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donné à l'homme ce rang supérieur u’il occupe sur la terre. Le ciel prouit les cinq espèces de grains et les six espèces d’animaux domestiques pour Je nourrir; la soie, le chanvre, etc., pour le vêtir. Il lui a donné le talent de dompter les bœufs et les chevaux pour les faire servira son usage.

Il n’v a pas jusqu’aux léopards et aux tigrés, sur lesquels il n’exercc son empire, et qu’il ne vienne à bout de soumettre à sa puissance. C’est que Véritablement il a une intelligence céleste supérieure qui l’élève au-dessus de tous les autres êtres. Celui qui sait connaître comme il le doit cette nature céleste qu’il a reçue, ne la dégrade pas jusqu’à s’abaisser au niveau de la brute. Il conserve son rang et se distingue des êtres dépourvus de raison par les connaissances qu’il possède, et par l'estime qu’il sait faire de la charité, de la justice, de la tempérance, de rattachement aux formes établies, et de toutes les vertus. L’amour et le respect qu’il a pour elles le portent à les pratiquer ; et il s’en fait une si douce habitude, gu’il ne trouve plus que du plaisir à faire le bien, et à suivre en tout la raison. C’est à celui qui y est parvenu que l’on donne avec raison le nom de sage; et c’est le sens de ce que dit Khoung-tseu, que l’on ne doit point appeler sage celui qui oublie son mandat, sa mission d’homme, sa destinée enfin, ou qui méconnaît sa nature (* (**)). »

L'HISTORIEN SSK-MA-THSIAN.

Mais l’homme qui a jeté le plus grand éclat sous le règne de l’empereur \V0U-Tl,est SSE-M A-THSÏ AN (* *), que M. Abel Rémusat a nommé V Hérodote de la Chine. Il naquit àLoungmen dans le Chen-si , vers l’an 145 avant notre ère , et , après avoir fait de fortes et brillantes études, il voulut, comme le père de l’histoire grecque ,

(*) Voy. du Halde, Description de la Chine, t. il, pag. 5a 4.

(**) Voy. sou portrait,/)/. 5i, n° 4.

visiter les contrées et les peuples dont il se proposait d’écrire les annales.

Il voulut savoir ce qui pouvait encore subsister de son temps des travaux du grand Yu (dont nous avons parlé pages 47 et suiv.), et il alla visiter, dans ce but, les neuf principales montagnes, sur lesquelles les anciens empereurs offraient des sacrifices en l’honneur du souverain suprême. Il parcourut ainsi les provinces du sud et du nord de la Chine , en recueillant avec soin les traditions, et en examinant le cours des fleuves et des principales rivières. Ce fut vers l’an 104 avant J. C. qu’il commença à rédiger ses Mémoires historiques (en chinois Sse-ki ) , au milieu de ses fonctions de grand historiographe de l’empire, auxquelles il avait été appelé après la mort de son père, qui les remplissait lui-même. L’importance de l’ouvrage de Sse-ma-thsian, que l’on possède en Europe, et qui est pour la Chine le premier traité historique complet , nous engage à entrer dans quelques détails, qu’on ne lira pas sans intérêt, et qui sers iront à corroborer la confiance que l’on doit avoir dans l’histoire chinoise.

« C’était alors un temps de faveur et une époque de restauration pour les études historiques (dit M. Abel Rémusat dans la vie de Sse-ma-tusian), comme pour les autres branches de la littérature. Les vieilles chroniques avaient péri dans l’incendie général de l’an 213; ressource étrange d’un novateur qui avait bien senti qu’il ne pouvait disposer à son gré du présent sans abolir le souvenir du passé , mais qui s’était trompé sur l’étendue de sa puissance, et la croyant capable de triompher des souvenirs et des habitudes d’une grande nation. Tous ses efforts pour anéantir les anciennes annales n’avaient abouti qu’à changer en enthousiasme le zèle des gens de lettres, qui, presque tous, s’etaient montrés dignes des honneurs de la persécution. Il avait échoué en voulant effacer les exemples des anciens et les traditions publiques qui l’importunaient; mais il avait porté un coup mortel à la chronologie , dont , vrai-

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semblablement, il ne s’embarrassait guère.

« Lorsque l’orage fut calmé, on vit reparaître de tous côtés les débris des anciens monuments, mais tronqués, inutiles, privés de ces appuis qui en font la solidité. Le souvenir des principaux événements s'était conservé; mais on avait perdu la trace de ces particularités intermédiaires qui concourent à établir la certitude, en rappelant la liaison des faits, et en expiiuant les contradictions apparentes es témoignages. On conçoit quelle dut être lu tâche des fondateurs île la nouvelle histoire. Il fallait rechercher tous les vestiges des anciennes annales, recueillir tous les fragments, rapprocher tous les lambeaux épars des chroniques impériales, provinciales, urbaines; interroger tous ces téiuoinages matériels qui ne sont pas de histoire, mais qui prêtent à l’histoire ses plus solides fondements : les vases, les meubles, les instruments, les ruines ; expliquer les monuments figurés, déchiffrer les inscriptions. Il fallait surtout (et c'était la partie de la tâche la plus laborieuse comme la plus importante), il fallait rassembler de bonne heure ces traits fugitifs, qui pouvaient servir à faire apprécier la valeur relative des témoignages écrits v d'après leur nature, leur origine, leur âge et les circonstances qui les avaient conservés. La chose était déjà difficile à la Chine, un siècle après l’incendie des livres : elle eut clé impraticable deux ans plus tard ; et l’on doit admirer la confiance des critiques de l’Occident , qui entreprennent de réformer le travail des critiques chinois deux mille ans après eux , en Europe, ne sachant qu’imparfaitement la langue, et quelquefois même ne l’ayant pas étudiée.

« Sse-ma-ïhsian mit à prolit tout ce qui restait des Livres classiques, de ceux du Temple des ancêtres de la dynastie des Tcnéou ; les Mémoires secrets de la maison de Pierre et du Coffre d’or , et les registres appelés Planches de jaspe {iu-pan). On ajoute qu’il dépouilla le Liu-ling, pour ce qui concerne les lois; la Tactique de Han-

ses, pour ce qui regarde les affaires militaires; le Tchang-tching , pour ce qui a rapport à la littérature en général; et le Li-yi, pour tout ce qui est relatif aux usages et aux cérémonies.

« C’est de cette manière qu’il composa le grand ouvrage auquel il donna le simple titre de Mémoires historiques ( sse-ki) . Cet ouvrage, divisé en cent trente livres, est. distribué en cinq parties. La première, intitulée Chronique impériale, comprend douze livres; elle est consacrée au récit des actions des souverains de la Chine, et des événements qui ont eu l'empire entier pour théâtre : les faits y sont disposés chronologiquement, et rappoités aux dates qui leur appartiennent. L’auteur a commencé son récit au règne de Hoang-tx (2097 avant J. C.), et il le termine au règne de Hiào-yvou, de la dynastie des Han.

Les deux derniers livres de cette partie ont été perdus.

« La seconde partie, qui porte le titre de Tableaux chronologiques, est composée de dix livres, et ne contient que des tables, dont la forme ressemble beaucoup à celle de nos atlas historiques. Le dernier livre est perdu.

« La troisième partie , en huit livres, traite des huit branches de sciences : ce sont les rites, la musiue, les tons considérés comme types es mesures de longueur, la division du temps, l'astronomie (y compris l’uranographie et l’astrologie), les cérémonies religieuses, les rivières et canaux , les poids et mesures.

« La quatrième partie, formée de trente livres, renferme l’histoire généalogique de toutes les familles qui out possédé quelque territoire, depuis les grands vassaux de la dynastie des Tcheou, jusqu’aux simples ministres ou généraux de la dynastie des Han.

« Enlin , la cinquième et dernière partie, composée de soixante-dix livres, est consacrée à des mémoires sur la géographie étrangère, et à des articles de biographie, plus ou moins étendus, sur tous les hommes qui se sont fait un nom dans diverses parties

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des sciences ou de l’administration.

Tel est, en peu de mots, ajoute M. Rémusat, le plan de ce vaste monument historique érigé par Sse-ma-thsian.

L’ordre qu’on y admire est tyi de ses moindres mérites. La multitude des faits qui y ont trouvé place, la manière toujours nette et vive dont ils y sont présentés , la simplicité constante et la noblesse soutenue du style, suffisent pour justifier la haute estime dont jouit cet ouvrage. »

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