EXPÉDITIONS DES CHINOIS DANS L’ASIB OCCIDENTALE
Telle était la situation des choses,
(*) Frère du général chinois Phh-tchao, qui l’an 72 de J. G vint avec une armée considérable dans l’Asie occidentale, et dont nous parlerons plus loin.
lorsque \' empereur guerrier (Woü-ti), instruit de ces grands mouvements des peuples qui se refoulaient vers l’Occident, voulut encore le précipiter, en s’efforçant de débarrasser ses frontières septentrionales des hordes barbares qui le's harcelaient sans cesse, et de les rejeter pour jamais sur d’autres civilisations qui deviendraient leur proie. L’an 121 avant notre ère, il envoya son général Ho-kiuu-ping, à la tête d’une armée nombreuse, pour attaquer les Hioung-nou, campés au nord-ouest de la Chine. Ce général les vainquit dans plusieurs batailles rangées. Les principaux chefs se soumirent avec toutes les peuplades qui se trouvaient sous leur commandement.
Les Chinois entrèrent alors en relations amicales avec les rois et les petits princes de l’Asie occidentale, qui étaient dépendants des Hioung-nou, et qui voulurent s’affranchir. Les possessions de l’empire chinois, au nordouest de la Chine, s’étendirent de jour en jour. L’empereur y établit des colonies, y fit bâtir des villes, et y plaça des gouverneurs militaires, qui les administraient en son nom , et qui portaient le titre de roi ( wang ).
Ce fut vers cette époque (100 ans avant notre ère) que le chef des Hioung-nou envoya des ambassadeurs près de l’empereur de la Chine, pour lui faire sa soumission. Wou-ti reconnut ce procédé en envoyant de son côté des ambassadeurs près du chef des Barbares , à la tête desquels il plaça Sou-ou OU SOU-TSEU-KING (voy. son portrait pl. 45, n° 3), homme du plus grand mérite, qu’il regardait comme la personne de son empire la plus capable de soutenir ses intérêts. Arrivés en Tartarie, le Tchen-yu (ou chef des Hioung-nou) , sentant plus que jamais le besoin d’avoir près de lui des hommes éclairés et représentants d’un# civilisation avancée , voulut les séduire pour les détacher du service de l’empereur chinois, comme il avait déjà fait pour plusieurs autres de ses sujets. Sou-ou, qui connaissait ses devoirs, et qui prélérait leur accomplissement à toutes les séductions possibles, après
des résistances courageuses, fut condamné à mourir de faim dans une fosse profonde, où il fut jeté par ordre d’un Chinois transfuge, en conservant > avec intrépidité un simple bâton (voy. le portrait) , comme marque de sa dignité d’ambassadeur violée. 11 fut ensuite retiré de la fosse et envoyé dans un désert de la Tartarie, où il supporta toutes sortes de privations avec un courage stoïque. L’empereur Wouxi, ayant appris la persécution et la fidélité de son ambassadeur, envoya une armée contre les Hioung-nou pour le délivrer.
A son retour en Chine, Sou-ou fut reçu avec les plus grands honneurs, et’sa renommée de courage, de fidélité, de patriotisme, se répandit dans tout l’empire. 11 vécut jusqu’à l’âge de 80 ans. Après sa mort, qui arriva la 60' année avant notre ère, l’empereur fit placer son portrait dans la salle des grands hommes. Les poètes chinois Pont célébré à l’envi. L'un d’entre eux lui a consacré les vers suivants, traduits par le P. Amiot (Mém. sur les Chin., t. in, pag. 360) :
«Traître a son prince, à sa patrie,
, Oueï-liu (* (**)) combla son infamie
En renonçant à ses aïeux;
I,i- lis o (•*), pour conserver sa vie, Consentit à l’ignominie De porter un joug odieux.
Blais plutôt que d’ètrc infidèle ,
Sou-ou , notre digue modèle.
S’expose à tous les coups du sort :K Quand c’est le devoir qui l’appelle ,
Il ne craint ni la soif cruelle ,
"Ni l’affreuse faim , ni la mort.
M1NISTIIFS ET PERSONNAGES CFXfclîRESSOCS W0C-T1 (i4o ANS AVANT J. C.)
Les lettres et les arts furent trèsllorissants sous cet empereur. Son règne fut illustré par l’éclat que jetèrent un çrand nombre de personnages distingues dans la littérature, l’histoire et la science du gouvernement. A son avènement au troue, AYou-n pu-
(*) Chinois transfuge près du chef des Tartares qui voulut retenir Sou-ou.
(**) Général chinois qui se soumit aux Tarlares , contre lesquels il avait été envoyé pour ramener Sou-ou.
blia un édit par lequel il invitait tous les savants à se rendre dans sa capitale. Au nombre de ceux qui se présentèrent, et qui furent reçus par, l’empereur, se trouva Toung-fangsou (voy. son portrait , pl. 5i, n° 2) , dont l’esprit, les bons mots et les saillies le rendirent bientôt le favori de 'NVou-xi , qui en Ot un grand de sa cour et un ministre. Un autre personnage célèbre, nommé Toung-xchoungchou (voy. son portrait, pl. 51 , n° 3), fut aussi ministre du même empereur. Dans sa jeunesse, son application à l’étude fut si grande, qu'il resta trois années de suite sans sortir de sa chambre, sans même jeter les yeux, dit-on, sur la cour de sa maison. Il eût voulu se passer de nourriture et de sommeil , afin d’employer plus de temps à s’instruire. Elevé par son mérite à la première charge de l’État, il ne profita de son élévation que pour éclairer l’empereur sur les meilleurs moyens de gouverner dans l’intérêt du peuple. AVou-ti, plein de confiance dans sa sagesse et sa science, l’engagea à écrire sur l’art de gouverner , et le ministre, dit le P. Amiot, profita de cette occasion pour mettre dans tout son jour la doctrine des premiers empereurs et des anciens sages. Il avait a sa disposition la plupart de ces monuments antiques qui avaient été soustraits à la proscription de Hoangxi. Il en avait copié, pour son propre usage, tout ce qui lui avait paru mériter d’être conservé ; fl avait fouillé dans toutes les bibliothèques, dans tous les cabinets où l’on déposait les anciens livres, à mesure qu’on en faisait la découverte, et il en avait fait des extraits détaillés qui pouvaient suppléer aux ouvrages mêmes. Le résultat de ses études et de ses recherches est consigné dans trois discours adressés à l’empereur Wou-xi, sur l’art de gouverner. Us ont été recueillis dans la grande collection précédemment citée, et dont nous rapporterons ici quelques fragments.
«Votre Majesté , dans sa déclaration,
d by (
CHINE
a la bonté de demander qu’on lui donne des lumières sur ce qui s’appelle le mandat du ciel ( thien ming , c’est-àdire la mission de gouverner les hommes , confiée par le ciel) , ainsi que sur la nature et les passions de l'homme.
C’est de quoi je me reconnais peu caable... Quand une dynastie commence s’écarter des voies droites de la sagesse et de la vertu , le ciel commence ordinairement par lui envoyer quelques disgrâces pour la corriger. Si le
firince qui règne ne rentre point en ui-même, le ciel emploie des prodiges et des phénomènes effrayants pour lui inspirer une crainte salutaire. Si le prince ne profite pas de ces avertissements, sa perte n’est pas éloignée...»