L'EMPEREUR WOU-TI
L’empereur King-ii (156 av. J.-C.) imita l’exemple de son père en favorisant l’agriculture , et il adoucit la rigueur des châtiments imposés aux criminels. Il soumit aussi des princes qui s’étaient révoltés contre son autorité souveraine. Mais son successeur et son fils cadet Wod-ti ( C empereur guerrier, belliqueux) fut un des plus grands souverains de la Chine (*). A son avé-
(*) Le règne brillant et glorieux de cet
nement au pouvoir (140 ans avant notre ère) l’empire était florissant; les lettres avaient reconquis leur influence puissante; le peuple était gouverné par des lois douces et justes, qui étaient leur ouvrage. L’empereur W ouxi voulut encore les améliorer, en consultant les sages et les philosophes sur les doctrines de l’antiquité. Ce furent les conseils de ces philosophes qui le détournèrent d’abord de suivre son penchant dominant pour la guerre.
Comme dédommagement, il se livrait avec fureur au plaisir de la chasse , et il avait fait entourer de murs, à cet effet, une grande étendue de terres, dans lesquelles il avait fait renfermer toute sorte de gibier; mais aVant réfléchi que toutes ces terres n’étant point cultivées, restaient inutiles pour son peuple, il les rendit bientôt à l’agriculture. Le droit d’aînesse existait alors en Chine pour les successions des principautés: AVou-xi l’abolit, regardant comme injuste qu’un seul entant fût comblé d’honneurs et de richesses , tandis que les autres seraient réduits à un état voisin de l’indigence. Sous son règne, comme sous celui de ses prédécesseurs, et comme nous le
empereur est un nouvel exemple de l’avantage qu’il y a pour les nations lorsque la fatalité ne règle pas inrariablemeut la succession du pou\uir, ei qu’il est laissé à la volonté éclairée du souverain, sinon du peuple , un élément de force tel , qu’il peut presque toujours par un bon choix prévenir toutes les chances mauvaises d'un mauvais gouvernement. La succession au Irône, comme nous l’avons déjà dit , n’est point soumise en Chine depuis les temps les plus reculés à la loi de priniogéuiture ; et la faculté laissée à l’empereur régnant de choisir son successeur dans sa famille (choix fort peu borné , les empereurs chinois ayant toujours beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants ) , s’est presque toujours exercée en vue du bien public; c’est cc qui fait que le priucipe du gouvernement chinois participe du principe héréditaire qui donne plus de stabilité à un grand empire que le principe électif pur, et du principe électif qui renferme bien plus d'éléments de prospérité que le priucipe héréditaire pur.
CHINE
verrons constamment par la suite, les Hiomg-nou , ou Tartares de race turque, continuent de faire des excursions en Chine. Ils sont souvent battus; mais leur sauvage bravoure, leurs hordes toujours menaçantes, leur fout obtenir des alliances avec les empereurs chinois. La plupart des princesses gui leur sont données en mariage, aiment mieux périr d’une mort violente, que de devenir les compagnes de ces barbares. En l’année 135 avant notre ère, le Tchen-yu , ou roi de ces Tartares de race turque, envoya un ambassadeur à Wou-ti, pour lui demander une de ses filles en mariage. L’empereur la promit ; mais des différends étant survenus avec ces sauvages voisins, il changea d’avis, et il résolut de leur déclarer la guerre. Après des alternatives de succès etde revers, le général chinois parvint à leur faire quinze mille prisonniers, et à leur enlever tous leurs bagages.
Cette victoire et d’autres encore finirent par rétablir la sécurité sur les frontières.
GSAND MOUVEMENT DE TEUrLES EN ASIE.
Ce fut à cette époque que des événements d’une grande importance historique se passèrent en Asie. La nation des Yuë-tchi ou Yuë-ti habitait alors, entre l’extrémité occidentale de la province de Chen-si, les montagnes célestes ( Thian-chan ) et le Kuen-lun, où elle avait formé un royaume puissant. Cette nation, probablement de race blonde , est la même qui , sous le nom de Y ut ou Jut, a fondé, à l’époque indiquée par les auteurs chinois (dans le milieu du 2e siècle avant notre ère), de puissants empires dans l’Hjndousthan (*). C’est sans doute'aussi la
(*) Ils en furent chassés par le célèbre Vixiuka ditya, vers l'an 56 avant J. C. , ■ événement si glorieux pnnr les Indiens qu’ils aol fait dater de cette époque le comiüenf cernent de leur ère samvat. Mais ces mêmes Yuë-tchi ou Scythes, barbares attirés par les richesses de la civilisation autant que par celles de la nature, firent de nouvelles ir-
1G' Livraison. (Chine.)
même nation , connue en Occident sous le nom de Gèles (ensuite de Goths ), qui fut vaincue par Gengis-khan et Timoiie. En remontant le cours de l’histoire, on trouve entre elle et la nation scythe, contre laquelle Darius, le puissant roi des Perses, avait déjà eu à lutter plus de 500 ans avant notre ère, tant ac traits de ressemblance, que l’on est amené à en conclure leur identité, déjà supposée par plusieurs historiens, entre les Goths, les Gètes et les Scythes.
Les flioung-nou, peuple de race turque, dont nous avons déjà souvent parlé, attaquèrent cette nation en 165 avant notre cre, la poussèrent à l’Occident, vers ces contrées riches et fertiles de la Transoxiane, où elle vint se fixer, et d’où elle devait se ruer plus tard, avec ses vainqueurs barbares, sur le colosse ébranlé de l’empire romain. Telles sont les destinées des nations! Des essaims de barbares, en lutte depuis des milliers de siècles avec l’empire chinois, et n’ayant pu trouver place à sou soleil civilisateur, font volte-face, et se précipitent sur les nations de l’Occident, qu’ils font trembler au bruit des pas rapides de leurs coursiers sauvages. 11 leur était donné , comme à une puissance aveugle et brutale, de venger l’humanité outragée de la corruption romaine, et de retremper la race abâtardie des conquérants du monde dans un sang barbare, mais plein de force et d’énergie.