ILE TAITI
Taîti est une terre élevée qui s'abaisse de tous côtés vers la mer,- et dont lelittoral est seul habité et cultivé; un ruban de récifs, diminuant à certaines distances, et formant de petits Ilots, environne ses rivages, excepté dans certains endroits ou s'ouvrent de larges et profondes passes qui conduisent aux mouillages - intérieurs. . Cette -île s'allonge en deux péninsules inégales, qui ne se marient l'une a l'autre que par un isthme si bas, que les hautes marées le submergent: la plus grande, de forme ronde, est Taïti proprement dite; la seconde, de forme ovale, est désignée sous le nom de Taïtia-Rabou.
Leur ensemble s'étend du nord-ouest au sud-&st, sur une longueur de 40 milles, et sur une largeur qui varie de 6 à 21 milles, par 17»38'au IT^'âe' de latitude sud, et 151» 24' au 162o 1' longitude ouest. Lors de son passage , Cook ne compta dans Taïti que 100,000 âmes, tandis que Forster évalua la population à 145,000. Ce nombre a diminué depuis d'une manière effrayante; en 1828, Taïti, si l'on en croit' le recensement qui en fut fait par les missionnaires, ne comptait plus que 7000 indigènes. . '
ILE EIMÉO.
Eimeo. trouvée, en 1606, parQuiros , semble perdue au milieu des divers uoms sous lesquels elle fut dé-
LUWtVERS.
crîte par les missionnaires et les navigateurs. Les missionnaires rappellent Mouréa; Wailis« qui la retrouva en 1767, la nonuna lorA; Bougain- THie la reconnut en 1768; puis Cook, qui la visita en 1769, en 1774 et en 1777, lui restitua son nom; enlin Bonecbea, qui la vit en 1774, lui donna celui de Santa- Domingo. Elle est environnée de rétifs qui offrent çà et là d'excellents mouillages, et s*étend sur une circonférence d'environ vingt-cina milles. Le port de Talou eai situe par 17*28' latitude, et 162° 13' de longitude ouest. On a évalué sa population à 1800 habitants.
ILB tatooa-koa.
TàUma^Roa diange de nom ainsi fpk'EiméOj selon les cartes des mêmes voyageurs, oui virent aussi cette Ile.
Il est probable que c*est TaUma-Roa que Quiros découvrit en 1606, et nomma la FuaUiva. Elle fut retrouvée par Bougain ville en 1768 , qui lui appliqua par erreur la dénomination d'Oumol- Ha ; reconnue , en 1769, par Cook , qui rappelle RethuroOf et enfin revue, en 1774, par Bonecbea, qui la nomma Tteê Hermanos, Tatoua-Roa se comoose de deux à trois flots bas et boisés, tbmiant une étendue de trois milles de l'est à Touest, dont le milieu se trouve par 17* 4' latitude sud, et par 151* 5' de longitude ouest, à neuflieues de Taîti. On n'y compte guère que quelques familles.
TABOU.ÉUANon.
Tabou-Êmanou est une terre assez élevée environnée de brisants ; elle est située, quanta son centre, par 17» W de latitude sud , et 152* 48* de longitude ouest; die a près de quatre milles de drconférence, et est occupée par deux cents liabitants environ. Wallis la découvrit en 1767, et la nomma Saunders; Cook la revit en 1769; Bonecbea en 1774: celui-d l'appela Pelada. Les missionnaires lui donnent le nom de Maiao-iU,
WAHnnt
fFcMne a la forme élevée de To-
bou-Émanou; t?est mie terre irldi8«t fertile, environnée de brisants, qui forment autour d'elle un cerde ovale, sar une étendue de vingt-cinq milles environ. Elle compte aujourd'hui 1800 habitants. Le port de Ware gît par 16'' 41' latitude sud, et 153*28 long, ouest. Cook découvrit cette lie en 1769, et la revit en 1774 et en 1777; il l'appela Huaheine, Bonecbea, qui i'aperçut en 1774 , lui donna Je nom de£fer^ tnosa.
AAIATEA KT TAHAA.
Raîaféa et Tahaa^ dontCoolL altéra le nom en ceux û'fJUéiéa et Otaha^ sont deux îles élevées ^ui forment un groupe par le lien de récifs communs, parsemé de petits îlots boisés, qui les environne sur une étendue de vingtquatre milles du nord au sud, avec une largeur de cinq à douze milles , par 16* 31' au 16'> S6 de latitude sud et 153* 40^ au 153* 56' longitude ouest Ce groupe fut découvert, en 1769, par Cook, qui le revit en 1774 et 1777.
L'espagnol Bonecbea désigne RaUtiéa sous le nom de Princesa; cette fie ne compte actuellement que 1700 habitants. Tahaa, moins peuplée encore, n'en compte que 1000.
BOEA-BORA.
Bara-Bora possède un mouillage, situé par 16« 30' latitude sud et 154* 6' longitude ouest ; c'est une île haute, et, comme toutes ses sœurs, environnée de récifs : elle est flanquée d'îlots, comme ceux de Toubouai, Tenaki- Roa et Piti-Aou. Elle n'a que 800 ha<< bitants. Ce fut Cook qui en fut le dé couvreur en 1769; il comprit mai son nom, qu'il a écrit Bola-Bda, sans doute comme il crut l'entendre pro* noncer par les indigènes. L'indispensable parrain en deuxième baptême fionecnea, la nomma San- Pedro en
TÔUBAI OIT MOTOt-m.
Totibaï on Motou^OH est un groupe fbmié de deux petites îles basises el boisées, d'une étenduedeprès dequatie
OCÉAKIE.
milles , et environnées par un brisant onique, dont le milieu est placé par IG* 17' latitude sud , et 154° 9' de loneitude ouest. Toubaï n*est içuère habitée que par quelques familles. Elle fut découverte , en 1 769, par Cook , qui Ta désignée sous le uom de Tubia*
MàCPm 0(7 MAU.ROTIA.
MattfOH ou MaU'Rouay oui, ainsi qae ks autres Iles de Tarcbipel de Talti , renferme des roches basaltiques d*origtne récente, se distingue de ces îles par les masses d*une belle variété de dolérite qu*on trouve dans son terrain Cette tle élevée, bien boisée, compte cinq à six cents habitants. Une cemture formée d*un seul brisant Fenvironne sur dix-huit milles de circuit; ce brisant est, par son centre, situé par 16» 2r de latitude sud et 154» 34 de longitude ouest; il est entièrement
vompA.
La plus importante, VWe Moh\ est un groupe de petits tlots basrrt boisés, élevés sur un récif à fleur d*eau de quatre lieues environ de circuit, et situé par 16* 43' latitude sud, et 156« 84' longitude ouest; elle parait inhabitée. Ce fut Wallis qui la découvrit en 1767; il la nomma lie Howe. Cook, ainsi que Wallis, ne fit qu'en appro« cher en 1774. Ni Fun ui Tautre n'y remarquèrent d'habitants. D'un autre coté , les insulaires de Raîatéa dirent à Cook que les naturels des îles de Taîti allaient à Mohipa à la pèche de la tortue, et qu'elle, n'avait point d'habitants.
SCILLT.
La seconde s'appelle Seilly; la découverte en fiit faite également par "Wallis en 1767; il Ta décrite comme un groupe peu étendu d'tlots bas et emprisonné, d'un côté, par le bord de flanqués de brisants, dont le milieu nie autour de laquelle il serpente, et gtt par 16» 30' latitude sud, et 157» de l'autre, par les deux tlots bas et 66' longitude ouest. Sa description
boisés A wera et toua-Nae. Maupiti fut découverte, en 1769, par l'illustre Cook; l'espagnol Domingo Bonechea, qui la rit après lui , en 1774 , la baptisa pieusement, selon l'ancienne coutume de sa nation, d'un nom cher à l'Église, du nom de San-AntofiUo.
MAJTU.
MaiUa a environ cinq à six milles de circuit. Sa hauteur est de 1250 pieds au-dessus de l'Océan. Cette île , d'ori-
Î^ine volcanique, est située par 17^53' atitude sud,et 150« 25' longitude ouest. Elle est ^iblement peuplée et pourrait dépendre de Taîti. Le premier qui la vit fut Quiros, en 1606. Il la nomma Dezena. Wallis la visita en 1767, et l'appela Brabruch. Quelques mois après, Bougain ville la nomma le Boudoir ^ et, en 1772, Bonechea lui donna le nom de San-ChristovaL Tous les navigateurs qui arrivent à Taîti par le
nous parait devoir être la plus exacte de toutes celles qui ont été faites depuis.
ILE BELUNOBAUSEN.
L'île Bellinghausen est la troisième.
Elle n'est connue que depuis le voyage de Kotzebùe en 1824. C est également un groupe d'îlots bas, boises et liés par une chaîne de brisants , et dépourvus d'habitants. L'Ile Bellinghausen s'étend sur une longueur de trois milles du nord au sud , et sur une largeur de deux milles et demi ; le centre se trouve par 15» 48' de latitude sud, et 1Ô4«82' de longitude ouest.
CUMAT ET P0P17LAT!01I DB TAHI.
Nous avons déjà dit que les beaux climats du tropique sont la patrie naturelle de l'homme. En effet, si on en excepte les hautes montagnes des grandes lies qui sont sans habitants, et dont l'intérieur , encore agreste, est tel qu'il
côté de Test, aperçoivent et relèvent sortit des mains de la nature, on ne
Vile Maîtia. voit nulle part de champs plus fertiles
A l'ouest des fies Taîti se trouvent et souvent mieux cultivés qu'aux îles
encore trois Iles qui pourraient être Haouaî, Taîti, Tonga et autres. Le
réunies à ce groupe. terrain est couvert de cocotiers et
d*arbres à pain; on aperçoit partout des plantations de bananiers, de jeunes mâriers qui servent à la fabrique des étofifes, et d'autres plantes utiles,^ telles que les ignames, arum esculentunif les cannes à sucre; etc., etc. A l'ombre des charmants bocages de Taïti, Forster avait vu une multitude de maisons qui paraissaient n'être que des hangars, mais qui suffisaient pour mettre les naturels à Tabri de la pluie, de rhumidité et de l'inclémence de * l'air : aujourd'hui les missionnaires et les chefs y ont des maisons à demi>européennes. Les maisons sont remplies d'habitants , et lés plus jgrandes contiennent plusieurs taitiilles, dit-il; et de quelque côté que nous portassions nos pas, nous trouvions les chemins bordes d'insulaires, sans- cependant qu'aucune des habitations fût déserte , et quoique nous eussions laissé d*ail- 'leurs une foule nombreuse sur les rivages vis-à-vis du vaisseau. La population . est extraordinaire dans cette métropole des Iles du tropique, et tout concourt à l'augmenter.
Le climat est doux et tempéré, et les brises de terre et de mer, en modérant l'action trop vive du soleil, excitent le développement des végétaux : cette heureuse combinaison est en quelque manière aussi favorable à l'organisation humaine; à Taïti principalement, il y a unetelleabonoance d'excellents fruits qui y croissent sans culture , que personne n'est embarrassé * de pourvoir a sa subsistance. Les insulaires ont d'ailleurs Tutile ressource de pouvoir prendre, jour et nuit, le long des récifs, une grande quantité de trèsgros poissons, de coquillages, d'oursins ou châtaignes de mer, dWevisses,et plusieurs espèces de mollusques.Ils vont souvent sur les îles basses , situées à quelques lieues au large, pour en rapporter des cavallas (sorte de petits poissons), des tortues et des oiseaux aquatiques. Autour de chaque maison ' ou cabane, on voit un chien, des coqs et des poules, souvent deux ou trois cochons. L'écorce du mûrier. à papier/ l'arbre à pain, et d'autres, fournissent la matière d'une éto£fe légère et chaude,
dont on fabrique différentes qualités, que l'on teint de diverses couleurs , et dont on fait des vêtements.
Lors de la seconde relâche du capitaine Cook à Taïti , au mois d'avril 1774, les habitants faisaient des préparatifs pour une grande expédition navale contre Moréa, canton de l'île Ëîméo. « Nous aperçûmes, dit Forster, une flotte de piro£;ues de guerre et beaucoup de petits bâtiments; nous vîmes lés naturels préparer d'autres pirogues de guerre en quelques endroits : les rameurs et les guerriers s*exerçaient, et l'armement de deux cantons passait déjà en revue devant la maison du principal chef à 0-Parri. Le canton d'Atahourou est uii des plus grands, et celui de Tittahah tin des plus petits. Le premier avait équipé cent cinquanteneuf pirogues de guerre, et environ soixante-dix petits oâtiments destinés aux chefs , aux malades et aux blessés, et probablement aussi au transport des provisions.' Le second district envoyait quarante-quati*e pirogues de guerre, et vingt ou trente petites. Cette partie de Taïti, qu'on appelle* r'OfrreoTiou, et qui est la plus grande et la plus occidentale des deux péninsules , contient vingt-quatre cantons. Tiérrebou, la plus petite péninsule, oii l'orientale, en a dix-neuf : supposé que cliaque district de T'Obreonon peut armer une quantité de pirogues de guerre moyenne entre la plus grande et la plus petite de celles dont on vient de parler, cette quantité serait de cent.
Pour faire un calcul plus modéré, supposons que chaque canton peut seulement envoyer cinquante . pirogues de guerre et vingt-cinq petits navires de atnvoi , le nombre des pirogues de guerre de TObréonou sera de douze cents , et celui des petits bâtiments de six cents. Nous comptâmes cinquante hommes dans les grandes pirogues de guerre, en y comprenant les guerriers, les rameurs et ceux qui gouvernent, et en>iron trente sur les plus petites; quelques-unes des pirogues de guerre exigeaient, à la vérité, cent quaraute-quatre pagayeurs ou rameurs, huit hommes pour gouverner, un pour
commander les pagayeurs, et environ trente guerriers pour la plate-forme ; mais comme il y a seulement un ou deux bâtiments de cette grandeur à chaque lie y ce n*est pas la peine de changer notre supposition - en mettant vingt hommes sur chaque pirogue de guerre ; or, le nombre de ceux qu'il faut pour défendre et manoeuvrer douze cents iiâtiments sera de vingt-quatre mille :
chacun. des petits navires de convoi contenait environ cinq hommes; par conséquent les, équipages de toutes les petites pirogues des vingt^quatre cantons (en comptant vinst^inq bâtiments par chaque canton), torment un nombre de trois mille , qui, ajoutés au complètement des pirogues de guerre, donnent vingt-sept mille. Supposons d'ailleurs que chacun de ces nommes est marié, et q^u'il a un enfant, le nombre total des msulaires sera donc de quatre-vingt-un mille. On conviendra que le calcul est porté aussi bas quMl est possible, et que le nombre des habitants de TQbréonou est au moins double. £n. effet, tous les insulaires ne sont pas guerriers, tous ne travaillent pas à la manœuvre des pirogues; plusieurs vieillards restent d'ailleurs dans les habitations , et ce n'est sûrement pas assez de donner un enfant à chaoue époux ; ils en ont ordinairement beaucoup plus J*en ai vu six à huit dans plus d'une famille :
Bappaî, père d'O-tou , roi actuel de TObréonou , en avait huit , dont sept vivaient quand nous relâchâmes à Taîti; plusieurs autres familles avaient de trois à cinq enfants.
«On se demande d'abord comment une si prodigieuse, quantité d'hommes rassfémoléssur un si petit espace peut trouver assez de -, subsistance. INous savons. d^à combien ces terres sont fertiles : trois gros arbres à. pain suffisent pour > nourrir un homme pen-; dant la saison. du fruit à pain , c'est-àdire pendant huit mois. Les plus gros de ces arbires occupent, avec leurs branches, un espace de. quarante pieds de diamètre; par conséquent chaque arbre occupe seize cents pieds carres ; 0U9 s'il est rond 9 douze cent quatre-
OCÉANIE. 297
vingt-six pieds deux tiers : un acre d'Angleterre contient quarante- trois mille cinq cent soixante pieds carrés.
Il s'ensuit que plus de sept ^ros arbres à pain et trenten^inq des momdres trouveront place sur un acre ; leurs Iruits nourrissent dix personnes durant huit mois dans le premier cas, et douze dans le second ; durant les quatre mois d'hiver, les naturels vivent de racines d'ignames , d'eddoës {anan) et de bananes, dont ils ont des plantations immenses dans les vallées des montagnes inhabitées ; ils font aussi une espèce de pâte aigre de fruit à pain fermenté, qui se garde plusieurs mois, et qui est saine et agréable pour ceux qui se sont une fois accoutumés à son goût acide.
Comparons cette fertilité à la plus graude qu'on oonnaisse : ea France , une lieue carrée, qui contient environ quatre mille huit cent soixante-sept arpents , ne peut nourrir que treize cent quatre-vingt-dix personnes dans les pays de labourage, et deux mille six cent quatre dans les pays de vignoble; dans les premiers, un homme a besoin pour vivre de trois arpents et demi : et dans les derniers, il faut près de deux arpents pour la subsistance d'un individu : à Taïti et auxtiës de la Société, dix ou douze personnes vivent huit mois sur un espace de terre égal à un acre d'Angleterre, c'est-à-dire, sur quarante-trois mille cinq cent soixante pieds carrés, au lieu que l'arpent, qui est de cinquante-un mille cinq cent cinquante pieds carrés ( mesure d'Angleterre), ne nourrit qu'un homme pendant six mois en France.
D'après ce calcul , en prenant de part et d'autre les terrains les mieux cultivés, la population de Taîti est à celle de France à peu près comme dix-sept est à un; de plus, supposons gue sur toute l'ile de Taîti quarante milles anglais seulement soient plantés d'arbres a pain, cette supposition n'est pas trop forte, chaque mille étant composé de six cent quarante acres, quarante mHles font vingt-cinq mille six cents acres; or, dix à douze hommes vivent huit mois sur un acre; par conséquent, trente ou trente-six hommes subsistent
LUNIVERS.
le même espace de temps sur trois acres, et vingt ou vingt^atre trouveront leur subsistance pendant une année entière sur trois acres, et sur toute rétendue de vingt-cinq mille six cents acres, cent soixante-dix mille six cent soixante personnes, suivant la première supposition, ou deux cent trente-quatre mille huit cents, suivant la seconde, peuvent y vivre annuellement; mais on a vu plus haut cme le premier calcul ne suppose à Taïti que cent quarante-quatre mille cent vingt-cinq habitants, ce qui est près de vingt-six mille cinq cent trente-cinq de moins que la terre ne peut en nourrir dans le premier cas, ou soixante mille six cent soixante-quinze dans le second.
«Enfin, dit Forster, en terminant ses belles et importantes observations, J'ajouterai deux remarques à cet état de la population des îles du grand Océan. 1® Je ne prétends pas que mes évaluations soient parfaitement exactes; ce ne sont aue des conjectures qui approchent de fa vérité, autant que l'ont permis les données gue nous avons eu occasion de recueillir; elles sont plutôt fautives en moins qu'en plus; T la population des pays augmente à proportion de la civilisation et de la culture : ce n'est pas que la civilisation et la culture soient véritablement des causes d'une plus grande population lie crois plutôt qu'elles en sont les enets. Dès que le noml^re d'hommes, dans un espace borné, augmente à un tel degré qu'ils sont obliges de cultiver des plantes pour leur nourriture, et que les productions spontanées ne sufQsent plus, ils imaginent des moyens de faire ce travail d'une manière facile et commode; ils sont contraints d'acheter d'^utrui des graines et des racines, et de stipuler entre eux de ne pas détruire leurs plantations, de se défendre mutuellement contre les invasions, et de s'aider les uns les autres. Tel est Teffet des sociétés civiles; elles produisent plus tôt ou plus tard les distinctions de rang et les différents degrés de puissance, de crédit, de richesse, qui se remarquent parmi les hommes; elles
produisent même soureiit une difiGSrence essentielle dans la couleur, le tempérament et le caractère de l'esi^ce humaine. »
Nous ajouterons à ce que dît Forster que la population est nombreuse dans un pays ou les femmes sont nubiles à neuf ou dix ans, et où elles font des enfants pendant l'espace de vingt années. La pensée se porte naturellement sur l'heureuse simplicité dans laquelle les Tàitiens passent leur vie ; car ce manaue d'inquiétude qui est le propre de la vie sauvage , doit être une des causes de la plus grande population.
HISTOIRE HATimitLB.
Le délabrement di!k l'on voit lesommet des montagnes de Taïti semble avoir été causé par des tremblements de terre; les laves qui composent la plupart des rochers, et dont les insulaires font plusieurs outils, prouvent qu'il y a eu autrefois un volcan sur cette île.
Le riche sol des plaines, qui est un terreau végétal, mêlé de débris de volcans et de sable de fer noir <]u'od trouve souvent au pied des collines, confirme cette assertion. Les vallées extérieures des collines, qui sontqod* ^uefois extrêmement stériles, contiepnent beaucoup de glaises jaunâtres mêlées avec de la terre ferrugineuse ; mais les autres sont couvertes de terreau et boisées commes les plus hautes montagnes : on y rencontre des morceaux de quartz. Les voyageurs n'ont cependant rien vu qui indiquât des minéraux précieux, ou des métaux d'aucune espèce, excepté le fer, otri même est en petite quantité dans les terres qu'on y ramasse. L'intérieur des montagnes cache peut-être des mines de fer assez riches pour être fondues. Quant aux morceaux de fer au'un vovageur a dit être une produo* tion de Taïti, il est permis de révoquer ce fait en doute, puisque le saU pêtre natif n'a jamais été trouré en masse solide.
Dans la délicieuse vallée deMatataî, tout annonce l'abondance et le bon»
OCÉÀNIE.
beat ; on ne {latse jamais devant une butte, où Ton Toit des troupeaui de cochons errer autour de chaque cabane^ sans que les habitants n*iovitent le voyageur à j entrer et à se rafraldiir ; on ne peut se défendre de leur invitation Y et ne pas être touché de .leur cinlité naïve. En avançant envifon à un mille de Touaprou, la colline sur la cote orientale de Taïti offre une coupe perpendiculaire d'environ cinquante pieds de hauteur, dont le dessus, formant une inclinaison , est revêtu d'arbrisseaux jusqu'à une élévation considérable. Une belle cascade tombe perpétuellement de cette partie festonnée dans la rivière, et anime la scène, qui est triste et sauvage, mais fort pittoresque. En avançant davantage, on observe que plusieurs angles de ce rocher perpendiculaire se projettent en saillies; et lorsqu'on a marché dans Teau pour arriver au pied , on le trouve com|)osé de colonnes réelles d'un basalte noir et compct, dont les naturels font des outils. Ces colonnes sont debout, parallèles et jointes l'un» à l'autre; leur diamètre ne semble pas excéder quinze à seize pouces; on n'y remarque
S*un ou deux angles qui soient sailits.
Les Taîtiens tirent deleurs forêts une grande partie de plantains sauvages nommés vahi, et une herbe parfumée [é-akoi) avec laquelle ils donnent à.
lear huile de noix de cocos une odeur agréable.
On trouve dans une des premières vallées d*Oparre un arbre superbe oq'uo voyageur a nommé baringtonia.
il a une grande abondance de fleurs plus larges que des lis, et parfaitement blanches, excepté la pointe de leurs nombreux filets, qui est d'un cramoisi brillant. Les naturels, qui donnent à l'arbre le nom d'addou^ assurent que si on brise le fruit, oui est one grosse noix, et qu'après l'avoir mêléavecdes poissons a coquilles, on le répande sur la nier. Il enchante et enivre les poissons pendant quelque temps, de manière qu'ils viennent à la surface de l'eau, et qu'ils se laissent prendre à
la main. Il est à remarquer que diverses plantes maritimes des climats du tropique ont cette singulière propriété.
Les palmiers de ce pays s'élèvent audessus des autres arbres; les bananiers déploient leurs larges feuillages, et d'autres arbres, couverts d'un vert sombre, portent des pommes d'or, qui,
Fâr le jus et la saveur, ressemblent à ananas. Les espaces intermédiaires sont remplis de petits mûriers dont les insulaires emploient l'écorce à fabriquer des étoffes, de différentes espèces d'arum ou d'eddoés, d'ignames, de cannes à sucre ( to ) , etc. Il y a dans l'Ile une quantité de cannes, que les naturels se contentent quelquefois de mâcher au lieu d'en taire du sucre. Les cabanes, placées à l'ombre des arbres fruitiers, sont assez éloignées les unes des autres, et entourées d'arbrisseaux odorants, tels que le gardénia, la guettarda et le cahphyUum, Les longues feuilles du pandançy ou palmier, servent de couvertures ces habitations, soutenues par des colonnes d'arbre à pain. Comme un simple toit suffit pour mettre les habitants à l'abri des pluies et des rosées de la nuit , et que lie climat de cette fie est peut-être un des plus délicieux de la terre, les maisons ordinaires sont ouvertes dans les côtés; quelques-unes cependant, destinées aux opérations secrètes, sont entièrement fermées avec des bambous réunis par des pièces transversales de bois, de manière à donner l'idée d'une vaste cage; celleslà ont communément un trou par oi^ l'on entre; ce trou est fermé par une planche. Malgré le changement de mœurs opéré par les missionnaires, on observe encore quelquefois devant les cases de l'intérieur de Taïti, des groupes d'habitants , couchés ou assis comme les Orientaux , c'est-à-dire accroupis sur un gazon ou sur une herbe sèche , et passant ainsi des moments fortunés dans la conversation ou dans le repos. Lorsque des étrangers viennent à eux, les uns se lèvent et se joignent à la foule qui ne manaue pas de suivre; mais ceux d'un âge mûr restent dans la même attitude,
et se contentent de s'écrier : Tayo , tayo {Àmiy ami) : c'est leur exclamation habituelle quand ils veulent saluer quelqu'un.
On découvre encore du sandal blanc et noir sur les montagnes, qui offrent,' selon leur élévation, des plantes assez rares. M. d'Urvilley a trouvé un grand nombre de fougères. Les Européens y ont naturalisé une grande quantité de plantes potagères.
L'ARBIUS A PAIN.
L'arbre le plus utile de Taïti est assurément le jaquier à feuilles découj^ées, le véritable arbre à pain {artocarpus). Ce végétal précieux a été l'objet de plusieurs expéditions destinées uniquement à faire facquisition de quelques pieds de cet arbre pour en doter les colonies anglaises de l'ancien * et du nouveau monde. Si les premiers explorateurs avaient eu le soin de mettre quelques boutures dans des ots, de les transporter à bord de eurs vaisseaux, et de ne pas leur épargner les arrosenients , ils auraient hâté de plusieurs années des jouissances que Ton n'a pu se procurer que beaucoup plus tard , et à grande frais. Bougainvilie edt pu le porter aux. colonies françaises, et plus tard Cook aurait épargné à l'Angleterre l'expédition malheureuse du capitaine Biigh.
C'est, je crois, Pérou qui l'a naturalisé aux îles de France et de Bourbon.
Cet arbre (*) s'élève à ime quaran tai ne de pieds, sur un tronc droit, de la grosseur du corps d'un homme; la cime est ample, arrondie, couvrant de son ombre un espace d'environ trente pieds de diamètre. Le bois est jaunâtre, mou et léjîer; les feuilles sont grandes, profondément incisées de chaque côté en sept ou neuf lobes.
Les fleurs mâles ^t femelles viennent sur le même rameau. Les fruits sont
(*) La description de Xartocarpus est due eu partie & Forsier et à un des principaux' rédacteurs d*un de nos magasins littéraires le plus en vogue : les autres observations nous appartiennent.
le
globuleux, plus gros que les deux poings, raboteux à l'extérieur ; leurs rugosités présentent une disposition assez régulière en hexagones ou ea pentagones mêlés de triangles. Sous la peaa, qui est épaisse, on trouve une pulpe qui, à une certaine époque avant la maturité, est blanche, farineuse et peu fibreuse; la maturité change sa couleur et sa consistance : elle devient jauniltre, succulente ou gélatineuse. Quelques'uns de ces fruits wntsîiùs noyaux ; les arbres de l'tle de Taîti n'en portent point d'autres; mais dans les autres îles de rOcéanie , on trouve des variétés plus agrestes qui contiennent encore oes noyaux anguleux. presque aussi gros que des châtaignes. L'arbre à pain donne ses fruits pendant huit mois consécutifs. > Pour les mapger frais,' on choisit le degré de maturité où la pulpe est farineuse, état que l'on reconnaît par la couleur de Técorce.
La préparation qu*on leur donne consiste à les couper en tranclies épaisses que l'on fait cuire sur un feu de charbons : on peut aussi les mettre dans un four bien chaud, et les y laisser jusqu'à ce que l'écorce commenceà noircir.
De quelque manière qu'on les ait fait cuire , on ratisse la partie charbonnée, et le dedans est blanc, tendre comme de la mie de pain frais, d'une saveur peu différente de celle de l'artichaut.
Pour faire usage de cet aliment pendant toute l'année, les .insulaires de rOcéanie profitent du temps où les fruits sont plus abondants qu'il ne faut pour la consommation journalière , et lis préparent avec l'excédant une j>âte fermentée , et qui peut être conservée longtemps sans qu'elle se corrompe.
Lorsque les arbres cessent de produire du fruit, on se contente de cette ^idte
Sue l'on -fait cuire au four, et qui onne une sorte de pain dont la saveur acide n'est pas désagréable.
Une expédition anglaise alla chercher l'arbre à pain à Taîti , pour le distribuer dans les colonies de la Grande- Bretagne, entre les tropiques. Les relations de tous les voyageurs , surtout celle du capitaine Cook , avaient donné la plus haute opinion des avantages
que procurait la culture de Tarbre à pain. Les colons anglais supplièrent le gouvernement de feur procurer cet arbre merveîHeux, et leur demande fût accueiNie. Un excellent navire de deux cent cinquante tonneaux f|it destiné pour Taiti, sous le commandement de M. Bligh, alors simple lieutenant, et qui parvint ensuite jusqu'au grade d'amiral. Il avait accompagné Cook dans ses voyages, et doiiné en plusieurs occasions des ; preuves de grands talents et d'une bVavoure à toute épreuve. L'expédition partit en 1787, et après. dU, mois de navigation elle était à Tafti. Les. insulaires l'accueillirent avec empressement; plus de mille pieds d'arbres à pain furent mis dans des pots et des caisses, et embarqués avec une provision d'eau suffisante pour les arroser: Les travaux que ces approvisionnements exigeaient durèrent cinq mois; en sorte que l'expédition ne rut prête pour le retour qu'au commencement de 1789. Jusque-là tout l'avait favorisée; mais après le départ, la trahison et la vengeance d'une partie de l'équipage en Gt perdre tout le fruit. Un complot formé par la majeure partie de Téqui^ge , et enseveli jusqu'alors dans le plus profond secret, éclata après vingt-deux jours de navigation : le commandant, dont les révoltés connaissaient la bravoure, fut saisi nendant qu'il dormait et mis dans une cnaloupe.
Kous avons dit plus haut que les révoltés, après avoir embarqué dans une chaloupe le commandant Bligh; avec dix-huit hommes qui lui étaient restés fidèles, leur laissèrent quel(|ues instruments pour guider leur navigation , des vivres et de l'eau pour quelques jours; un peu de vin et dfe rhum , et lés abandonnèrent à leur destinée, emmenant le vaisseau; qui fut bientôt hors de vue. Voilà donc les dix-neuf délaissés dans une embârcatfon non pontée, au milieu de l'Océan, à une distance prodigieuse de toute terre connue! Ils ne perdirent pas couraee, et Bligh leur donnait Texemple d une inébranlable fermeté, dirigeant la chaloupe, continuant ses ol»ervations, écrivant des
océanie/ soi
notes. Après des fatigues et des souffrances extrêmes , auxquelles un seul de ces infortunés succomba, ils arrivèrent à Koupang, dans l'île de Timor :
ils avaient fait dans leur chaloupe une navigation de plusdedouze cents lieues.
Le gouverneur hollandais les reçut avec l'intérêt que leurs aventures et 'leur situation excitaient à tant de titres, et bientôt douze d'entre eux ftirent en état de se rendre en Europe. Le commandant Bligh obtint en Angleterre la justice qu'il méritait; loin qu'on lui miputât le mauvais succès de l'expédition, il fut promu au grade de capitaine de vaisseau, et chargé du commandement d'une seconde exuédition, {)lus considérable que la première, poui e même objet. Celle-ci ne fut troublée par aucun événement fdcheux : la traversée jusqu'à Taïti ne fut que de huit mois. Au bout de trois mois, plus de douze cents pieds d'arbres à pain étaient abord, et, après deux ans d'absence, les deux vaisseaux de l'expédition arrivèrent en Angleterre, sans avoir perdu un seul homme de leurs équipages.
Les colons anglais sont en pleme possession de l'arbre à pain depuis près de cinquante ans. Les espérances que cette acquisition avait fait concevoir n'ont pas été tout à fait réalisées. Ils comptaient sur les produits de l'arbre nouveau pour la nourriture de leurs esclaves; mais ceux-ci préfèrent les bananes , et le bananier peut être cultivé aussi facilement, rapporte plus tôt et produit davantage. Le goût des F.uropéens est différent de celui des noirs; les fruits a pain leur plaisent beaucoup, et ils le préparent de diverses manières , suivant les préceptes de la cuisine anglaise. Ainsi , les deux cultures se maintiendront, et contribueront Tune et l'autre à l'embellissement des pays où elles prospèrent; car une plantation de bananiers est très-agréable à voir, et l'arbre à pain- obtiendrait à juste titre une place dans tes jardins d'agrément, quand même il n'aurait aucune autre utilité.
Forster a fait de longues recherches sur la manière dont ils cultivent l'arbre à pain , et on lui a toujours répondu
rtJNITE&S.
qu'on ne le plantait kmais. Si on examine les endroits ou croissent les rejetons, on en sera convaincu. On observera toujours qu'ils poussent sur les racines des vieux , lesquelles se prolongent près de la surface du terrain. Les arbres couvriraient donc les plaines, quand même Ttle ne Serait pas liabitée, ainsi que les arbres à écorces blanches croissent naturellement à la terre de Diémen,où ils composent de vastes forêts; d'où Ton peut conclure que les habitants de Taîti, loin d'être obligés de se procurer leur pain à la sueur de leur front , sont forces d'arrêter les largesses de la nature, qui le leur offre en abondance. Et il parait qu'ils extirpent Quelquefois des arbres à nain qu'ils remplacent par d'autres arbres, afin de pouvoir changer quelquefois d'aliments. On compte à Taîti jusqu'à 28 Tariétés de ce bel arbre.
Les Taltiens remplacent surtout l'arbre à pain par le cocotier et le bananier. Le premier n'exige pas de soins, lorsqu'il s'est élevé à deux ou trois
Eieds de la surface du sol ; mais le ananier en donne davantage: il ne tarde pas à produire des branches, et il commence à porter des fruits trois mois après qu'on l'a planté. Ces fruits, et les branches qui les soutiennent, se succèdent assez longtemps; on coupe les vieilles tiges à mesure qu'on enlève le fruit. Le sol taîtien nourrit plus de 15 variétés de bananiers.
Au reste, les différentes productions ne sont pas aussi remarquables par leur variété que par leur abondance.
On aperçoit un grand nombre de différentes plantes sauvages au milieu des champs , dans cet admirable désordre de la nature qui surpasse infiniment la symétrie des jardins pompeu* sèment réguliers de le l^ôtre et de la
Siuintinie. On y trouve dans la partie il nord plusieurs herbes, qui, croissant toujours à l'ombre, forment des lits de verdure aussi frais que moelleux.
OOCHONS D^USB WOéCM 8aiGIIUiA&
Outre les rats, les lapina, et les
chèvres sauvages, qu'on voit dans IHe
{)rincipale et dans Tarchipel, on y trouve e cochon, qui y existe de temps immémorial et en grande abondance; mais il n'y est plus aussi commun qu'autrafois. Sa chair n'a rien de cette saveur fade qui fait qu'on s'en dégoûte sit^t en Europe, quand il n'est pas salé. On peut comparer la graissedes cochons de Taîti à la moelle, et le maigre j^ a presque le goAt du veau, comme ceux que nous avons mangésà Canton. Les végétaux dont se nourrit cette sorte de cochons semblent être la cause principale de cette différence; Hs peuvent même avoir influé sur l'instinct naturel de ces animaux. Ils sont de la petite race qu'on nomme communément chinoise , et n'ont pas ces oreilles pendantes qui caractérisent les animaux domestiques, selon Buffon. Infiniment plus propres que les codions d'Europe, ils ne paraissent pas suivre leur sale usage de se vautrer dans la fange. Il est certain que ces animaux font partie des richesses réelles des Taîtiens ; cependant l'extirpation entière de cette race ne serait pas pour eux une grande perte, car ils sont devenus un objet de luxe qui. n'appartient guère qu'aux chefs de la nation. En général , ils ne tuent des cochons que très-rarement, ou dans certaines occasions solennelles ; mais alors les chefs manjgent du porc avec toute la gloutonnerie et la voracité d'un gastronome parisien mangeant une dinde désossée aux trufies ou un pâté de Lesafe. Le peuple en man/;e à peine quelques mor* ceaux , quoiqu'il ait toute la peine de les nourrir et de les engraisser. On peut attribuer à trois causes la rareté des cochons à Taîti , d'abord à Ja quantité qu'on en a consommée, à celle qu'en ont emportée les vaisseaux qui y ont relâché, et ensuite aux guerres tréquentes.
Cependant on voit encore sur les propriétés des grands , des troupeaux de cochons, de chiens, et des levions de volailles. Les poules, errant a leur
§ré au milieu des bois, se juchent sur es arbres fruitiers : les cochons cou»
rent aussi en liberté; mais oo leur
dodae cbaqoe jour des rations régu« lîères.
COCHON TBTAirr UKB FSHHB.
Anderson, eo se promenant un soir avec le docteur Sparmann, remarqua une vieille femme qui nourrissait un petit cochon avfsc une pâte aigrelette et femientée de fruit à pin, appelée mahei: elle tenait le cochon (Tune jDain, et eWt lui offrait une peau coriace de porc ; mais dès que Tanimal ouvrait ia bouche pour saisir cet appât, elle lui jetait un morceau de la pâte. Sans cet expédient, le cochon ne l'aurait pas mangé. Ces quadrupèdes, malgré )eur stupidité, étaient réellement soignés et caressés par toutes les femmes, qui leur offraient à manger avec une affection ridicule. Anderson vit une femme peu âgée présenter \eê mamelles pleines de lait à un petit chien , accoutumé à la teter. Ce spectacle le surprit tellement, qu'il ne put s'empêcher de témoigner son dégoût; mais elle sourit, et elle nous apprit
3u*elle se laissait teter quelquefois par e petits cochons, parce qu^elle venait
d'autres, d'une couleur verdâtre et tachetés de rouge , se montrent ordinairement parmi les bananes, et souvent dans les habitations des naturels, qui les apprivoisent et qui estiment beaucoup leurs plumes rouges.
On y admire les belles tourterelles kourou'kourou, et le martin-pécheur d'un vert sombre, avec un collier de la même couleur sur son cou blanc.
Le ^os coucou, et plusieurs sortes de pigeons et de tourterelles se juchent d'une branche à l'autre , tandis que le héron bleuâtre se promène gravement sur les bords delà mer, mangeant des vers et des mollusques.
De beaux papillons sont les insectes terrestres les plus nombreux; l'insecte nommé velia oceanica s'y trouve, d'après M. Lesson, dans les temps de calme, à des distances inouïes de toute terre.
Voici de précieux détails que noos devons au célèbre Cook :
a Tandis que nous étions dans la baie de Ware , on porta h terre le reste du biscuit qui était dans la soute aux vi-
^ , ^ ^ vres , aun d'en ôter. la vermine qui le
de perdre ses enfants. Cet expédient, dévorait. On ne petit imaginer à quel
très-innocent, était pratiqué jadis en Europe (*).
Les chiens de toutes ces fies sont courts, fit leur grosseur varie depuis celle d'un bichon jusqu'à celle d'un srand épagneul. Ils ont la tête large, le museau pointu, les yeux très-petits, les oreilles droites, les poil» un peu lonffs, lisses, durs, et de différentes couleurs, mais plus communément blancs et bruns. Ils aboient rarement, mais ils hurlent quelquefois, et ils montrent beaucoup d'aversion pour les étrangers.
L«s petits oiseaux peuplent les bocages; leur chant est très - agréable.
De très - petits perroquets d un joli bleu de saphir habitent la cime des cocotiers les plus élevés, tandis que
point les blattes mfestaient mon vaisseau. Le dommage qu'elles nous causèrent fut très-considérable , et nous employâmes vainement toute sorte de moyens pour les détruire. Ces blattes ne flrent d'abord que nous incommoder, et, habitués aux ravages que produisent les insectes , nous y ftmes peu d'attention; mais elles étaient devenues pour nous une véritable calamité, et elles ravageaient presque tout ce qui se trouvait à bord. Les comestibles exposés à l'air durant quelques minutes en étaient couverts; elles y creusaient bientôt des trous comme on en voit dans des ruches à miel. Elles mangeaient en particulier les oiseaux que nous avions empaillés et que nous conservions comme des curiosités. Ce qui était plus fâcheux encore, elles sem-
Kli;An«^ «Ï>»AM |f«..«.^ 0^,,^^ ».<..:»^ .^
(*) L'auteur de cet ouvrage a vu cet usage niaient aimer l'encre avec passion , en employé i Malte et eu Amérique, par des sorte
ieniines qui , ayant beaucoup de îâit , se faisaient teter par des chiens, pour dessécher leurs mamelles»
que récriture des étiquettes attachées à nos divers échantillons était complètement rongée; ia fermeté seule de la reliure pouvait conserver les li-
Très, en empêchant ces animalcules déprédateurs de se glisser entre les feuilles. M. Anderson en ajpercut deux espèces , la blatta orientons et la gertnanica. La première avait étéa|)portée de mon second voyage ; et quoique le vaisseau eût toujours été en Angleterre dans le bassm, elle avait échappé à la rigueur de Thiver de 1 776. La seconde ne se montra qu'après notre départ de la Nouvelle-Zeeland ; mais elle s'était multipliée si prodigieusement , qu'outre les dégâts dont je parlais tout à l'heure , elle infestait jusqu'au gréement , et dès qu'on lâchait une voile, il en tombait des milliers sur le pont. Les orientalis ne sortaient guère que la nuit; elles faisaient alors tant de bruit dans les chambres et dans les postes, que tout semblait v être en mouvement. Outre le désagrément de nous voir ainsi environnés de toutes parts, elles chargeaient de leurs excréments notre biscuit, qui aurait excité le dégoût de gens un peu délicats. »
De beaux ruisseaux qui roulent leurs ondes argentées sur des lits de cailloux , descendent des vallées étroites, et, à leur embouchure dans la mer, offrent leurs eaux et d'excellents poissons aux voyageurs qui en ont besoinl
Les poissons de mer abonde dans l'archipel ; lés meilleurs sont : le maquereau , la bonite et l'aibicorc. On y trouve aussi beaucoup de homards, crabes et autres crustacés.
Les tortues marines , la franche et le caret, pullulent sur tous jes basfonds. On n'y trouve aucun batracien ; mais de dangereux hydrophis , au venin mortel , nagent tortueusement autour des motous coralligènes que buignent les Ilots caressants d'une mer généralement tranquille.
Les rivages sont quelquefois fréquentés par de grands squales et plusieurs variétés de murénophisau nager serpenti forme.
- Ony trouve également un grand nombre d'admirables madrépores et de brillantes coquilles, telles que les porcelaines, les olives, les harpes, les mitres, etc. , etc.
T0P0GR4PRIB DS L'AKCHIPBL.
BBSe&lVTIOVS BBS UBVX LSS 9Vm aBXAaQVAB&BS BB SM ILBf.
L'tlé de Taîtî possède les baies de OTtipeha ; Langara et Matavaî. Celleci otfre un mouillage sûr pendant huit mois de l'année , c^est-à-dire , depuis avril jusqu'en novembre : elle est située par 170 29' de lat. sud et 15r«56' de long, ouest. Eîméo et Ralatea ont chacune plusieurs mouillages; Huàbme s'enorgueillit de la baie de Ware , et Bora-Bora de celle de Fanouî.
SITES» LACS ET CURlOSrrÉS DE L'ILE DB
TArn.
Il serait difficile de trouver dans le monde entier un canton d'un aspect plus riche que la partie sud-est de Taîtî. Les collines y sont élevées, d'une pente roide, et escarpées en bien des endroits; mais les arbres et les arbrisseaux les couvrent tellement jusqu*au sommet, qu*en les voyant on a bien de la peine à ne pas attribuer aux rochers le don de produire, et d'en retenir cette charmante verdure. Les plaines qui bordent les collines vers la mer, les vallées adjacentes, offrant une multitude de productions d'une force extraordinaire, et, à la vue de ces richesses du sol, le spectateur est convaincu qu'il n'y a pas sur le globe de terraiu d'une végétation plus vigoureuse et plus belle. La nature y a répandu l'eau avec la même profusion :
on trouve des ruisseaux dans chaque vallée; ces ruisseaux à mesure qu ils s'approchent de l'Océan, se «divisent souvent en deux ou trois branches qui fertilisent les plaines sur leur passage. 'Les habitations des naturels soôt dispersées sans ordre au milieu dés plaines J et quand on les regarde duMiaut de la dunette du navire, elles' offrent des points de vue enchanteurs : pour augmenter le charnie de cette perspective, la portion dé mer. qui est en dedans du récif et . qui borde la côte, est d*uné tranquillité parfaite; les insulaires y naviguent en sûreté dans tous les temps : on les y voit se pro-
OCEAKIE.
mener mollement sur leurs pirogues , lorsqu'ils passent d'une haoîtation à Tautre, ou lorsqu ils vont à la pèche. A Talti il y a peu de ces choses qu'on appelle curiosités naturelles d'un pavs.
dn peut citer toutefois un étang ou lac d'eau douce, qui se trouve au sommet de Tune des plus hautes montagnes, où l'on n'arrive du bord de la mer qu'ai près un iour et demi ou deux de mar- \ ibe. Ce lac est d'une profondeur extré- [ lue, et il renferme des anguilles d*une . énorme grandeur. Les naturels y pèchent quelquefois sur de petits radeaux formés de deux ou trois bananiers sauvages joints ensemble. Ils regardent ce lac comme la première des curiosités naturelles de Taîtî. On trouve aussi à la même distance de la côte une mare d'une eau douce, qui d'abord parait très-bonne et qui dépose un sédiment jaune ; mais elle a un mauvais goût ; elle devient funeste à ceux <|ui en boivent une quantité considérable, et produit des pustules sur la peau lorsqu'on s'y baigne.
DESCRIPTION DB L'AnMIKABLB VALLÉE DE HATAVAl.
Parmi les endroits les plus remarquables de rile principale, nous devons surtout décrire l'admirable vallée de Matavaï. Très-ponuleuse du temps de Cook, et à peu près déserte aujourd'hui , son sol toujours fertile est cou- Tert de spondias cythœreay d'arbres à pain et de cocoiiers. Après avoir traversé un torrent , que votre guide passe queluuefois avec de l'eau audessus de la ceinture, en vous portant sur ses épaules , ( usage que nous avons observé en Grèce, dans le Levant , dans l'Inde et dans les différents endroits de TOcéanie que nous avons visités) , on arrive dans ce beau lieu. Plus loin et à trois milles de la mer, sa vallée se resserre, les flancs des montagnes se rapprochent, et les bords de leurs versants abruptes sont couverts d'arbres touffus. Les hirondelles, les tourterelles, les perruches vertes et les phaëtons sont les hôtes ordinaires de ces lieux solitaires, et
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cependant ils ne redoutent pas le voyageur, car les indigènes ne sont pas , comme nous , du matin au soir en embuscade, pour attenter à leur vie , ou tout au moins à leur liberté. L'eau , filtrant à travers les rocs d'un trachite noir et très-poreux , serpente en filets ou tombe en cascades. Aussi jouit-on d'une fraîcheur constante et délicieuse dans ce paradis silencieux, que les rayons du soleil éclairent a peine quatre heures par jour. Les Antoines et les Pacomes modernes , les nouveaux pères du désert, les char-^ treux , les trappistes trouveraient ici, contre les tempêtes des passions , contre les troubles de la vie et les pereécutions des tyrans , un asile plus sûr et plus agréable que dans les solitudes arides et brillantes de la Thébalde. Plus loin, le torrent, encaissé entre deux rochers , s'élance de 70 à 80 pieds de hauteur; plus loin encore, l'aspect du lieu devient plus imposant ; le terrain se déploie en un vaste et vert bocage, tandis que le roc se dresse comme une muraille, à cent pieds d'élévation, en prismes basaltiques , à peu près semblables à ceux de la chaussée des Géants, qu'on voit près d'Antrim en Irlande. Plus haut, une nappe écumante tombe en rosée dans le torrent. Au delà, une masse d'eau épouvantable se précipite avec fureur d'une hauteuF immense, et le bruit de cette retentissante cascade , que les indigènes nomment Piha MaUéy et auquel se rattachent d'anciennes superstitions et une poésie sombre et terrible , ce bruit est tellement formidable qu'on croirait entendre l'explosion de plusieurs tonnerres , ou la détonation de quelques bom« bes {yoy.pl. 162).