CONSTRUCTION DE PONTS SCR COLONNES ET DE PONTS SUSPENDUS
C’est à Chang-liang, général en chef du fondateur de la dynastie des Han , que les historiens et les géographes chinois attribuent ces grands tra-
vaux publics, exécutés dans la province occidentale et montagneuse du Chetirsi. Pour arriver à la capitale de l’empire (qui est aujourd'hui Si-nganfou) , sans faire les longs détours que nécessitaient de hautes montagnes et des gorges profondes, plus de ceut mille hommes furent employés à niveler ces montagnes; et là où leurs débris ne suffisaient pas pour combler les abîmes, on üt passer les routes sur des pi tiers (voy. la pl. 48), ou l’on jeta des ponts suspendus d’une montagne à l’autre, lorsqu’elles n’étaient pas trop éloignées (voy. la pl. 50). Ces ponts, disent les écrivains chinois, sont en quelques endroits si élevés, qu’on ne voit qu’avec terreur le fond des préci-
{ lices. Quatre cavaliers y peuvent aler de front. Il y a des balustrades de chaque côté pour la sûreté des voyageurs, et l’on a bâti à certaines distances des villages ou des hôtelleries pour leur commodité. On les voit encore aujourd’hui près d eHan-tchoimafou , quatrième ville de la province du Chen-si.
Voilà un nouvel exemple très-remarquable du génie précurseur des Chinois dans l’industrie et les arts qui suivent toujours les progrès de la civilisation. 11 n’est pas douteux que l’idée des ponts suspendus ne soit passée de la Chine en Europe : car il y a près de deux cents ans que les relations publiées des missionnaires européens en Chine ont fait connaître qu’il existait un grand nombre de ponts suspendus dans les provinces montagneuses et septentrionales de la Chine, ainsi que dans le Thibet, et que plusieurs d’entre eux étaient en fer (*).
(*) Nous reviendrons sur ce sujet important lorsque nous traiterons de la construction des édifices publics. Mais nous ne pouvons nous empêcher de reproduire dans la pl. 5a un pon( d’une hardiesse remarquable, existant dans la province du Chen-si, et que l’on peut comparer au pont du Gard, près de Ni mes , bâti par les Romains. Le pont de la pl. 5a va d’uue montagne à l’autre, et il a 400 pieds de longueur sur 5oo de hauteur ; c’est pourquoi les Chinois rappellent Pont-volant,
CHINE
Comme tous les chefs de nouvelles dynasties, Likou-pang eut à réprimer quelques révoltes qui éclatèrent dans l'empire. Il lit aussi rentrer sous sa domination le gouverneur des provinces méridionales de la Chine, conquises par Thsin-chi-hoang-ti , qui s’était rendu indépendant après la mort de cet empereur ; et il devint ainsi le souverain du grand empire.
Parvenu ainsi de l’état le plus humble à la puissance humaine la plus illimitée, il ne se laissa pas enivrer par cette prospérité inouïe ; mais cependant il conserva toujours ses goilts et ses habitudes guerrières , et la réaction qui se fit sous son règne contre les institutions, les règlements et tous les souvenirs de la dynastie de Thsin , n’atteignirent point les ordonnances concernant les livres ; et la visite qu’il fit au tombeau deKnouNG-TSEB, les grands honneurs qu’il lui rendit , sont attribués plutôt à la politique qu’à son estime pour le philosophe.
Les tribus barbares du nord-ouest de la Chine qui avaient été si souvent refoulées dans leurs déserts et contre les irruptions desquelles ou avait construit cette grande et gigantesque muraille , recommencèrent à inquiéter l’empire chinois après la chute de la dynastie de Thsin. Un habile chef de ces Hioung-nou ( esclaves turbulents de race turque), nommé Mê-hé, profita des guerres civiles des Chinois pour reconquérir les frontières et les places fortes que lui avait enlevées le fameux générai Mousg-tien. Le fondateur de la nouvelle dynastie avait à peine eu le temps de prendre possession de l’empire qu’il dut penser à le défendre contre une invasion de Barbares. Le général qui gardait les frontières leur livra les places de son commandement. Le nouvel empereur se mit à la tête d’une armée considérable pour repousser les esclaves turbulents ( Hioung-nou) ; mais le clief de ces prétendus esclaves {le Tchen-yv , nommé Mê-hé), tint bloqué pendant sept jours à la montagne Peteng (du Chen-si) l’empereur Kaotsou, qui fut obligé de conclure avec
lui une paix honteuse, selon les historiens chinois, en donnant en mariage à ce chef d’esclaves une princesse de la famirie impériale ; la première alliance conclue par un souverain de la Chine uissante et civilisée avec un chef de ordes barbares. Un de ces historiens dit que « jamais honte si grande ne fut imposée à l'empire du milieu , qui a perdu depuis ce temps son honneur et sa dignité.» LeministreLiEOU-KHiNG, qui avait proposé cette alliance et qui l'avait fait contracter , espérait , par cette politique, fonder un intérêt chinois parmi les Tartares, qui se laissaient plutôt guider par des instincts que par des raisonnements.
Un jour que l’empereur Kao-tsou avait rassemblé ses ministres et ses principaux officiers dans un grant festin , il leur demanda à quelle cause ils attribuaient son élévation à l’empire. Tous répondirent que c’était à ses mérites , a sa bravoure et à ses autres qualités éminentes. « Vous vous trompez , leur dit-il ; si vous me voyez aujourd’hui sur le trône , c’est que j’ai su connaître les divers talents dë ceux que (‘honorais de ma confiance , et les appliquer aux emplois dont ils étaient le plus capables. »