CARACTERE
Les Taîtiens étaient légers et oublieux, très-expansifs, plutôt portés à la bonté qu'à la méchanceté; ils étaient, ainsi que les enfants, toujours prtts à exprimer par des larmes tous lest» ouvements de l'âme dont Ils étaient fortement agités , et comme eux ils paraissaient les oublier dès qu*irs les avaient versées ; ils avaient donc la sensibilité du moment. Mais il n'est pas étonnant que le chagrin de ces peuples san< art fût passager, et qu'ils exprimassent surle-champ et d'une manière forte les sentiments qui les animent; ils n'avaient jamais appris à déguiser ou à cacher ce qu'ils sentaient ^ et comme ils n'avaient
OCÉANIE
point de cet pensées habitoellee gui rappellent sans cesse le passé et anticipent Tavenir, ils étaient affectés par toutes les Tariations du monaent, ils en prenaient le caractère, et chan* geaient de dispositions toutes les fols que les droonstanoes changeaient, lis ne suivaient point de projets d'un jour à Tautre, et ne connaissaient pas ces sujets continuels d'inquiétude, dont la pensée est la première qui s'empare de y esprit au moment du réveil, et la dernière que Ton quitte au moment du sommeil. Cependant, si Ton admet outils étaient plus heureux aue nous , il faut dire que Venfant est plus heureux
Sue rhomme, et que nous avons perdu lu côié du bonheur en perfectionnant notre nature, en augmentant nos connaissanctss et en étendant nos vues ^t la civilisation. Ces insulaires ne distinguaient pas la décence de l'indécence: ils satisfaisaient en public à leurs be$oinS| à leurs désirs, à leurs passions, sans aucun scrupule. Des hommes qui n'ont point d'idée de la pudeur par rapport aux actions, ne sauraient en avoir relativement aux paroles. Aussi la conversation de ces insulaires roulait-elle sur ce qui était la source de leurs plaisirs, et les deux sexes y parlaient de tout, sans retenue, dans les termes les plus simples, et agissaient de même.
D'ailleurs la douceur de leur caractère se montrait dans leurs regards et dans leurs actions. Ils donnaient des marques de tendresse et d'affection en prenant les mains ou en s'nppuyant sur les épaules de ceux qu'ils aimaient. La con- Gance de ce peuple et sa conduite cordiale et familière se montraient dans le jour le plus favorable.
A mesure que les hommes vivent en société, ils s'unissent sous l'empire des lois et d'une police régulière; leurs mœurs s'adoucissept, les sentiments d'humanité naissent en eux, le droit et les devoirs sont mieux connus, la férocité des guerres s'affaiblit, et même au milieu des combats les hommes se souviennent de ce qu'ils se doivent mutuellement. Le sauvage combat pour détruire, le citoyen pour conquérir : le premier est inaccessible
à toute pitié et n*épargD0 personne ; h dernier a acquis une sensibilité qui adoucit ses fureurs. Il est encore beaucoup de peuples sauvages, dit Robertson (*), a qui ce degré de sensibilité est totalement étranger. La barbarie avec laquelle ils font la guerre est telle , qu'on ne peut s'empêcher d'en conclure qu'ils sont imparfaitement civilisés.
Cette réflexion est toute à la gloire dtâ peuples de Taîti.
Il est doux de penser que la philanthropie semble naturelle à tous les hommes , et que les idées sauvages de défiance et de haine ne sont que la suite de la dépravation des mœurs, qui ne peut exister chez un peu[)Ie qui n'en a pas même l'idée. On puise Ta preuve (le cette réflexion dans le fait suivant Le capitaine Wallis, le 18 juin 1767, ayant eu un différend avec les naturels de Taîti , fit tirer sur eux et en blessa ou tua un grand nombre.
Ce boD peuple , quelque temps après , oubliant ce désastre , fit la paix aveci le navigateur anglais, et lui fournit beaucoup de rafraîchissements en fruits, eh volailles et en cochons. Cependant, il faut l'avouer, le&Taîtiens sont peut* être les seuls des peuples polynésiens pour qui la vengeance ne fut pas un besoin.