II
Dans le second discours , il propose à Vou-ti de rétablir le collège de la Grande science, pour donner à l’empire de bons maîtres , capables d’instruire et de former à la vertu. Il gémit sur le petit nombre qui s’en trouvait alors dans l’empire. Il va plus loin encore; il exige que l’on donne les emplois publics à des hommes de mérite , et non pas comme on le faisait alors , et comme on le fait encore aujourd’hui dans presque toutes les contrées de l’Europe , à des fils de grands personnages, qui n’étaient recommandables que par les richesses, ou tout au plus par les talents de leurs pères. Il trouve fort injuste que le mérite des pères soit un titre suffisant pour parvenir aux grands emplois, et. il veut qu’on n’y soit élevé que par degré.
« Ce n’est point ainsi, dit-il, qu’on agissait dans l’antiquité. La différence des talents réglait la différence des emplois. Un talent médiocre demeurait toujours dans un emploi médiocre.
Trouvait-on un homme d’un mérite rare, on ne faisait pas difficulté de l’élever aux plus grands emplois. Par là il avait le moyen de faire valoir son talent, et le peuple en retirait- de grands avantages. Au lieu qu’aujourd’hui un homme de premier mérite demeure confondu avec le vulgaire;
et un autre d’une capacité médiocre parvient à des emplois qui sont beaucoup au-dessus de son mérite. »
Dans son troisième discours, le même savant ministre établit que le soin que les gouvernants avaient dans l’antiquité d'instruire le peuple de ses devoirs, faisait que quelquefois on ne trouvait pas un criminel dans tout l’empire. Il y pose quelques principes de la philosophie de Confucius en ces termes : » Tout ce que le ciel prescrit et ordonne aux hommes, est compris sous ce mot, mandat, mission, destinée {ming). Remplir parfaitement ce mandat, cette mission, sa destinée, c’est être parvenu à la perfection. Les facultés, les dispositions naturelles que chacun apporte en naissant, sont toutes comprises sous le terme nature ( sing ) ; mais cette nature , pour acquérir la perfection dont elle est susceptible, a besoin du secours de l’instruction. Tous les penchants naturels à l’homme sont compris sous le mot inclinations {thsing). Ces penchants, ces inclinations ont besoin de règles pour ne donner dans aucun excès. Les devoirs essentiels d’un prince et ses premiers soins sont donc d’entrer avec respect dans les vues du ciel , son supérieur, pour se conformer lui-même à ses ordres; de procurer aux peuples qui lui sont soumis l’instruction dont ils ont besoin pour acquérir la perfection dont leur nature est capaule; enfin d’établir des lois , de distinguer les rangs , et de faire d’autres règlements les plus convenables pour prévenir et arrêter le déréglement des passions.
« L’homme a reçu du ciel son mandat , bien différent de celui des autres êtres vivants. De ce mandat naissent dans une famille les devoirs de relations entre ses membres ; dans un État, ceux de prince et de sujets, de déférence et de respect pour la vieillesse. De là l’union, l’amitié, la politesse, et tous les autres liens de la société. C’est par là que le ciel a