcée , firent alors reconnaître son fils par le peuple, dont la colère s’était apaisée ( 827 av. J.-C. ). On le nomma Siouen-wang ( le roi proclamé ). Ce roi eut plusieurs guerres à soutenir contre les étrangers du nord et du midi. Des peuplades du midi, séparées de la Chine d'alors par le fleuve Kiang, la ravageaient de temps en temps sur les frontières ; le roi Siouen envoya contre elles une armée, commandée par de braves officiers, qui les répri-
ma et les soumit aux lois du royaume.
Il y eut une grande séclieresse de deux ans sous le même règne ( environ 820 av. J.-C. ), et une autre d’un an. Les rois de la dynastie Tchcou faisaient remonter leur origine jusqu’au frère de l’empereur Yao, qui tut intendant de l’asriculture. C’est pourquoi cette dynastie, comme la plupart de celles qui l'ont suivie, donna beaucoup de soins à l’agriculture. Ses rois observaient la coutume déjà établie, à ce que l’on prétend, depuis l’origine de la monarchie chinoise, de labourer eux-mêmes , au printemps , un champdestiné à cet usage. Sioue.xxvang négligea cette cérémonie. Lu
frand le reprit de cette négligence.
,e précis de son discours s'est conservé dans un ancien livre intitulé Koué-yu. Le P. Gaubil l’a traduit dans sa Chronologie chinoise; nous le citons, parce que c’est un pré ieux monument de l'antiquité , et pour donner une idée de cette belie et ancienne cérémonie du labourage, dont nous reparlerons plus tard , et que l’on ne retrouve chez aucune autre nation du globe.
<> Anciennement ( ce discours date déjà de près de 3,000 ans ), le président du tribunal de l’histoire et de l’astronomie examinait le temps où , le matin, la constellation Fang (*)
{lassait par le méridien, et celui où e soleil et la lune devaient être dans
(*) p i * f du Scorpion. Du temps des empereurs Yao et Yo (a, 337 à a,ao5 av.
dit le P. Gaubil , on observait celte constellation au méridien, pendant le crépuscule du soir. Elle indiquait le temps de l'équinoxe d’automue ; l’observation se faisait dans le cours de la lune où était le solstice d’éié.Crs anciennes observations ont donné lieu à l'opinion qui subsiste encore aujourd'hui, que la
constellation
Fang a du rapport avec
l’agriculture. Depuis a,5oo ans, cette constellation a le titre & Étoile, du labourage. On est encore attentif aujourd’hui au temps où la lune passe au milieu , ou au nord , ou au sud de celte constellation, et de ce passage on tire de bons ou de mauvais augures pour la récolte.
CHINE
la constellation che (correspondante aux Poissons, équinoxe du printemps).
On savait le jour où le soleil devait se trouver au point du ciel où commence le printemps et la nouvelle lune qui désigne la première lune ( ou le premier mois ) du printemps. Neuf jours avant, on avertissait le mandarin préposé au labourage. L’empereur, après le rapport des mandarins, pensait avec respect à se mettre en état de faire, avec sincérité et pureté de cœur, la cérémonie de labourer la terre. Dans un appartement destiné au jeûne, l'empereur et les grands jeûnaient trois jours avant la cérémonie. On pensait à l’importance du labourage du champ destiné pour cette cérémonie , parce que les pains destinés au sacrifice du souverain maître sont faits du grain semé dans le champ, et parce que la culture de la terre est la vraie ressource de l’état. Les mandarins avant tout préparé , l’empereur se purifiait par le bain; il versait à terre du vin préparé, et buvait de ce vin. Après cela , prenant avec respect la charrue, il labourait quelques sillons; les grands labouraient le reste du champ : tout se taisait avec décence et majesté : l’empereur mangeait un peu de viande du boeuf qu’on avait immolé, le reste était donné aux grands. Dans la suite on avait soin de mettre dans un grenier le blé qui venait du champ labouré. Lé président du tribunal de l'histoire examinait tout avec soin.
Négliger cette cérémonie, c’est s’exposer à la colère du souverain maître ( Chang-ti ), et à voir l’empire dans la désolation. »
Le roi n’eut point égard à la remontrance, et quelque temps après son armée fut battue par les barbares, près du champ même destiné au labourage. On regarda la perte de la bataille comme une punition du ciel irrité.
.On voit encore aujourd’hui à Pébing, dans le collège des lettrés, des monuments en pierre, du temps de SlOUEN-WANG.