Le règne de son successeur et
son fils , surnommé Yëou-xvang ( le roi retiré, ou qui ne sort pas de ses appartements intérieurs ), fut signalé par des événements funestes. A la seconde année , trois fleuves délwrdèrent; la montagne Ki, que l’on a déjà vu citer plusieurs fois , s’écroula et tomba; les impôts furent augmentés pour satisfaire les prodigalités du nouveau roi en faveur d’une jeune fille, nommée Pao-sse , dont il s’etait épris.
I.es poètes chinois , les ministres mêmes, font des satires, pour corriger le roi. Le fils de sa femme légitime qui devait lui succéder, se voyant déshérité en faveur du fils de la’ concubine, et dégradé de son rang, se retira chez les Tartares avec sa mère. A la huitième année de son règne, le Koug-yu ( discours des royaumes ) rapporte ce qui suit : « Siouan-koung, prince « vassal de l’état de Tching, fut fait « intendant de l'instruction publique.
« Ayant obtenu l'affection du peuple « des Tchéou, il interrogea l'historien « Pe, disant : La maison royale est « bien viei.le , comment ne ’ tombeo t-elle pas en ruine? L’historien Pe « répondit : La maison royale est « près de sa chute. Les faisans à lon- « gués queues ( les étendards ) des « barbares du Nord ( jounn ) doivent « se déployer avec orgueil dans les « airs. On "ne peut les empêcher d’ae- « courir. Ils se précipitent sans in- « terruption dans les plaines qui sépa- « rent les lleuves Tsi, Lo et Ho.... » Le roi, craignant une irruption de ces belliqueux voisins encouragés par le ressentiment de son fils, leva des troupes, et il ordonna qu’en cas d’alerte , on allumât des feux sur les hauteurs, et que l’on battit le tambour. A ce signal, les généraux des diverses places devaient venir au secours du roi avec leurs troupes. Mais il était dit, sans doute, que la femme ne ferait grâce à l’homme d'aucune folie, afin de prouver au monde son empire illimité sur lui. Pao-sse ne pouvait se prêtera rire, et le roi voulut à tout prix lui procurer ce plaisir. Un jour, il lit faire les signaux d’alerte; les généraux accoururent de tous côtés avec
leurs troupes , pour défendre le roi.
Pao-sse voyant tant de mouvements inutiles, tant d'hommes réunis de loin par une fausse alerte , se prit a rire. Ce singulier amusement fut plusieurs fois procuré à cette femme insensée. Le roi en était ravi. Les généraux et les troupes furent indignés de servir ainsi de passe-temps aux caprices royaux. Les Tartares arrivèrent un jour (voy. pi. 19 et 20, tirées des Faits mémorables des empereurs cliin. )(*),on lit faire les signaux; laplupurtdes troupes, craignantd’être encore le jouet de leurs maîtres, ne firent aucun mouvement. Le roi, laissé avec peu de troupes, fut pris et tué , Pao-sse enlevée, le pays ravagé, et les Tartares firent un immense butin. Les princes vassaux de Thsin , de Tsin et de IFei, arrivèrent enfin, et forcèrent les Tartares à se retirer sur leur territoire.
Les succès remportés par ces princes accrurent tellement leur autorité, que dès lors ils ne furent plus vassaux que de nom.
Les grands Tableaux chronologiques de l’histoire chinoise placent à fa sixième année du règne de ce roi ( 776 av. notre ère, 6 septembre), en hiver et le premier jour de lu dixième lune, une éclipse de soleil. Voici comment le Livre des vers la rapporte ( les vers chinois sont de quatre syllabes ) :
*• Pendant la conjonction de la dixième lune avec
le soleil,
« Le premier jour du cycle nommé un mao,
« il y eut une éclipse de soleil ( huit, il y eut quelque chose qui mangea le soleil); - Elle fut du plus mauvais augure.
« Cette lune que nous voyous s'obscurcit; a Ce soleil que nous voyous s'obscurcit ; m El le pauvre peuple d'ici-bas « Eut un sort triste et déplorable.
m Le soleil et la lune ( dans leurs conjonctions ) annoncent de grandes calamités,
« En n'accomplissant pas leurs révolutious.
(*) Ces deux planches ne forment qu'un seul sujet et une seule scène dans la peinture originale : la rp*" est sur le premier plan et la 20" sur le second. Ou a élé obligé de faire deux planches pour corser ter l 'ensemble du sujd chinois original dans lequel les lois de la perspective ne sout pas observées.
« Les quatre royaume* *ont mal administrés ; m Ceux qui les gouvernent n’eui ploient pas de bons
ministres.
« Que la lunr s'éclipse (dans ses quartiers), m C‘i*t une chose habituelle , commune t u Mais que le soleil lui même s’éclipse,
« Continent ne serail-ce pa un mauvais présage P «* Les éclairs brillent I .. le tonnerre retentit...
« Ils effraicul les méchants qui ne trouvent plus de
repos.
« Tous les fleuves , toutes les rivières débordent de leur lit accoutumé.'
«* Les hautes montagnes et les roches se heurtent, « Les sommets des mon ls descendent dans les
vallées;
« Et les profondes vallées se soulèvent en hantes montagnes.
« Oh! qu’ils sont à plaindre les hommes de nos
jours ,
« Qui ne veulent pas se corriger et changer de conduite! etc. »
Le Livre des vers renferme plusieurs pièces concernant Sioues - Wang et Pao-sse. Cette derniere, l’imbécile faiblesse du roi pour elle, et les eunuques qu’elle introdusit à la cour, et qui sont appelés des vers rongeurs, y sont l’objet des plus flétrissantes accusations. « Tu t’empares des champs « d'autrui , est-il dit au roi ; ceux qui « sont attachés au service des autres,
« tu leur ordonnes de te servir; tu « charges de crimes les innocents et « tu les jettes dans les fers ; mais tu « renvoies lescriminels impunis... Une « femme babillarde fera ta ruine. ..Au- « cun conseil, aucun écrit n’est pris en • considération. Aussi long-temps que « cette femme régnera , les eunuques « seront en faveur à la cour, etc. »
A dater de celte époque, l’autorité des Tchéou s'affaiblit de plus en plus. Cette dynastie dure encore près de cinq cents ans, mais son histoire n’est plus guère qu’une suite de règnes anarchiques, de crimes, d’assassinats , de trou fées de toutes sortes , de guerres continuelles que se font les nombreux grands vassaux pour agrandir leur puissance, et pour se rendre indépendants. C’est le moyen âge de la Chine.
770. Ping- Wang (le roi pacifique), fils de Yeou-wano, est proclame roi par les grands vassaux qui avaient repoussé les Tartares. Il transporta sa cour dans la ville bâtie par Tcheoukoung , située dans la province du Ho-nan , et qui était appelée la cour orientale, et laissa la cour occiden-
• CHINE
laie ou l’ancien séjour des premières dynasties dans le Chen-si , au prince de Thsin, qui fut elevé au rang de roi suzerain , alin qu'il devînt une barrière puissante contre les irruptions continuelles des Tartares limitrophes.
Le prince de Thsin fit graver sur un grand vase l’acte de cession que lui iit le roi Ping-wang, du territoire de l'ancienne ville impériale , dans la rédaction duquel le roi de la Chine porte le titre de roi céleste ( Thienvsang ). Ce monument historique a été trouvé dans le Chen-si, vers l’année 976 de notre ère. Cette particularité du titre de roi céleste, qui est donné à Ping-wang, ferait supposer que ce même titre était communément donné à tous les rois de la Chine, comme il l’était aux rois d’Égypte, et que l’histoire, qui ne donne aux prem ers que le titre de fils du ciel { Thien-Ueu ), est infidèle. Il est possible que dans un acte comme celui dont il est question ici , les rois de la Chine aient eu l’habitude de prendre le titre de rois célestes ; mais ce titre impie n’a jamais été sanctionné par les historiens, au moins dans les monuments historiques qui subsistent encore , et dont le Chouking , nommé par le célèbre empereur Ka>g-iii , dans sa préface de la traduction tartare qu’il en fit faire : Licre de Gourernement , le plus ancien et le plus révéré de tous, ne fait pas mention.
Les historiens chinois blâment vivement le prince de Thsin de s’ être attribué le droit de sacrifier solennellement à l’f'.tre suprême ( Chang-ti ) , réservé aux seuls empereurs. Cetle sollicitude de la prérogative impériale montre que le culte public n’avait qu'un seul poutife, qui était en même temps le chef du pouvoir civil. Ces mêmes historiens , qui recherchent aussi les causes des événements politiques, attribuent à la faiblesse et à l’incapacité de Pihg-wakg, la décadence de la dynastie des Tchéou. le transport du siège de la cour dans le Ho-nan fut, selon eux, suivi de tous les malheurs. Les princes vassaux se
MT
rendirent indépendants; l’ancienne religion périt; les sciences, l’étude, le zele po r le bien public, furent anéantis; les hommes de talent se dispersèrent.
Les grandes familles , accoutumées au séjour de la cour dans le Chen-si, ne voulurent pas, pour la plupart, se rendre à In cour orientale. La famille royale dynastique perdit presque entièrement son autorité et sa puissance.
Plusieurs rois vassaux se rendirent complètement indépendants, et agrandirent même leurs états. Le roi de Tsi s'empara de la province septentrionale du Chan-toung; le roi de Tsou se rendit maître des provinces du Hou-houang et de Kiang-si , et le roi de Tsin s’empara de la plus grande partie de la province du Chen-si.
Les grands Tableaux chronologiques chinois placent une éclipse de soleil à la 51* année du régné de Ping-wang, dans le printemps, à la deuxième lune , jour cyclique y - sse (718 av. notre ere ). Ils en placent une autre totale, la 1 1' année du règne de Houan-wakg, I" jour de la V lune ( 17 juillet 709 ) ; une autre, la 2* année de Tchouang-wang , 1" jour de la 10* lune ( 10 octobre 675 ); une autre, la 8' année de Hoü-wang, I" jour de la 6* lune( 27 mai 669 ); une autre encore, l’année suivante , rr jour de la 12* lune ( 10 novembre 668 ); une, la 22* année du même roi, à la 9' lune ( 19 aortt 655 ), et une, la 26* année de Siang-wang, î* lune ( 3 février 626 ). Voici comment cette dernière est mentionnée. « 26* année du régne de Siang-wang (626 av. J.-C. ), au printemps, 2* lune, jour Koueï-haï, il y a éclipse de soleil. »
Toutes ces éclipses, comme celles qui sont mentionnées jusqu’à la 495* année avant notre cre, sont empruntées par les historiens chinois au livre historique que composa le célèbre philosophe Khouîsg-tseij ( Confucius ), sur des mémoires particuliers des historiographes attachés à lu cour des rois feudataires et suzerains de la Chine, pendant une durée de deux cent quarante-deux ans, depuis l'année 722
jusqu’à l’année 480 avant notre ère. bres de Pingre pour les faire concorder Voilà déjà une forte présomption en avec le premier système. Ainsi les dates faveur de la réalité des observations de Pingre, pour les éclipses mentionqui les ont fait consigner par leshisto- nées ci-dessus, sont : riens chinois. L’objection que l’on pour- 6 septembre 77 r* j 10 octobre 674 l'o novembre ^67
rait élever en disant que depuis cette 17 juillet 708 17 mai est .9 «nui fii »
époque les historiens chinois n’ont pas 3 ri'v‘“'r 611
continué à enregistrer ces mêmes faits Cette dernière éclipse est celle que physiques avec la même exactitude, Volney {Nouvelles recherches sur r histoiube d’elle-même devant cette raison foire ancienne, T. I ), par une critique bien simple, qu’une fois la loi de pério- approfondie, regarde comme étant dicité de ces faits physiques recon- celle prédite par Thaïes, et qui, au nue, le devoir de l’historien des faits rapport d’Hérodote ( Clio LX.XIV), humains, et de tous ceux qui par leur lit cesser le combat, commencé la nuit, nature n’ont pas encore pu être assu- entre les Lydiens et les Mèdes, sous jettis à une loi fixe, était de les lais- le règne dé Cyaxares. L’observation ser dans le domaine des lois physi- de cette éclipse par les Chinois donne
ques, comme le lever et le coucher à cette conjecture un haut degré de
réguliers du soleil. Mais la mention, probabilité, car elle fut visible sur par les historiens, de l’antiquité de ces tout le continent asiatique; seulement faits physiques n’en est pas moins les lieux d’observation des Mèdes et utile pour établir l’authenticité de l’his- des Chinois étant placés sous des métoire et celle de quelques grandes épo- ridiens distants d'environ 60°, il dut ques. Plusieurs savants européens ont être, au moment de l’éclipse, neuf calculé ces éclipses chinoises et re- heures et demie en Chine, lorsqu’il n'en connu leur exactitude. Outre les mis- était encore que cinq et demie dans la sionnaires français Gaubil et Amiot , Médie. Ce synchronisme n’est pas à le chanoine Pihgré a dressé des ta- dédaigner pour la chronologie de l’hisbles d’éclipses pour mille ans avant toire. Il établit entre les anciens peunotre ère, et toutes les dates des éclip- pies des rapports de simultanéité qui ses mentionnées dans l’histoire chi- semblent les rendre moins etrangers noise correspondent exactement avec les uns aux autres, et l’histoire retire celles qu’il a données dans ses tables, de ces rapprochements une force et une ^vec cette différence, cependant, que autorité qu’elle n’aurait jamais sans Pingré a toujours une année de moins le secours d’un pareil contrôle (*). dans sa série de mille ans; différence Sur la fin du régné de Hoeï-wang qui est due à celle du point de départ, (650 avant J.-C.), un prince de Tsi avant notre ère, des trois calculateurs; fut déclaré chef des assemblées des le dernier ayant suivi le système du P. princes vassaux. Il les convoquait, en Pétau en comptant 0, l’année avant la cette qualité, et punissait ceux qui ne naissance de J.-C., et les deux premiers, gardaient pas les réglements. Il acquit ayant compté I, de sorte qu’il faut par ses qualités personnelles, et surauginenter d’une unité tous les nom- tout par celles a’un habile ministre ,
(*) Voici la liste de quelques autres éclipses du soleil mentionnées dans l’histoire chinoise et calculées par le P. Gaubil , Amiot et par Pingré :
Epoque* de l'hjetntra chinoise.
Gaubil , Amiot , Omni. chin.
Érltpsr» d< tulril qui ont dé rtra obKTVfw rwi Asie irlou Pingre.
J1"9 aiineedeKovAwo-WÀïo
ier jour de la Ge lune
av.J.C.
28 avril. G 11
av. J.*C. 28 avril.
Ting-wang;
1er jour de la 7*" lune
6oi
aoseplemb. 6ou
— 20 septetn.
KiEN-WA.NG J
Ier jour de fa 6e lune
0 mai. 574
— 9 mai.
Ling wang ;
ier jour de la 7e lune
r 9 juin. 548
— 19 juin
Khio-wang ;
1er jour de la 7e lune
tojuin. 63o
— xo juin.
Kiiino-wavo ;
»*r jour de la lune
9 avril. 617
— 9 avril.
Id.
ier jour de la 12e lune
Si 1
iqnovptnb. 5ro
— *4 novrmb
Ier joer de la 8e Inné
22 juillet. 4fl4
— 22 juillet.
Id.
i*r jour de la 5* lune
19 avril. q8o
— 19 avril.
>gle
CHINE
nommé Kouan-tseu, grand général, grand homme d’état , tort savant et a’une grande probité, une haute autorité sur ses égaux. Son état était bien gouverné ; les arts , les sciences et le commerce y étaient florissants ; sa cour était magnifique , et les gens de mérite étaient sûrs d’être employés et récompensés , disent les historiens chinois; ce qui, selon eux, est la marque la plus sûre d’un bon gouvernement et d'une bonne administration.
Le dernier chapitre du Livre sacré des Annales rapporte un discours sur la bataille que Mou-koung, prince de Thsin, dans le Chen-si (occident frontière), perdit contre le prince de Tsi, dans le Chan-si (occident montagneux).
Cette bataille fut livrée au commencement de l’année 624 avant notre ère, et Mou-koung mourut trois ans après.
C’est à son enterrement qu’eut lieu un événement inconnu jusque-là dans l’histoire chinoise, et qui prouve, à lui seul, de la manière la plus évidente, qu’un élément étranger de civilisation, ou plutôt de barbarie , s’était introduit dans les contrées occidentales de la Chine : à l'enterrement de Mou-koung, cent soixante et dix-sept personnes se donnèrent la mort. Plusieurs eurent ordre de se tuer, afin d'accompagner le prince dans l’autre monde. Voici ce que l'on trouve à ce sujet dans les grands Tableaux chronologiques, souvent cités:
« Année cyclique A engtseu, 23° du règne de Siàng-wang, 39' de celui de Mou, prince de Thsin (621 av.
notre ere), en été, Mou-koung (le prince Mou) meurt. Son fils Ving lui succède. C’est lui qui est (nommé) Kang-koung (le prince Kang). Un fils du prince décédé, son char, trois enfants de sa famille, des tigres enchaînés , qui marchaient à la suite, furent ensevelis avec lui. Les habitants du royaume gémirent sur eux. I/oiseau jaune lit naître des terreurs.
« H est dit dans le Sse-ki (histoire générale chinoise de Sse-ma-thsian, composée plus de cent ans avant notre ère) : « On ensevelit avec le mort cent soixante et dix-sept personnes qui avaient suivi le convoi. » Tchou-
TSF.U a dit : Le gouvernement royal n’avait point de contrôle (sur ces actions ). Les vassaux n’avaient point d’autorité les uns sur les autres. On ne craignait pas de faire mourir des hommes. Cette coutume était regardée comme usuelle. Aucun roi éclairé, aucun prince vassal sage ne l’avait poursuivie par des châtiments ; on ne pouvait qu’en gémir.
« En automne, l’état de Thsin ( état voisin ) lit rassembler les plus anciens chefs militaires et civils, pour s’opposer à la reconnaissance du fils du prince par le peuple. » ( Li-tal-ki-sse ; Kiouan 10, f. 49. )
Le P. Gaubil dit que cette barbare coutume venait des Tarlares occidentaux , et que l’histoire chinoise en parle, pour la première fois, en 62t avant notre ère ; nous n’en avons trouvé effectivement aucune mention antérieure. Ces Tartares occidentaux sont donc des peuples différents des Tartares ou Joung du Nord, que nous avons déjà vus si souvent taire des excursions en Chine. Leur dénomination placerait leur séjour dans les contrées visitées par Mou-wanc , quatre cents ans plus tôt. La nature de cette coutume ferait penser qu’elle venait des peuples scythes , que l’on sait avoir observé, des la plus haute antiquité, un semblable usage. Hérodote nous apprend , en effet , qu’à la mort d’un roi scythe, on enterrait avec lui une de ses femmes, un éehanson, un cuisinier, un écuyer, un secrétaire, un huissier, après les avoir préalablement mis à mort; on y comprenait encore ses chevaux, et un choix de ses effets les plus précieux. La même coutume existe encore chez plusieurs peuples de l’Asie, que la civilisation n’a pas encore dépouillés de tous leurs anciens restes de barbarie. Elle était étrangère à la Chine, où elle n’a pas pu s’acclimater avec les mœurs ; elle était donc importée d’un pays où elle régnait. Ces faitséquivalent, pour nous, à la démonstration la plus positive que , avant l’époque dont il est ici question (62t ans avant J. -C. ), et, par conséquent, avant celle du philo-
sophe Lao-tseu , des communications entre la Chine et les peuples N de l’occident de l’Asie avaient eu hçu, et (jue des idées philosophiques et religieuses étaient passées de chez ces derniers dans la première. Le fait nouveau, dans l'histoire chinoise , de l'enterrement de Mou-koung a une cause; cette cause, il est impossible de le contester, est étrangère aux mœurs , aux lois et aux habitudes des Chinois depuis les temps les plus reculés. A quel événement antérieur estelle due? Nous pensons que le voyage de Mou-wang (*) dans l’Occident, environ 400 ans avant cette époque, fraya le chemin aux idees occidentales , qui vinrent essayer des conquêtes sur des idées et des têtes d’un autre ordre, et cela , sans succès civilisateur, parce que la raison rétrograde difficilement, et que la civilisation ne recule que lorsque des événements puissants en ont éteint les lumières.
Toute l’histoire chinoise, cette histoire ancienne comme le monde, confirme ces assertions. Des Ilots de barbares , attirés par la richesse de la civilisation chinoise, se sont incessamment précipités sur elle, et ont été incessamment repoussés ou absorbés par elle, comme l’Océan absorbe les eaux des fleuves qui se précipitent dans son sein. Seulement nous verrons, comme nous l’avons déjà dit en commençant, que certaines croyances religieuses , certains éléments étrangers ont été reçus et conservés en Chine, mais par la partie de la population seule qui n’avait pas atteint le même degré de civilisation que la partie la plus éclairée. C’est ce qui explique les vains efforts tentés dans ces derniers siècles pour propa-
(*) Voy. p. 94. Une circonstance qu’il ne sera peul-élre pas inutile de remarquer, c’est que Moc-wina et Mou-iounu ont le même caractère chinois |«Hir surnom , c’està-dire, mou, 1*iiii étant roi (1 vang) de la Chine , l’autre étant simplement prince ( koung ) de Tti dans la province occidentale du Chen-si, où le premier tenait sa cour, et où par conséquent avaient pu ïruo titier les germes étrangers.
gcr d’autres doctrines religieuses dans le grand et vieil empire, qui a dd sourire plus d’une fois de ces tentatives impuissantes de la présomption occidentale.
Epoque des philosophes chinois
TüKD,