TRADITIONS RELIGIEUSES
D'après les traditions des indigènes, vingt générations s'étaient écoulées
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en 18t3, depuis qu'un diea, nommé Haïi , visita toutes les îles de l'archipèl , et y déposa des cochons et des oiseaux qui s y naturalisèrent. Il parut d'abord dans la baie de Hat^iotoua , située sur la cMe orientale où il lit de Teau. L'arbre sous lequel il se reposa durant son séjour, est regardé comme «géré parles Nouka-Hiviens, et a reçu d'eux le nom d'Haîi. Au reste» ils ne pourraient dires'il ét<u't venu sur un na- Tire ou dans un canot, ni combien de temps il séjourna parmi eux. îl est probàhlfequeceHaïi est un navigateur venu dunS ces parages, il y a à peu près quatre siècles. iWai^ comme aucun des vovages dés Européens dans cette partfe du grand Océan ne remonte aussi haut , ce Serait peine perdue que de vouloir en chercher le nom dans celui qtie lui donîient les naturels. Toutefois, il h'est
tut-étre pas imposéible de découvrir nation a lamielle il appartient. Leâ naturels appéil^^nt le porc bouarho ou plutôt pouarkùy nom qu'ils ont encore em|)runté au navigateur qui lé leur fit connaître. Si nous cherchons son corrélatif dans les langues européennes, nous le trouvons dans le mot espagnol porcOy dont la prononciation est peu différente de celle qu'ein-
f)loient lés indigènes. La conclusion à aquelle nous arrivons reçoit un nouveau degré de probabilité, si nous observons que les Espa^^nols sont les premiers navigateurs qui aient traversé ces itiers.
Les habitants de cet intéressant arcliipel ont conservé sur Torigine du cocotier ime tradition assez, semblable h la prctTdeiite. L'h dieu, nommé Taoy rapporta, de rîle.Outoupou à Nonka- Hiva. Ils supposent que celte île ainsi que plusieurs autres s'élèvent à Touést dé leur ai-chi'pel, et leur crovnnce à cet égard 'est tellement enracinée dans leur esprit qu'elle a donné lieu depoîs longtemps à de nombreuses expéditions. Le gjand-père de Gattaneoua, chef distingué, partit avec quatre grandes pirogues, abondamment pourvues d'eau et de toutes espèces de provisions, ainsi auede porcs, <te vohûlies et de jeunes plantes, pour
aller à la recherche de cette terre, n était accompagné de plusieurs familles, mais on n'a jamais su où il aborda.
Tama-Tipi, chef d'une tribu, appréhendant de se voir chassé de son district par d'autres tribus roisines, fit construire plusieurs grands canots doubles dans lesquels il devait quitter avec ses sujets la vallée dû il commandait, et se diriger vers des îléS qui leur promettaient plus de repos. Ma/s lu paix ayant été conclue, les èmbarcMions furent démontées et mises à l'abri sous un hangar construit à cet elTet, et prêtes à servir si l'occasion s'en pré* senttit.
Wilson assura à Porter qu'il était h sa connaissance que plus de huit cents hommes, femmes et enfants, avaient abandonné les rivages de Nouha-Hiva et des autres Iles de rarchi|)èl , se dirigeant vers d'autres terres. Voidi ce que les naturels apprirent à Porter à ce sujet : quatre canots partirent de I^ouka-Hiva et abordèrent aux îles Robert (Hidou et Fatnhou). situées vers le nord -ouest, et où les indigènes vont chercher annuell -ment les plumet et la queue de Toiseau du tropique, l'n seul canot y resta; les autres continuèrent leur voyageuse laissant aller ou soufTIed^ vents Deireuxqtii montnfent lecîmot, un homme et une femme seuls restèrent d;ms ces îles, dont tontes les ressources sont des cocotiers et quelques autres arbres. Ils s y construisirent une hutte. Quant aux'autr^s^ ils Se rembar uèrent pour Kouka-HîAa, niais on n'en entendit jamais poirier.
L'homme mourut au bout de quelque temps , et la femme s'en retourna dans sa patrie avec des indigènes qui visitèrent l'ile. Il paraît que les prêtres ne restent pas étrangers à ces mi^raM'ons si singulières et a cette recherche de terres'imaginaires. Quelquefois ils s'absentent pendant quelques jours, et au retour ils annoncent qu'une terre nouvelle,-abondant en fruits de l'arbre à pain, en cocotiers, en j»orcs, a été découverte; alors les indigènes les suivent, et dirigent leurs voiles vers le rivage tint désiré; mais malheureusement ces aventuriers , après s'être jet^
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si imprudeinnient sur Tabline, ne re- Toirat presque jamais leurdouce patrie.
ERLIGIOir,
Xja religion de Nouka-Hiva pnraft ressembler beaucx)up à celles de Taïti et d'Hawaï.
Les Nouka-Hivîens honorent les di- Tînilés du moraî (lieu de sépulture).
l\s oiA en outre des dieux pénates « Binsi qne de petites figurines de dieux, ordinairement faites d*os humains, et toujours pendues à leur cou. Les dieux vulgaires sont sculotés grossièrement sur les manches de leurs éventails, sur leurs édiasses,sur leurs bâtons, et plus particulièrement sur leurs casse- tête.
Mais ceux-ci sont traités sans aucun respect; on les vend, on les échange, on Icsdonneavec la même indifférence que tout autre objet; leurs plus précieuses rrliques, les crânes et les ossements même de ceux qu*ils ont immolés, ne sont pas robjetd*un respect pitis profond. Au reste, en fait de religion , ce sont encore de véritables enfiinti : les moraïs sont leurs lieux d'amusements, et les dieux leurs hodiet^. fëi vu , dit Porter, Gattmeoua (fin des chefs de riie) , ses fils et plusieurs autres Nonka-Hi viens, assis pendant des heures entières, frappant des mains en chantant devant (juplques |)etites idoles de liois, enfermes dans de petites maisons érigées |)our cette occasion et ornées de lambeaux d'étoffes.
(>$ iiftits édilires étaient construits comme d s enfants Tauraient pu faire, de di\ pieds de loni; et de dix-luiit |X>ure*-de h.-iutenr; il n\v en avait. pas moins de dix a douze reunisen groupe, ooimiie un |ietit village. De chaque côté se trouvaient plusieurs canots garnis de leurs rames , et renfermant des filets, des liarpons et autres ustensiles de pédie, le tout entouré d'une ligne pour annoncer que le lieu était
Ln prêtres, forts du respect qu'Inspire le tai)ou , jouissent d'une puissance fort grande. D'après Stewart, Quatre ordres distincts forment la classe 4es personnes que le tabou couvre de M Mystérieuse iBOuenoe, Le premier
est celui des atcuas^ le second cdai des latumas^ puis viennent lesfaAal^ nas et les ouhous.
Les mugissements de la tempête, te sifllement des vagues, le bruissement des feuilles, le bourdonnement des insectes , sont les signes par lesquels certains dieux manifestent leur présence. Ces dieux sont ceux qui constituent Tordre des atoua^^ d'autant plus nombreux, qu'il comprend tous le^ êtres surnaturels qu*a enfantés Tima*
Î;ination des insulaires, et que tous es chefs , à leur mort , vont en augmenter la nomenclature déjà fort étendue. Si un homme a^ dompté la fureur des éléments, s'il a par son courage étonné la multitude , alors la puissance de l'atoua lui est acquise sur la terre, et il devient en même temps l'objet d'une crainte respectueuse. Il vit retiré loin du monde, livré aux méditations aue lui impose le caractère de sainteté dtont il se trouve environné, et la terreur règne autour de sa demeure. Le nombre de ces dieux incarnés est au reste si minime que c'est tout au plus si chaque île en possède un.
En 1797, le missionnaire Crook eut l'occasion d'approcher de Pun de cesi êtres singuliers. « C'est un homme très-âgé , dît-il , qui y depuis sa jeunesse, habile, à Hann-Téitéiua, une grande case environnée d'une palissade, et où s'élève un autel. Airx poutres qui forment son habitation et aux branches (les arbres voisins |)endent des squelettes luun:u'ns tournés la tête en bas. On ne pénètre da..s cet autre q;ie pour être immolé; ce qui pnraft être assez conumm , car on lui offre plus de victimes qu'à tout autre dieu. Souvent il s'assied sur une plate-forme .élevée vis-«Vvis de sa case, et In exicje le sacrifice de deux ou trois victimes. Des offrandes nombreuses lui sont envoyées de toutes parts, afin de se le rendre propice dans les invocations qu'on lui adresse. Dans certaines occasions, quoique rarement, l'atoua transmet a ses enfants les prérogatives extraordinaires dont il est en possession. »
Le tahoua transmet au peuple les ordres des dieux ou atouas. Il connaît toutes les jongleries, toutes les inventions ingénieuses par lesquelles les prêtres de la Kaldée et de quelques autres contrées en imposaient aux esprits crédules. Au moyen d*un changement de voix acquis 'après quelque exercice, on le voit faire la demande et la réponse. Tantôt il disparaît, agite les broussailles, revient en courant comme un furieux, les membres agités de mouvements convulsils, roulant des yeux effroyables; puis il s*arrête tout à coup , dit que son dieu Ta enlevé par les 'toits et ramené par la porte , demande pour lui des victimes humaines , et annonce , au milieu de cette pantomime burlesque, la mort de ses ennemis. Les tahouasy beaucoup plus nombreux , et pour le moins aussi influents que les atouas, sont particulièrement destinés à leur succéder; à leur mort ils deviennent dieux, et des sacrifices humains sont Taccompagnement obligé de leur apothéose. Aussi, celte cérémonie est-elle toujours le si nal des hostilités lorsqu*on ne possède pas les victimes qui doivent y succomber. Les fçmnies peuvent devenir tahoua ; cependant les restrictions qu*on leur impose en limitent beaucoup le nombre.
Le noviciat est la route par laquelle on parvient au grade de tahoimay inférieur à celui de Tahoua. La marque distinctivedecet emploi est un chapeau de feuilles de cocotier dont les frondes sont attachées sous le menton avec une branche du même arbre, qui leur forme une sorte de collier. Les tahounas sont les desservants en chef des moraîs : ce sont eux qui célèbrent les sacrifices et funérailles , chantent les hymnes et font résonner le tam-tam du temple. Dans Texercice de ces fonctions, il est de toute rigueur qu'ils portent leur chapeau et leur collier.
Le quatrième titre que confère le tabou est celui de ouhou, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir tué un ennemi avec le casse-téte (ouhou) ; de la Torigine de leur qualification. Les ouhous sont les aides des tahouas; ils
n'exercent que les fonctions subaffernes des temples. Il est vrai qu'ils ont le droit d'assister aux festins des tahounas et même des tahouas, privilège qui ne peut appartenir dans aucun cas au reste des insulaires.
AVENTCRF DTNMISSIONlf A1RR.NOWMÉ ITO K0.\CTIO>j» D'AIJJTMKCR DES PEUX DQ ROI, AVEC I.A KKINE ET QCELQCKS AU- TRES FEMMES DE LA BAIE DE LA MADRE DE DIOS.
C'est vers la fin du XVirr sîèclc aue l'on essaya , pour la première fois, ae faire pénétrer dans ces ties les lumières du christianisme. Un capitaine, nommé ^Vilson, fut chargé de transporter les missionnaires qui devaient exercer leur ministère dans les divers archipels de la Polynésie. Il arriva en 1797 à la baie de Va Mculre de Dios, et descendit à terre, afin de s'entendre avec un chef. Là, il trouva Tenaî, petitfils et successeur du heiiou de Cook.
Ténaî lui UK^ntra les dispositions les plus bienveillantes , et s'engagea à prendre les missionnaires Sous sa protection. Oook, l'un d'eux, débarqua sur-le-champ; mais l'autre ne se décida qu'après plusieurs jours de réflexion. Ce pauvre homme, nommé Harris. avait peut-être un pressentiment des scènes dont il devait être l'objet. En effet, Ténaï. ayant été obligé de faire une excursion dans 1 intérieur, proposa à ses hôte^ de l'accompagner : Crook seul accéda à la proposition du chef; mais Harris, craignant de perdre de vue et la baie et le navire qui l'avait amené , préféra rester au logis. C'est alors qu'il fut obligé d'exercer les fonctions d'a//ameur des feux du rof, prérogatite singulière qui mérita l'attention de Knisenstern , et dont nous parlerons plus tard. Le chef croyait égayer ainsi la solitude où il le laissait par son absence; mais l'épouse de Ténaï avait , suivant l'usage, pris au sérieux cette cession qui avait déjà excité chez te inis.sionnaire un sentiment d'horreur, et ne se pavant pas des raisons de continence avec lesquelles il répondait à ses sollicitations pressantes, elle en yint à
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dooter de la nature de son sexe. Le pauvre missionnaire tombé, à la suite d^une surprise nocturne, entre les mains de la reine et de plusieurs feni* mes aussi curieuses qu'elle, devint Tobjet d^one vérincation qui mit Gn àleurinrertitude. Échappé à ce nouveau genre de tentation, le nouveau saint Antoine s'enfuit vers le rivage, cherchant, mais inutilement, le navire qui devùit remmener loin de ces rivages dignes de sa réprobation. Arrivé sur le bord de la mer avec la malle (fu'i renfermait ses effets, il ne put se faire entendre du navire, et fut bientôt entouré d'aune multitude de naturels aui lui enlevèrent son léger baga :e. Kperuu, craignant de se trouver bientôt à la merci de ces espèces de bacchantes , il |a«na les bois, où on le trouva quelques jours après dans un état déplorable.
i^ résultat funeste qui avait suivi le débarquement ne découragea nullement son entreprenant confrère. Cependant Tétat de bipn-étre et de tranquillité dans lequel il vivait, devait avoir aussi son terme. Il se vit bientôt obligé de quitter celte terre, malgré h protection d*un chef puissant dont il s'était fait un appui, et alla débarquer à ^ouka-Hiva, où sa mission n*eut pas plus de succès. Depuis lors, on ne piiraltpas avoir essayé de nouvelles tentatives en ce genre.