‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 13 sur 66 · AVANTAGES POUR LES NAVIGATEURS · texte numérisé non relu

AVANTAGES POUR LES NAVIGATEURS

L'île d'Ualan (*) peut servir de trèsbonne relâche, et principalement aux bâtiments baleiniers qui font la pèche dans ces parages, et aux navires allant à la Chine par la route de Test. Un beau climat, un bon peuple, une abondance de fruits, qui ne contribuent pas moins qu'une nourriture animale a restaurer les forces d'un, équipage après une longue navigation^ lui donnent cet avantage.

On ne peut pas s'attendre à trouver ici d'abondantes provisions de mer, mais on n'a pas à craindre d'en man-

Î[uer pour la consommation journalère. Les pigeons et les poules sauvages donnent un excellent rôti , et le

(*) Ce petit chapitre appartient à Lûtke.

potage en est juteux et nouiTissant.

Quatre ou cinq chasseurs nous en fournissaient en assez erande quantité pour pouvoir faire cna^e jour ooe soupe fraîche à tout l'équipage. Les bécassines sont un rôti délicat; les poissons et les tortues , si l'on trouvait le moyen de les prendre, seraient d*un très-bon secours; mais nous oe pâmes y parvenir, et l'on ne peut en recevoir aue très-peu des habitants. Parmi les rruits, on peut se procurer buUdî qu'on en veut des bananes de respè(X commune et des cannes à sucre. Il est toujours possible de tirer des urosses le fruit à pain ; nos hommes s'y accoutumèrent bientôt, et les préféraient au pain ordinaire. On ne peut pas avoir de cocos ni de bananes de la meilleure espèce ; nous recevions si peu des premiers, que ce n'était que deux ou trois fois dans le courant de la semaine que nous pouvions en donner un à chacun de nos gens. On ne peut mettre au nombre aes provisions de mer que les cannes à sucre et les oran-

fes; ces dernières n'étaient pas mûres e notre temps , ce qui fait que nous ne pouvons connaître la quantité sur laquelle on pourrait compter. Quantaux bananes qui ne sont pas tout à fait mûres , elles achèvent de mûrir en les gardant une semaine. Il v a encore une espèce de cornichon , miit croissant sur un arbre, d'une forme ronde, avec la peau très-épaisse et très-dure, qui, salé ou mis dans le vinaigre, donne un excellent approvisionnement; mais nous n'en trouvâmes pas en asseï grande quantité pour pouvoir en approvisionner tout l'équipage.

Peut-être qu'avec le temps Ualan pourra fournir des pourceaux aux navigateurs. L'intention louable du capitame Duperrey resta sans effet; il est à tlésirer que notre essai ait plus de succès. L'eau fraîche que nous prîmes du ruisseau qui coule au travers du village de Lual est un peu sauraâtrc; mais cela n'empêche pas qu'elle ne se conserve bien, et qu'elle ne soit de bon coût et salubre. Il n'y a pas de bon Dois de chauffage; on pourrait avoir de gros sonneraUas en aussi

OCÉANIË.

grande quantité qu'on voudrait, mais us sont humides et peu susceptibles de

Il est temps pour moi de dire adieu àXJalan et à ses bons et paisibles habitants. Je désire de tout mon cœur qu'ils nous aiment autant que nous les aimons; que notre visite réveille en eux d'aussi agréables souvenirs que ceux que nous conservons de notre séjour parmi eux ; que tout ce que nous avons fait pour eux puisse servir à améliorer substantiellement leur situation; mais, par-dessus tout, qu'ils n'aient jamais sujet de regretter que les hommes blancs aient trouvé la route de leur petite terre isolée.

OBSEaVATIOXS IMPORTAin-ES SUR PLU- SIEOIIS ILBS 0£ L'ARCHIPEL DES CAROU* »£S PROPRES.

Les observations suivantes appartiennent généralement à M. Charles Henri Mertens , savant naturaliste allemand, qui fit partie de l'expédition russe envoyée en 1816, dans la mer du Sud, par l'empereur Alexandre, sous les ordres du capitaine Lutke.

^Nous ne pouvons mieux faire que d'extraire le mémoire précieux de ce savant, qui n'a été publié qu'en Allemagne et à Genève.

?îous fûmes étonnés, malgré la confiance entière qu'ils nous témoienaient, de ne pas entrevoir une seule femme. Nous nous aperçûmes bientôt qu'on les avait dérobées à notre vue, et que nous devions même éviter de passer devant les maisons où elles se trouvaient. Si par hasard nous paraissions vouloir en approcher, nos guides employaient presque la force pour nous en détourner, en prononçant le ïivit farak! farak! exclamation qui* finit par nous ennuyer à l'excès , et qui retentit encore à nos oreilles. Il y avait cependant dans la manière dont ils s'y prenaient, pour nous engager à suivre une autre route, tant de bonhomie, qu'il était impossible de se fâcher contre eui ^ quoiqu'ils répétassent, sans discontinuer, leur interjection ; nous finîmes par en rire. Chaque chef avait plusieurs maisons à sa disposition : la

poremière était celle où il fiiisait sa résidence; la seconde était construite de la même manière que la grande maison dans laquelle on nous avait introduits à notre arrivée, seulement il s'y trouvait un plus grand nombre de chambres , où nous entendîmes souvent des cris d'enfants, sans qu'il nous fût jamais permis d'y jeter même un coup d'oeil. C'était là qu'ils déposaient leurs richesses, qui consistaient en cordages, en nattes, en habillements, en appareils pour la pêche , en pierres pour aiguiser leurs haches, faites de différentes espèces de coquilles, en couteaux et autre objets européens. Cette seconde maison était encore destinée à servir d'abri aux pirogues qu'ils y plaçaient quand le temps l'exigeait. La troisième maison, beaucoup plus petite, était pour les femmes; la quatrième , encore plus petite , était formée seulement d'un petit toit qui descendait obliquement presque jusqu'à terre , ce qui laissait fort peu d'élévation aux murs: Celle-ci se trouvait généralement vis-à-vis l'entrée de derrière de la grande maison ; nous en vîmes souvent la porte ornée de branches vertes; elle nous parut être destinée à servir de tombeau à la famille du chef. Nous ne vîmes qu'un petit nombre de plantations sur le groupe de Lougounor ; et celles que nous aperçûmes ne consistaient qu'en aroîdées, qpi occupaient les endroits marécageux. Il s'y trouvait peu d'eau douce; nous n'en avons entrevu que (|uelques petites mares dont l'eau était souvent très-amèrn et sulfureuse. La base du tronc d'un grand nombre de cocotiers était creusée pour servir, comme nous l'avons supposé, d'espèces de réservoirs pour l'eau de pluie; la plupart de ces troncs, creux à leur base , contenaient une eau infiniment meilleure aue celle des mares. Ce qui tient véritablement lieu de citernes sur ces îles , ce sont les cocotiers, tant par la boisson agréable contenue dans le fruit précieux de cet arbre, que par la ligueur que les naturels du pays savent tirer de l'arbre même dans la saison où il n'y a presque plus de fruits. Cette saison est extrêmement pé-

tu

nibla poor les ptunei habitants , paret qa*il8 ne possèdent que peu de producâons végétales qui puissent seconserver pendant l'espace de temps nécessaire.

Nous avons retrouvé partout le même peuple sur les autres groupes des tles Lasses des Carolines, que nous avons visités après celui de Lougounor; c'est cette meine hospitalité , cette bonho« mie et enfin jusqu'à cette gaieté qui le caractérisent. Mais dans aucun de ces groupes nous n'avons rencontré ces mœurs lascives qu^on suppose régner sur toutes les tles de l'immense océan Pacifique. Les voyages lointains que les naturels entreprennent, leurs visites fréquentes chez leurs voisins, ainsi que leurs excursions, quoique dans les colonies européennes, n'ont en rien altéré l'innocence remarquable de leurs mœurs , ni fait naître en eux le désir de s'approprier d'une manière illégitime le bien d'autrut. On serait porté à croire que l'esprit de commerce qui les anime leur a appris de bonne heure à respecter chez les autres ce qu'ils n'ont eux-mêmes acquis qu'avec peine , et dont ils sont en état d'apprécier la valeur. Les luihitants du sroupe d'Oulétaî (*) , ainsi que ceux de rite isolée de Féis , furent moins sévères à notre égard , quant à oe qui concernait leurs femmes; ils leur permettaient de se trouver dans notre société, et il ne fallait que peu de temps pour qu'une liaison intime s'établit entre nous. Malgré cette sorte d'intimité et la confiance sans bornes qu'on nous accordait , il n'y a pas un seul individu sur le Séniatdne, corvette commandée par le capitaine Liitke, qui puisse se vanter d'avoir obtenu quelques faveurs d'une belle des îles basses de l'archipel des Carolines. Les hommes sont bien faits (voy. pi, 102). On ne peut pas citer les

[*) M. Mertens veut sans doute parler du groupe d*Ouléa, Inuli, ou Ouléat (les x3 îles au capitaine Wilson). On rencontre souvent les mêmes noms dans les îles Carolines, ou bien ils offrent entre eux peu de djfTcrence dans la prononciation, ce qui n'a pas peu contribué k augmenter la confusion dans la géograpliie de cet ardiipel. G L. D. R.

femmes pour leur beauté; èUei sont même piutôt laides : leurs traits di§'

pour

jfutôt tinctifs sont une fort petite taille, une figure large, et ja gorçe pendante lorsqu'à peine la première fraîcheur est passée; elles sont nues de même que les hommes , à l'exception d'une large bande attachée autour des reins, et d'un tissu rayé.

Nous ne poursuivrons pas ces observations sans indiquer ici Ja positioa des tles Ouléaî et non OuletaL Ce groupe, qui n'a que quinze milles de tour, était marqué sur les anciennes cartes, comme trente fois plus grand.

Il se compose des îles Angaligaraîl et Faraïles, l'Ile de Motogozeu, l1le Fetalis , nie Raour et dix-sept autres.

La pointe méridionale de lile Kaour, la plus orientale du groupe et sur laquelle on trouve quatre ou cinq ports artificiels, chose unique peut-être aux Carolines, est située par 7» 20r 7" de lat. nord , et par 316* 3 de lon^. ouest. Ces fies ont été bien décrites par MM. de Chamisso, de Freycinet et surtout par M. Lùtke, le navigateur qui a le mieux observé les Caroline^.

C'est ici la patrie de Kadou, espèce d'Ulysse sauvaee. Les moeurs et le caractère des Ouléans ressemblent fort à ceux des Lougounoriens. Leur teiot est cuivre jaune ;*ils portent des ceintures comme des écharpes et des chapeaux coniques comme ceux des Chinois.

«Dans rtle de Féis, dit M. Mertens , nous remarquâmes que les jeunes filles portaient une espèce de frange qui tombait depuis la ceinture jusqu'aux genoux ; elle était faîte des fibres de Vkibiscus. Dans toutes les tles basses, du côté de Test, nous avons observé que la manière de se tatouer était absolument la même, et consistait en quelques lignes régulières le long des cuisses , des jambes et de la poitrine. On nous a assuré que les femmes se tatouaient en outre trèsélégamment sur des parties couvertes par la bande ci -dessus mentionnée, embellissement dont les maris seuls jouissent. Chez plusieurs de ces femmes nous avons remarqué un autre

ornem»it des plas bizarres. II consistait en une ou plusieurs llenes sur les bras et sur les épaules, formées par de petits boutons « que Ton produit au moyen de peUtes incisions faites dans la première enfance, et frottées ensuite avec le suc qui découle des branches des arbres, ou bien avec une espèce de moxa qu'on fait brûler sur la partie où l'on désire tracer des lignes. Ces marques sont ineffaçables^on les conserve pendant tout le cours de la vie. On prétend que cet ornement platt eitrémement aux hommes. Dans le temps où ces boutons suppurent, ils ne ressemblent pas mal AuK pustules de la vaccine , de sorte qu'en les voyant pour la première fois, on se figure avoir rencontré chez ces insulaires un supplément à cette découverte sî précieuse pour le genre humain. Les femmes se parent de colliers faits de différents articles de fabrique indjenne ou européenne, et de brges bracelets d'écaiile et de nacre de perle , qu'elles portent tant aux poignets qu^au bas de la jambe. Elles ont un grand fond de coquetterie, qui perce même jusque parmi les femmes les plus âgées. Elles nous demandaient sans cesse des grains de verre pour colliers , indiquant en même temps la longueur du bras, pour nous faire comprendre la quantité qu'elles en désiraient avoir; mais à peine avaiton satisfait à leur demande, qu'elles tendaient de nouveau la main, cte sorte qu'il était bien difficile de les contenter, vu surtout qu'elles se présentent ordinairement en grand nombre. A OuléCaî, des femmes s'approchaient tout près de notre bâtiment; mais elles n'arrivaient jamais dans les canots des hommes. Elles se plaisaient à crier et a nous appeler par nos noms, qu'elles prononçaient parfois de la manière la plus comique. Quoiqu'elles réitérassent sans cesse leurs demandes pour obtenir plus que nous ne leur avions donné, elles paraissaient ne recevoir nos cadeaux qu'avec une sorte de dédain , ce a ni nous amusait infiniment. Plusieurs 'entre elles portaie&t de jolies ceintures de la largeur d'environ deux

doigts, faites du bois de la noix de coco et de coquilles blanches arrangées ensemble de manière à rappeler les mosaïques dont se parent les el^antes de nos salons. Comme je désirais infiniment m*en procurer une, je leur offris un prix considérable à leurs yeux pour ce seul article; mais ces femmes multipliaient tellement leurs demandes chaque fois que je cédais à leurs réclamations, qu^ii me fut impossible de réussir à m'en procurer une. 11 me paraît, au reste, qu'elles y attachent un grand prix. J'ai vu quelquefois des hommes s^en parer; mais ils ne s'en désistaient pas davantage, et nous alléguaient pour raison de leur refus que cet ornement appartenait à leurs femmes.

L'expédition russe trouva à Mourileu un jeune Anglais, nommé William Floyd, de Gloucester, qui y avait été abandonné par un navire baleinier, et y avait passé dix-huit mois.

Le capitaine Lûtke le recueillit à son bord. On profita de cette circonstance pour recueillir ce qu*il avait observé sur les mœurs de ces insulaires. Voici un extrait du récit qu'il fit à M. le docteur Mertens :

Un seul et même chef règne sur les groupes de Fananou et de Mourileu, et les vingt îles qui les composent paient un tribut annuel à ce chef suprême, nommé dans leur langage tamol; ce tribut coivsiste en fruits de l'arbre à pain , en cocos, en nattes , etc. Ce 'qui est surprenant, c*est qu'une seule des îles ou groupe de Fananou est exempte de ce tribut ; que les habitants de cette île, quoique sur le même récif, dédaignent toute communication avec leurs voisins, éloignés d'eux seulement de quelques pas ; qu'ils ne font aucun cas du cher, et vont jusqu'à refuser de le reconnaître.

Quoique le tamol aille lui-même à la pêche, on ne manque jamais de lui réserver ce qui se trouve de plus beau et de plus recherché de la pêche générale. Ses sujets le nourrissent parfaitement bien : tout ce qu'il commande est considéré comme loi expresse, quoique, du reste, ces lois

Ht

ne soient pas maintenues dans toute leur rigueur. Le chef est, comme ses sujets», soumis aux lois. Floyd cita au savant docteur plusieurs faits qui viennent à Fappui de cette allé^jation. Si, par exemple, le tamol désire se marier une seconde fois, il est oblisé de satisfaire au tribut qu'on exige de tout individu qui veut contracter de nouveaux liens. II n'a aucun droit sur les femmes du pays, et il ne peut s'unir à aucune ocelles s'il n'a d'abord obtenu son consentement.

Les vieillards de l'île sont en général choisis comme juges : leur réprimande est considérée comme la peine la plus erave (^u'on puisse encourir.

Lorsoue les affaires sont d'une nature compliquée, on a recours au tamol, qui retire de grands avantages de ces appels; car ses inférieurs sont obliges de lui rendre hommage à la suite de l'arrêt rendu. Il faut avouer que généralement il s'efforce de prévenir les querelles et les dissensions qui pourraient s'élever parmi le peuple, en mettant de côté, en pareille circonstance, tout intérêt personnel.

Jamais les parties intéressées ne le quittent sans s'être réconciliées. La succession à la dignité de tamol n'est pas héréditaire , et le fils ne saurait en aucun cas succéder à son père.

Lorsqu'il vient à mourir, on s'adresse au frère du défunt , et s'il n'en avait pas , cette dignité est conférée à l'un de ceux qui avaient été ses meilleurs amis. Celui qu'on choisit n'a pas le droit de refuser la place çu'on fui offre. Le plus sage, le plus juste est élu de préférence au plus riche ou au plus puissant.

Voici le portrait que M. Mertens fait des Carolins, et qui nous a paru un peu trop flatté.

a Les Carolins, dit-il, sont dignes , par leur caractère aimable , au moins ceux dés îles basses , de peupler ce pays délicieux. Ceux des îles hautes , au contraire , sont adonnés à la guerre, et méritent moins d'int«rét. Les premiers sont d'une stature plus élevée que la race malaise , environ cinq pieds six pouces (anglais). Ils sont

doux, modérés, et ont on sentiment de justice inconnu aux autres Polynésiens.

Ces hommes, qui ne sont pas sauvages, mais dans l'enfance de la ciîilisation, sont bons, doux, naïfs, actifs et d'une physionomie agréable qui prévient extrêmement en leur faveur : la bonhomie est peinte dans tous leurs traits. Leur cnevelure est épaisse et d'un beau châtain noir (très-rarement rousse) ; leurs cheveuv sont généralement attachés en un grand nœud; ils ont le front très-éJcvé, mais fuyant un peu en arrière, le nez prononcé, mais plat et large, la bouche assez grande, les lèvres épaisses, les dents blanches comme de l'ivoire, les veux bien fendus et garnis de superbes cils, les tempes comprimées, les pommettes très- peu saillantes, le menton proéminent, avec une bark quelquefois épaisse, cependant plii.> généralement peu fournie. On a ordinairement compris ces peuples sous le nom général de la race malaist"; mais il ne faut gu'un coup d'oeil poi:r les distinguer des véritables Maluis qui habitent les îles de Sounda, de Timor, etc., et même des Tagales et Bissayes des Philippines. Plusieurs différences nationales des habitants do ces îles n'échappent pas ù l'observateur, particulièrement quand on compare les Iles qui sont situées plus vers l'ouest avec celles de l'est. Les habitants du groupe de Séniavine paraissent différer de tous les autres , tant par b conformation de leurs traits que par leur costume et leurs habitudes. Li plupart sont nus, sauf une ceinture qu'ils portent autour des reins ; quelques-uns portent en outre une espèce, de mante, qui rappelle beaucoup te poncho des habitants du Chili , et qui est faîte de deux bandes avec une ouverture laisséeau milieu poury passer la tête. Cette mante ressemble par sn coupe à une chasuble ; seulement elle est plus courte, car elle ne tombe pas même jusQu'aux genoux. D'autres portent un large chapeau pyramidal, fait de feuilles de pandanus, qui les garantit complètement des rayons du soleil.

Des colliers en coquilles, eu fleurs.

OCÉANIÉ.

OU faits delà coque ligneuse des cocos, des fleurs dans leurs cheveux et aux oreilles, tels sont les ornements qui complètent leur parure. Ils accueillent les navigateurs qui leur rendent visite avec satisfaction, et font éclater leur joie de se trouver au milieu d'eux. Ils prennent intérêt à tout ce qu^ils voient, et particulièrement à tout ce gui a rapport aux vaisseaux et à la navigation , et recueillent tous les renseignements possibles au sujet des bâtiments. Sans crainte, sans défiance, ils échangent sans fraude leurs marchandises contre des articles de manufacture européenne. Ce sont des cocos, du poisson, des coquilles, différentes parties de leur costume, des appareils pour la pèche, de Varrowroot, des poules, etc. Ce qu'ils préfèrent dans leurs échanges, c*est le fer, particulièrement les couteaux et les ciseaux, qui leur paraissent d'un prix înestimaDle : ils apprécient infiniment les aiguilles ; mais ce qui excite le plus leur admiration , c'est la hache. Ils reçoivent avec transport les objets de qumcaillerie, de petites perles en verre, des miroirs, des rubans, des mouchoirs. En général , ils donnent la préférence plutôt à tout ce qui peut leur être de quelque utilité réelle qu'aux objets de luxe. Ils trafiquent en véritables marchands; ils ne donnent rien gratis, mais ils ne refusent jamais . de livrer l'article qu'on choisit parmi les marchandises qu'ils of&ent , après en avoir reçu le prix convenu : ils les^ livrent même à l'avance, persuadés qu'on usera avec eux de la même confiance et de la même équité. Lors-

Îu'ils se trouvent à table avec des luropéens, ils observent la plus grande décence ; ils font 4e suite usage de couteaux, de fourchettes et de cuillers avec assez d'aisance, et assurent que la soupe et les autres plats qu'on leur présente sont de leur goût, en laissant échapper cette exclamation :

tnanmial {bon}.. Le sucre, te biscuit et le riz font leurs délices; mais l'eaude-vie et même le vin leur font horreur. Des bocaux d'un verre blanc et transparent comme l'eau qu'ils contien-

«?• livraison, (Ocbànie.) t. ii.

nent, excitent vivement leur admiration.Ilestimpossiblederencontrerplus de bonhomie que parmi ces insulaires.

Ignorant complètement l'usage ou la valeur de quantité de choses qui s'ofîhint à leur vue, leur premier mouvement est toujours d'y porter la main, et de s'en saisir pour les examiner de plus près.

On se figure aisément combien peu ils s'entendent à manier des sextants, des montres, etc.; mais ii suffit d'une seule observation pour les arrêter et pour être sûrs qu'ils ne les toucheront plus, et qu'ils feront en outre part aux absents de la défense qu'on leur a faite à cet égard. Une sorte d'intimité s'établit promptement entre eux et les étrangers. Ils ne s'opposent à aucun des désirs de ces derniers , se tiennent tranquillement assis quand on fait leurs portraits, dansent quand on paraît le désirer , et mettent tout en œuvre pour être agréables. Ils aiment beaucoup à converser avec les navigateurs , leur parlent de ce qui se passe dans les îles voisines, les entretiennent de leurs femmes et de leurs enfants,

Sromettent d'avance toutes les prouctions de leur île, pourvu qu'on veuille bien leur faire visite. On a déjà vu qu'ils aiment de préférence le biscuit et le sucre, surtout le dernier; c'est un plaisir de les voir en réserver une petite portion qu'ils metterd soigneusement dans leurs ceintures, qu'ils gardent dans la main, et se jeter a la nage avec ce trésor pour gagner leurs canots , afin de le porter promptement à leurs femmes et à leurs enfants. Malgré le vif désir qu'ils témoignent de posséder plusieurs des objets qui se présentent à leur vue, ils ne volent jamais. Ils se contentent de ce qu'on veut bien leur donner, et ils ne se formalisent nullement lorsqu'on leur refiise quelque article qu'ils demandent. Lorsqu ils sont sur un vaisseau , ils vont et viennent sur le tillac, dans l'entrepont et les cabines , sans contrainte et avec plaisir , et n'abusent jamais ni delà confiance qu'on leur témoigne, ni de la liberté qu'on accorde à leur curiosité. Ils observent la plus parfaite soumission envers leurs diefs;

ta

L^tlNIVEkS.

mais, du reste, il est impossible de remarquer une distinction de rang oarmi eux : fis semblent être tous de la même classe , et ne témoignent aucune déférence particulière à ceux

Î|ui sont pourtant regardés comme es princes, les seigneurs de ces îles.

Ils demandent avec instance qu'on leur rende visite , et qu'on séjourne quelque temps parmi eux , et ne cessent leurs demandes que quand ils ont obtenu la promesse de se rendre à leur invitation. Alors la gaieté la plus franche brille sur leurs traits.

Sans envie , i4s ne sont iamais jaloux de ce qu'on donne à d autres. Toujours gais , toujours contents, ils semblent avoir conservé l'innocence et la naïveté de la première enfance, et jamais on ne voit de querelle chez eux. La blancheur de la peau des Européens les étonne beauco\ip. A la vue de leur poitrine et de leurs bras découverts, ils restent émerveillés; ils accordent xine préférence marquée à notre teint, au point de concevoir même une sorte de dédain pour le leur. Pour donner des preuves de leur admiration à ce sujet, ils leur pressent étroitement la poitrine et les bras contre eux , approchent leur nez comme pour les sentir, et sont transportés d'allégresse à leur vue et à leur toucher. »

RELATIONS DB L'HOlfME ET OB LA FEBIHB.

Ces indigènes n'ont en général qu'une seule femme; cependant quelques individus en ont plusieurs. Sur ce sujet laissons parler le docteur Mertens : « Celui qui délire s'unir à une femme, commence sa déclaration en lui offrant des présents, qui sont sur-le-champ acceptés si la proposition est favorablement accueillie. Dès que la jeune fille a porté à son pèi*e les présents qu'elle vient de recevoir, le futur acquiert le droit de passer la nuit avec elle, auoique le mariage n'ait lieu que le lenaemain. Il ne faut pas se figurer que les noces chez ces peuples causent beaucoup d'embarras; au contraire, tout se passe sans apprêts, sans fête

quelconque; toute la cérémonie GOd« siste dans le consentement que la jeune fille donne à vivre avec celui qui Ta choisie pour compagne , et dans ses adieux à ses parents. Lorsqu'on ne se convient pas ou qu'on est ennuyé Fun de l'autre, on se sépare avec la même facilité avec laauelle l'union a été contractée. Quand on se marie pour la {)remière fois, on n'est pas tenu à payer e tribut; mais dès que Ton oontrjWe de nouveaux liens , on est obligé d'y satisfaire en donnant une certaine quantité de nattes ou de fruits aux insulaires. Lorsqu'une séparation a lieu entre deux époux, les enfants appartiennent au pcre, et la mère ne conserve aucun droit sur eux. Le mari, qui en tout tentps est rempli d'égards pour sa femme, redouble de soins et d'attentions durant sa grossesse. Dès que cet état se manifeste, elle interrompt ses travaux et reste presque toujours à la maison , enveloppée de nattes; pendant ce temps son mari se charge de la servir. II n'est plus permis aux hommes de manger avec elle; les jeunes garçons qui ne portent pas encore de ceinture le peuvent cependant; ceuK-d sont seuls chargés de lui ap^ porter les cocos qui lui sont nécessaires et dont il lui faut une grande quantité, parce aue toute boisson lui est défendue à rexception du lait de ces fruits : celui de plusieurs espèces de cocotiers et de jaquiers lui est néanmoins strictement interdit. Quand l'époque de l'accouchement approche, elle est entourée de femmes rassenoblées pour la soigner; dès que les douleurs commencent à se faire sentir, ces femmes se mettent à crier et à chanter pour que le mari n'entende pas les cris de son épouse durant le travail de l'enfancement. Ces femmes sont assez habiles dans l'art de l'accouchement; elles connaissent plusieurs procédés et possèdent plusieurs secrets pour faciliter la naissance de l'enfant. Chez ces peuples, on n'entend jamais parler ni de fausses couches, ni de la naissance d'aucun monstre; ils paraissent presque ignorer ces sortes (f accidents. Deux jours aprèi

OCÉANIË.

Paccondiement , la mère se baigne dans i'eaa douce, et ce n*est qu'au bout de cinq ou six mois qu'elle recommence ses travaux accoutumés. Les mères ne sèTreot pas leurs enfants à Pépoquc où nous avons coutume de le faire, maia beaucoup plus tard; il y en a qui les nourrissent jusqu'à l'âge de dix ans, de même que les peuples qui habitent le détroit de Behring. Il ne leur est pas permis^ pendant leur grossesse, de se peindre la Gpure de jaune ou d'oranee^ couleurs extrêmement de leur goût, et par lesquelles elles croient relever Téclat de leurs charmes; il leur est aussi défendu de se servir d*huile pour leurs cheveux. Les bains d'eau douce leur sont ordonnés, et il y a même des pièces d'eau douce désignées pour cet objet. Dans la plupart des îles, il est défendu aux hommes de s'y désaltérer, et même de s'en approcher.

Lorsqu'un mari injurie ou msulte sa femme, les amis de celle-ci l'emmènent de chez lui à l'instant même. Ces égards, cette indulgence qu'on témoi«

fne aux femmes , sont portés au plus aat degré ; car dans le cas où un mari surprendrait la sienne en adultère, la seule punition qu'il lui infligerait serait de lui refuser l'entrée de la maison pendant (|ttelques jours. Le séducteur ne i c^en tire pas aussi facilement : le mari I se jette sur lui en poussant des cris épouvantables, oui attirent toute la population de rile; il l'attaque alors avec un petit instrument muni de dents de requin, assez aiguës pour faire des éoorcnures qu'il conserve longtemps en punition de son crime. La fureur du mari, dans les premiers instants, est à son comble; il ne respire que la vengeance; la vie de l'adultère est même en danger s'il se trouve être plus faible que le nvari. Mais généralement la foule qui survient l'empêche de se porter à cet excès; die cherche à le calmer et parvient même h les réi condlîer. Le mari se contente ordi- I nai rement en pareille occasion de quelques nattes, après quoi celui auquel il voulait arradier la vie il n'y avait

S 'un instant, obtient son pardon, et it est oublié. Ces sortes de scènes

une fols passées n'altèrent en rien les relations amicales oui subsistaient avant l'événement. L usa^e qui rè^ne au groupe d'Ouléaî, et qui consiste en ce que le mari permet a un ami , s'il le trouve sous son toit, de le remplacer pour une nuit auprès de sa femme, est tout à fait inconnu dans les Iles occidentales. Les maris n'aiment pas que leurs femmes reçoivent des visites d'hommes, et cependant il est permis aux individus des deux sexes, tant qu'ils ne sont pas mariés, de passer des nuits entières ensemble à causer et à danser au clair de la lune, s

L'Anglais William Floyd assura à M.

Mertens que les parties nocturnes se passent presque toujpurs dans la plus parfaite innocence. On n'exige la (idélité

Î|ue des femmes qui ont à remplir les onctions et les devoirs de mères de famille. Quelques égards que ces insulaires observent envers les femmes, ils ont cependant établi certaines lois auxquelles elles doivent se conformer; par exemple, il leur est défendu de jamais ouvrir la bouche lorsqu'elles se trouvent dans les maisons ou les assemblées ont lieu, et qui servent de logement aux étrangers.

Ces maisons, dit Floyd , sont situées au bord de la mer ; quoique tous les habitants s'y réunissent pour leurs assemblées, elles n'appartiennent ni au gouvernement ni au roi, et sont la propriété de quelque insulaire qui croit prouver par là son patriotisme. Outre ces maisons , il y en a d'autres qui servent de domicile à tous les hommes non mariés; elles appartiennent également a des particuliers qui en font volontairement le sacrifice pour concourir au bien public.

Les liommes se lèvent de grand matin ; leur premier soin est de se rendre au rivage pour se laver, se baigner etse rincer là bouche.ll leur est défendu d'employer de l'eau douce à ces différents usages , et ils sont persuadés que quiconque le ferait, tenterait en vain de prendre du poisson , lorsqu'il irait a la pêche. Ces mêmes défenses s'étendent aux femmes, excepté dans les cas particuliers ci-dessus mentionnés» qui

exigent l'emploi de l'eatt douce. Les femmes doivent se baigner du côté opposé à celui où les hommes se rendent pour le même objet, ou à l'heure où ils ne s'y trouvent pas. Ce ne sont, selon William Floyd, que les enfants que la curiosité attire, et qui, n'allant pas encore à la pêche, ne sont pas retenus par la crainte de revenir sans provisions, qui osent se glisser dans le bois pour parvenir au bord de la mer, afin de contempler les femmes lorsqu'elles se baignent, se mettant peu en peine des préjugés et des conventions établies. La décence va même jusqu'à défendre aux femmes de se montrer sur le rivage aux heures où les hommes reviennent de la pèche, parce qu'alors , pour être plus h Taise, ils se dépouillent du peu de vêtements qui les couvrent. La pudeur , quoiqu'en dise Diderot, est dans la nature, puisqu'elle existe chez les sauvages.

PHRÉHOLOGIB CAROLINIENNE.

On sait que d'après la méthode phrénologique on ne peut pas expliquer le caractère national d'un peuple ou d'une horde par une seule tête; il en faut toujours un certain nombre pour s*assurer quels sont les organes développés à un certain degré. Les

f>hrénorogistes pourront donc étudier e caractère des Caroiins sur les quatre têtes suivantes (voy.p/. 112).

Dans la première tête de Carolin ,

f)erdue lors du naufrage de l'auteur, 'organe de la propagation se trouve extrêmement développé.

L'organe de rapports des couleurs y était développé comme chez les Chinois; l'organe de la mécanique paiement bien développé; l'organe de ta vanité et celui de la destructivité l'étaient infiniment.

Les facultés intellectuelles supérieures l'étaient peu, l'individu apnt le front peu élevé et fuyant en arrière ; l'opiniâtreté ou la fermeté extrêmement développée.

Les trois autres têtes, appartenant à des individus également morts, furent dessinées par un ofBcier d'un na-

vire baleinier américain qui nous fit cadeau de son dessin (voy. la même planche).

La tête deuxième a un front dur et arrondi : cette tête présente réeljement une femme douée d'un caractère excellent; elle a l'organe de l'amativité trèssaillant.

Les deux autres présentent un front très-déprimé, annonçant des penchanU animaiesques (si on me passe cette c.vpression), et très-peu d'intelligence.

XÀLÀDIES.

ÉRYSIPÈLES.

Voici les maladies communes aux Carolines :

Les érysipèles n'épargnent personne ici, pas même les nouveau-nés. Ceux des habitants qui n'éprouvent pas cette incommodité sont en très-petit nombre, et à tel point, que beaucoup d'entre eux ne la regardent pas comme une maladie. Il en résulte bientôt de nouveaux désordres qu'on doit justement redouter; car l'érysipèle se termine quelquefois par la gangrène et la mort, ou laisse a sa suite des infirmités.

Cette maladie, selon un savant et intrépide voyageur, M. le docteur Gaimard , revient presque toujours après qu'on en a étéatlecté une première lois. Elle est ordinairement symptomatique et dépend du mauvais état des premières voies: il peut arriver aussi qu'elle se maniteste après une suppression de transpiration. Elle attaque plus gêné-' ralement les jambes et le scrotum, i comme dans les fièvres, çastro-adynamiques d'un caractère insidieux*; la' tendance à la gangrène est très-çranJe | et fréquemment suivie de l'élephaittiasis, du sarcocèle et des hydropisies. 1 Lorsque l'érysipèle affecte les jambes, et ce cas est le plus fréquent, il se nia<j nifeste avec une douleur très-vive d/dj glandes inguinales, qui se propage ej suite le long de la partie interne du membre abdominal jusqu'au gros orteil ; le malade y «prouve une oontrao tion qu'on dirait produite par uni corde tendue.

OCÉAN I£

Pour l'érysipèle bénin, on n'emploie nul traitement. Dans Térysipèle plus intense, on a coutume de donner des Yomitié dans des infusions diaphorétiques.

L'érysipèle facial est plus rare que les deux espèces précédentes.

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