‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 13 sur 122 · partie de la cérémonie, les · texte numérisé non relu

partie de la cérémonie, les

assises autour du corps pous-

it on cri laolentable , et les horo-

cette

mes se mirent à creuser la fosse dans le faîtoka, suivant les instructions d'un mataboulè. Arrivés au caveau qui se trouvait à la profondeur de dix pieds , ils attachèrent une corde à l'extrémité de la pierre qui en fermait l'entrée , et cent cinquante à deux cents hommes se présentèrent pour la soulever. Le corps de Finau ayant ^é oint d*hutle de sandal et enveloppé dans des nattes de Samoa , y fut descendu sur une balle de gnatou , que le mataboulè de service emporta après la cérémonie. Celui de sa fille y fut descendu ensuite de la même manière, et toute l'assemblée jeta un grand cri. Alors des guerriers et des mataboulès se mirent à courir comn^e des forcenés autour du faîtoka, en s'écriant : «Hélas ! que notre « perte est grande ! Finau , vous n'êtes « plus , recevez ce témoignage de notre « amour et de notre loyauté. » £n disantcela , ils se fiaisaient des coupures et des meurtrissures à la tête avec des massues, des couteaux, des haches , etc.

Le cortège s'étant formé ensuite sur une seule ligne, les femmes en tête , prit le chemin de Lico pour y ramasser du sable. Tous les assistants chantaient à haute voix le long de la route, pour avertir ceux qui pouvaient se trouver sur le passage, qu'ils eussent à se cacher au plus vite ; carsi quelqu'un avait eu le malheur de se trouver là , il edt été immanquablement assommé à coups de massue. La même chose se pratique à l'enterrement de tous les habitants sans distinction; et si le roi lui-même rencontrait le cortège sur la route, il serait forcé de se cacher; autrement il commettrait un sacrilège et encourrait la disgrâce des dieux de Bolotou , qui sont toujours censés présents à cette cérémonie. Arrivés au bord de la mer , les assistants firent de petits paniers avec des feuilles de cocotier, et les remplirent de sable. Les hommes en prirent chacun deux , qu'ils placèrent aux extrémités d'un bâton, et qu'ils tenaient en équilibre sur leurs épaules; les femmes n'en portaient qu'un seul. Ils retournèrent tous sur leurs pas dans le même ordre.

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et d^làni dèvintMà-foès'tf f'-qu'én avait eu soin de ne pas combler entièrement : ils y versèrent leur sable. La maison fut ensuite abattue, et les dé« bris jetés avec les petits paniers et la terre de la fosse, dans le trou que Von

Îivait creusé pour former le tertre sur equel le faïtoka était élevé. Pendant cette cérémonie, les assistants, cou* verts de leurs nattes . et portant autour du cou des feuilles a*ifi , étaient assis sur l'berbe vis^à-vis du faïtofca. La cérémonie finie, ils se levèrent tous, et «'étant rendus à leurs habitations res* pectrves, ils se rasèrent la tête, se Brûlèrent les joues avec un petit rouleau de tapa allumé, et frottèrent la brûlure avec le suc astringent de la baie du matcMf pour la faire saigner; après quoi les hommes se construisirent de petites huttes pour y passer les vingt jours que dure le deuil. Pendant cet mtervalle ils répétèrent r^ulièrement tous les jours l'opératioq douloureuse de se brûler les joues, ils laissèrent croître leur barbe et n^ligèrent de.

s'oindre le corps. Les remmes, qui s'étaient tabouées en touchant le défunt, ne sortirent du Êiïtoka que pour aller se faire donner à manger; ce fut le jeune prince qui leur fournit les provisions nécessaires. Le cinquième et le sixième jour, il leur en fit porter une plus crande quantité que d'ordinaire, et le vingtième, elles en reçu* rent encore davantage. Il leur envoyait aussi chaque jour des ioméê ou torebes pour éclairer le faïtoka pendant la nuit, une d'elles devant constamment tenir deux de ces torches allumées a la main; lorsqu'elle se sentait fatiguée, elle se faisait relever par une de ses compagnes. Pendant la durée du deuil, il fut enjoint à tous ceux qui passaient prèsduiaîtoka de marcher doucement, d'incliner la tête et de joindre les mains. Dans la matinée du vingtième jour, tous les parents du défunt, les gens de sa maison et les femmes qui avaient gardé son corps, se rendirent à Lioo afin d'y ramasser des cailloux pour en parsemer l'intérieur du fafloka. Cette opération terminée, on entoura la maison d'un treillis depuis le

L'UWIVERS.

toit jusqu'à la terre. L'assemblée s'assit alors en silenoe, pour prendre part à un repas, dont les frais avaient été faits par Finau et les chefs; et tous retournèrent ensuite pour se préparer à un grand combat de lutteurs , et à une fête où les pêcheurs du feu roi devaient exécuter la danse du mi km bougti^ et se meurtrir la tête avec leurs pt»

gaies , en signe d'attachemeat à sa personne.

Finau P' étant mort, il était à craindre que divers chefs, et surtout ToQbo- Toa, Vouna-Lahi et Finau Fidsi , ne disputassent le gouvernement a son fils atné Moe-Ngongo. Mais ce jeune prince, aidé des conseils de son onde Finau fîdgi , s'empara hardiment de • l'autorité, et à force de prudenœ et de modération il succéda à son père. Cal* cqlant, ditd'Urville, que la division de son autorité pourrait rafTaihlîr et la compromettre, il se désista de tous ses droits sur les îles H«pai, et déclara qu'il se bornerait à gouverner le

Sroupe de Hafoulou-Hou. Cette sone e l'arcliipel Tonga convenait mieux au jeune prince, qui avait passé à Samoa une partie de son adolescaenoe, et en avait ramené deux âMMises. En effet , à son retour , deux filles de diels de Hapaï avaient complété son harem.

Il se décida à une scission qui éttàt oon> seillée par une politique pmdeote.

Le nouveau roi de vavao , qui avnt pris le nom de Finau II , convoqua ses sujets sur le malaï de Naî-Afm, et, après un kava solennel , il nronoon la harangue suivante, véritaMe ébm* d'œuvre d'éloquence et de politique t noble programme du nouveau règne^ et que son oncle Finau Fidji , le ptai sage des chefs de Vavao, hu avait aaaft doute dicté.

«Écoutez-moi, chefs et ^uerHoBal

« Si quelqu'un parmi vous est mil content de l'état actuel des affoiM de Vavao, c'est le moment d*all«r 1 Hapaï. I

« Car personne ne restera à lou-Hou avec un esprit mi porté vers d'autres lieux.

« Mon âme a été attristée

templant les ravages causés fiar IH

ÔCÉAI9IE.

lOB

fiteiTM eoBtioaeilcs du obef dont le corps repose aetueilement au malaî.

« Nous aToos, il est vrai, beaucoup fût ; mais quel en est le résultat ? Le pays est dépeuplé ; la terre est eovabie par la mauvaise herbe, et il n'y a personne pour la défricher. Maïs si nous étions restés en paix , notre pays lerait encore peuplé et productif.

« Les prinapaux cbets et guerriers

3e sont plus, et nous sommes oblieés e noua eontenter de la société des dernières classes. Quelle démence I « La YÎe n'est- elle pas déjà trop

smtrte!

a N'est-ce pas la ôreave d'un noble caractère dans on nomme de rester paisible et satisfait de sa position ?

« Cest donc une folie de chercher à abréger ce qui n'est déjà que trop court.

« Oui parmi tous ^t dire : Je d^ «ire la HBort, je suis fatigué de la ▼ie?

« Voyez, n'sTea^TOus pas agi comme des insensés?

« Nous avons recherché une chose tpn nous prifa de tout ce qui nous ^it réeMement nécessaire.

< Je ne tous dirai pourtant point :

Renoncez à tout désir de combattre. « Que le front de la guerre approche de noe terres , et que l'ennemi vienne pour ravager nos possessions, nous saurons lui résister avec d'autant plus ëe bravoure , que nos plantations semot derenues plus étendues.

• Appliquons-nous donc à la culture de ia terre , puisqu'elle seule peut sauver notre pa^s.

. « Pourquoi donc serions-nous jaloux é'uù accroissement de territoire ?

« Le nôtre n'est-il pas assez grand Boor nous procurer notre subsistance?

Mtts ne pourrons jamais consommer ioiit ce qu'il produit...

« Mais, peut-être, je ne vous parle ■oint avec sagesse... Les vieux mata- ! JiOBlès sont assis près de moi, je le sais, ^at je les prie de oire si j'ai tort.

• Je ne sois qu'un jeune homme, je la sais, et le n'agirais pas avec sa* aaase, si, à l'exemple du chef défunt, je fwlais gouTemer suivant mes pro*

près Idées, et sans écouter leurs conseils.

« Recevez mes remerctments pour l'amour et la fidélité que vous lui aves portés.

« Finau-Fidgi et les mataboulès ici présents savent combien j'ai cherché a m'instruire de oe qui pouvait être ■avantageux à notre gouvernement.

« Ne dites pas alors en vous-mêmes :

Pourquoi écouterions - nous le babil frivole d'un jeune garçon ?

« Rappelez-vous qu'en parlant ainsi, ma VOIX est l'éclio des sentiments de Touî-Omou, et d'Oulou-Valou , et d'Afou, et de Foutou, etd'Alo,et encore de tous les chefs et mataboulès de Yavao.

« Écoutez -moi I Je vous rappelle que, parmi vous, si quelqu'un est mé* content de l'état actuel des affaires, voici la seule occasion que je vous proqirerai pour quitter l'île; car, passé oe moment, nous n'aurons plus de oom* munication avec Hapaî.

« Choisissez donc le lieu de votre demeure : il y a FicUi (*), il, y a Samoa , il y a Hapai, Il y a Fatouna et Lo« touma.

« Ceux-là dont le voeu est unanime, ceux-là qui désirent vivre dans une paix constante, ceux-là seuls pourront demeurer à Houfoulou-Hou.

« Pourtant je ne veux point oom*' primer l'élan d'un cœur belliqueux.

« Voyez : les terres de Tonga et de Fidji sont constamment en guerre.

Choisissez celle où vous désirez aller pour y déployer votre vaillance.

« Levez- vous ! Rendez-vous chacun ehez vous, et réfléchissez sérieuse^ ment sur le départ des pirogues qui aura Jieu demain pour Hapaî. »

Quel contraste entre ce discours et les paroles ambitieuses et non moins éloquentes de son père Finau I*', qui s'écriait un jour devant Mariner : « AnI que mon royaume est étroit pour mes vastes projets. Pourquoi les dieux se m'ont-ils pas fait roi d'Angleterre! Il n'y a pas une île dans le monde entier*

(*) C'est ainsi qoe dans Varcbipel de Tonga on nomme les il«9 Titii

81 petite qu'elle fiât, qui ne serait soumise à nioD pouvoir. Le roi d'Angleterre ne mérite pas la puissance qu'il possède. Mattre de tant de grands vaisseaux, pourquoi souffre-t-il que de petites fies comme Tonga insultent continuellement ses sujets par des actes de trahison? Si j'étais a sa place, enverrais-je d'un ton paisible demander des cochons et des ignames? Non ; j'arriverais avec \e front de la bataille et avec le tonnerre de Bolotane (Grande-Bretagne); je leur apprendrais qui mérite d'être le mattre. Les hommes d'un esprit entreprenant devraient seuls posséder des canons ; ceux-là devraient gouverner le monde; et ceux qui se laissent insulter sans en tirer vengeance, sont faits pour être leurs vassaux. »

Un mois après les funérailles, Finau n, oui ne s'était pas mutilé la tête au tombeau de son père, de crainte <{u'on ne prit sa douleur pour de raffectation , résolut de s'acquitter de ce devoir en présence d'un petit nombre de ses guerriers. Mariner, qui se trouvait de ce nombre, eut le malheur d'éternuer en entrant dans la maison. Aussitôt tous les assistants jetèrent leurs massues à terre, et déclarèrent qu'après un présage aussi sinistre, il serait im*

f>rudent de rien entreprendre ce jourà. Finau lança à Mariner un regard plein de colère, et l'accabla d'imprécations, puis, saisissant une massue, il s'avança sur lui pour l'en frapper. Heureusement quelques chefs se jetèrent entre eux, et parvinrent à faire esquiver le coupable. Le roi tint aussitôt conseil avec les chefs pour savoir ce

Ïu'il avait à faire. Il fut décidé que lariner, attendu sa qualité d'étranger, et adorant d'autres dieux que ceux de Bolotou, pouvait étemuer sans inconvénient. Cette consultation finie, tous le» assistants se rendirent au tombeau où , dans leur enthousiasme Finau et sa suite se meurtrirent la tête de la manière la plus horrible , Finau r non content de se servir des instruments usités en pareil cas, saisit une scie d'écaille d'buttre , avec laquelle il se fit de si profondes incisions a la tête qu'il

laiiUit se trouver mal en rentrant (ta lui , tant il avait perdu de san^.

Aux îles Tonga , on a l'opinion la plus défavorable de celui aui achète par soumission le pardon d'un suoérieur; aussi Mariner, qui savait ti»bien que le roi serait le premier à le blâmer s'il lui proposait ae se réoDOcilier, et qui s'était retirédans sa plan* tation après l'événement dont il vient d'être question , était bien décidé à ne faire aucune avance. Dans la soirée ()« même jour, une petite fille vint le trouver de la part de sa mère adoptive, qui lui faisait dire de se tranquilliser /qoe Finau reconnaissait ses torts , et au'elle lui conseillait d'attendre qu'il vint loi faire ses excuses en personne. U suivit son conseil. Pendant dix jours censé* cutifs, le roi l'envoya r^lièremeot prier de revenir auprès de lui; nais Mariner s'v refusa constamment, et menaça même de tirer sur ses roessa-

Sers s ils paraissaient de nouveau avec e semblables propositions. Finaa s'étant alors décidé à l'aller trouver laimême , se rendit auprès du jeune Papalangui de très-bon matin, le réveijla, lui demanda pardon de sa conduite, et se jeta dans ses bras en versant un torrent de larmes. Depuis lors, ils fo* rent les meilleurs amis du moiide. ■ Vers la même époque, une hornUe tempête ravagea lîle deVavao,^ls touî-ton^a expira après une maladttde six semaines, malgré le sacrifice di quatre enfants offerts aux dieux pour sa délivrance , et par l'entremise des prêtres, dont les dieux furent ineio* râbles.

Le roi , soit pour épargner de grandesdépenses à ses sujets, soit (ilutot pour se défaire d'un chef d'une origine supérieure à la sienne, abolit entièrement cette haute dignité, et il ne parait ptf qu'elle ait été rétablie depuis; car il tut défendu au fils (jeune bomme de dix -sept ans, nommé Faiaféhi U^ FUir Tonga ) , de prendre ce titre à 11 mort de son père; mais il est toujooif considéré comme un chef du premier rang, et le peuple, à cause de son il* lustre et antique origine, a néanmoiH pour lui la plus grande véaératioik

OCÉANIE

Fmao n releva i'agrîcaltare de Tétât déplorable où les guerres Tavaient placée, et s'occupa aussi de la sûreté estérieure de son royaume. Il mit dans on état respectable 'de défense la forteresse de Feilétoa.

En temps de paix, Mariner allait fréqueaunent avec Finau et les autres cboiB, et quelquefois tout seul, passer an jour ou deux dans les petites Iles voisines de Vavao, pour y prendre le plaisir de la pèche. Un soir qu*il revenait d'une de ces excursions , il découvrit un vaisseau au loin. Cette vue le transporta de joie, et il ordonna aussitôt aux rameurs qui raccompagnaient de Yirer de bord , et de se airiger du cdté do bâtiment. Toutefois ils lui dédarèreot que la crainte du supplice

2ii les attendait à leur retour, s ns le issaient échapper, l'emportait sur le respect qu'ils lui devaient, et au'ils se voyaient dans l'impossibilité d obtempmr à sa demande ; après quoi ils se mirent à faire force de rames vers la cdte. Mariner, élevant alors la voix , voulut parler en mattre. Mais Tun des ramenrs lui ayant déclaré qu'ils étaient décidés à mourir plutôt que de lui obéir, if saisit son fusil et lui en asséna un eoap dans le côté, qui retendit sans connaissance au fond du canot; puis ayant menacé les autres de leur casser la tâle s'ils ne lui obéissaient pas surle-cfaamp, ils se décidèrent à ramer das la direction .du bâtiment qu'ils abordèrent le lendemain matin à 1^ iwiote du jour. Mariner, trop impatieat pour parlementer, sauta aussitôt dans les. haubans du grand mât, au lisqae d'être renversé par l'un des hommes de quart qui , à son accoutrenent, ne pouvait guère le prendre

S! pour un sauvage. Mais dès que riner loi eut dit qu'il était Anglais, 3 loi permit de monter à bord , et le CDoduisît au capitaine. Celui-ci Taceodliît avec obligeance, et lui fit aussi- Ut changer son tablier de feuilles de M contre une culotte et une chemise.

Cétait la Favorite y un brick pécheur et perles, capitaine Fisk, venant du port Jackson. Ce bâtiment avait pour cbargement environ quatre-vingt-du

tonneaux de nacre de perle, qu'il s'était procurés aux ties Taïti. Le capitaine avait le projet de toucher aux Iles Viti , pour y prendre du bois de sandal , et de là faire voile pour la Chine. A la sollicitation de Mariner, le capitaine Fisk du brick la Favorite fit présent aux hommes de son canot de quelques grains de verroterie , et les chargea de porter une hache à Finau en nnvitant à venir à bord. En un instant le bâtiment fut entouré par plus de deux cents petits canots et par plusieurs grands , et toute la population de Vavao fut bientôt sur le rivage.

Finau , accompagné de sa sœur et de plusieurs femmes de sa suite , se rendit vers midi à bord du brick ; il apportait en présent à Mariner cinq gros porcs et quarante ignames pesant chacune trente à quarante II vres.Les chefs, effrayés pour sa sûreté, lui envoyèrent message sur message pour Tinviter à revenir; mais il ne tint aucun compte de leurs frayeurs, et demanda au capitaine la permission de coucher à bord , 'ce qui lui fut aussitôt accordé. Cependant les femmes de sa société , qui ne se souciaient guère de passer la nuit au milieu d'un aussi grand nombre d'étransers, prièrent Mariner de les reconduire a terre. Mais oelui-ci ayant levé leurs scrupules, elles se déterminèrent à rester, à condition qu'il les envelopperait dans une voile , où elles passèrent la nuit très-commodément.

Quant à Finau , il fit étendre une voile sur les planches de la chambre du capitaine et y dormit non moins bien.

Le lendemain, le peuple, craignant qu'il ne prît la résolution de visiter la terre des Papalanguis, lui députa plusieurs chefs pour l'engager à revenir à Vavao. Ceux-ci lui apportaient en même temps du kava; mais il refusa d'en boire , disant qu'il en avait pris de bien meilleur (c'est-à-dire, du vin) à bord, et que l'idée du kava lui répugnait. Il déjeuna avec le capitaine, et fit copieusement honneur au porc rôti et à tout ce que l'on servit. Les dames mangèrent aussi d'un très-bon appétit. C'était la

Sremière fois que Finau se servait 'un couteau et d'une fourchette »et|

chose assez remarquable, il les maniait avec beaucoup d^adresse. Quelquefois, il est vrai, il s^oubliait et prenait la viande avec ses doigts ; mais il se reprenait en disant : H^oé ! goua te gruUoî Hé! je m^oublie ;8'éUnt couché dans le lit du capitaine, après lui en avoir demandé la permission, il s*y trouva fort à son aise et s'imagina être transporté en Angleterre. Resté seul un instant dans la chambre , il ne toucha à rien, seulement le chapeau du capitaine lui fit envie; mais il ne voulut le mettre qu'après que celui-ci le lui eût aussi permis. Vers midi il se rendit à terre pour tranquilliser ses sujets, que son aosence commençait à inauiéter ; mais il ne tarda pas à retourner abord du brick avec une ample provision de viandes apprêtées et d^i^ames pour Téquipage, auxquelles étaient joints une lance et une massue , une grosse balle de gnatou , un porc énorme, une centaine d'i* gnames et deux canots chargés de cocos

Sour le capitaine. Il était si émerveillé e tout ce qu'il voyait à bord, et il avait conçu une idée tellement favorable des Papalanguis, qu'il ne put s'empêcher de demander plusieurs fois à Mariner de remmener en Angleterre. Le jour du départ, ayant renouvelé sa demande avec encx>re plus d'instances, Mariner en instruisit le capitaine. Toutefois, ce'ui-ci, par différents motifs assez fondés, crut devoir ne pas se rendre à ses désirs. Son refus attrista le pauvre Finau , qui eût volontiers abdiqué sa couronne pour apprendre à lire et à écrire, et à penser comme un Papalan- ^ui. Cependant il fit jurer à Mariner, au nom de son père et du dieu qu'ils adoraient, de revenir un jour dans un grand canot (vaisseau) pour le mener en Angleterre : ajoutant que si ses sujets s'opj)osaient à son départ , il l'effectuerait de vive force. Après quoi»

il l'embrassa et fondit en larmes.

Le capitaine avait à bord une grande

guantite de perles, ornement dont les abitants de ces fies font beaucoup de cas, parce que celles qu'ils ont ne sont

Ïas susc^tibles d'un aussi beau poli.

I en offrit plusieurs à Finau qui les reçut avec reconnaissance. Mais il était

un autre objet qui l'intéressait bieaplas vivement. Il ne lui restait plus qu'aine petite quantité de pierres a fusil , et il pensait avec raison qu'il lui en faudrait peut-être bientôt pour défendre soa nouveau royaume contre les attaques des habitants des îles Hapaî. Il en demanda en conséquence au capitaine, qui lui en donna une ample provision.

Le lecteur n'a pas oublié peut-être gue Finau I*', le dernier roi, avait or« donné à Mariner de lui remettre tous ses livres et ses papiers , et les avait condamnés au feu comme des instruments de sorcellerie. Mariner était cependant parvenu à soustraire le journal du navire le Port-cui-Prince i mais craignant qu'il ne fût découvert s'il le gardait en sa possession, il Tavait confié à Mafi-Haoé, sa mère ado^rt-ive, gui en avait eu le plus grand soin , et 1 avait caché dans une balle de gnatou. Lorsque, après la mort de Finau I*', celle-ci retourna chez son père aux tles Hapaî, elle le rendit à Mariner qui le plaça dans un baril de poudre. Comme il attachait beaucoup de prix à ce journal, il enffa«;ea le capitaine à retenir à son bord Finau-Fidii , l'oncle du roi , jusqu'à ce qu'on le lui eût apporté ; et envoya aussitôt pour le chercher aeux naturels , à qui il ordonna en même temps d'amener trois autres Anglais qui se trouvaient dans l'Ile. Finauridji se voyant retenu prisonnier, parut très-ému , et commença à craindre qu'on ne l'emmenât dans le pa^s desPapalanguis, oi^ l'on se vengerait sur lu\ du massacre de l'équipage du Port* OU' Prince. Toutefois Mariner le rassura en lui disant, que comiVie il n*a* vait pas pris part à ce massacre , les Anglais étaient trop justes pour lui faire aucun mal. « C est vrai^ répondit « Finau- Fidji, et vous savez que j^î too» « jours été votre ami ; que je ne suis pas « un traître, et que loin d'aider à prendre « un vaisseau papalangui , je ferais tout « mon possible pour m'y opposer. • Mariner en convint, ce qui rassura «m

S eu Finau-Fidji ; mais il n'en était pas e même de ceux qui se trouvaient dans les canots. Ils demandèrent à grands cris son élargissement , et A

OCÉAKIE.

ftUat, pour apaiser learBdaiiiettrt , que Fimu Ttnt lui-même leur dooner Tasfurance qu'il éCait libre. Bientôt après arriva le canot avec le journal et les àD^iatt j k rexception d^un d'entre eus qoi, vieux et infirme, et prévoyant fu'il aurait beaucoup de peine à gagner •a vie en Angleterre, aima mieux res»

Uat à Vavao, où il ne manquait de

La aeenr du roi, jeune fille de qninxe ans, extrêmement enjouée, se lendit à terre, afin d'amener à bord dlu bâtiment anglais plusieurs femmes de efaeft. Elle brûlait d'envie de voir les femmes blanches, et demanda, en plaisantant, si on voulait la mener en Angleterre. « Me permettrait-on , dit- «eUe, d'y porter ce costume de Tonga?

maôs if ne serait pas assez chaud dans un pays où il fait si froid pendant Fhiver. J'ignore ce que je doviendrais alors ; mais Togui nra dit que vous aviez des serres pour les plantes des climats chauds, et j'y passerais toute cette saison. Pourrais^ me baigner deux ou trois fois par jour sans être vue? Croyez -vous que je trouverais à me marier? ma peau brune ne répugnerait-elle pas aux jeunes Papalansuis? Cesserait grand d<Hnmage de laisser à Vavao tant de jeunes et beaux chefs , pour aller en Angleterre vivre dans le célibat ! La seule chose qui m'engagerait à y aller , serait pour amasser une grandie

rianttté de verroteries, et revenir Tonga; car, ajouta-t-elle, cet or- Bonentest si commun chez vous qu'il tf'^uterait pas à mes charmes, et je souffrirais trop de ne pouvoir faire des jalouses. »

Mariner fut chargé de différents aussages de la part des cbe& de Vavao pour ceux de Hapal. Le roi lui veeommanda de dire à Toubo-Toa de m contenter de la possession des tles de Hapaî, et de ne pas songer k conquérir Vavao. « Rappelez-lui de ma

• pari, que le plus sur moyen de ren- «dre une nation poissante et de la

• mettre k couvert des attaques de ses

• ennemis, est d'encourager Tàgricul- « lure ; car elle aura alors quelque choae

« à défendre, et elle saura combattre « pour le conserver. Telle a été ma « conduite, et Je le défie de rien entre- « prendre contre Vavao. »

Finau remit à Mariner un présent consistant en une balle de gnatou fin, cinq ou six colliers de verre, et trois nattes précieuses de Sanooa, destiné par sa femme à Mafi-Habé; après quoi il fit ses derniers adieux à son ami, en lui rappelant sa promesse, et on se sépara de part et d'autre en versant d'abondantes larmes.

Le bâtiment anglais mit presque auasitdt à la voile, se dirigeant vers les tles Hapaî, où il mouilm deux jours pour prendre ouelques autres Anglais appartenant à l'équipage du Port^au- Ptinoe. De là , il se rendit aux Iles Viti, afin d'y effectuer son chargement^ de bois de sandal. Après être resté six jours à Pau , il appareilla pour Macao , où il arriva cinq semaines après.

Mariner ne possédait que 50 à 60 dollars {fT6 à 320 fr.) provenant du Port-au-Prince j et oui lui avaient été donnés par Mafi-Habé et un de ses amis à Lafouga. Cette somme étant insuffisante pour paver son passage en Angleterre , il se détermina à se mettre au service de quelque capitaine de la Compagnie des Indes, dont le bâtiment serait en charge pour ce premier Iiays. Toutefois, le capitaine du navire e CuffiielUy touché de sa malheureuse position, lui accorda le 'passage gratis. Il arriva au mois de juin 1811 à Gravesende, d'où il se rendit auprès de son père qu'il trouva en deuil de sa mère.

Au départ de Mariner, c'est-à-dire -en 1810, s'arrête Tbistoire précise et authentique de cet archipel. Il parait seulement qu'après des luttes longues et sanglantes, la guerre civile cessa par suite de la lassitude de tous les partis. Toncça-Tabou fut alors divisée entre trois différents chefs, qui restèrent indépendants en respectant leurs droits réciproques. Hâta se maintint chef de Hifo; Tarkaî, chef de Béa, laissa à sa mort ce district à son frère Tahofa , brave et rusé comme lui ; le père de Palou , dont le nom est ignoré,

s'installa dans le district de Moua, domaine des anciens Fata-Faïs, en ne laissant à véachi et à la tamaha , successeurs de cette ancienne famille, que de simples droits honorifiques.

Dans Niokou-Lafa végéta le successeur de Fancienne et puissante famille des Toubos ; enfin le touî-tonga luimême, que Finau avait dépossédé enfant encore, ce dieu chassé de son Olympe, renversé de son piédestal, Lafiti-Tonga , exilé de Vavao , vécut désormais inconnu , presque oublié et re* duit à un -petit domaine patrimonial :

quant à Finau, il mourut peu de temps après le départ de Mariner, sans qu'on ait pu savoir encore qui a été son successeur.

Dans cette période d'années, peu de navires touchèrent sur cet archipel.

Trois désastres accomplis et une foule de tentatives à grand'peine déjouées, avaient fait regarder cette terre comme fatale pour les armements européens.

Ils révitaient ou ne l'abordaient qu'en tremblant. Enfin, en 1822, des missionnaires se montrèrent plus hardis , le zèle évangélique donna rexem|)le d'une intrépide initiative à la timidité commerciale. La société des méthodistes ou des sectateurs de Wesley se décida à envoyer une mission dans cet archipel. M. Walter Lawry, sa femme et deux artisans, Tillv et Tyndall, arrivèrent à Tonga-Tabou le 16 août sur le San*Michael. Accueillis favorablement par le chef Palou , ils s'éta- «blirent à Moua, et purent y construire une habitation agréable et saine sur les bords de la mer. A peine installés, ils s'occupèrent d'améliorations agricoles et d'enseignements religieux.

Mais un séjour de quatorze mois n'avait guère avancé la double besogne , quand la santé de madame Lawry exigea un changement de climat. Le missionnaire retourna à Port-Jackson ; les deux artisans persistèrent; mais, menacés par les naturels, ils furent obligés bientôt, sur l'ordre même de Palou, de quitter le presbytère. L'un , Tiily, s'embarqua ; l'autre ,'Tyndall, alla se mettre sous la protection de Hâta, chef de Hifo.

D'autres missionnaires, envOTésplos tard dans Tardiipel , MM. J. Thomas et J. Hutchinson, trouvèrent, au mois àe juin 1836 , M.Tyndall encore établi sur le district de Hifo. Ils s'y fixèrent eux-mêmes et recommencèrent TceuTre de la conversion. £lle n'eut pas plas de succès. Hâta se refusait non-seulement à donner l'exemple, mais il voyait encore de mauvais œil les efforts opt faisaient ses hôtes cour vaincre rmsouciance et l'antipatnie des insulaires. Deux naturels de Taîti , chrétiens et apôtres, dirent plus heureux auprès de Toubou , chef de P^ioukou-Lafa ; ils le baptisèrent, lui , sa famille et un grand nombre de ses sujets. Mais cet exemple n'influa point sur l'opiniâtreté des autres chefs; Toubo seul y perdit le reste de son autorité, déjà compromise par la timidité de son caractère.

Voilà quelle était la situation de Tonga-Tabou quand la corvette VAitrolabe y parut en avril 1827. L'intention du capitaine d'Urville qui la commandait, était de n'y faire ^'uoe courte relâche pour y r^lcr ses montres marines et s'y procurer quelques provisions ; mais la fatalité en avait ordonné autrement. Arrivée dès le 9 avril à la hauteur d'Ésa, la corvette française comptait mouiller le iend^ main devant Pangaï-Modou, quand une violente tempête du nord-ouest l'accueillit et la jeta hors de la route. Pendant dix jours entiers VAska^ eut ainsi à lutter contre le vent etles courants. Enfin, le 20 à midi, àU suite d'un grain furieux, la corvette, poussée par une brise du sud-est, donna dans la passe de l'Est. Une ou deux heures encore, et elle atteignait le mouillase; mais le vent ne s y prêta

fioint, il mollit jusqu'au calme plat, ivrant ainsi le navire au jeu des courants dans un chenal hérissé de récifs.

L'Astrolabe, dressée par l'action des eaux, alla donner contre les brisants du nord. Une prompte manœuvre l'en releva bientôt; mais le vent, revenu au sud-sud-est, tint la corvette adossée contre ce mur de coraux sous-nia' rins, véritable rempart vertical, aui

OCÉAniE.

flâsores duquel on ne troutait point de fond à quatre-vingts brasses.

La situation était critigue; le capitaine d'UrviUe fît tout ce qui était hu« mainement possible pour conjurer le danger. Des ancres à jet furent élon-

Ê; mais le tranchant des coraux eut tôt eoupé les câbles , et les menues ancres furent perdues. Les deux chaînes aeales résistèrent pendant trois jours et trois nuits ; qu'un seul de leurs anneaux cassât, et VJsirolabéf broyée par ces récÊfs, livrait ses lainlieaûx comme une proie lacile aux cupides insulaires, et tout, cet équipage français demeurait à la merci d'une population dont on pouvait à bon droit susoecter la bif nvèhiance. Adieu les grands traf aux déjà accomplis , adieu les documents scientî6ques , rassemblés à travers tant de fatigues et de périls ! Une expédition importante pour le monde savant et' maritime échouait ainsi presque igaorée sur un écueil de ToDf^Tarou ! Qu'on juge des angoisses do c^Ntaine ! son agonie fut aussi cruelle que celle de son beau navire.

Ge|)enoant, dès les premières heures de féiiouage, V Astrolabe avait eu des visiteurs. Les premiers furent trots Anglais établis dans l'Ile, Singleton, vieux colon de Tonga-Tabou, et compagnon de Mariner, et deux autres, Aead et Ritchett. Ces hommes, le premier surtout, offrirent leurs services an capitaine français ; ils lui furent utiles, et comme porteurs de paroles et comme interprètes. Après tts Européens , parurent des chefs, etPalon le premier de tous. Pour s'as- <ver quelques garanties contre une Affprise, le capitaine d'Urville denamia que cet égui restât à bord comme otage, et Palou ayant accepté. Je rofomandant lui céda -sa propre chambre. Le chef Tahofa ne parut à hird de la corvette que le lenuemain.

Fiagt-4|ttatre heures s'étaient écoulées dcfiois que la corvette se maintenait dans son poste périlleux. Plus la titnation se prolongeait, plus elle del^enait horrible; les chaînes avaient f^ eédé , et, dans les profondes oscilde la houle, le flanc droit du

navire allait s'dnttre à cinq ou six

Çieds tout au plus du mur de coraux, rois ou quatre heurts contre cette niasse auraient suffi pour briser VAs»

trolabe; la coque eût été fendue et dispersée en lambeaux, la mâture ellemême n'eût pas tenu devant le choc ; en supposant un désastre de nuit, le nombre des victimes était incalculable. Le capitaine d'Urville réfléchit à cette affreuse éventualité; il voulut au moins assurer, par une mesure de prévoyance, le salut d'une portion de son équipage. Encouragé par les protestations amicales des chefs, enhardi par les rapports des Anglais , il se décida à envoyer la majeure partie de son monde sur la petite lie de Pangaî-Modou , où elle aurait campé sous la protection de Tahofa , tandis qu'il resterait lui-même à bord avec Palou et le reste des Français pour attendre l'événement. Ce qui le faisait incliner pour cette résolution toute d'humanité, c'est qu'aucune manœuvre n'était désormais ni possible, ni utile pour le salut commun; il fallait attendre les bras croisés, et faire seulement des vœux pour la bonne tenue des ancres ; si elles maintenaient la corvette jusqu'au changement de la brise, on pouvait appareiller et quitter cet écueil avec les homnles qui restaient.

La portion de l'équipage désignée pour le débarquement avait déjà pré-

{»aré ses bagages, quand arriva à bord 'artisan attadié à rétablissement des missionnaires. A la vue de la chaloupe prête à déborder, il interrogea les marins sur sa destination , et lorsqu'il la connut : « Vous voulez donc faire périr votre monde, dit-il vivement au capitaine d'Urville, ou tout au moins le faire dépouiller complètement; tant qu'ils ne seront pas nus , ils courront danger de la vie. » A cela le capitaine répondit qu'il avait cru pouvoir se conlier aux bonnes dispositions de Tahofa et de Palou, et aux assurances favorables des Anglais. Commandant, répliqua l'interlocuteur, ne vous fiez en aucune sorte à ces gens-là. Les insulaires et leurs chefs sont des hommes perûdes, et les Anglais qui les sou-

IfC

tiennent ûé valent guère mieux ; iTail* leurs, quand Tahoia et Palou seraient de bonne foi , leur autorité serait méeonnue par la population. On vous pillera tous, vous dis-je, et si vous vous défendez, on vous tuera. Cet homme paraissait bien informé : le capitaine réiléchit à ses paroles. Déjà , d'ailleurs, à la vue des ostgages qu'emportait la chaloupe , les naturels, paisibles jusque-là , avaient fait entendre de longs murmures. Ils semblaient convoiter tant de richesses avec un œil farouche, et la crainte d'un péril était bien peu de chose pour eux auprès de la perspective d'un tel butin.

A l'aspect de ce mouvement, le capitaine n'hésita plus. A l'instant même on contre-ordre fut donné. Les matelots , déjà deseenduB dans les chaloupes , remontèrent à bord ; on hissa les bagages et les malles. L'équipage de VJstrolabe ne devait avoir désormais qu'une seule et même fortune : seule'ment, pour sauver d'un sinistre possi*.

ble les travaux de l'expédition , le commandant fit emballer dans une caisse en tôle les papiers, les journaux,, les documents scientifiques , et les embarqua dans le bot. Un matelot du bord et l'agent des missionnaires, décidé non sans quelque peine , se charsèrent de les transporter à Uifo, où ils devaient être mis sous la* sauvegarde de MM. Thomas et Hutchinson. Ainsi la partie du voyage qui intéressait le monde savant n'était pas perdue. Le bot, d'ailleurs frêle et petite embarcation, n'était presque d'aucun secours en cas de bris sur les écueils.

Le bot était parti à peine que la brise fraîchit et que le ressac augmenta.

VÀsirolube présentait l'aspect le plus sinistre; les matelots jusque-là assez confiants , ayant trouvé dans les échan* ges avec les naturels une distraction aux périls qu'ils couraient, ne purent pas s'abuser pourtant sur l'inimmence d'un naufrage. Cette nuit fut une nuit de transes. Le capitaine continua à prendre toutes les mesures de précaution indiquées. Vers le soir on descendit dans la yde les montres marines , quelques instruments, les instructions

offlciellei, les lettres de neoinniBw tions des divers eouvernemeDt8,itce nouveau coQvoi d'objets fiit dirige lur l'établissement des missionnaires loai la conduite d'un officier du bord. Es même temps, pour prévenir le désordre d'un embarquement nocturne, on or* donnait à la moitié de l'équipûre de h jeter dans les embarcations. Si l'événement funeste arrivait, touta ta mesures étaient prises, tous les onlm étaient donnés.

Cette nuit afifreuse finit, et le vrai survint sans que la situation filt ciiaB* gée. Au milieu de cette crise, les cbefi Tahofa et Palou restaient toujours à bord , bien traités , bien repus, fmxA honneur au vin et au rbunr^du capitaine. Le sort de la corvette semblait fort peu les préoccuper ; ils avaient Taii indirférents au spectacle de oe beau oa" vire se débattant contre la mort, 10 roulant sur ses ancres à qdelques pas de recueil. On eût dit à les voir que ce drame ne pouvait les toudier en asoune sort«. C'était pour eux, toutefois, comme pour d'autres chefi dont la joie secrète se trahissait mieux, une question de pillage et de fortane.

Mais nul symptôme ne décelait ches eux ni désir ni crainte; ils se montraient toujours affectueux, gravest bienveillants , prêts à réprimer l'inportunité des naturels qui voulaieiii forcer la consigne. Un troisième My qui survint et que les Anglais préspotalent comme le chef le {)ius j^issaot de rtle, témoiana une lmDasti)ni\U bien plus grande encore. C'était iflt nommé Lavaka , homme d'une grandi nullité , influent seulement par seBiv> chesses.

Le missionnaire Thomas, qui para dans la journée du 33 , conduisait avil lui le chef Toubo \ ee seul égui chré* tien de l'île Toubo semblait setrou^ mal à son aise vis-à-vîs des trois cbci ses rivaux ; il ne cessait de les dépeiii dre comme des hommes fort dan|i reux ; sa haine contre eux n'allait pi toutefois jusqu'à vouloir les aifroinl en 6ice. Réfléchissant à la situatioa le capitaine d'UrviJle comprit que i pouvait intéresser à sa ca«st un aef

OciANÎÊ.

des àïth qu! se partageaient Tongal^u, avec son renfort d^hoinmes, de fasiis et de canons, il pourrait, un malbear arrivant, se créer un parti dans nie, avec des chances pour vaincre on pour neutraliser les autres. Il proposa donc à Toubo une alliance oflensire et défensive ; il lui offrît de comiattre pour lui , de le réintégrer dans ses droits de touj-kana-kabolo , et de loi assurer la prépondérance sur ses voisins. A de telles propositions, il fallut voir ce ^uvre Toubo et son ami le missionnaire se récrier d'étonnemeot et d*effroi : « Ne songez pas h cela, dirent-îls, T^hofa et Palou sont trop puissants pour qu*on les brave.

Nous nous perdrions sans vous saurer. — Eh bien ! insista le commandant , en cas de sinistre , quelle conduite feut-il tenir? Keep ydur shipt îonservcz votre navire, répliqua le missionnaire. Et on neputpasle sortir de là : Keep your shlpî » Le capitaine n'avait pins à prendre conseil que de iui-méroe. Il laissa M. Thomas et le diefToubo livrés a leurs prudentes inspmiionis. Affectant Tair calme pour rassurer Téquipaçe, il parut s'absorber dans un travail de classement, que faisaient alors les naturalistes du bord, comme s'ils eussent été dans leur cabinet.

Cependant le 2!2, entre trois et quatre heures, le vent ayant paru varier, toutes les voiles hautes et basses fu- Rnt mises dehors. Les canots agirent lor Pavant de la corvette , et Ton fila Itt amarres par le bout. Un Instant ttcmt que Y Astrolabe se détachait Al rédf ; mais quel rude mécompte ,

Se consternation, lorsqu'au bout de ou dix minutes la corvette donna Ar J'écueil ! Elle n'avait que quatre l|wds d*eao sous la poulaine. Cette fois fen était fait : l'échouagesi longtemps Invité se trouvait accompli , il ne s'agtstâi pins que de forcer les chefs sauà des explications décisives et Ttques. mnant sur le champ parti , le capitaine fit descendre Ijbs la chambre les trois chefs, Palou, ]wfa et Lavaka ; Il ne leur cacha pas la 'iHiatlon oh se trouvait son bâtiment,

leur demanda ce qu'ils comptaient faire, les adjura de protéger l'équipage que la force majeure allait jeter sur leurs côtes. Il leur promit de ne pas leur disputer les objets que contenait le navire, pourvu qu'on laissât aux Français ce qui leur était nécessaire pour pouvoir regagner leur patrie. Les chefs écoutèrent avec attention; puis, l'orateur du triumvirat, Palou prit la parole. Au nom de ses collègues et au sien , il accéda à Tespèce de-compromis formulé par le capitaine. Mais il insinua que la bienveillance le guidait eu cela plus que la cupidité,. et qu'il périrait plutôt que de laisser maltraiter ses amis les Français. En effet, au moment de l'échouaçe, une foule de pirogues s'étaient précipitées sur V Astrolabe y comme sur une proie facile : fi peine monté sur le pont, Palou leur signifia d'un ton ferme de se retirer.

Un heureux incident voulut que les bonnes dispositions des trois chefs ne fussent pas mises h une plus longue épreuve. Pendant que durait la conférence, on avait pu ressaisir les amarres filées par le bout, au moment de Tappareillage. Quand le capitaine dTr ville reparut sur le pont^, la corvette était à flot dans la même position que la veille, toujours exposée sans doute, mais non désespérée. Ce preniicr bonheur releva tous les courages. Dégagée d'une façon presque miraculeuse, VAsttolahe n'était pas destinée à périr; elle devait achever son utile et rude campagne.

En effet, la nuit suivante se passa sans que la situation eût empiré; le lendemain 23, on s'écarta des récifs, de quelques toises. Enfin, le 24, après quatre-vingt-quatorze heures d'angoisses, la corvette, au moyen de quelques risées folles du nord-est et de la tobline des embarcations , mit quitter les accores de ce triste récir, et reprendre lentementle chemin du mouillage. Dans l'intérieur des passes , elle toucha encore, mais avec bien moins de danger; elle fit encore deux ou trois haltes , et ne jeta l'ancre devant la petite Ile de Pangaî-Modou que le 26 au soir.

Pendant toute la durée de ce péril,

llîï

les trois dbeh tongas n'a?aient pas démenti un seul instant leur conduite affectueuse des premiers jours. Au plus fort de la crise, on a vu ce que le capitaine d'Urville obtint d'eux; quand elle se fut dénouée heureusement , ils s'en réjouirent d'une façon gui parut sincère. Quelques présents faits à propos semblèrent les gagner mieux encore. Le même accorof régnait entre les équipages et les naturels ; la décence et rhonnêteté présidaient aux échanges. A diverses reprises, les officiers et les naturalistes s'étaient rendus à terre; ils y avaient même passé la nuit sans qu'aucun acte de violence vînt autoriser le soupçon. Malgré tous ces gages donnés, le capitaine continuait son système de surveillance et de précaution; les ûlets d'abordage demeuraient toujours tendus ; les sentinelles se relevaient régulièrement avec des consignes rigoureuses.

Rassuré par ces dispositions , le capitaine put songer à clés travaux d'un autre ordre. Son désir était bien de quitter au plus tôt cette île funeste; mais les menues ancres, laissées devant le récif, étaient une perte tellement irréparable pour la corvette, qu'il voulut essayer au moins d'en retirer quelques-unes du fond de l'eau. Pendant plusieurs jours les chaloupes y travaillèrent avec plus de peme que de succès. D'autres embarcations étaient aussi employées, soit à des relevés

géographiques , soit au ravitaillement u bord.

Dans la première semaine, les officiers et les naturalistes se rendirent seuls h terre, où on leur fît le meilleur accueil. Le capitaine persistait à garder le bord pour qu'on ne s'y relâchât pas du système de défiance qu'il avait établi. Enfin, le 4 mai, il s'embarqua sur la Baleinière pour aller rendre une visite aux missionnaires de Hifo ; la journée fut longue et fatigante. Il fallut faire une portion de chemin avec de l'eau jusqu'à N mi -jambe. Les missionnaires se montrèrent empressés et polis. Ils conduisirent le capitaine au JPangaî, belle maison publique d'une grande étendue, au faïtoka de Mou-

Mouï et aux chapelles des Hotonas.

Une entrevue avec Hota, le dief deœ district , termina cette excursion. Les jours suivants, le capitaine visita encore Nioukou-Lafa, MafangaetMoua.

Cette dernière course fut faite avee une sorte de cérémonie. Le chef Paloo avait, à diverses reprises, témoigné le désir de recevoir le navigateur français , et le jour de cette audience avait été réglé avec une espèce d'appareil.

Le commandant, les ofGciers en uniforme s'embarquèrent le 9 mai dans le grand canot. iViais au lieu de trouver sur les lieux une foule empressée, un hôte affable et gai, des jeux, des festins, des danses, des fêtes, les Français ne rencontrèrent que quelques hommes du peuple, quelques femmes ou enfants. Palou les accueillit avec on air sérieux et contraint. Il offrit un pauvre kava à des hommes qui avaient besoin d'une politesse plus substantielle. Il se tint sur la réserve, lui jusque-là cordial et communicatif. Pour pallier le mauvais effet de cet accueil, l'intreprète annonça au commandant que Palou avait naguère perdu un de ses enfants, et qu'il était menacé d^en perdre un second. Cette explication vraie ou fausse satisfît (e capitaine. Il poursuivit son rôle d'explorateur, visita les tombeaux de Finau , Je Tougou- Hao et de Tafoa, monuments as^ mal entretenus et cachés sous les buissons qui les enveloppaient. Da reste, ils différaient peu de ceux de Hifo ^ et cette promenade à terre aurait oKert un assez médiocre intérêt sans une visite que M. d'Urville rendit à la tamaha. ;

« Je fus, dit ce savant naviga-j teur , conduit à la résidence de ^ tamaha , située dans une position fore agréable au bord de la mer, dans m petit village de Palëa-Mahou. La tf maha, dont le nom propre est Fani?^ Kana , me reçut entourée de ses feiBcj mes et avec la plus aimable polite^ C'est une femme de dnquante-cio| à soixante ans. qui a dû être trèsi bien dans sa jeunesse et qui conserri encore les traits les plus réguliers, M manières les plus aisées , et je diiti

OCÉANIE

mène un mélaDge de grâces, de noblesse et de décence , bien remarquable au milieu d*un peuple sauvage. Cétait d'elle aue rattendais les renseignements les plus précieux, et je ne fus pas trompe dans mon attente.

< Elle se rappelait avec beaucoup de latisfaction le passage des vaisseaux de M. d*Entrecasteaux, qu'elle avait risités avec sa mère, veuve du touîfonga Poulaho. Le nom de Tinéy que doDoe ce navigateur à la sœur aînée do même Poulaho, qui occupait alors le premier rang dans Tonga, s'est trouvé d'abord inconnu, non-seulement de la tamaha , mais encore de tous ceux qui se trouvaient présents à Teotretien. Il parait oe^nuant qu'il

) aurait eu rapport h Tinei-Takala , qui

i avait alors le rang de touï-tonga-iaûné.

« La tamaha ne se souvenait que eonfusémeot des vaisseaux de Gook , n'ayant alors que neuf ou dix ans , ce qu'^dk m^expnraait en me montrant une jeune me de cet âge.

« Alors je voulus savoir si , entre Cook et d'Éntrecasteaux , il n'était pas reou d'autres Européens à Tonga.

Après avoir réfléchi quelques moments, elle m'expliqua très-clairement que peu d'années avant le passage de (f Entrecasteaux , deux grands navires, semblables aux siens, avec des canons et beaucoup d'Européens, avaient mouillé à Namouka où ils étaient restés dix jours. Leur pavillon était tout Uanc et non pas semblable à celui des Anglais. Les étrangers étaient fort bien avec les naturels ; on leur donna itte maison à terre oii se faisaient les éebanges.Un naturel, qui avait vendu,

L moyennant un couteau, un coussinet m bois à un officier , fut tué par celuictd*un coup de fusil, pour avoir voulu

I tcmporter sa marchandise après en tvotr reçu le prix. Du reste, cela ne

'iioubla point la paix, parce que le

lafarel avait tort en cette affaire. Les

de la Pérouse furent dési-

par les naturels sous le nom de

iji, de même que ceux de d'En-

Ivteasteaux le furent sous celui de

Séuéri ( dérivé de général ).

58* Livraison. (OcÉANiE.) T. m.

« Dès lors, il ne me resta plus d« doutes que la Pérouse n'eût mouillé à Namouka, à son retour de Botany-Bay, comme il en avait eu l'intention. «

Pendant que le capitaine d'Urvilld utilisait ainsi ses visites à terre, leâ officiers, les naturalistes, le chirurgien, le dessinateur de VMtrolabe se livraient, de leur côté, à des recher^ ches spéciales. Ils restaient sur Tonga* Tabou une pairie de la journée, et souvent même ils s'arrangeaient pour y passer la nuit chez un de leurs qfas ou amis. Aucun incident fâcheux ne fit d'abord regretter cette confiance ; mais bientôt survinrent des embarras d'un autre genre, plus graves et plus généraux.

Livrés à leurs seules inspirations, peut-être les naturels seraient-ils demeurés avec les Français dans les termes de bienveillance simulée, et probablement de sourde convoitise, qui les avaient caractérisés jusque-là. Après trois semaines de relâche, VMtroiàbe serait repartie , ayant plutôt à s'en louer qu'à s'en plaindre ; mais la trahison s'en mêlant, leur attitudechangea; de calme elle devint offensive.

Pour expliquer cette réaction , il faïut savoir que l'équipage de la corvette, hâtivement rassemblé à Toulon , comptait quelques mauvais sujets tMs des cachots pour finir leur temps dans un voyage de découverte. Pour le malheur et le déshonneur de l'expédition, il y avait là des hommes capables de la trahir au profit des sauvages, sauf à partager avec eux ses dépouilles. Le capitaine d'Urville savait cela ; il avait voulu éviter, autant que possible, tout rapport trop familier entre ses marins et les chefs de l'Ile; il désirait surtout abréger son séjour, pour que le temps manquât à de mauvais desseins ; mais l'échouage et les travaux qu'il nécessita, la drague des ancres, le manque de munitions et de vivres trompèrent ses calculs; il fallut s'attarder sur la route de Pangaî-Madou, et les délais furent utilisés par les déserteurs et les traîtres.

Un complot se forma; il poussa de telles ramifications dans l'île , que le

IM

capitaine en fut informé par un message des missionnaires \ son parti fut pns. Prévenu te 12, il résolut d'avancer son départ, d'appareiller le 13, et Don le 14, comme il l'avait annoncé. En même temps il iit redoubler la surveillance de jour et de nuit, afin que personne ne pût quitter le bord. Le 13 donc, vers huit heures du matin, tout était prêt pour l'appareillage. Il restait encore à envoyer la yole a terre pour y prendre le chef de tmionerie et quelques sacs de sable. On Vy expédia. En même tem|)s, faisant ses adieux aux chefs venus à bord comme de coutume, le capitaine leur distribua quelques derniiars présents. On se sépara avec tous les dehors d'une bonne intelligence. Les diefs semblaient regretter les Français; mais rien n'indiquait Qu'ils voulussent les retenir par la violence.

■ Les choses en étaient là à neuf heufe$ du matin , ouand un bruit confus et subit s'éleva de la plage. Les insulaires attaquaient la yole et cherchaient à entraîner les matelots qui la montaient (voy./?/. 212). Ceux-ci , vaincus par le nombre, cédèrent; alors le capitaine ordonna ^ue le grand canot fût armé ; vîngt-trqis hommes s'y embarquèrent sous les ordres des officiers Gressien ^t Paris. Le chirurgien Gaimard voulut

de Tahofa dans oette surprise. kjvA rencontrt félève Oudemaine, il lui asséna un grand coup de poiag. Plos humain vis-à-vis de uiDnac, ettoudié sans doute de son extrême jainesse, il lui permît de réjoindre Téouipagedu grand canot. Le nombre des captifs se réduisait alors à neuf personnes, l'élève Faraguet et huit matelots.

Cette attaque subite des natoRis !ût restée une énigme pour les Français , si l'on ne se rut aperçu qu*an des matelots de VMtrolàbey un maurâs sujet, nommé Simonnet, avait déserté.

D après l'explication que recueillit dfr puis le capitaine Dillon, Simonnet, dont la fuite était méditée de longue main, se glissa le 12 au matin, dans une des pirogues de Tahofa, et un des canotiers delà yole, nommé Reboul, suivit son exemple à terre. Tahofa allait ainsi avoir deux Européens à son service, avantage rare et fort apprécie dans le pays. La jalousie des autres chefs s'en était émue; ils avaient youIo se ménager une conipensation,en enlevant les nommes de la yole. Telle est du moins l'excuse donnée au capitaiM anglais. Quant à la complicité de Simonnet, elle était évidente, et il s'en cachait si peu, que l'élève Duderoaine l'aperçut parmi les naturels, armé et habille, tandis que les autres matelots

se joindre à eux; mais vainement cette avaient été dépouillés complètement petite troupe chercha-t-elleà couper la ' Après avoir incendié les habitations

retraite aux ravisseurs. Les sauvages échappèrent avec leur proie (voy. pL 213). D'ailleurs le grand canot tirait trop d'eau pour pouvoir accoster la torre. A quelque aistance , il fallut que l'équipage se jetât à l'eau et fît de là une ^Vicrre de tirailleurs contre les sauvages HmI tiraienf de la ^rève. Quand cette ^tite troupe fut arrivée en terre ferme, X^yX avait disparu, sauvages et Euro- |i^QS. Tout ce Qu'elle put faire , fut de fsicueillir trois hommes, le chef de tîinonerie, l'élève de marine Dudemaine qui avait passé la nuit chez son ofa, ^\ un jeufie matelot nommé Cannac.

{iei autres demeuraient prisonniers. Cette scène, rapidement accomplie , fut oepcfadant caractéristique, en ce sens qu'on ne put point douter du concours

des îles Pangaî-Modou et Manlma, le grand canot revint à bord vers I»

trois heures et demie, et entcpanit presque sur-le-champ, armé d'officiers, de maîtres et d'officiers raarinicrsi hommes sûrs et éprouvés. Dansrimpos* sibilité où l'on était d^attaquer Tabott dans sa forteresse de Béa (voy.|>/.l5ft la petite troupe de vingt hommes bi^ armés devait marcher le long du rivage, brûlant les habitations , et les pirogues, tirant sur ce qui résistait, épargnant les vieillards et les femmefc Le but du capitaine d'Urville étafl alors d'obtenir par la terreur la restitution des prisonniers.

L'expédition fut conduite avec ift telligence. Les villages de l^ougoa Pïougou et d'Oléva furent livrés au:

OCÉANIE

imme» (roy. pi. 198); cinq belles pifOgiies furent détruites ; puis le petit corps marcha yers Mafanga.

Mftis à tnesure qu'on approchait du iiea saint, les naturels v^ai avaient M Jusque-là, se rassemlîlaient et résistaient. Un Français du détachement, lé caporal Richard, s'étant aventuré dans un taillis, à la poursuite d'un sâQvage , se vit assailli par huit d'entre eoi, eemé, assotnmé avec leurs masmes et criblé avec leurs baïonnettes. Transporté à bord, ce malheureux mourut dans la nuit et fut enterré le bdemain sur HlePangaî-Modou. Cette |)erte rappela les Français à des mesures de prudence. Engagés au milieu dehalHers, ils recevaient la fusillade eanemîe sans pouvoir lui répondre arec avantage. D'ailleurs cette guerred'embuscades n^aboutissait à rien. L'inottidie des villages suffisait pour jeter la terreur dans la contrée. Pour le premier iour, c'était une représaille utile. lie lendemain , il fallait aviser à des moyens décisifs.

Le caji^taine d'Urville savait que Mahagat était le lieu saint de l'tle, et que, sf on Tatts^ait, Tonga-Tabou tout mtière serait intéressée à la querelle.

Ainsi les divers chefs interviendraient dans ane affaire où Tahofa jusqu'alors s'était trouvé seul mêlé, et les jalousies rivales, autant que le désir de sauver le sanctuaire indigène, pou- Tûent amener la prompte restitution des prisonniers. Malgré tout le danger d'one côte bordée de récifs , le capitaine résolut de canonner Mafanga.

Pendant qu'on se préparait à cette attaque contrariée par les vents du sod-est, une pirogue ramena à bord Feiève Faraguet et l'interprète Singleton. L'officier français avait été le captif de Palou, qui, n'avant pu le décider à se fixer auprès de lui , le rendait à bord de vÂstrdahe. Aucun doute ne resta alors sur le chef du complot. L'honneur en revenait tout ^tier à Tahofe et à ses mataboulès.

Singleton ajoutait même que les autra chefs avaient censuré sa conduite 4ans le conseil du matin. Mais Tahofa ^t le Napoléon, l'Achille de Tonga;

il pouvait faire la loi, seul contre tous. Par une sorte de compromis, Singleton se disait autorisé à promettre que tous les hommes qui se refuseraient à rester dans le pays , seraient rendus à V Astrolabe. Le capitaine d'Urville crut une pareille transaction indisne de lui. ^ On y reconnaissait la main de Simonnet qui demandait presque une capitulation personnelle. « Aucun des hommes ; que le roi m'a confiés , dit-il à Sing- ^ leton , ne restera à Tonga-Tabou. Si demain les chefs des insulaires ne sont pas à bord , Mafanga sera canonné. » ^

En effet, le 15 la corvette s'embossa comme son capitaine l'avait dit, hissa la grande enseigne et l'appuya d'un coup de canon. Les naturels y répondirent en ajoutant plusieurs pavillons blancs au bout de longues perches.

Dans l'espoir que ces pavillons étaient un signal de paix, on envoya le canot à terre; mais un coup de fusil, nui perça le canot de part en part, tranit les véritables dispositions des insulaires. Il fallait que la force coupât court à taQt de perfidie.

Le canon tonna le lendemain 16, dans la matinée. Trente coups de caronade furent tirés tant à boulet qu'à mitraille (voy. p/. 211). La première décharge coupa en deux une branche d'un grand figuier qui ombrageait le malaï, alors

Ï»tace d'armes de Tahofa. Sa chute fut sauée par des cris aigus et perçants, que suivit un profond silence. Abrités derrière un rempart de sable, ou dans le creux de quelques fossés improvisés, les sauvages ne souffraient pas beaucoijq) de ce feu , et ils y gagnaient quel-

Îues boulets enterrés dans les sables, ^ans l'après-midi , la corvette se trouva si près du récif, qu'à la marée basse les naturels pouvaient s'approcher d'elle à une distance de vingt toises.

Pendant les trois jours qui suivirent, V Astrolabe se maintint dans ce poste critique. Le temps , beau jusquelà, était devenu incertain et tempétueux; le vent soufflait par rafales violentes , et menaçait de jeter le navire sur ces récifs où la mer déferlait avec violence. C était une épreuve non moins périlleuse que celle à laquelle on

avait naguère échappé. En cas de sinistre, on n'avait pas même de quartier à espérer cette fois : on était en guerre ouverte, et peut-être rennemi avait-il des morts a venger. Secouée par le ressac, la corvette semblait à toute minute près de se détacher de ses ancres pour aller se heurter contre les pointes du banc. L'équipage paraissait inquiet, préoccupe : on eût dit qu'il r^rettait le sort des camarades captifs que Ton apercevait de temps à autre sur la grève; tout te monde voyait l'avenir en noi^. Cette guerre faite à deux pas de l'écueil , ces décharges d'artillerie qui, de temps à autre, romoaient le silence de la terre et du bora , cette incertitude de l'avenir, cette obstination des chefs tongas, tout saisissait, tout attristait la pensée; on en était venu à craindre un complot parmi les marins, et le capitaine d'Urville allait renoncer peut-être à son projet, quand une petite pirogue déborda de la plage vis-à-vis Mafanga, dans la journée du 19 : elle portait un des matelots, le nommé Martineng, qui venait, de la part de Tahofa, promettre au capitaine la restitution des prisonniers , s'il consentait à suspendre les hostilités : le canon de retraite de la veille,

chargé à mitraille, ayant tué on dief inférieur, cet incident avait détermiiié des ouvertures pacificj^ues.

Elles furent conduites à bonne fin.

L'un des mataboulès de Tahofo, Waî- Totaï, vint tout tremblant expliquer qu'il était impossible de restituer les aéserteurs Simonnet et Reboul alors en fuite, mais que les autres Français allaient être rendus. Jaloux de quitter les acores de l'écueil , le capitaine d'l> ville passa sur cette difficulté. Il fit semblant d'oublier aussi les objets enlevés dans le pillage de la yole. Un canot alla vers Mafanga pour recueillir les prisonniers : ils arrivèrent dans le plus bizarre accoutrement, revêtus d'étoffes indigènes que Tahofa leur avait fait donner, après qu'on les eut dépouillés de leurs habits. Tirée ainsi de ce mauvais pas, le lendemain, 21 mai, VAstrdahe quittait Tonga- Tabou, après un mois de désastreux séjour, échappée à tous les périls et à toutes les misères, le naufrage, la guerre, la révolte.

Nous empruntons au savant et iatrépide M. Gaimard le tableau suivant des chefs de l'archipel , qu'il a recueilli durant l'expédition de V Astrolabe

OGÉANIE.

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