NOUVELLE PENTECOTE ET ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME A TONGA
Une opinion assez çénéralement répandue parmi les chrétiens , est qu'il n'y a jamais eu depuis les temps apostoliques , et*qu'il n'y aura jamais jus- 3u'à In fin des siècles, une époque ans l'Église que Ton puisse comparer à celle de la première Pentecôte. L'on pense que jamais l'effusion du Saint- £s|)rit ne fut plus abondante, son action plus puissante , ses opérations plus extraordinaires , que le jour où , descendant du ciel , le consolateur promis , le Paraclet, vint reposer sur les premiers disciples. Sans vouloir nous inscrire en faux contre cette opinion , et juger sa valeur intrinsèque , nous allons citer des faits qui contribueront peut-être à la modifier. Ce qui se Î^asse depuis (]uelques années dans les les des Amis, à l'ouest de l'océan Pacifique , est de nature à nous fortifier dans la pensée que les sources de la grâce ne sont point taries, et à nous faire supposer que des conversions aussi nombreuses que celles qui eurent lieu à Jérusalem à la première Pentecôte, peuvent se renouveler encore de nos jours.
Les lies des Amis se composent de plusieurs groupes plus ou moins considérables. Dans celui de Vavaou, un reveî! extraordinaire commença vers le milieu de l'année 1834 ; c'était le 23 juillet. Un prédicateur indigène avait prêché sur ce texte de la parole sainte où le Christ nous est représenté versant des larmes sur rendurcîssement des Juifs. Cette exhortation simple, mais forte, produisit une telle impression sur rassemblée , que la conscience de plusieurs fut réveillée , et
qu'un grand nombre commença à manifester un désir ardent d'être sauvé.
Telle était la profondeur de leurs sentiments , quMls passèrent en prières une partie de la nuit. C'est dans le village Utui qu'avait eu lieu la scène dont nous venons de parler. Le dimanche suivant , le même phénomène se répéta à Féléton , autre village de l'île, où cinq cents personnes environ furent vivement impressionnées paria grâce divine, et décidées à s'occuper sérieusement de leur salut. C'est ainsi que de lieu en lieu le réveil se propagea, si bien que, huit jours après, Ton comptait mille personnes réveillées du sommeil de la mort et converties à Dieu. Il y avait eu, il est vrai, précédemment dans l'île une oeuvre de coo; version , mais tout extérieure , et qui n'avait consisté aue dans le passage da paganisme à un christianisme déforme.
Depuis longtemps les missionnaires gémissaient de ne pas découvrir chez les prosélytes des marques d'une piété réelle; ils avaient prié pourcAtcnir cette grâce , et maintenant ils étaient témoins des larme» de renentance que versaient, et des. manifestations de paix et de joie que donnaient des hommes naguère étrangers aux expériences de la vie chrétienne. « Dieu sotthénil entendaient-ils répéter de toute part, jusqu^ici nous ne connaissiom pai Jésus ^ aujourd'hui nous le connaissons : il nous a délivrés de nos péchés; nous V aimons. » Ou bien ; « Ohlqve n'avons-nous des comrs assez Inrges pour aimer comme il faut) et louer dignement le Seigneur. «
L'île entière est maintenant soumise au sceptre de Jéhovah : trois mine soixante-six personnes se sont fait admettre membres de l'Église, et dans ce nombre, deux mille environ ont ete converties dans l'espace de six semaines. Il y a actuellement dans l'île vingt lieux de culte , vingt écoles pour les adultes, autant pour les femmes, et quarante prédications indigènes, sans compter les missionnaires europceitf.
Une action tout aussi puissante de la parole de vie s'est fait sentir dans le groupe des Hapaï. Sous la date m
10 septembre 1834, le missionnaire Tuker annonce que des torrents de la grâce ont été versés sur la population de Lifouka et des environs , que des milliers de genoux se sont plies devant Jâbovah, et que des milliers de bouches ont confessé ^ue le Christ était le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. L'aiguillon de la parole céleste est resté enfoncé dans beaucoup d*âmes , et pendant la durée de la prédication , plusieurs étaient contraints de s'écrier, ainsi qoe le péager : O Dieu! aie pitié de moi, qui svis un arand pécheur.
Parmi les pénitents , 1 on a vu le roi et la reine , crabord humiliés dans le sentiment de leurs pédiés, se relever ensuite avec Fassurance de leur réconciliation. Chaque jour était un dimanche où quatre à cinc^ services devenaient nécessaires pour repondre aux besoins de toutes ces âmes affamées et altérées de la iustioe. De Lifouka, le réveil s*est étendu à presque toutes les îles de ce groupe, et le missionnaire termine son rapport en disant qu*il estime qu'en .<)uinze jours deux mille personnes ont été réveillées.
Le groupe de Tonga n'est pas non .p/as demeuré inaccessible à ce remarquable réveil. Un prédicateur indigène, nommé Joël Mapples, venu des Iles Hapaî à Noukoualofa, en fut l'occasion et Vinstninient. Il raconta, dans la chapelle et devant une nombreuse assemblée, les choses merveilleuses dont il avait été témoin dans le voisinage; et, excités à une sainte jalousie , plusieurs des habitants de cet endroit tournèrent leurs cœurs vers Dieu.
Pendant plusieurs jours, ce ne fut que réunions , prières , chants de cantiques, Gpressions de joie et de reconnaissance. Mais aussi ce spectacle', di^ne du regard des anges, reveilla l'inimitié des païens. Knnuyés de ces continuelles ramions de prières , ils prirent la résolution d*y mettre fin. Ayant à leur iÊÎit quelques-uns des chefs , ils proGtèrent d'un jour de fête pour mettre à exécution leurs perGdes desseins. Les chrétiens furent assaillis, battus, menacés de la mort, et une hache fut mène levée sur la tête d'un chef pieux
nommé Toubou t la Providence heureusement détourna le coup qui devait le frapper. Mais le feu lut mis à la chapelle, et la station de Talafour fut ruinée de fond en comble. De Talafour, la persécution se propagea dans trois autres stations ; les chrétiens en dirent chassés, leurs maisons pillées, l'église incendiée. Mais cette épreuve n'a point ébranlé la foi des chrétiens, qui sont demeurés fidèles, et qui ont
E référé la croix du Christ et son opprore à tous les biens dont l'esprit de persécution les a dépouillés.
A Tonga, les missionnaires travaillent sous la protection et avec l'assentiment du chef principal, ou roi, nommé Toubou. Les îles Hapaî et Yavaou sont aujourd'hui réunies sous le gouvernement d'un prince et d'une princesse pieux. Le roi Georges et la reine Charlotte sont tous deux diretiens sincères , actifs et zélés. Ils font des tournées fréquentes dans les iles
3ui leur appartiennent , accompagnés e l'un ou de l'autre des missionnaires, dans le but avoué de s'assurer des progrès du christianisme parmi les insulaires. Partout où ils passent , on les accueille avec des chants de cantiques , qui ont remplacé les salves de mousçjueterie. Il arrive quelquefois que le roi préside lui-même les réunions religieuses où on explique le cathéchisme aux indigènes. Heureux le pays qui possède de pareils princes ! Il n'y a peut-être pas une contrée au monde qui soit aussi sagement et aussi paternellement gouvernée.
Depuis aue l'Évangile a été introduit dans les îles des Amis, la polygamie et les guerres y ont cessé ; les mdigènes ont fait des progrès dans l'art de construire les maisons; ils ont eux-mêmes élevé les chapelles où ils prient et écoutent la parole de Dieu , et le bonheur domestique règne partout au milieu d'eux.
De Vavaou, Hapaî et Tonga, le christianisme a pénétré dans les îles voisines de Yiti, Keppel et !Nivafoi] ou Boscawen , par le moyeades insulaires convertis. La manière dont il s'est établi dans la dernière de ces fies . qui
L^GNIVBftS.
est trèt*peoplée et auni considérable que Yavaoa , est surtout fort remar-
Î|uable et coïncide avec plusieurs autres aits de Thistoire des missions dans Focéan Paciflque. Voici le récit au'a tracé de cet événement tout proviaentiel, le missionnaire Watkm de Lifouka, dans Hapaî.
«Un assez grand nombre d'Iiabitants de rtle Vavaou avaient été conduire leur vieux roi Finau à Niva, et s'étaient remis en mer pour retourner dans leur Ile; mais la petite flotte, composée de quatre grands canots, ayant soixante à soixante^lix personnes à bord y fut submergée ; ses débris, que le vent poussa vers notre rivage, nous en apportèrent bientôt la triste nouvelle. Deux autres canots, après une navigation longue et pénible, a la suite de grands dangers et avec des avaries considérables, arrivèrent enûn ici. Le quatrième, dont je veux surtout vous entretenir, fut d'abord longtemps poussé de côté et d^autre, et aborda enfin à Nivafbu. Sans doute qu'après tant de périls et d'agoisses la vue de la terre terme était une chose réjouissante; mais nos navigateurs savaient qu'ils devaient s'attendre à recevoir peu de témoignages d'amitié de la part de ces insulaires; car cette Ile était renommée entre toutes les autres pour sa cruauté et sa soif de sang humain. Au bout d*un moment ils aperçurent bientôt que leurs craintes a cet égard n'étaient pas sans fondement , oar dès qu'ils approchèrent du rivage pour débarquer, ils virent les habitants accourir en armes pour les empêcher de mettre pied à terre, et les forcer à regagner la haute mer.
Alors on tint conseil sur le canot , pour savoir ce qu'il y avait à faire : se mettre en nier après'^les fatigues qu'ils venaientd'éprouver, c'edt été aller audevant d'une mort certaine; c'est |)ourquoi, après avoir examiné leur position sous ses différentes faices, ils résolurent de braver tous les dangers et de débarouer. Comme ils avaient à bord des fusils et de la poudre en assez grande quantité, ils pouvaient, pendant quelque temps au moins , se mesurer avec
leurs ennemis. Ils chargèrent doue leurs armes, mais à poudre seulement, et ils ramèrent courageusement vers la terre. A la première décharge , ils demeurèrent maîtres du champde bataille; car tous les habitants de nie, effirayés par les éclairs et le tonnerre de leurs armes à feu, s'enfuirent rapidement.
.Mais nos insulaires navigateurs ne firent aucun mauvais usajge de leur fiicite et innocente vicloire. Quoique tout nouvellement éclairés de la lumière de l'Évangile, non-seulement ils ne flrent aucun mal à ces hommes inhospitalier^, mais, au contraire, ils s'occupèrent tout d'abord des moyens de leur être utiles selon leur pouvoir et leur position. Aussitôt que les ennemis furent revenus au rivage , pour demander pardon à leurs vainqueurs et leur apporter des dons et des gages de paix , nos nouveaux chrétiens leur pardonnèrent%'olontiers , et commencèrent aussitôt à leur parler de leur mieux de la religion de Dieu , de l'Évangile. Ils leur racontèrent tout ce qu'ils savaient de Jéhovah et de Jésus-Christ. Leurs discours et leurs exhortations firent impression. Le chef supérieur de rhe se déclara pour l'Évangile; beaacoupd'aa* très l'imitèrent, et en peu de temps le plus grand nombre des nabitants de râe
{)rit parti pour la vérité; pendant tout e temps que les nôtres demeurèrent à Mivafou, leur principale occupatioa fut de prier, de chanter des cantiques, et de profiter de toutes les occasions et de tous les moyens d'éclairer et de fortiiierles habitants de llle; c^ lorsqu'ils partirent , le plus avancé en connaissances et en instruction leur fut laissé avec les livres dont ils pouvaient strie» tement se passer. L'instituteur devait rester au milieu d'eux jusqu'à ce qu^on
{)ût leur en envoyer d'autirs, ou même eur procurer un missionnaire. Je suèê peiné de devoir dire que jusqu'aujourd'hui cela n'a pu encore avoir lieu, car notre nombre présent ne répond pas même aux besoins des stations ao tuellement existantes ; et quoique j'aie beaucoup et lonfftemns à^ré d^ visi^ ter cette île, cela ma été impoesiMi jusqu'à présent. »
octkmt.
te même missionaaire aioute sot»
une date plus récente ( la lettre pré* eédeate est de février 1886 ) :
«Aujourd'hui 1^ mars, j'ai reçu de Samuel, l'iastituteur indiçene que j'ai envoyée N ira, une lettre oien réjouissaate. Tout le peuple de Tlle fait maia" tenant fMro£eBynoii ouverte du christia- Disme.
«Un missionnaire , quelque isolé et âoignéqa*il doive se trouver là, y est absolument nécessaire. Samuel ni*an« nooœ qu'il est déjà bien pauvre en livres; il m'en demande avec instances, et il termine par appeler sur son (Bune le secours de mes prières. U avait d'abortl résolu de venir id avec le bétiment qui a apporté sa lettre ; mais les besoins spirituels des babitants ne le lui ont pas permis. La ma* Bière dont il s'est décidé à rester avec eox, est d intéressante que je ne DQts m^empécher de vous la rapporter.
Il était déjà sur Je vaisseau, prêt à wlir, quand une telle multitude des babitants de Ule y vint pour l'en empé* cber, que le vaisseau commençait à en« ibncer. « Qu'eU-ce que ceci? » s'écria Ssoioel étonné : « Tu veux t'en aller, lui rqNNidimit^ls aussitôt, toi, notre seul iastitutear? Dans ce cas nous voulons aussi jpartir avec toi; car qui nous iostraiRi quand tu seras loin de nous?
Sottft^ les arbres qui nousinstruiroot? est-ce la maison où nous nous asKBibJonsqui pourra nous enseigner?
Non: eb bien ! nous partons avec toi. » Vaioeii par des instances aussi énercifws, Samuel leur dit : « Eb bien 1 qcril en soit ainsi, ie reste avec vous et je vous instmirai aussi bien que je pour* nL a Là-dessus il retourna avec eux dans nie, et le vaisseau partit sans nous l'amener.
• Je dois ajouter encore qoekiue chose au sujet de Samuel : il est chef et d'un rang asses élevé , et aujourdlttâ II est, DOiMeoIement l'instituteur, Mis encore le gouverneur de Niva ; ear le dief préradent l'a reconnu et nommé son successeur.
« I>epiits qu'il est en charge, un bâtiiMAt anglais qui fait la péclie de la Mené jeta l'ancre près de hle. Aussi*
tôt le capitaine vint au rivage avec des désirs impurs, et lui flt une proposition scandaleuse; mais Samuel lui donna pour réponse ce peu de mots : Ikoi am* Otto, NonfamaU, Cependant l'impudent capitame réitéra sa demande, en lui offrant de le récompenser large* ment s'il y consentait, et en lui montrant pour le séduire une quantité de choses trèS'Utiles dont il lui ferait pré» sent. Mais Samuel répondit par un non encore plus prononcé que la première fois; et ajouta : « La grâce de Dieu m'est plus précieuse que toute cette vile récompense du péché, et même que tous les trésors du monde entier, m Vaincu par une si noble fermeté, le pauvrecapitaine, dont je pourrais dire le nom si cela était nécessaire, fut obligé de se retirer sans avoir accompli ses mauvais desseins, et il dut la bonne leçon qu'il reçut dans cette circonstance à la consciencieuse énergie d'un jeune chef païen devenu chrétien. Il est probable qu'à l'exemple de Rotzebiie et de tant d'autres , ajoute le narrateur , ce capitaine s*en ira dire aussi que le christianisme fait un tort incroyalile dans la mer du Sud. Soit : le blânie de tels hommes est un titre d'honneur. »
- Nous allons maintenant passer à Fhistoire de ce peuple intéressant. Ses annales modernes nous offriront des hommes qui eussent reçu le nom de grands s'ils avaient figuré sur un plus grand théâtre.
BISTOOUI O^ TOMOA.
Le célèbre naviji;ateor hollandais Tasman est le véritable découvreur des Iles Tonga. C'est le 19 janvier 1648 qu'il aperçut l'tle Pylstart. Il reconnut ensuite l'île Eoa, et plus tard l'île Tonga-Tabou , qu'il nomma Tune Middelbourg et l'autre Amsterdam. Il reçut à son bord la visite des indigènes qui étaient sans armes et dont la conduite fut pleine de bienveillance, et, sans quelques larcins de peu de conséquence, ce grand découvreur n'aurait pas eu le moindre reproche à leur faire. Il cin« gla vors l'île r^amouka à laquelle It^
donna le nom de Rotterdam. Écoutons le récit naïf du bon Tasman . « Les naturels de Ttle que nous avons nommée Rotterdam ressemblent à ceux de rtle précédente (Amsterdam ou Tonça- Tabou). Ils sont doux et n*ont point d'armes, mais sont grands voleurs. On y fit de Teau, et on y trouva quelques autres rafraîchissements. Nous fûmes d'un bout à l'autre de cette île , et nous y vîmes quantité de cocotiersplacés fort régulièrement les uns auprès des autres , et de très-beaux jardins bien ordonnés et garnis de toutes sortes d'arbres fruitiers, tous plantés en droite ligne, ce ^ui faisait un très-bel effet. Après avoir quitté Rotterdam , on découvrit quelques autres iles. »
Tasman a laissé peu de détails sur Tarchipel de Tonga. Ce fut cent trente ans après le navigateur hollandais que le capitaine Gook mouilla en pleme côte sous le vent de l'île £oa. Les indigènes recurent les Anglais de la manière la plus affectueuse. Le savant naturaliste Forster dit à ce sujet : « Les vieillards et les jeunes gens , les hommes et les femmes , nous comblaient des plus tendres caresses; ils baisaient nos mains avec l'affection la plus cordiale ; ils les mettaient sur leur sein en jetant sur nous des reprds d'affection qui nous attendrissaient. » Malgré ces dehors pacifiques, les insulaires étaient presque tous armés; ils avaient des casse-tete de toutes les formes , des arcs , des lances , des flèches. Ces armes, alors inoffensives , n'étaient pas sans doute disposées à se reposer toujours.
Rien ne troubla pourtant la bonne harmonie entre les Anglais et leurs hôtes. Forster parcourut les environs du mouillage : il y vit la plus belle campagne. «Nous montâmes sur la colline, dit le naturaliste, pour examiner l'intérieur du pavs, traversant de riches plantations ou jardins, enfermées par des haies de bambou ou des baies yiyes&erythrina corallodendron.
Ensuite nous atteignîmes un petit sentier entre deux enclos, et nous vîmes des ignames et des bananes plantées 4e4 deux côtés , avec autant d'ordre et
de régularité que nous en mettôM dans nos jardins. Ce sentier débouchait au milieu d'une plaine d'une grande étendue , et couverte de riches pâturages. A l'autre extrémité ré^naitune promenade délicieuse , d'environ un mille de long, formée de quatre rangsde cocotiers, qui aboutissaient à un nouveau sentier entre des plantations fort régulières, environnées de pamplemousses , etc. Ce sentier conduisait i une vallée cultivée, à un endroit où plusieurs chemins se croisaient. Kous , découvrîmes là une jolie prairie rerétue d'un eazon vert et fin, entourée de tous cotés par de grands arbres touffus. Une maison sans habitants occupait l'un des côtés. Les propriétaires se trouvaient probablement alors sur le rivage. M. Hod&es s'assit pour dessiner ce paysage charmant; nous respirions un air délicieux et parfonw; la brise de mer jouait dans nos d)^ veux et dans nos vêtements: elle tero* pérait et rafraîchissait l'atmosphère; une foule d'oiseaux gazouillaient, et les colombes roucoulaient dans le feuillage. Les racines de l'arbre qui nous servait d'abri étaient fort remarquables; elles s'élevaient de la tige à peu près de huit pieds au-dessus du terrain ; les cosses avaient plus d'une verge de long, et deux ou trois pouces de large. Ce lieu fertile et solitaire nous donna l'idée des bosquets endiantés sur lesquels les romanciers répandent toutes les beautés imaginables.
11 serait impossible, en effet, de trouver un coin de terre plus favorable à la retraite, s'il y existait une fontaîa» limpide ou un ruisseau ; mais malheo^ reusement l'eau est la seule chose qtt | man(]ue à cette île agréable. Jedécoo* vris a notre gauche une promenade j couverte qui menait à une autre prai-| rie, au fond de laquelle nous aj)e^{ eûmes une petite montagne et deiai buttes pap-dessus.Des banioous plants i en terre, à la distance d'un pied TiA, de l'autre, environnaient la colline, el^ l'on voyait sur le devant plusieurs e* suarincis. Les naturels qui nous aoooispagnaient ne voulurent point en a^ procher. fïous avançâmes seuls » ^
OCÉAISIE.
^vînmes avec beaoooup de peine à raarder dans les huttes, parce que ratrémité du toit était à un palme au plus au-dessus du sol. L'une de ces buttes contenait un cadavre déposé depuis peu , l'autre étaîf vide. »
Cook alla mouiller le lendemain devant Hifo à Tonga-Tabou. Il y éprouva la même hospitalité, et les naturels s'emnressèrent d'échanger des vivres en aboodanoe contre quelques bagatelles.
Cook revint Tannée d'après dans Varchipel, et cette fois il mouilla sur la l»nde nord de I^amouka. Quelques larcins des indigènes troublèrent la paL\ ; rinflejtible capitaine fit saisir deux grandes pirogues doubles , et un Tonga avant voulu défendre les pirogues , //fît tirer de près sur lui, mais seulement à dragées. Le pauvre Tonga, criblé de blessures, poussa des cris qui auraient ému tout autre homme que Faostère Cook. Le chirurgien de son vaisseau vint panser le blessé. II voulut appliquer sur ses plaies un cataplasme de bananes; mais les naturels lui pré- |iarèreut les pulpes de quelques cannes a sucre que le chirurgien reconnut être fias efficaces. A peine l'appareil étaitil posé que les insulaires , oubliant le ddtiment cruel de leur compatriote, témoignèrent de nouveau aux Anglais ies dononstrations les plus amicales.
« Les femmes, dit Forster, qui assis- •tèfent au pansement du pauvre blessé, naraissaient fort jalouses de rétablir npaix, et leurs timides regards nous tcprochaôent notre superbe et violente ooîidttîte. Elles s'assirent sur un joli uaum , et formant un groupe de plus decÎDauante, elles nous invitèrent à , MUS placer à leurs côtés, en nouspro- ^uant toutes les marques possibles , 'de tendresse et d'affection. L'amie du [ ehiruivien fut une des plus caressan- I tes; elfe occupait un des premiers ranes farnii les beautés de Vîle; sa taille ««ait de la grâre et ses formes d'heu- >tiises proportions : ses traits, parfaitement réguliers, étaient pleins dedouteor et de charme; ses grands yeux Hoirs étincelaient; son teint était plus •fclaiic que celui du bas peuple. Elle
56* Livraison. (Océame.) t. m.
portait une étoffe bnme qui lui serrait le corps au-dessous du sein, et qui ensuite s'élargissait par le bas. Ce vêtement avait plus ae grâce qu'une élégante robe européenne. »
Cette seconde relâche fut suivie de la reconnaissance des îles Hapaî , au nord de Pîamouka. Cook passa entre Kao et Tofoua , et s'assura que cette dernière avait un volcan actii.
Le troisième voyage de Cook dans ces lies ent lieu en 1777, et ce fut le
1>lus important de ses voyages dans 'archipel de Tonga , auquel il avait impose le nom d'//es des Amis, Il venait de mouiller sur la rade de Namouka, lorscfu'il reçut à son bord la visite d'un égui (chef) nommé Toubo. Quelques jours après un chef plus puissant, Fi uau, nomme d'une haute et imposante stature , vint le trouver. Finau se disait le souverain de toutes les Iles de l'archipel. Il invita Cook à faire une relâche aux lies Hapaî; ils s'y rendirent tous deux. Mais le véritable souverain ne tarda pas à paraître; c'était Poulaho- Fata-Faî, le touî-tonga du pays (voy. son portrait, pi. 197). ^ous avons fait connaître les privilèges de ce chef sacré dont l'influence religieuse s'étendait non-seulement dans l'archipel , mais encore sur les tles Niouha, et dans les groupes de Samoa et de Viti. Nous avons décrit le cérémonial particulier dont on faisait usage à son mariage , à ses funérailles et à son deuil. Nous ajouterons qu'il était exempt du tatouage et de la circoncision ; qu'on employait en parlant de lui une langue particulière , et que dans la fête solennelle du natchiy on mettait à ses pieds les prémices de toutes les productions de Farchipel, qui étaient tabouées ou interdites jusqu'à ce moment.
Après le touî-tonga, l'ambitieux Finau n'était pas moins le chef le plus redoutable de ces îles , et il était crailleurssoncousin. Après lui venait Mari- Waeui, beau^père.de Poulaho,et alors chef de la famille de Toubo , oncle de Finau qui était mort depuis peu. Tous les chefs s'empressèrent de traiter Cook et rivalisèrent d'efforts pour régaler leur hôte.
fU NI VERS.
Cette station de plus d'an mois fut une fête continuelle.
Voici les détails d'une fête donnéeau 'capitaine anglais par l'adroit FInau.Uae multitude.d'liabitants étant rnssemblést Gook se doutait quMl y avait quelque chose d*extraordinaire, mais sans pouvoir deviner ce que c'était ni l'apprendre deMaî. Le capitaine et les cliers vinrent s'asseoir; une centaine de naturels parurent et s'avancèrent chargés d'ignames , de fruits à pain , de bananes , de cocos et de cannes à sucre. Us déposèrent leurs fardeaux et en firent deux pyramides h notre gauche, qui était le côté par lequel ils étaient entrés.
Bientôt il en parut cent autres à notre droite, portant une quantité à peu près semblable des mêmes fruits dont ils firent aussi deux pyramides. Ils attachèrent à celle-ci deux cochons de lait et six poules , et aux deux autres six eochons de laft etdeux tortues. Un chef fl^assit devant les pyramides . du côté gauche, et lin autre chef devant celles dju côté droit ; chacun d'eux se tenait sans doute auprès de ce qu'il avait recueilli par ordre de.Finau qui leur avait imposé cette contributioq, et qui paraissait être aveuglément obéi.
D^ que toutes ces provisions eurent été déposées en ordre et rangées avec beaucoup de symétrie, ceux qui les avaient apportées se joignirent à la foule, et Ion fit un grand cercle autour. Aussitôt utï certain nombre d'hommes s'avancèrent au milieu du eerele, armés de massues faites de branches vertes de cocotier. Ils figurèrent quelques instants , puis se retirèrent moitié d'un côté, moitié de l'autre , et s'assirent devant les spectateurs. Peu après eomipenoèrent les combats d'homme à homme. Un champion sortait de son rang , s'avançait vers le rang opposé, et défiait par une
Santomime expressive plutôt que par es paroles quelqu'un au combat. Si le défi était accepté, les combattants feisaient leurs dispositions, puis s'attaquafent aussitôt. Le combat durait Jusqu'à oe que l'un des deux antagonistes s'avouât vaincu ou que quelques armes fussent brisées. A l'issue de cha-
que combat le vainqueur venait si mettre par terre devant le chef, après quoi il se levait et se retirait. Les vieillards qui faisaient les fonctions de Juges du camp le complimentaient en peu de mots ; le public et surtout les horaïnes du parti auquel il appartenait, célébraient l'avantage qu'il venait de remporter, par deui^ou trois acclamations (voy. /)/. 201.)
Ce spectacle était interrompu et temps en temps ; les intervalles étaient remplis par des combats à la lutte oa au pugilat. Les premiers s'exécutaient comme à Taïti , et les autres à peu prèi comme en Angleterre. Mais ce qoi surprit le plus Te capitaine Cook , rut de voir deux femmes très -robustes s'avancer, et faire le coup de poing sans cérémonie^ et avec autant d'adre»»
se que les hommes. Toutefois, elles furent assez peu de temps aux prises , et au bout de vingt à trente secondes il y en eut une hors de combat.
Celle qui fut victorieuse reçut les mêmes félicitations que les hommes. Quoique les Anglais ne témoignassent pas un grand plaisir de ce dernier combat , cela n'empêcha pas deux autres fismmes d'entrer en lice. Elles étaient jeoiies et remplies de courage , et elles se seraient cruellement houspillées si deux vieilles femmes ne les avaient pas séparées (voy.^/. 208). Ces différents combats se livraient devant plus de trois mille spectateurs ; et tout se pasn très-gaiement départ et d'autre, quoique plusieurs des champions, tant nommes que femmes, eussent étéastet maltraités.
Les provisions du côté droit furent destinées à Mai, et celles de la gauche,
3ui formaient à peu près les deux tiers e la totalité, au capitaine. Finaa dit à Cook qu'il pourrait les enlever^ quand H voudrait ; mais qu'il était inutile de les faire garder, parce qiiA les naturels n'y toucheraient pas. En
effet, lorsqu'on les embarqua l'api midi pour les conduire à bord, il n*y manquait pas le plus petit objet. Il f en avait de quoi charger quatre cliai* loupes. Le navigateur anglais fut fra|ipi de la munificence de Finau. Aucun
ocikmt.
lob dé tooUfl tes tiet fu'il ifait visitéci imque-là ne s'était encore montré «ittsf généreux; aussi s'empressa-t-H de lui offrir tout oe qu'il crut devoir hii faire plaisir; et le chef tonga fût telieinent satisfait de ses présents, que désquMJ fut à terre, il lui envoya encore deux beaux eochons , et une grande quantité d'étoffes et d*ignaroes.
«Le roi Finau avait témoigné le désir -de foir l^re Pexercice à nos soldats de marine , dit Cook. Voulant loi procurer cette satisfaction, je fis débarquer tous eeoi de nos deux bâtiments. Nous Imr fîmes faire d'abord quelques évointkms , et ensuite l'exercice à feu. Les spectateurs en furent enchantés. Finau iiDos donna à son tour un spectacle qui, à mon avis, fut exécuté avec une dextérité et une précision fort au-dessus de no8 exercices militaires. C'était une espèce de danse si différente de tout oe que nous avions vu Jusque-là , qu'il n*est pas aisé d'en faure la deseripiioft. Eiks fut exécutée par cent cinq iKHnines, ayant chacun en main une espèoe <fo rune de deux pieds et demi de long avec un petit manche, laquelle nous parut très-légère. Ainsi armés et pbees sur trois rangs, ils ftrent diverses évolutions, accompagnées ebaeune d'une attitude dinérsota. Ils conservaient peu de temps la menas positioi) , et leurs changements s'ofiéraient avec asse? de vitesse. Tantôt tb ne formaient qu'une seule licne » tantét un demi cerde , quelquefois deux ealeanes, et enfin un oataillon carré.
liôrsquils exécutaient ce dernier mouvanoeot, un danseur s'avançait chaque tàim vers moi. Le tout se termina par
danse g[roteBque.
lueurs instruments de musique se iposatent de deux tambours ou plutôt de deux blocs de bois creux , dont tiraient midques sons en frappant avec deux baguettea. Cependant
danseurs semblaient moins dirigés
CM sons que par un chœur de muvocale formé par les danseurs
-flolmes. Leur cliaot avait une mé-
assez agréable, et tous les raou-
qui y correspondaient étaient
telle prédsion , que lea danseurs
ressemblaient à autant d^aufemafee.
Je ne doute pas qu'un pareil ballet exécuté sur un de nos théâtres n'edt le plus grand succès. Quant à nos instruments, ils n'en font aucun cas, surtout du cor de chasse : le tambour seul avait trouvé grâce à leurs yeux; encore le croyaient -ils inférieur aa leur.
« Afin de leur donner une Idée phv iieivorable de nos amusemento , et de les convaincre de notre supériorité d'une manière frappante , J'oraonnai de préparer un feu d'artifice qu'on tira dès Îue la nuit fut venue, en présence de inau , des autres chefs et d'un grand concours de'peuple. Quelques-unes des pièces étaient endommagées , mais lea autres répondirent parfaitement à l'effet que j'en attendais. Nos fusées surtout les surprirent au delà de toute expression. Nous edmes décidément la palme.
«Toutefois cettesupériorité neservit qu'a piquer davantage leur émulation.
Dès que le feu d'artifice fut terminé, les danses , que Finau avait ordonnées pour notre amusement , commencèrent aussitôt par un concert de dix-huit honrmies , qui s'assirent devant nous au centre du cercle formé par les nombreux spectateurs , et où les exercices et les danses devaient avoir lieu. Cinq ou six d'entre eux tenaient diacun , à peu près verticalement, un f^ros morceau de bambou de trois , cmq et six pieds de long, et dont l'une des extrémités était ouverte, et l'autre bouchée par un des nœuds. Les musiciens fipa|>paient constamment la terre avec celuici , et produisaient ainsi différents sons dans le ton grave, selon le plus ou moins de longueur du bambou. Pour former une espèce de dessus, un autre musicien frappait vivement et sans interruption avec deux baguettes sur un morceau de bambou fendu et étendu par terre , lequel rendait des sons asses aigus. Le reste de la troupe, et ceux même qui jouaient de ce dernier initrument, chantaient un air lent et doux, qui tempérait si bien la dureté du son des instruments, mie celui d'entre nous qui avait i'orellie la plUi
-et
Diiisicale , était forcé de convenir de TefiTet agréable de cette harmonie si simple.
« Le concert durait depuis environ un quart d*heure , lorsque vin^ femmes entrèrent dans rarèoe. La plu- Sart d'entre elles avaient la tête ornée es fleurs cramoisies de la rose de Chine ou d'autres ; quelques-unes aussi étaient parées de feuilles d'arbres trèsinflénieusement découpées. Elles formèrent un cercle autour des musiciens, le visage tourné de leur côté , etchan- .tèrent un air auquel ceux-ci répondirent sur le même ton, et ainsi alternativement. Pendant ce temps v les femmes accompagnaient leurs chants ;de mouvements très-gracieux , et en faisant constamment un pas en avant et l'autre en arrière. Peu après, elles se .tournèrent vers l'assemblée, chantèrent pendant quelque temps , et se retirèrent ensuite lentement en corps à l'endroit ,de l'arène qui était opposé à celui où 'étaient les spectateurs ; il s'en détacha alors une de chaque coté qui se rencontrèrent, passèrent Tune devant l'autre, et continuèrent à tourner autour de l'arège jusqu'à ce qu'elles eus- .sènt rejoint leurs compagnes. Celles-ci .rendues à leur place, quatre autres de chaque coté se levèrent , deux desquelles -passèrent aussi l'une devant l'autre, et allèrent s^asseoir; mais les deux .premières étant restées où elles se trouvaient, furent rejointes, l'une .après l'autre, par la troupe entière , qui forma de nouveau un cercle au- .tour des musiciens.
« Bientôt la danse prit un caractère
.plus vif. Les danseuses faisaient des
•espèces de demi -tours en sautant ; elles
•battaient des mains, faisaient claquer
leurs doigts, et répétaient quelques
.mots avec le chœur des musiciens.
• Gomme vers la Cn la vitesse de la me-
.sure allait toujours en augmentant,
4eurs gestes et leurs attitudes variaient
,avec une vélocité et une souplesse
.étonnante. Peut-être y aurait-on trou*
vé quelque chose à dire du côté de la
. modestie ; mais il nous parut que les
danseuses avaient plutôt en vue de
montrer Um agilité qu'autre chose.
. « Ce ballet de femmes ftat suivi d*uft autre exécuté par quinze hommes.
Quelques-uns paraissaient vieux ; mais 1 âge ne leur avait rien ôté de leur vivacité et de leur ardeur pour te danse. Ils formaient une espèce de fer à cheval, et ne faisaient face ni à Tas* semblée ni au choeur, mais ils étaioit tournés de biais dans deux^eos opposés. Tantôt ils chantaient lentement en accompagnant le choeur, et en faisant avec leurs mains beaucoup de gestes très-gracieux, mais difTérents e ceux des femmes. Ils s^indinaient alternativement à droite et à gauche, en levant une jambe qu'ils tenaient étendue, tandis qu'ils se reposaieol sur l'autre, ayant le bras do même côté aussi étendu. Dans un autre moment, ils psalmodiaient quelques sentences auxquelles le duKur répondait ; et à de certains intervalles, , ils accéléraient la mesure de la danse en frappant des mains et en redoublant le mouvement des pieds, sans eqiendant cliançer ceux-ci de place. A la 6n, Ja rapidité de la mesure devint te'le,
Su'il était difGcile de distinguer les ifférents mouvements que faisaient les danseurs, quoiqu'ils dussent êlre
. très- fatigués , attendu que le ballet avait duré près d'une demi-heure.
« Après un assez long entr'acte, il parut douze hommes qui se placèrent
. sur deux rangs , en face les uns des autres , sur les cotés opposés de Tarène. Un autre , qui était posté à nart comme
.une espèce de coryphée , répétait aussi
. quelques paroles auxquelles les douze hommes et le chœur répondaient ^a* lement. Ils chantèrent d'abord lentement, mais allant toujours crescendo.
Us finirent par chanter et danser aveC'
. la même vélocité que les premiers daA' seurs.
« Neuf femmes se présentèrent eft* suite, et s'assirent en face de la ca-' baneoù était Finau. Un homme se lefd
.et asséna un coup de poing dans le do^ à la première de ces femmes , puisl
.la seconde et à la troisième; uîai^
.quand il fut à la quatrième, soit jpa^ méprise ou exprès, il la frappa a It poitrine. Un homme sortit alors brvBh
OCÉANIE
qnenient de la foule, et porta ao pre« mier un coup de poJng à la tête qui retendit par terre sans mouTeinent ; après quoi on remporta sans que personne eût Tair dy faire la moindre attention. Toutefois, cet événement ne sauva pas les autres femmes d^une attaqueaussi cruelJequ'extraordinaire ; car un troisième homme se présenta dans la lice qui les traita tout aussi mai; et , pour comble de disgrâce , elles eurent la mortification a*étre improuvées deux fois de suite, et obligées de recommencer leurs exercices, qui furent, à quelque chose près, les mêmes que ceux qui avaient efé exécutés par les premières femmes.
Entité parut un Icnistig^ un gracioso, oui Gt quelques plaisanteries sur le iea d'artifice Y ce qui provooua le-rire de la multitude aux dépens de Cook et de ses compagnons. »
Mais le spectacle le plus curieux auquel assistèrent les Anizlais, fut la grande solennité du natchiy que personne n'a re\iie depuis Cook, et qui ne se reproduira probablement plus.
Plous empruntons la description entière de cette solennité à la plume élégante de M. Rpybaud.
La fête eut lieu le 8 juillet. Dans la matinée, Cook et ses compagnons débarquèrent à Moua , où ils trouvèrent, dans un enclos assez mai tenu , Poiiiaho présidant un kàva. Vers les dix heures seulement, on se rendit au grand malal. Bientôt, par tous les chemins qui aboutissaient à cette place, arrivèrent des groupes d'hommes armés de lances et de casse-téte ; taogés sur le malaï, ils psalmodièrent tû ebccur un chant plaintif et doux.
Feadant ce temps, le reste des insulaires défilaient un à un , chacun portait au bout d'une perche un igname, Mi*il déposait aux pieds des chanteurs»
le touh-tonga et son fîls , âgé de douze ans, parurent à leur tour, et s'assixent sur le gazon. Alors seulement on sorita les Anglais à aller se placer
Pprès de ces illustres personnages; lis, comme marque de déférence, 'OD leur fit quitter leurs souliers, et tf kr leurs cheveux. Quand tous les
porteurs d'ignames fqrent arrivés , on releva chaque perche, que l'on plaça sur les épaules de deux nommes. Ces porteurs , se disposant d^une manière processionnelle , marchèrent par groupes de dix ou douze, et traversèrent ainsi le malaî au pas accéléré. Chaque peloton était conduit par un guerrier armé d'une massue ou d*une espèce de sabre, et escorté par d'autres guerriers. Un naturel, portant un pigeon en vie sur une perche ornée, suivait cette troupe, composée de deux cent cinauante personnes en* viron. Ces individus se dirigèrent vers le faî-toka voisin, où les ignames furent déposées en deux tas.
Quand ces préliminaires furent achevés, Poulaho fit dire à Cook qu'il devait retenir ses équipages dans leurs canots, attendu qu'un tabou solennel allait bientôt frapper toute l'tle , et que les personnes que l'on trouverait dans la campagne, étrangers ou indigènes, couraient le risque d'être mcUé, assommées. Le capitaine insista pour être admis , ou seul , ou faiblement accompagné, au reste de la cérémonie^ Le touï-tonga s'y refusa; il chercha des biais , et ce fut après de grands efforts que Cook , longtemps repoussé par les naturels, parvint a se placer dans un endroit d'où il put voir toute la scène du faïtoka.
Un grand nombre de naturels se trouvaient déjà groupés dans l'enceinte.
Ils marchaient encore processionnellement avec des perches , an bout desquelles pendait un petit morceau de bois simulant une igname , et ils affectaient l'allure d'hommes accablés sous leur fardeau. Ils défilèrent ainsi devant les Anglais , avant de se rendre vers la grande case de Poulaho. Là , nouvel d>stacle pour Cook et pour ses compagnons, nouvelle et rigoureuse consigne. Enfin , ils parvinrent à obtenir une place derrière les palissades élevées, oui leur eussent masqué tout le coup d'œit , sans de larges trouées qu'ils y pratiquèrent avec leurs couteaux.
La place du malaî et ses avenues étaient couvertes d'une foule éparse, au travers de laquelle on voyait arriva
LUNIVERS.
im hommei portant de petita bâtons et des feuillet de coootîer. Un vieil* lard alla au-devant d'eux, s'assit au milieu du chemin, leur adressa gravement un long discours, et se retira «oauite. Les survenants construisirent alors à la bâte un petit bangar au milieu du mala! , 8*accroupirent un moment après ravoir terminé, puis se confondirent dans la foule. Le ûis de Foulaho, précédé de quatre ou cinq naturels, alla s'asseoir a son tour près du bangar, et une douzaine deîemmes d'un ranc élevé se dirigèrent vers lui
Jeux à deux, cbaque couple tenant ans les mains une pièce d'étoffe blanche de deux ou trois aunes de lon^çueur, déployée dans l'intervalle qui séparait les deut couples. Cela formait comme «ne immense draperie vivante. Arrivées auprès du jeune prince, elles s'accroupirent, passèrent autour de son corps quelques-unes de ces pièces; après quoi elles revinrent se mêler au reste de l'assistance.
Alors Poulabo parut, précédé de quatre hommes, et alla s'asseoir à la gauche du jeune prince; ce qui obligea ce dernier à se lever pour prendre place, parmi les chds de la suite, sous le nan^ar voisin. Ce mouvement donna lieu a quelques manœuvres singulières.
Des hommes coururent vers le bout de la pelouse, et s'en retournèrent ensuite; d'autres s'élancèrent vers le prince avec des rameaux verts ; puis , après diverses haltes, reprirent leurs places.
A ce moment arriva la grande procession venue du faî-toka par de longs détours. £lle^ se dirigea vers la droite du hangar, où se tenait le jeune prince, ae prosterna , déposa ses ignames simulées, se retira dans une attitude recueillie, et alla s'accroupir sur les cdtés du malaî. Pendant ce long défilé, trois hommes, assis auprès du prince, prononçaient une sorte de formule sacramentelle, lente et monotone. Après une nouvelle pause, un orateur, placé «u haut de la prairie, débita un long discours , qu'il interrompait de temps it autre pour venir briser les bâtons apportés par les hommes de la pro-
cession du faî-toka. Quand cette ha-' rangue ou prière fut dite, le prince et sa suite se relevèrent , traversèrent une double haie d'assistants et d'acteurs , et disparurent. L'assemblée se dispersa aussi ; les bâtons brisés restèrent épars sur la pelouse du malaî.
Ainsi finit le premier jour du natchî.
Les cérémonies recommencèrent le jour suivant de fort bonne heure, et, malgré les résistances des naturels, Cook y assista encore. Quand il arriva, la foule était déjà nombreuse , et sur le sol gisaient dispersés de petits paquets de feuilles de cocotier attacnés a des bâtons. Tout ce que le capitaine put apprendre , c'est qu'ils étaient tabous. Peu à peu la multitude augmentait; et, à chaque eroupe survenu* an dignitaire prépose aa hoc adressait une harangue, dans laquelle se trouvait souvent le mot arM.
Cependant, l'heure solennelle ap« prochant, on voulut encore éloignef le capitaine. Il tint bon avec son opiniâtreté habituelle, et, par une sorte de compromis , on toléra de nouveau sa présence, à la condition qu'il mettrait ses épaules à découvert comme les sauvages. Cook ne recula pas d^ yant la formalité exigée. A deml-na « il put rester et voir. C'était hiistant où le prince, les femmes et le roi arrivaient dans le malaî. On recommença les cérémonies de la veille, la marche des femmes avec des étoffes, les cour* ses et l'es prières. Dans un momeiil où la troupe évoluait à deux ou tr<^| pas de Cook , on l'obligea à tenir tel! yeux baissés, et à prendre l'air ré*^ serve ef modeste d une jeune filleul C'était une loi un peu dure pour visage rébarbatif et cet œil si al' d'habitude.
Comme la veille, la procession tra sur le malaî ; elle défila comnie veille. Seulement , au lieu d'une igns vraie ou simulée , les naturels portais une feuille de cocotier au milieu leurs bâtons. Ces bâtons, une I déposés à terre, une autre bande riva, dont chaque couple tenait à main un panier en feuilles de palinii puis une troisiènle avec diverses soi
OCÉÀNIE.
de petite poissons au bout de bâtons fbardiQS. iJts bâtons forent placés aux
geds d'un Yieillard , qui les pit tour à ur, et les déposo sur le soi, en marmottant une sorte de fjrière. Quant aux poissons , on les présenta à deux bommes armés de rameaux verts , en déposant le premier poisson à leur droite, le second à leur gauche. Gela se fit avec ordre; mais, au troisième poisson, un insulaire, assis derrière les deux officiers , s*élança vers Tobjét
Kr le saisir. Ceux-ci, de leur côté, tsputèreot , et il en résulta que le poisson fut décliiré en plusieurs moreeaux. L'agresseur jetait derrière lui tous les lambeaux qu'il pouvait em-
rHgner ; les deux autres continuaient les placer à leurs côtés. Cette scène burlesque dura jusqu'à ce que le tiers survenu eût pu enlever un poisson entier; alors l'assemblée applaudit en criant : MaUé ImaUéî ( bravo ! bravo !). Après cet inddent, le classement du poisson continua sans conteste.
Cette opération finie, des prières
curent Jieu pour préparer l'assistance
à racte essentiel de la fête. C'était le
Biomeot où le roi allait admettre son
Ûh à rinsigne faveur de manger en
même temps que lui , cérémonie qui se
consommait avec un morceau d'içname
srillée servie à la fois à l'un et a l'au-
xre. Pendant cette solennelle minute,
oa fit tourner le dos à Cook , afin qu'il
ne pât rien voir. Le capitaine viola
bien la consigne, mais un mur de na-
•torefs le séparait du lieu de la scène ;
fl n'en put distinguer aucun détail.
D'autres marcnes , contre-marches , dvokitions, processions, tantôt sileodeases , tantôt accompagnées de chants bruyants , de mouvemeuts de mains et de pieds « suivirent cette cérémonie du usitM entre le nère et le fils. La fête ic termina par oes combats simulés de troupe à troupe , de champion à champion, par des scènes de lutte et de pu- ^fiiat, accessoire obligé de tous les divertissements populaires.
Évidenomeot ce natchi , si dépourvu de sens pour un spectateur européen , devait avoir sa signification alle^ori- Les Ignames» les bâtons qui en
tenaient Heu, les feuilles de cocotier* les longues perches , les prières , les combats , les défilés, le cérémonial , It communion entre le fils et le père, tout cela était autant d'emblèmes reli* ^ieux et de mythes indigènes. Il était ini|>ossible de s'y tromper à l'air re« cueilli de l'assistance, à Tappareil grave et prévu de toute cette fête, au choix des témoins et des acteurs, tous
{)ri8 dans les hautes classes; enfin à 'étiquette rigoureuse à laquelle oa soumit même les Européens présents* Pour satisfaire leur curiosité, les Anglais furent obligée de se découvrir jusqu'à la ceinture, de laisser flotter eurs cheveux sur leurs épaules, de j'asseoîr par terre les jambes croisées, et d'y affecter une posture humble et modeste. Du reste, ce natchi, au dire des insulaires, n'était pas l'un des
Îilus solennels. On apprit à Cook que rois mois plus tard, Tonga-Tabou en célébrerait un autre, où àcourraient tous les naturels de l'île et ceux de Hapaï et de Vavao, avec des tributs de tous genres; cérémonie terrible et imposante , que devaient consacrer des sacrifices humains.
Le 10 juillet 1777, Cook quitta 7onga-Tabou , et alla mouiller devant l'île Ëoa. Cette relâche n'offrit rien d'important, excepté l'aventure sui« vante. Le séducteur d'une femme tabou (inviolable) fut surpris avec elle en flagrant délit. Amené au milieu du peuple, on lui ouvrit le crâne, et on lui brisa une cuisse à coups de casse-tête. On se contenta d'administrer quelques coups de bâton à la femme, grâce à sa haute naissance. Cook mit à la voile le 17 juillet, après avoir reconnu tout l'archipel, sauf Vavao et les écueils voisins de cette fie.
Mauretle, commandant la Princesa y frégate espagnole, découvrit l'île Amarguray le 26 février 1781, sans y mouiller; mais l'état de dénûment dans lequel il se trouvait le força de relâcher dans un port beau et sûr de rtle Vavao, qu'il nomma Port du Refuge* L'abondance vint bientôt suooédejp
à la disette. Les indigènes lui apportèrent toutes sortes de provisions, et le toubou (*) (c'est ainsi que le nomme Maurelle), homme âgé, et d'une telle corpulence <]u*il fallut le hissera bord, vint s'asseoir avec sa jeune et jolie femme sur le banc de quart. Maurelle lui rendit sa visite le 7 mars, et reçut les honneurs d'un kava. Quand leca* pitaine espagnol parut devant le touoou , celui-ci lui fit les plus ^andes caresses, et Tembrassa cent fois. Son cortège s'assit, formant un grand cercle dans le même ordre qu'il était arrivé. On apporta deux tapis de palmes; le roi s'assit sur l'un, et le fit asseoir sur l'autre à sa droite. Tous gardaient un profond silence; seulement ceux qui étaient près du toubou, et que leur grand âge rendait sans doute les plus respectables, répétaient fidèlement toutes ses paroles. On apporta bientôt des racines, avec lesquelles on fit, dans des espèces d'auges, une boisson , ^ui devait être sans doute fort amère , a en juger par les gestes de ceux qui en burent. Ce rafraîchissement fut servi dans des vases faits de feuilles de bananier. Trois ou quatre jeunes indigènes en offrirent à Maurelle et au roi. Le premier n'en goûta point, ta vue seule lui soulevait le cœur. L'insulaire le plus voisin du toubou désigna ceux qui devaient en boire. On n'en servit point aux autres. On mit ensuite devant le capitaine des patates grillées et des bananes parfaitement mûres; il en mangea. Peu après, il vit paraître des canots remplis de provisions semblables, destinées à être réparties entre ses soldats.
La reine parut à cette audience, précédée de dix femmes de 15 à 18 ans, qui la soutenaient; car elle était tellement chargée d'étoffes qu'elle avait bien de la peine à marcher. Elle sourit à Maurelle, en disant : Lélé! télé! (bien! bien!).
Voici comment le capitaine espagnol rend compte des fêtes et des preuves
. (*) Cétait vraisemblablement le Toubo de Gook , oncle de Finau.
d'affection qu'il rejjut à Vavao ; « Le roi m'invita à une réjouissance qu'il avait dessein de me donner. Quand je débar- * quai le lâ, je vis dans le bois touffu qui avoisinait le bord, un vaste espace circulaire qu'on avait fait essorer, de manière à ce qu*il n'y restât plus le moindre tronc. Peu après, les Indiens, deux à deux, se rendirent dans la maison du toubou, portant sur leurs épaules de longues perches d'où pendaient beaucoup de patates, de bananes, de cocos et de poissons : le toubou fit conduire ces orovisions au camp nouvellement défriché; on en fit un monceau de forme cubique haut de deux vares.
« Les éguis et les vénérables anciens arrivèrent pour conduire le toubou , qui me prit par la main , et nous nous rendîmes au vaste cercle, où noos étions attendus par plus de deux mille Indiens. Nous nous assîmes sur des tapis de palmes préparés à cet effet; tout le peuple en fit autant, mais en conservant toujours la distinction des castes et des familles, les unes ne se mêlant point avec les autres.
« Le roi m'offrit alors tous ses fhiîts, et les fit porter à la dialoupe qui en fut entièrement remplie. Les porteurs étant de retour h leurs postes respectifs , on fît un profond silence pendainl que le roi parlait ; ceux à qui leur âge ou leur dignité avait donné le driut d'être assis auprès du roi, répétaîenl toutes ses paroles.
« Je ne savais à quoi tout cela aboutirait, et cependant j'ordonnai à ceux de mes soldats qui avaient à leur tête le premier pilote, de se tenir prêts à faire feu de leurs fusils et de leurs pistolets s'ils s'apercevaient de quel* ques mouvements hostiles.
« Il sortit aussitôt des rangs on jeune homme fort et robuste, la" main gauche sur la poitrine . et frappant do la droite sur son couoe. Il fit autour de la place beaucoup de ^mbades vis* à-vis des groupes qui n'étaient pas do sa trîbu. Un autre de ceux-ci, s^étani présenté en faisant les mêmes gestes ils commencèrent à lutter, se prenant corps à corps , se poussant et
OCEANIE,
sant arec tant d'animosité gue leurs Tfioes et leurs nerfs paraissaient trèseros. EnBn an des deux tomba si vio- Mminent que je crus qu'il ne pourrait jamais se relever. Il se releva pourtant tout couvert de poussière, et se retira sans oser retourner la tête. Le vainqueur vint présenter son hommnge au roi, et ceux de sa tribu chantèrent; je oe sais si c'était à la honte du vaincu ou à riionneur du vainqueur.
«Ces combats de lutte durèrent ]ilusieurs heures ; un des combattants eut an bras rompu ; j'en vis d'autres recevoir des coups terribles. Pendant ope cette lutte continuait, d'autres oiampions se présentèrent, les poignets et les mains enveloppés de grosses cordes , ce qui leur servait comme de eestes. Cette espèce de combat était bien plus terrible que la lutte.
Dès les premiers coups, les combattants se frappaient au front, aux sourcils, aux joues, à toutes les parties du visage , et ceux qui recevaient ces fières décharges en devenaient plus impétueux et phis ardents. J'en vis
3 ai étaient renversés du premier coup e porng qu'ils recevaient. Les assistants regardaient ces combats avec un certain respect , et tous n'y étaient pas ÎDdifTéremment admis.
• Des femmes, surtout celles qui
serraient la reine, assistèrent à cette
fi!te. Je les trouvai tout autres qu'elles
ne m'avaient paru jusqu'alors. Je ne
les avais pas jugées désagréables ; mais
ce jour-là elles étaient parées de leurs
benix atours , ayant leurs mantes bien
iciiliées et assujetties par un grand
meod sur le côte gauche , portant des
dspelets à gros grains de verre à leur
cm, les cheveux bien arrangés, le
corps lavé et parfumé d'une huile
doQt l'odeur était assez suave, et la
peaa si propre qu'elles n'auraient pu
Tsouffrir le plus léger grain de sable.
cttes fixèrent toute mon attention , et
me parurent beaucoup plus belles.
• Le roi commanda que les femmes se battissent à coups de poing comme les hommes. Elles le firent avec tant d'acharnement qu'elles ne se seraient pas laissé une dent, si , de temps à autre,
on ne les eât séparées. Ce spectacle me toucha l'àme : je priai le roi de mettre fin au combat; il accéda à ma prière, et tous célébrèrent' la compassion aue j'avais eue de ces jeunes demoiselles.
«Le toubou fit ensuite chanter une vieille femme qui portait au cou une burette d'étain ; elle ne cessa de chanter pendant une demi -heure, accompagnant son chant d'actions et de gestes qui auraient pu la faire prendre pour une actrice déclamant sur un théâtre.
« Enfin le jeu se termina , et nous retournâmes à la maison du roi; j'y trouvai la reine qui me reçut avec les marques accoutumées de sa bienveillance : je lui demandai pourquoi elle n'avait pas assisté à la fête; elle me répondit que ces sortes de combats lui déplaisaient.
« Les nœuds de notre amitié ainsi resserrés au point que le toubou me nommait son hoxa, c'est-à-dire son fils (plutôt ofay ami) , je pris congé de lui et de la reine, et je retournai m'embarquer. La ^)la^e était toute couverte d'Indiens qui faisaient mille caresses à mes gens sur ce qu'ils avaient bien voulu assister à leur fête.
« Les vainqueurs me prirent sur leurs épaules , et me placèrent dans la chaloupe. Le toubou , oui , de sa maison,' voyait cette multitude, et qui savait combien je souffrais quand les Indiens se mêlaient avec mes gens, ordonna à ses capitaines de poursuivre ces insulaires, et il entra lui-même dans une telle colère, qu'il sortit avec un gros bâton frappant ceux qui lui tombaient sous la main. Tous se sauvèrent dans les bois ; deux , plus maltraités que les autres, furent laissés comme morts sur la place. J'ignore s'ils se sont rétablis. »
Cette narration, pleinede simplicité, ne manque pas de charme, et nous aurions craint de la gâter, si nous l'avions reproduite sous une autre forme.
Maurelle laissa à ce groupe le nom de Don Martin de Mayorga , dont Yavao est la terre principale, et dont te* véritable nom est Ht^fintUfwNoiu
Maardte r\t «Mon plmlean, tles de oet archipel.
La Pérouse s'y montra vers la fin de décembre 1787. En avril 1789, Bligh parut à aon tour. Edwards toucha deux fois à Namouka en 1791.
D'Entrecasteaux mouilla a Tonga-Tabou le 22r mars 1798. On voit dans son récit un Finau qui joue un grand rôle. Nous ignorons quel était ce Finau, uom assez commun dans la famille des Toubo. Sans le départ assez prom()t de ce brave et savant général , il aurait pu être victime d*un ^uet-apens , selon ce que Singleton avait appris de Kea, son ancien protecteur.
Ensuite afrriva, en avril 1797, le capitaine ^^Vilson, du I>^f/% navire chargé de missionnaires. Les fonctions de touï-tonga étaient alors remplies par Foua-Nounouï-Hava, que Wilson désigne sous le nom généric^ue de Fatafaî. A peine le Di^/feut pris son poste au mouillage, le capitaine Wilson descendit'à terre pour sonder les dispositions des chers; ceux-ci répondirent aux premières ouvertures qu*ils seraient charmés d*avoir parmi eux quelques Européens. Sur cette assurancei dix missionnaires débarquèrent, et s'établirent à Hifo, sous le patronage du terrible Tougou-Aho. « C était , dit Wilson , un homme d'une quarantaine d'années, d'un maintien sombre et taciturne. II parlait peu ; mais quand il était en colère, les éclats de sa voix retentissaient comme les rugissements du lion. Fata-Faî, au contraire, homme à peu près du même â^e, vigoureux aussi , et bien proportionné , avait des manières gracieuses, affables et prévenantes ; sa démarche était noble et mcijestueuse , et tout en lui annonçait rintelligeuce et le désir de s'instruire. »
Tougou-Aho, ou Talaï-Tabou, ré-
Î(nait à cette époque en vrai boucher, et 'Ile était en proie à la guerre civile. Trois missionnaires furent égorgés.
Après une longue annrchie, les autres missionnaires furent obligés de se retirer de Tonga-Tabou. Mais l'anarchie ne fit qu'empirer après leur départ. Craignant pour sa vie , au milieu de désor-
dres pareils» le touï-tonga st iftàn sur Vavao , où les naturels de tout 1h groupes se rendirent de temps à sutii pour honorer son caractère difis.
rinau , rival de Toutou , triomphait:
la présence du pontife toogou légitt roait ses droits; il se vantait haut^ tement de cette épatante adhésion, 1 ne qualifiait plus les chefs, ses rivaa^ que d'impies et de rebelles.
Dans une situation aussi déplonUi^ Tonga-Tabou n'était plus abordabb pour les Européens. Peu de tenpi après Je massacre des missionnaim, Téquipage du navire Àr^j quii.nor fragé sur le groupe Viti , avait fi
gagner Tonga , y périt dans des oooh ats avec les naturels, à rexcejrfjoi d'un seul homme recueilli par un Mr timent de passage. Bientôt un attts* tat plus grave se commit sur tm côtes. Jusque-là, n'ayant eu afiiri qu'à des navires de guerre bien ép' pés et bien armés, les naturels avauai vu échouer tous leurs coinploti. Jk eurent plus facilement raison deiUtiments marchands. Le Dukeo/M landy capitaine Melon, fut leurpt* mière victime. Par suite de la trjhtfflB d'un Malai et d*un déserteur aoi^icain nommé Doyle, l'équiiMge m assassiné tout entier, à raôptioB d'un vieillard décrépit , de qfiatR mousses et d'une femme de cootot nommée Eliza Mosey. Ces indiïMj n'avaient eu la vie sauve qu'à caordi leur âge. On les destinait à aider li déchargement et à la destruction (h navire, sauf à les immoler piustm pour anéantir toutes les traces de«t attentat. Doyle présidait auxtravain; il était rame' et le bras de ce pillage. U déchargement duraft depuis plusieno jours, Torsqu'uii matin, le vieillard»
les quatre mousses surprirent le trap tre, le tuèrent, chassèrent du navin les naturels qui s*y trouvaient» cofr
fièrent les câbles , et prirent le larpi aissant sur lUe Eliza Mosey. On n'eut plus de nouvelles de ces m'albeureuxt qui allèrent se perdre sans doute une autre plage (*}. •
(*) D'Urville.
' VVnkm^ de ]few«Toià, capitaine hue Pendleton, perdit aon cajiitaine et plusieurs hommes de son équipage, st 81 le second, nommé Wrigt, n*eût fiât couper les dyi>les, le narire eût été cnleré par les naturels furieux , et la mort aurait frappé officiers et matelots. On roulait encore attirer un des canots i terre, et lui ménager une fin pareille» Vais Ellsa s'était dévouée ; elle s'était offerte comme devant faciliter Pexécu* tîondo second guet-apens , et elle avait donandé qu*on l'envoyât le long du hord pour persuader et tromper 1 ofû* der gui commandait V Union; mais, s?erti par cette femme courageuse
ri se jeta à la nage, il la fit monter bord, et V Union mit aussitôt à la Toile. Hélas ! c'était pour tomber en des mains plut cruelles encore. Une im* placabie fatalité pesait sur ce navire : ooelqurs jours après , il se perdit sur les fies Viti , et son équipage fut rôti tt dévoré par les cannibales de cet areUpel. D^jiiits le désastre de 1* VnSon^ peu de navires marchands s'arrêtèrent snr Tonga. Turnbull passa à Éoa en IM3, sans s'j arrêter. Campbell du HitringUmy arrivé à Tonga-Tabou en IM9, 0 osa point y prendre terre.Moins codent, le capitaine Brovn fut vic« HSie de la perfide cruauté des habitants de 111e fatale.
Le PorUaM''FrUice , armé de vingtquatre canons de douxe, et de huit sarennades du même calibre , vint mouiller à Lefou^a, sur le groupe Bapaî, le 29 novembre 1806. Mariner^ à fsi nous deTons le récit de sa destract on, de ses propres aventures, si ks détails les plus exacts et les pbi importants qui suivront, s'embarqua ]*^e de quatorze ans, avec le capitaine Duck, qui commandait le Port* MihPrince. Ce beau bâtiment, monté par une équipage d'un centaine d*hom- BKs , avait été armé pour se livrer à b fois à la péehe de la baleine et à la aourse contre les Espagnols sur les côtesocridentales de l'Amérique. Après aroir fait plusieurs prises dans ces parages , le capitaine Duck mourut dans nie de Céros « sur la côte de la Galifcaûe, te 11 aoûtlfiOfif et fut rem-
placé dans sdn commandement par on capitaine baleinier nommé Brown»
Celui-ci se détermina aussitôt à faire voile pour les fies Haouaî, afin d'y réparer le bâtiment de manière à pouvoir gagner le port Jackson, où il avait le projet oe lui faire subir ua radoub complet. 11 relâcha à Haouaî, et ensuite à Ouahou, où il recruta son à|uipase de huit indigènes. Il se dirigea oe là vers Taîti ; mais un courant contraire lui ayant fait man* quer cette Ile, il se détermina à oin* gler à l'ouest, vers les lies Tonga, Le 27 novembre, le Port^u-Prince signala les lies Hapaï, qui en font partie , et le S4 , il jeta l'ancre au nordouest de Lefouga , où Cook avait aussi mouillé. Le soir même, un grand nombre de chefs indigènes vinrent à bord avec des provisions. Ils étaient accompaij^nés par un insu laire d'Haouaî, qui parlait un peu anglais. Cet homme, nommé Touî-Touî, chercha, par tous les moyens en son pouvoir, à persuader à réquipage que les indigènes étaient on ne peut mieux disposés en leur faveur. Mais un autre insulaire , faisant partie des huit que le Port-au" Prince avait pris à Ouanou , fit entendre qu'il n'en était rien , et conseilla même au capitaine Brown qui avait pris le commandement du Port-au* Prince depuis la mort du capitaine Duck , de se tenir soigneusement sur ses gardes. Malheureusement il n'en fit rien. Le lendemain , Brown ordonna de travailler à caréner le bâtiment, ce qui excita beaucoup de mécontentement parmi réquipage« attendu que c'était un dimanche; il s'ensuivit même la révolte d*une vingtaine d'h<;n>mes qui se rendirent à terre. Dans l'après-dtner, le reste de l'équipage alla trouver le capitaine, et l'informa qu'un très-grand nombre d'insulaires, armés de lances et de massues, s'é« talent réunis dans l'entrepont , et paraissaient disposés à s'emparer du bâtiment. Le capitaine n'en voulut d'abord rien croire; mais lorsque Mariner lui eut confirmé la vérité du fait, W se décida à s'en assurer ïmU même* U monta sur le pont, suivi pai
te
L'UMVERS.
deux chefs qui se trouvaient arec lui dans ce moment. Ceux-ci , croyant leur complot découvert et leur vie en dan* ger , pâlirent, et manifestèrent la plus grande anxiété. Toutefois , voyant qu'il n'en était rien, et que le capitaine trouvait seulement à redire qu'il y eût autant d'hommes armés sur le pont, ils s'empressèrent de faire jeter les armes à la mer, et de renvoyer les insulaires, ^'é^nmoins Mariner remarqua qu'ils conservèrent soigneusement leurs meilleures massues et leurs meilleures lances, et qu'ils ne jetèrent que les plus mauvaises.
Après le départ des insulaires, le charpentier et le voilier conseillèrent au capitaine de faire auelques dispositions pour les empécner de revenir à bord , parce qu'il était impossible de travailler au milieu de tant de monde.
Le capitaine, toujours sourd aux représentations ^ui lui étaient faites , ne prit pas la moindre précaution.
Le lendemain, k' décembre 1806, le bâtiment était déjà rempli d'insulaires. Vers neuf heures , le perfide Touï- Touï vint trouver le capitaine, et l'invita à se rendre à terre pour visiter le pays ; celui-ci y consentit sur-le-champ, et eut même l'imprudence de ne pas se munir d'armes. ITne demi-heure après son départ, les insulaires poussèrent un grand cri , et assaillirent les hommes de l'équipage. Mariner se réfugia d'abord à la sainte-barbe, où se trouvait déjà le tonnelier. Là, après s'être consultés pendant quelques mstants, ils résolurent de faire sauter le bâtiment. Toutefois, n'ayant pu se procurer du feu , ils se déterminèrent à monter sur le pont , aimant nu'eux mourir en se défendant, oue de s^exposer à périr au milieu des plus affreux tourments. Mariner passa le premier. Mais, ayant aperçu Touï-Touï dans la chambré du capitaine, il se présenta à lui sans armes , en lut disant que si on avait résolu de le faire mourir, il venait présenter sa tête. Touî- Touî lui promit la vie, à condition
Su'il lui dirait combien il y avait encore 'liommes dans le navire. Mariner lui lépondit qu'il n'y en avait plus qu'un,
et il appela aussitôt le tonndier,qni ne l'avait pas suivi, ainsi qu'ils en étaient convenus. Touî-Tou! les conduisit tous deux sur te pont par-devant le chef qui avait dirigé rex|)mition. En y arrivant , il fut frappé d'horreur à la vue de vingt-deux cadavres rangés côte à côte, entièrement dépouillés, et méconnaissables par les coups de massue qu'ils avaient reçus , et du chef luimême, assis sur le capuchon de dunette, avan^ sur une ^aule une veste de matelot ensanglantée , et sur l'autre une massue encore couverte delà cer^ velle des malheureux qu'il avait assommés. Ce sauvage, après avoir considéré un moment Mariner, le fit remettre entre les mains d'un chef subalterne, qui l'emmena à terre. Chemin faisant, celui-ci le dépouilla de sa chemise.
Mariner fût conduit du rivaee à la partie la plus septentrionale de Pîle, à un endroit nommé Ko-Oulo, où il vit le cadavre du capitaine étendu sur le rivage. Les insulaires lui demandèrent s'il approuvait sa mort. Mariner, ' n'ayant pas répondu à cette question, l'un des individus présents leva sa massue pour le tuer ; toutefois un chef lui arrêta le bras , et ordonna de conduire le prisonnier à bord d'un grand canot qui était alors à la voiler l] ne demi-heure après , plusieurs indigènes vinrent le reprendre dans le canot, et le menèrent auprès d'un grand fen , où il eut encore la douleur de voir les cadavres de trois hommes de l'équipage, qui avaient abandonné le bâtiment la veille du désastre. Après avoir fait rôtir quelques cochons, les insulaires conduisirent Mariner du côté de File de Foa. Pendant le trajet, ils s'arrêtèrent à une' habitation où, mal^éses prières, ils le dépouillèrent de son pantalon , le dernier vêtement qui lui restât. Ils le promenèrent ensuite dans le pays, pieds nus et exposé à un soleil tellement ardent , qu'il lui faisait lever des cloches sur tout le corps.
Les habitants accouraient de tous c6^ tés |)our le voir ; ils le tâtaient , coroparaient sa peau à la leur, et disaient que par sa couleur elle ressemblait à
OCÉAINIE.
' tro oodioii sans sofe. L'un lat crachait au nez , un autre le poussait, un troi- Bièine Jui jetait des bâtons, des noix de coco, etc. Après mille avanies de cette espèce, une femme qui passait prit pitié de lui , et lui donna un tablier de feuiUes de shea touiou, dont on lui permit de se couvrir. Enfin ses conducteurs entrèrent dans une hutte pour boire du kava (*) , et lui ordonnèrent par signes de s'asseoir; car, dans ces tles , c'est manquer au respect gue de rester debout devant un supéneur. Pendant qu'ils se reposaient, un homme entra précipitamment dans la cabane t et, après avoir adressé quelques roots aux indigènes, il emmena Mariner. Celui-ci rencontra en route un des insulaires de Vavao, qui lui apprit que c'était à Finau , roi de ce pavSt qu'A devait sa délivrance, et qu^i! almit lui être présenté. Rn effet, on le conduisit devant ce chef, qui lui fit signe de venir s'asseoir à cdté de lui. Dès ifoe ses femmes , qui étaient à Tautre extrémité de la chambre, virent le triste état où était ce malheureux jeufie homme, elles poussèrent des cris bflientables, et se frappèrent la poitrine. Le roi avait conçu beaucoup d'annltié pour Mariner, dès la première fois qu'il l'avait vu à bord du faAtiment. Il l'avait pris pour le fils du Qlpitaine, ou au nioins pour quelque jeonb cbef de distinction dans sa patne,>t av^aît ordonné qu'on l'épargnât, dans le cas où W aurait fallu tuer tous les antres blancs. Finau toucha du nez le iront de Mariner, ce oui est une marque d^amitié dans les îles Tonga.
S'eCant aperçu qu'il était blessé et couvert de boue , il ordonna à une de ses femmes de le conduire à un étang voi»
ma pour qu'il pût se laver. Cette opératioa faite , il se i)résenta de nouveau devant le roi , qui l'envoya dans une antre partie de la maison , où on le frotta par tout le corps d'huile de bois de sandal ; cette huile , d'une odeur tœive , apaisa un peu les douleurs aiguës que lui causaient ses blessu-
(*) Ces! le piper methjrsticum que ces boivent en infusion»
res. On lui donna ensuite une natte pour se coucher. Accablé de sommeil et de fatigue, il s'étendit dessus , et ne tirda pas à s'endormir profondément.
Pendant la nuit , il fut réveillé par une femme qui lui apporta du porc et de l'yam. Il refusa la viande , de crainte que ce ne fut de la chair humaine; mais il mangea l'yam avec avidité, attendu qu'il n'avait rien pris depuis trente-six heures.
Lorsque Mariner se leva le lendemain matin , il fut assez surpris de voir que tous les insulaires s^taient rasé la tête; c'est un usage oui se pratique toujours à la mort df'un grand personnage.
Dans la matinée, Finau conduisit Mariner à bord du bâtiment, où il eut le plaisir de recevoir plusieurs hommes de Téquipage, qui y avaient été envoyés pour l'amener à terre.
Touï-Toui avait prévenu Finau qu'il serait impossible de manœuvrer le bâtiment avec les quatorze marins qui -restaient, si les indigènes, au nombre d'environ quatre cents, ne se tenaient pas Immobiles. Le roi donna ses ordres en conséquence, et dès ce moment le calme et le silence le plus parfait régnèrent à bord. Les Anglais coupèrent les câbles ^ et, passant par un passage très-étroit et presque impraticable, à cause des récifs et des bas-fonds, ils amenèrent le navire à une demi - encablure du rivage, où ils Téchouèrent, d'après les ordres de Finau.
€ette opération faite, les insulaires s'occupèrent pendant deux ou trois jours a amener le mât , et à décharger deux caronades et huit barils de poudre, les seuls qui fussent . intacts. Ils enlevèrent aussi tout le fer qu'ils purent trouver dans le haut du navire.
Finau aperçut un indigène occupé à couper une clef au grand mât de perroquet. Il ne crut pas convenable de le laisser achever, et s'adressant à un insulaire des Iles Haouaî, qui s'amusait sur le pont à tirer des coups de fusil , il lui dit d'essayer s'il ne pourrait pas faire descendre cet homme. Celui-ci le mettant aussitôt en joue, le coucha
t*UNIVEKS.
roide nloH. ta inlle Tatteignit dans le eorpa , et en tombant il se cassa les deux cuisses et se brisa la tête. Fînau .ae mit à rire aux éclats, en voyant avec quelle promptitude son ordre avait été exécuté. Lorsque Mariner put se faire .comprendre, il demanda au roi pourquoi il avait eu la cruauté de faire tuer aussi gratuitement ce pauvre homme. Sa majesté tonga répondit que ce n'était qu'un cuisinier (*) , et que la ' vie comme la mort d'un être semblable intéressait peu la société.
Le 9 décembre au soir, les insulaires mirent le Teu au bâtiment, aûn d'avoir plus aisément le fer qui s'y trouvait; Comme tous les canons étaient chareés, la chaleur produite par l'incendie les fit partir l'un après l'autre, ce qui jeta l'épouvante dans l'Ile. Mariner (]ui «vit plusieurs Indiens entrer précipitamment dans la maison où il dormait, eut bien de la peine à les rassurer et à les décider à retourner eJiez eux.
Pendant une semaine entière. Mariner, de l'avis de Finau, sortit rarement, afin de. ne pas s'exposer aux insultes des indigènes; le 16 décembre il accompagna Finau dans un voyage qu'il fit à l'Ile de Wiha pour faire la chasse aux rats et aux oiseaux (**). Il y eut de grandes réjouissances à cette occasion.
Pendant son séjour dans cette tle , quelques indigènes apportèrent à Mariner sa montre qu'ils avaient trouvée dans aa malle, et lui firent entendre qu'ils désiraient savoir ce que c'était. Le jeune Européen monta la montre et l'approcha de l'oreiile d'un insulaire. Aussitôt chacun voulut s'en emparer ; c'était à qui la regarderait, la porterait à son oreille. I^ prenant pour un animal vivant, ils la trappaieni, ils la
(*) Dans cet flet on croit que eeux qui eiercent une profession vile n'ont point d*ânie, et Ton regarde i'élBl de cuisinier comme le plus méprisable de tous , tandis que relui de charpentier est considéré comme le plus honorable.
(**) Les gens de la basse classe asangent ces rats , mais las ehefs ne les tuent que par
serraient daris Itnrs matas pear la faire crier. Ils se regardaieot eosoite avec surprise, riaient aux éelati, fusaient Claquer leurs doigts, et muquaient leur surprise en imitant, afae leur langue, le gloussement d'aai poule. Mariner ayant ouvert sa montn pour leur en faire voir le mouvemeat, l'un des spectateurs s'en empara et s'enfuit à toutes jambes. Les autres le poursuivirent, et dans un instant il montre fîit disloquée. Mais conuM elle n'allait plus, il s'ensuivit une violente rixe , qui ne s'apaisa qu*à Tanf vée d'un indigène, qui ayant aopni l'usage des montres à bord d'un bâtiment français, leur fit comurendif qu'elles servaient à indiquer rbeur^ Mariner ne tarda pas à retourner i Lefouga avec Finau. Il continuaàyétn en butte aux insultes des indigèMS des basses classes, et sa vie mèm n'était pas à l'abri de tout danger.
Touï-Touî chercha à persuader au la qu'il était dans son intérêt de le dé* faire de tous les Anglais, dans la craints
?[ue si quelque bâtiment de cette na»
ion arrivait dans ces parages, ils n informassent ceux qui le monteraieDt de sort du Part-aU'Prince t et ne te d^ terminassent à venger d'une nvuere éclatante le massacre de leurs ituoi^ nés compatriotes. Heureusement Finau ne fut pas de cet avis.
Mariner avait sauvé quelques dtth et du papier à écrire qu'il coaservail précieusement. Un jour le roi le pn> de les lui remettre. Il obéit; mats a eut bientôt le regret d'apprendre qui tout avait été livré aux flammes. Utir qu'il demanda le motif d*une mesura aussi rigoureuse, Touï-Touî lo' 'J pondit de la part du roi, quaudi motif d'amitié ne pouvait le port^ tolérer l'usage de livres et de papi«fl qui étaient auUnt d'instrumenUJI magie, destinés à attirer sur le m la peste ou quelque autre fléau 9fm blanle.Voici comment un peu P^"*JU Finau expliqua lui-même à Mariip{ son opinion a cet égard. ^
Un convict anglais, échappe 5 l'Australie et établi dans l'Ile, s'dM pris de dispute avec des miSsi^Qimi
OCËANiE«
drriféê après loi , les émum d'être la eaote dTune maladie épidémique^qui désolait les différentes fies, et soutint que leors eérémonies religieuses étaient des eoojorations, et leurs livres des instrameats de sortilège. Les indigènes furieux tombèrent alors sur les missionnaires et les massacrèrent.
Mariner et ses compagnons d*tnfortone ne eonnaissant ni la langue, ni les nsages du pays, étaient souvent fort embarrassés pour se procurer les noTens de subsister. Quelquefois on leur apportait des vivres, quelquefois an indigènes les invitaient à venir manger dus eux ; mais le plus souvent on les oubliaft , et ils étaient réduits à dérober ce qui leur était nécessaire.
Eafin Mariner parvint, par rentremise de TouhToui, à faire connaître leur malbenreuse position au roi çui s'en étonna beaucoup. Après s'être informé eomment les choses se pratiquaient en Europe à eet égard, il en rit de bon cœur, et dît à Mariner que Tusage des lies Tonga élilt bien préférable, et
Soedopénavaiit, lorsqu'il aurait faim , n'avait qii'è'ontrer dans la première maison venue, et y demander à boire Il à manger.
Las du genre de vie qu'ils menaient.
Mariner et ses compagnons, au nom* fare de dnq , prièrent le roi de leiir •eoorder on grand canot , pour tacher dsMoer 111e Norfolk, et de là TAustraee. Fiaaa s'y refusa, sous |)rétexte ftfone aussi nréle embarcation ne fserraft pas tenir la mer. Toutefois, tédut à leurs instances, il leur permit ds construire une chaloupe; nui, ayant eu le malheur d'ébrécner sas hache, la seule qu'ils eussent, es Is Itur letira, et ils durent cesser .ienrs travaux.
Ainsi privés de tout espoir de retosmer dsos leur patrie pour le moment , les Anglais sentirent la néces- > sîlé de se plier aux usages du pavs où ' la sort les avait Jetés. Bientôt Tacti vite [st les vicissitudes d'une expédition Lmnrière entreprise par Finau, vint leur Nbumir d'utiles distractions, en don- ^iBBt un autre cours à leurs pensées.
^ Un jour le roi demanda k Mariner
si samèrevivatt eneote, et sur sa r^ ponse affirmative, il témoigna combien il était fâché qu'il se trouvât ainsi séparé d'elle. Il est d*usage aux fies Tonga que les hommes, et quelquefois les femmes se choisissent une mère adoptive, même du -vivant de leur propre mère, afin d'être mieux pourvus de toutes les commodités de la vie. Le roi désigna, en conséquence, comme .mère adoptive de Mariner, Mafi-Habé, Tune de ses femmes qui , par la suite, eut autant de tendresse et d'atïection pour lui , que s'il avait été réellement son fils.
Il y avait à cette époque dans l'Ile de Lefouga une femme qui avait perdu la raison par suite du violent chaerin
au*elle avait éprouvé à la mort d'un e ses proches parents , et à celle d'un de ses enfants, qu'on avait offert en sacrifice aux dieux pour obtenir la guérison de son père. Cette infortunée était considérée comme inutile à la société : Fioau désirait s'en débarrasser, et pria un jour Mariner de lui tirer un coup de fusil. Celui-ci s'en excusa en disant qu'il était prêt à sacrifier sa vie en combattant contre les ennemis du roi , mais que sa religion lui défendait de tuer de sang-froid un de ses semblables. Finau admit cette excuse sans s'en offenser, et la vie de la malhejureuse femme fut épargnée , mais pour quelque temps seulement; car elle fut tuée peu de Jours après par un insulaire des Iles Haouaî , au moment où elle se promenait sur le rivage.
Mariner ayant appris que les bâtiments européens touchaient à Ttle Tonga plutôt qu'aux autres Iles du même groupe, eut l'idée de laisser au -ohefde3/a/aii{^ae (terrain consacré), . dont nous parlerons plus tard , une - lettre par laquelle il annonçait sa situation et celle de ses compagnons d'infortune. Finau envoya chercher cette lettre, et se la fit traduire par l'un des Anglais en l'absence de Mariner.
Cette manière de communiquer ses pensées était pour le roi une énigme inexplicable. Il regardait le papier, le tournait dans tous les s^oa % et n'eu
était pas plus ataticé. Enfin , il appela Mariner, et lui dit d'écrire quelque chose , comme, par exemple, son nom.
Il appela alors un autre Anglais, qui n'était pas présent pendant que Mariner avait écrit, et lui dit de prononcer ce qui était sur le papier, ce au'il fit sur-'le-cbamp. Le roi saisit alors le papier, le regarda dans tous les sens, et finit par s'écrier : « Mais cela ne ressemble ni à moi , ni à ma personne! Où sont donc mes jambes? Gomment pouvez-vous savoir que c'est moi ? »
•Pendant deux ou trois heures entières le roi occupa Mariner à écrire différents mots, et à les faire lire par l'autre Anglais ; ce qui amusa et étonna surtout beaucoup les indigènes qui se trouvaient présents. Tout à coup le roi s'imagina avoir trouvé la solution du problème, et expliqua à ceux qui l'entouraient comment deux personnes pouvaient convenir d'employer un signe particulier pour diacun des objets qu'elles avaient vus. Quel fut son etonnement lorsque Mariner lui dit
3u*on pouvait écrire à volonté le nom e choses que l'on n'avait Jamais vues!
Finau lui dft alors bas à roreiile d'écrire le nom de Tonga-Ahou ( ce même roi qui avait été assassiné longtemps avant l'arrivée de Mariner). L'autre Anglais le lut aussitôt, à la grande surprise de tout l'auditoire. Le jeune Européen dit ensuite au roi que dans différentes parties du monde on envoyait à de grandes distances des messageis écrits de la même manière, et dont le contenu restait ignoré de celui (|ui les portait, et ajouta que l'histoire des nations était transmise à la postérité par le même moyen.
Finau avoua que c'était une invention admirable; mais qu'elle ne conviendrait point du tout aux ties Tonga', parce qu'elle n'y serait bonne ^u'à fomenter des troubles, et à organiser des conspirations.
Le roi avait en vain voulu s'emparer du fort de Vavao , malgré le feu de sa mousqueterie et de quatre caronades qu'il avait eues dans le pillage du Portrau-Princey et malgré le secours de Mariner, de ses compagnons et d'un
noir des États-Unis, il fut coatnifit de lever le siège, et de s'enfermer kil* même , à quelque distance de là , dâar' un camp retranché. Dès ce moment^ ' la guerre dégénéra en de simples thÀ carmouches , où les deux partis se \ faisaient mutuellement quelques pri- \ sonniers , contre lesquels on exerçait, : de part et d'autre, les vengeances leaj plus horribles avec unesortede légèmi \
S lus atroce que la barbarie réflédwij es sauvages de l' Amérioue. Cem-d | du moins ne se livrent a des adtol d'une cruauté raffinée que contre te .
ennemis de leur nation , contre 4l^j individus qu'ils ont été accoutumés 4^ tout temps à considérer comme ém^ êtres dévoués à leur vengeance, sill^ sort des armes les fait tomber eaim leurs mains. Mais les insulaires étt\ fies Tonga se portent gratuitemcÉfc j à des actes d'une cruauté qui lé^ volte l'imagination. Par exemple, pendant le cours de cette campagai, quatre habitants de Vavao, surpris M moment où ils cachaient en terre quel* quês provisions de bouche, furad condamnés à avoir la tête séparée dn corps avec une scie d'écaillés é^b^A' tre, et cet ordre exécrable reçut son exécution.
Une des femmes de Finau, qui avait à se plaindre de la jalousie et de la ty* rannique influence de l'épouse £i«arite, prit le parti de s'enfuir, ct|naa
fmr hasard dans un endroit hofs à^\ 'enceinte du camp, où Mariner élaili occupé hQ\kt\\\\rûe&chadeks. Sevojlil découverte, elle.se jeta aux genouxAl l'étranger, lui exposa ses chagrins«it le supplia, au nom de sa propre voigti au nom de ce qu'il avait de plus cherr^ monde, de ne pas mettre obsta< sa fuite. Mariner, touché de ses lai et de sa malheureuse position, là leva et promit de ne pas divulguer fuite. '
Pour se venger de cette perte» FImÉ résolut de prendre et de taire masd crer un certain nombre de femmes 4 Vavao, qui étaient dans l'habitude Jj se réunir à la marée basse pour ramail ser des moules et autres coquîUiigM sur un banc de rocher qui travctse i
OCÉANIË.
ÔT
Me nott loin de Veliéioa. Quelques hommes de leur parti s'amusaieut à les surprendre comme s'ils eussent été des ennemis, et avaient si fréquemment réoété cette plaisanterie, qu'à la longue elles finirent par en rire, et ne s'eofojaient plus, comme elles le faisaient d'abord. Instruits de leur sécurité, les gens de Finau arrêtèrent leur plan en conséquence. Ils s'embarquèrent dans an canot , et se dirigèrent vers une partie de Itle, où il leur était possible de débarquer sans être vus.
Arrivés là , à un signal convenu , ils se précipitèrent sur les femmes, qui les prirent pour leurs amis ; mais reconnaissant bientôt leur erreur, et foyant trois ou quatre d'entre elles assommées à coups de massue, elles se ■lirent à fuir avec autant de célérité
S 'elles pfirent. De trente qu'elles lient, cinq furent tuées, et treize fait» prisonnières ; les douze autres parvinrent heureusement à gagner le fort De ce nombre était celle que Mariner rencontra fuyant du camp de Finau. Peu s'en fallut qu'elle ne fût atteinte par un jeune chef qui la poursuivait, la massue levée. Dans la rapidité de sa course , son gnatou , l'unique v^ment qu'elle eût , glissa et tomba dans l'eau; par un mouvement de modestie, elle se retourna pour le rattraper; mais, poursuivie de trop pè» pour que le moindre retard ne lui ut pas funeste, elle dut l'abandonner.
B^ son ennemi avait le bras levé
rr la frapper, lorsque, épuisé par efforts qu'il avait faits pour l'at- Iciadie, il tomba de fatigue, et elle
A Turivée des prisonnières, il s'é*
kva une dispute très-vive éhtre les
pvents qui les réclamèrent, et ceux
■ri les avaient prises. Le féroce Finau
'WDO^na une grande colère de ce qu'on
a'avait pas suivi ses ordres , en les ex-
tmninant sur la place, et, pourar-
sangor les prétentions de part et d'au-
Ik, il proposa de couper chacune de
r^as femmes en deux parties ég3les , et
lie les distribuer ainsi entre ceux qui
Ib réclamaient ; mais l'affaire eut lieu
è Famiable. Bientôt après, Finau fit
57* Livraison. (OcÉANlE.) T. III.
la paix avec ses adversaiies de Vavao.
Us convinrent qu'il résiderait à Vavao avec ses mataboulès ; qu'il renverrait ses guerriers aux Iles Hapaî, et qu'il remettrait le ^ouvernenoent de ces fies entre les mains de Toubo-Toa , qui lui payerait le tribut ordinaire. Ce tribut consiste en yams , nattes , gnatou, poisson salé, oiseaux vivants, etc., et on le lève sur tous les individus en proportion de leurs biens. On le perçoit deux fois par an : la première, vers le mois d'octobre , et la seconde fois à une époque indéterminée.
Vers cette époque, la plus jeune des filles du roi, nommée So* Ornai' LcUanguij c'est-à-dire en langue samoa, donnée par te ciel y tomba malade ; elle avait alors à peu près sept ans. Pour se concilier la faveur du dieu qui était considéré comme le
Satron de la famille des Hous, dont escendait Finau, elle fut transférée dans un édifice consacré à cette divinité, à laquelle on sacrifiait journellement un cochon cuit. Toutefois, Finau, voyant que sa fille allait de plus en plus mal , ordonna de lancer ses grands canots , et la conduisit à l'tle de Hounga, où résidait un prêtre que l'on supposait inspiré par la divinité tutélaire de la famille. Ici des offrandes et des invocations avaient lieu aussi chaque jour, et les mataboulès se rendaient fréquemment auprès du prêtre pour savoir quelle serait la décision du dieu.
Dans une de ces visites, Finau étant absent, le prêtre déclara que la maladie de la fille du roi était pour le bien général du pays. Finau , ayant appris cette réponse, fit venir le prêtre et lui parla ainsi :
a Si les dieux sont irrités contra nous, que le poids de leur vengeance pèse sur ma tête. Je ne la crains pas ; mais épargnez ma fille, et je vous demande avec instance, Toubo-Tataî, d'exercer toute votre influence auprès des autres dieux , pour que je subisse seul la peine qu'ils veulent nous infliger. »
Le dieu n'ayant rien répondu à cette prière, son ministre alla se mêler
parmi le peuple, et les chefs se sépa«rèrent.
Le roi regagna sa deroeare , plein de tristesse et vivement blessé dans son orgueil. Le lendemain il se sen* tit gravement indisposé , et s'étendit sur sa natte. Son mal empirait d'heure en heure, et ayant, comme il le dit lui-même, le sentiment de sa lin prochaine, les femmes attadiées à son service allèrent en prévenir ses cbds et ses mataboulès. Ceux-ci , s'étant rendus aussitôt près de lui, le trouvèrent presque sans voix. Dès /qu'il les vit , il chercha en vain à réunir ses idées , et parut suffoqué par la vér hémence des sentiments <{ui l'agitaient.
Enfin les larmes vinrent a son secours, et après en avoir répandu abondamment , il reconnut la justice des dieux» tout en déplorant la fatalité de sa po« sition, qui le condamnait à mourir douloureusement chei lui, au lieu de périr de la mort des braves. Après une courte pause, il ajouta d'un ton calme et ferme : « Je tremble à l'idée des pciaux qui menacent mon pavs ; et je prévois qu'après ma mort l'état des affaires subira de fâcheux changer ments ; car j'ai eu de fréquentes preu^ ves que l'obéissance que me montrent mes sujets vient moins de leur amour pour moi, que de la craiute que je leur mspire. »
En s'éveillant le lendemain matin ^ il se trouva presque aussi bien que de coutume ; mais il eut bientôt la doun leur de voir aa'il n'en était pas de niéme de sa fille, dont la fin fut sans ^oute hâtée par tout ce que l'on fit pour la prévenir ; car, dans leur pieux empressement* ceux qui l'entouraient ne cessèrent de la transporter d'un lipq consacré à un autre, jusqu'à ce qu*elle eût rendu le dernier soupir.
Après cet événement, contre la ixHitume générale des Iles Tonga , ¥inau ordonna qu'il ne serait fait aucune âémonstrati<M|i d'aflQiction publique.
Malgré cette injonction, les serviteurs de la jeune pnnoesse n'en manifestèrent pas moins leurs regrets. La conduite du roi dans cette circonstance lut regardée comme un signe de mé-
contentement contre les ^yien. ti vingtième jour après le déoès, le peih pie fut assemble par ses ordm, at le corps, placé dans uncerctieildcbtris poli fait dans la forme d'un canot, fut déposé dans le faîtoka, ou cimetièe. Cette cérémonie fut suivie d'slwndafh les distributions de vivres et de kava, et les indigènes se tivrèrefit aux ai* sauts de la lutte.
Après que les hommes eurent montré leur loroe et leur dextérité dam des exercices seul à seul , le roi ordonat que toutes les femmes qui demeuraint au nord de Moua se plaçassent d'na côté , et se tinssent prêtes à oombtttoe toutes celles qui demeuraient au sud.
11 n'était pas rare, dans 1er Joars de réjouissances publiques , de voir les femmes combattre deux à dcsix , mais on n'en avait encore, jam^ vu trois mille divisées en deux troufM égales.
Néanmoins, elM couunenèèrent le combat sans hésiter, et le pviptinreot avec la plus opiniâtre bravoun, pendant à peu près une heure» tnns M^ dre un pouce de terraiiu fil eit même probable qu'il ne se serait pat lerauné aussi' promptement, si Finaui témoia de racharnement qu'y mettaient Isa combattantes, ne leurelUpaatrdonné d'y mettre fin; il en coâtp éa paît et d'autre quelques bras et jaoïlies ca»- ,
ses. •,-•;,
Les hommes, k leur tour» se divi* sèrent en deux bandes , et engagèrent 4^s$itôt une affaire fEénérale, qui se soutint de. part et (feutre nvec une égale bravoure, jusow'à ce;i|a'enSn ceux qui habitaient la narti^ de l'Ile où était la demeure du roi coitunenoèrent à lâcher pied. Dès que Finau s'en aperçut , il s'eiança de la maison d'où if observait ce qui se passait, «fin da les exciter par sa présence et ses eftorts. Son exemple fut si efficace que le {laiti opposé recula à son tour, et ûait p«r être entièrement chassé du terrain qti*a occopait.
On ne jMit si le roi fiit blessé dana cette circonstance , ou si le mouvemoit extraordinaire qu'il se donna iuiooca* sioona une rechute , mais à peine fut-îl rentré chez lui, qu'il tomba prangna
OCÉANIEi
itit mH d0tknaifl8iiiee. ^otir ftpai- Mr Jef dteox, et obtenir sa guérisoo, on étrangla un enfont qa'il avait eu d'one de ses eoncubines. On doit dire toutefoM qoe ce barbare sacrifice eut Jieo à soo insu. Néanmoins, le mal de Finan ne fit ga'empîrer, et il aspira ]wa apràs.
D'après oe que le capitaine Cook a éît de ee d)cf S Tépoque où il aborda aux Iles de^ Amis, Fmau devait avoir eavinm dnqaante ans au moment de la mort. Sa taille était de cinq pieds s^ ponces; il était fort et nerveux; il pi^it la tête bante, et avait le regard assuré, les épaules lafees et bien faites, les membres bien découpés et les mouvements gracieux. Ses cheveux , d*un noir de jais , mais non laineux, fnsaient sur son front, oui était trà»-élevé. Il avait les veux granas, pleins de feu et pénétrants. Ses sourcils étaient larges, et lui donnaient un air un neu austère. Son langaf^e était éloquent. D pariait d^une manière fort distincte, et soit qu'il fût de bonne on de nmuyBise humeur, on Fentendait toujours à une très-grande distance C). Finau possédait un esprit profond et rusé, constamment disposé a favoriser tous les projets qui pourraient servir ses intérêts , mais excessivement circonspect sur les vues qu'il pouvait avoir.
I^ maxime des gouvernements despotiques , qu'il est prudent de détruire urat ce qui peut nous être contraire , est fane de celles oue Finau mit tou- Jops en pratique. On a vu comment, Wès s'être emparé des principaux ç™ et guerriers de^ Vavao, il les fit périr tous d'une manière ou d'autre.
On reconnaît une grande similitude de caractère entre ce chef et son pi^écesseor Toueou-Hao. Finau pouvait marcber l'égal du mortel le plus ambitieux.
C) SoB éioqaenc» était bî poriuaiive , qne h ptapari de aes ennemii craigoaient de /muter, de peur d*èife obligés de le rendre à teg raisons, cl de compromeltre ainsi Inm intérêts. Dans son intérieur, il ne par- ^( que d*ane voix trèt-douce et avec leao* Vwp de rtteme.
Il ne lui a manqué m Téducition et tin plus vaste champ d'aotion pour devenir mfiniment plus puissant qu*il ne l'était. Doué par la nature d'un de œs esprits vigoureux qui embrassent tout ce qui est à leur portée, et qui ensuite^ niécontents de oe <|H'ils ont obtenu^ chercbent à obtenir davantage, oembien dut lui paraître fatigante et ennuyeuse la domination de quelques tlee, qu'il n'osait quitter pour en conquérir d'autres , de peur de s'en voir déposséder par la trahison de quelques-uns de ses cheft, et l'inoonstasoe d'une armée indisciplinée I
Quant à ses sentiments religieux, il est difficile de croire qu'il en eût aucun; il est certain du moins qu'il n'ajoutait aucune croyance aux oracles rendus par les prêtres. €ar, bien qu'il les crût réellement Inspirés lorsqu'ils feignaient de l'être, il pensait néanmoins qu'il leur arrivait souvent d'attribuer aux dieux leurs propres sentiments, surtout ceux qui neifaecordalent pas avec sa manière de voir. Toutefois, il n'émettait jamais d'opinion à cet égard en public, quoiqu'il s'exprimât diine manière tres-franohe devant Mariner et quelques-uns de ses confidents.
Il avait coutume de dire qu'à la guerre les dieux favorisent toujours le parti
£a les chefs et les guerriers les plus ves. Il ne croyait pas d'ailleurs que les dieux s'occupassent beaucoup de nos intérêts Ici-bas, et il ne voyait pas, disait-il, pour ouelle raison ils ie feraient. Comme le reste de ses compatriotes, il croyait à une vie future, et il pensait que les chefs et mataboulès, qui ont des âmes, vivent dans holotou (le paradis) d'après leurs différents rangs dans oe monde ; mais Sue les gens du peuple , n'ayant pas 'âme, ne jouissent pas de cet avantan.
Tel était le dernier roi des lies Tonça, homme doué d'un grand caractère, très-remarquable sous qu^ ques rapports , mais surtout éminemment dramatique. Nous Pavons dépeint un peu an long, parce que de pareils hommes s'offrent rarement eu Oetoile à notre observation, et pour nous excuser, nous durons qu'il est important
loo
L'UNIVEftS.
de connattréc^quenos semblables sont
et peuvent être dans Tétat sauvage,
■ si nous voulons juger avec quelque
• exactitude de leur caractère dans l'état de civilisation, a6n qu'en comparant
• Tun à Tautre , nous puissions parvenir •à porter un jugement exact sur la
nature humaine , et sur Fanthropologie ou la science de Tbomme, qui doit être pour nous la première de toutes les sciences. ,
Mous croyons à propos d'entrer ici dans quelques détails sur les cérémonies funèbres qui eurent lieu à roccasion de la mort de ce chef, parce qu'ils offrent un grand nombre de particularités remarquables.
Dès que Ton eut perdu toute espérance, et que Ton fut bien certain que Finau avait cessé de vivre, son corps, que Ton avait transporté d'un sanctuaire à l'autre, fut placé dans une grande maison sur le malaî. Parmi les chefs et mataboulès qui se trouvaient réunis paria circonstance, il s'en trouvait un nommé Vouna, au-devant duquel le prince s'avança pour lui faire part de la nécessité de transporter le corps de son père à Fellétoa. Il eût été irrespectueux d'en agir autrement,
garce que Vouna était un grand chef, ien au-dessus, de Finau lui-même.
Ceci peut paraître extraordinaire; mais il arrive souvent que le roi est choisi, à cause de sa valeur et de la simériorité de sa sagesse, dans une famille qui n'est pas du premier rang, et c'est le cas dans la famille actuellement régnante. De là vient que le roi est souvent obligé de rendre certains devoirs d'étiquette à plusieurs chefs , et même à de petits enfants, qui sont d'une noblesse plus relevée que la sienne.
Tous les cnefs et mataboulès présents , vêtus de nattes, s'assirent en atten- , dant l'arrivée du corps du feu roi. Les .pleureuses, composées de ses parentes, .veuves, concubmes, servantes et au- .tres femmes d'un certain rang, qui, par respect, assistaient à la cérémonie, . se trouvaient assemblées dans la mai- . son et assises autour du corps , lequel était déposé sur des balles de gnatou.
Toutes étaient vêtues de vieilles nattes
déchirées, emblème de leur diagrln et de l'abattement de leur esprit. Lear extérieur était fait pour inspirer la pitié et la tristesse, que l'on fftt ou ik»
accoutumé à de pareille scènes. £Qes avaient les j^eux si gonflés des larmes
Qu'elles avaient versées la nuit préoéente, et les pommettes telleroeot . meurtries des coups de poing qu'elles s'étaient donnés, qu'à peine pouvaientelles y voir.
Parmi les chefs et mataboulès qui étaient assis dans le malai, tous ceiii qui étaient particulièrement attachés i Finau , ou à sa cause, tiéinoignaient leurs> regrets par des aotioos, à la vérité en usage parmi ces peuples à l'occasion de la mort d'un pareot oo d'ua grand chef, mais qui n*en sont pas moins d'une extrême barbarie. Ils se coupaient et se blessaient de mille manières différentes avec des massues, des pierres, des couteaux, des coquillages tranchants , et cela en courant deux w trois à la fois au milieu du cercle formé par les spectateurs. D'autres, plus calmes et plus modérés dans leurs regrets , allaient et venaient d*un pas iacertain, et l'air égaré ; puis, brandissant les massues dont ils étaient armés , (i dont ils se frappaient violemment te tête , ils disaient : « Hélas ! ma mas- « sue , qui m'eût dit que tu m'aurais « rendu ce service ei nais à même .« de donner ainsi un tànoignage de .«mon respect pour Finau! Jamais, ft non^ jamais, tu ne serviras ^his à '« faire voler les cervelles de ses enoe- « mis ! Hélas ! quel grand ,' quel puts- « sant guerrier a succombél O Finau, « cesse de douter de ma loyiûité ; sois « convaincu de ma fidélité ! Mais quel- « les absurdités dis -je ? si pavais èké « un traître, j'aurais éprouvé le soit «de ces nombreux guerriers victimes « de ta juste vengeance. Cependant ne « crois pas, Finau, que je te fasse des « reproches ; non , je ne chercbe qu^à te «convaincre de mon indtipence; car «quel est celui qui, ayant 'envie de « nuire à ses chefs, verra comme md «sa tête blanchir? O dieux cruels, « nous priver ainsi de notre père, de « notre seule espérance, pour qui seai
OCÉANIE
<ôl
«nous d^lrions vivre! Nous avons, « il est vrai , d'autres chefs , mais ils «n*oot pour eux que leur rang, et « De sont pas comme toi , hélas ! grands « et puissants à la guerre. »
Après trois heures environ de gestes et de semblables discours, le prince ordonna oue le corps de son père fût conduit à rellétoa. A cet effet on le plaça sur une balle de gnatou , que Ton mit sur une espèce de claie. Le prince ocdonna que, comme son père avait le preodier introduit Tusaçe de l'artil- Icne dans les Iles Tonga , il serait tiré deux coups de caronade a^ant que le cortège se mît en marche, et quatre torsquUI serait sorti du malaï. II prescrivit aussi qu'on retirât du faîtoka le corps de sa 'fille, et jju'on le plaçât dans un canot pour lui faire suivre le corps de son père , qui avait témoigné le désir d^étre inhunoé près d'elle. Ces préparatifs termiués, Mariner chargea les caronades à poudre, et tira quatre salves. Le convoi commença alors à se mettre en mouvement. Les femmes et les servantes du défunt ouvraient la marche; venaient ensuite le corps de FittsiUf celui de sa Glle, les matabou- Jés , et enfin le jeune prince et sa suite. Lorsaue Je cortège fut sorti du fort , et qu îl eut défile devant Tendroit où ks caronades étaient en batterie, Mariner fit tirer deux nouvelles salves ; puis les ajant chargées à mitraille, il marcha otéche allumée à la suite du convoi. Le jeune prince avait cru devoir prendre cette précaution pour en imposer aux chefs qui seraient tentés de se révolter.
Au bout de deux heures, le convoi arriva à Fellétoa , et le corps fut déposé dans une maison située sur le malaî à ouelque distance de la fosse, en attendant qu'on y transportât une autre plus petite, ce qui fut exécuté
moins d'une heure. Le corps fut conduit et placé dans l'intérieur
odle-ci , sur une balle de gnatou ; ition entière était tendue de
Itou noir depuis le toit jusqu'au sol.