PAR G. L. DOMENY DE RIENZI
TOTAGEUR Ur OCK&XIB, KH ORIEITT, STC, XTC. ; MEMBRB DX lViTSTITUT HISTORIQUI, SE PLUSIEURS ACADÉMIES ET SOCliTÉS SATARTE»» DE VRAXCE , D*ITALIE ET DES IRDXS ; ETC., ETC.
niécis historique ub l'archipel de
taVti.
V^uiBOS est incontestablement le preinicir découvreur de Taïti. Le 10 février 1606, il fit mouiller un brigantin dans un de ses ports. Ses compagnons rapportèrent que les indigènes avaient la peau basanée ; qu'ils étaient grands et robustes, armés de lances, de sabres et de casse-téte en bois, et que leurs cases étaient alîgnées^sous des cocotiers au bord de la mer: Après quelques heures de séjour, invites à se rendre à bord , ils refusèrent, et les Espagnols regagnèrent leur chaloupe à la nage. Le fait le plus remarquable de leur séjour, c*eâ qu'ils virent un des chefs dont la tête était couronnée de plumes noires, et dont la chevelure, à demiboudée et tombant sur ses épaules, éuit blonde. Il était le seul parmi les insalaires qui offrît cette particularité.
Deux Jours après, Quiros mit à la voile, laissant à cette tie le nom de Sagiltaria.
61* lÀoraison. (Océànte.) t. ni.
. Sagittaria ne fut plus revue pendant le long espace de cent soixante ans.
Après avoir été sur le point de se perdre sur le banc du Dolphin^ Wallis mouilla , en juin 1767, dans la baie de Matavaî , où « le premier pavillon
3u*on découvrait, dit réloquent auteur u Génie du christianisme , était celui de la mort qui flotte au-dessus de toutes les félicités humaines. » II paraît qu'il employa trop vite le mousquet contre quelques insulaires indiscrets et turbulents. Aussi , peu de jours après son arrivée, trois cents pirosues chargées de deux mille guerriers s approchèrent du vaisseau de Wallis, et rassaillirent d'une grêle de pierres. Quand le capitaine anglais vit que les pirogues se trouvaient à portée , il fit feu de toutes ses batteries , et balaya en un clin d'oeil l'escadre des sauvages. Quelques pirogues plus audacieuses tentèrent l'abordage par la poulaine ; une pièce portée sur l'avant du Dolphin (c'était le nom du vaisseau monte par Wallis) les fit voler en éclats, et tua un des chefs. Les insulaires deman* dèrent la paix; mais le lendemain ,
L'UNIVEAS.
nouvelle agression de leur part , nouvelle mitraiHade de la part des Anglais. yfMs fit détruire toutes les pirogues, cales c|ii1. étaient h flot et celles qui se trouvaient à sec , et la terreur cimenta la paix. '
Dans son séjour dans Ttle, Yfallis visita plusieurs chefs , tout en explor raiit le pays ; mais, dans sa ^relation , il nç ;iomrae qiie la |>rincesse Obéréa , dont le vrai nom était Pouria, femme assez belle, d*un maintien agréable, honorée des naturels , et âgée de plus de quarante ans; elle habitait une grande case de trois cents pieds de long sur quarante de large et trente de nauteur , soutenue par cinquante et un piliers , et située à une demilieue de Matavaî. Il paraît que Wallis joua auprès de cette princesse le rôle d*Énée, bien que sa Didon ne recherchât pas les honneurs du bâcher. Après son départ, il nomma Ttle du nom de Georges II f^ et en obtint la cession en Àiveur du roi d'Angleterre , si on doit ajouter foi à la gravure de sa relation.
En avril 1768, c'est-à-dire un an après, fioagainville en prit possession pour \A France. Depuis longtemps on a disposé ainsi des puvres peuples , sans s occuper, le moins du monde, ni de leur consentement ni de leurs avantages. Il trouva la reine Obéréa déjà consolée du départ de son inGdèle, et vivant maritalement avec Tou-Païa, grand prélre de Taiti , quoiqu'elle fût V Fépouse du régent. Cest ce Tou-Païa, originaire de Raîatea, qui mourut i Batavia, au retour d'un voyage de la lïouvelle-Zeeland qu'il avait lait à bord du vaisseau du capitaine Cook.
Nous avons déjà fait connaître l'ancien gouvernement de Taîti ; sans entrer dans de Nouveaux détails, il .nou9 suffira de dire que VoHn ( reniant), fils du roi, ayant pris le titre de roi, Obéréa était devenue la reine mère, et le roi O'Ammo, son époi:x, n*étaît plus que régent. Deux div*sions de l'île étaient administrées par Toutaha et LapaT, qui étaient rrères, et la presqu'île de TaTa-Rabou était gouvernée par Wahî-Adoua.
Bougainville eut des relations d'ami-
tié avec Réti , chef du district de Hidîa, devant lequel il était mouillé. Il reçut la visite de Toutaba, un des triumvirs de l'île, qui poussa la galanterie, le désintéressement et l'hospitalité, au
Iioint de lui offrir une de ses plus euneâ et pi us' jolies femmes. Ce Toutaba avait plus de six pieds. L'habile et spirituel navigateur appela l'île Nouvelle- Cythêre ; mais le nom indigène de TaTtl qu'il fit connaître à rEûrope, prévalut cette fois. Nous avons donné en passant le récit du Taïtien Otourou , frère du chef Réti , qu'il amena à Paris, où il demeura une année, et qui, ayant quitté la capitale, s'embarqua sur le Brissan, qui le transporta à Tîle de France : de la il devait se rendre dans son île avec le brave capitaine Marion; mais Marion, ayant fait échelle au fort Dauphin, établissement français insalubre de l'île de Madagascar,* Otourou y mourut de la petite vérole, qui fit périr Ï>lus tard à Londres l'aimable Péiouien Li-Bou.
En 1769, Cook vint mouiller à Matavaî pour observer le passage de Vénus sur le disque du soleil. Les indigènes le comblèrent lui et les siens de prévenances et de politesses, et ils purent explorer le pays en liberté et avec sécurité. Il eut quelquefois à se plaindre de petits larcins, mais il châtia les voleurs d'une manière si ter^ rible qu'ils se dégoûtèrent du métier.
Peu avant le départ du capitaine anglais, deux de ses marins désertent sa frégate. Cook s'empare de la famille royale et de plusieurs chefs en véritable flibustier, et signifie aux indigènes qu'il les gardera comme otages jusqu'à ce qu'on lui ait ramené les déserteurs; ce qui ne tarda pas. Cook les punit avec la sévérité dont il donna si souvent des exemples , et rendit aussitôt ses otages couronnés. C'est dans ce voyage qu'il prit à son bord l'ex-grand prêtre Toupaîa, dont nous avons déjà parlé.
Cook reçut, avant de quitter cette île, la visite de Téroe, roi d'Eïméo. n visita nie de Wahine, où il vît le roi Cri, et celle de Kaiatea, où le vieux
OCÉANlE.
^oani, célèbre ffoenîer de Borabora, reposait sa vieillesse sur ses lauriers. Depuis le départ du navigateur anglais, Toataha, dévoré d'ambition, ■oainit la presqulle Taîarabou. Mais il survécut peu de temps à son triomphe , et laissa la couronne à son tts.
UEspagnoi Bonechea niouilla à Taîti en 1772 et en 177S; un autre Espagnol, Langara, y laissa un déserteur, oerena plus tard le favori et le conseiller du |eune Wahi-Adoua II.
Cd avril 1773, Cook retourna à Taîti, et mouilla devant Taîarabou, où il p^ huit jours. Il reçut la visite 4e Reti, chef de Hidia, qui ne lui demanda ps seulement des nouvelles de son frère Otourou , le passager de Bougainville. De Taîarabou, le capitaine anglais reparut à Matavaî. Là, le roi Otou lui fit la réception la plus brillante. Il n'était permis à personne, pas même à son père O'Amino , de se eou\Tir devant lui, et tous les assistants devaient avoir le corps nu depuis la tête jusqu'à la ceinture. Auprès du roi, Cook retrouva Potatou , qu il avait connu dans sa première relâche, et qui loi témoigna beaucoup d'amitié en toute circonstance. Potatou, avec sa taille gigantesque, semblait dominer toute rassemblée. 11 joignait la force de Milon de Crotone a la beauté , à la Çràce d'Antinous, et son caractère était d'une douceur extrême (*). La taille de sa femme Pota-Tetera était de six pieds. Durant le premier voyage de Cook , elle était devenue la sœur [touahine) de cet intrépide marin.
Fière de ce titre, elle ût une visite au capitaine. La sentinelle anglaise voulot, obéissant à sa consigne, Tempecher d'entrer dans sa chambre ; mais ce grenadier femelle prit le soldat à bras-le-corps, le jeta lestement sur le pool, et courut triomphante embrasser Bon frère adoptif le capitaine Toute.
Cest ainsi que Cook était nommé à Taîti. ^
L'année suivante , au 'n;ois d'avril ,
(*) Une de set cuisses égalait en grosseur k coi^ du malelot le plus robuste.
Cook reparut encore à Matavaî. U f vit Réti, qui lui demandait tous les jours des nouvelles de son cher ami Pouta Feri (Soudain ville). U visita le vieux roi On a Wahine, et le roi Oréo à Raîatea, où il laissa son aimable passager Hidi-Hidi (OEdidée), dont on a dit 1 histoire.
Ce fut en 1777 gue l'illustre Cook entreprit son troisième voyage à bord de la Découverte y tandis que le capitaine Clerke montait la HesohiHon. Il parut avrc les deux vaisseaux de l'expédition devant la pres<]u'île de Taîarabou, oii régnait Wahi-Adoua, firère de Wahi-Adoua IL De Taîarabou, il se rendit à Matavaî en septembre, passa à Eîméo, où régnait Wahine, relâcha à Wahine, que gouvernait Tnîri-TaTria , et y débarqua le célèbre M aï, son ami et son protégé, dont on a dit Thistoire.
Dans rintervalle des voyages du
{;rand navigateur , le i7 novembre 1774, e capitaine espagnol Domingo Bonechea mouilla avec deux bâtiments à Watou-Tera dans la presqu'île de Taîarabou. Il amenait oeux missionnaires envoyés par le vice-roi du Pérou. Le roi Otou , et surtout Tarii Waln-Adoua , Taccueillirent f»arfaitement.Après avoir laissé les deux missionnaires confiés à la protection de Tarii , Bonechea remit à la voile pour visiter quelques autres points de l'archipel, et à son retour, le 26 janvier 1775, il mourut, et fut enterré au pied de la croix de la mission. Kn effet, en 1777, époque de la dernière relâche du capitaine Cook à Taîti. il apprit que deux vaisseaux y avaient abordé en 1774. l^s naturels lui dirent que ces vaisseaux étaient venus de /2ima, que quatre de leurs hommes, dont un se non)inait Matima, avaient été laissés dans nie; mais que les mêmes bâtiments les avaient repris à leur bord dans une seconde relâche, pendant laquelle le commandant de cette expédition, que les habitants nommaiest Orkléf mourut, et fut enterré dans nie, et que le capitaine et les missionnaires avaient assuré que (^ook était mort, et l'Angleterre sujette de TFs-
' pagne. Les détails que le capitaine Cobk put recueillir de la bouche des naturels, et la découverte d'une croix de bois sur laquelle on avait gravé les mots suivants : Christus vincit, et Carolus imperaty 1774, le portèrent à conclure que ces bâtiments appartenaient à la marine espagnole, et étaient sortis du port de Lima, capitale du Pérou; mais le cabinet de Madrid, soit insouciance, soit politique, avait gardé le silence sur ce voyage.Toutefois ce mystère est enfin connu , grâce à la gazette du gouvernement de Calcutta, capitale de 1 Inde britannique, qui en a donné la relation abrégée, d'après un journal que son éditeur tenait du capitaine Dillon, lequel, rédigé par un Espagnol de Lima, nommé Manuel Kodriguez , contient plusieurs particularités qui ne permettent pas de douter qu'il né s'agisse du voyage dont parle le capitaine Cook. Ce journal inédit était resté entre les mains de la veuve de Rodriguez, et le capitaine Dillon l'obtint (Telle à Valparaiso (Chi.i).
Rodriguez, le Matima des Taïtiens, ayant acquis quelques connaissances de leur langue, avait été désigné pour accompagner une mission partie de Callao, et destinée pour les îles de Taîti. Le but de cette mission était la conversion des naturels à l'aide de quelques-uns d'entre eux qui avaient été baptisés à Lima. Deux moines étaient' au nombre des missionnaires qui mirent à la voile de Callao sur le Jupt/er; ils débarquèrent à Taîti le 15 novembre suivant. Ils bAtiient une maison à'Odjetatira (Ohitepeha), et la croix trouvée par Cook était devant cet édifice. Le commandant de la frégate, qui mourut pendant la seconde relàclie, s'appelait aon Domingo Bonechea, nom oui n'a pas plus de rapport avec celui d'Oridé, que Matima avec Rodriguez (*).
Les vaisseaux quittèrent l'fle le 28 janvier, laissant les deux moines Padre
(*) Nous soupçonnons que ces nonis étaient ceux de leurs iajos, avec lesquels ils avaient échangé les leurs, suivant Tusage des Pol)ucsiens.
Hieronimo et Padre Narcisso , Tinter* prête Rodriguez et un domestique. Les missionnaires firent peu d'efforts ()our convertir les naturels, et n'obtinrent aucun succès. Rodriguez prétend qu'ils manquaient d*humanité et de douceur; mTils avaient pris du chagrin et de 1 humeur de leur position, et qu'il en éprouvait souvent les fâcheux elTets; ce qui réduisit à rien ses fonctions d'interprète. Pour se désennuyer, il passait la plus grande partie de son temps avec les naturels , et parcourait Tlle en tous sens. Il n'avait alors que vingt ans, et sa jeunesse, sa vivacité, sa gaieté, et la connaissance qu'il avait de la langue taltienne paraissent Ta voir rendu cher auv habitants. On voit dans le récit fait au capitaine Cook, que le nom de ces Espagnols était i*especté parmi les insulaires, et le journal prouve que Rodriguez ne possédait auciipe connaissance scientifique, et qu*il n'était qu'un observateur trèssuperliciel.
Au retour des vaisseaux, les missionnaires demandèrent à quitter Hle; Rodriguez se rembarqua avec eux , et revint à Callao le 28 février 1776. Les moines se louaient de la bienveillance des naturels, et ceux-ci trouvèrent les Espagnols moins durs que les Anglais.
Cook avait à peine quitté l'archipel, que le roi Otou épousa Hidia, sœur aînée de Motou-Oro; ainsi ces deux princes furent doublement alliés. Ils tirent étrangler le premier enfant qui provint de cette union, pour conserver leurs titres ; mais Otou , avant voulu sauver son second enfant, îl dut, d'à- près la loi du pays , que nous avons fait connaître au chapitre Gouvememeniet Lois y abdiquer la couronne; de manière que Otou devint régent, de roi 3u'il était. En changeant de titre, il ut changer de nom, et, après bien des essais , il adopta celui de Pomare (rhume), par allusion à un rhume qu'il avait contracté à* la suite des combats qu'il avait livrés à ses adversaires. Son iils devint Pomare II. La naissance de cet enfant fut l'occasion d'une rupture entre le roi et la reine. Hidia,
OCÉANIE
jeun« , belle et ^nde femme , douée d*ane figure animée et spirituelle, d'une imagination ardente et voluptoeuse, et d'un tempérament de feu , quitta son royal époux par dépit, et surtout pour se livrer à des débordements tels qu*on pourrait la surnommer la Messci&nede Taïti. Cependant, malgré sa complaisance ou plutôt son indulgence, Pomare V ne peut être comparé à Gaude ; et sa femme lui resta Gdèle sous le rapport politique.
Onze années s'écoulèrent sans qu'aucun navire abordM à Taîti. Le premier qui ^- parut fut le Lady Penrhyrij capitaine Sever, en 1788; il était chargé du transport de la colonie qui venait de s'établir sur la Nouvelle-Galles du Sud, et mouilla dans la baie de Matavaï pour procurer des vivres frais à son équipa^, infecté du scorbut. Pomare T' fut tres-généreux envers le capitaine Serer, qui vit Hidi-Uidi , et apprit la mort de Mai et des deux Zeelandais que Cook avait amenés avec lui , ou plutôt qui avaient suivi Maî. Il laissa
S^Dorer aux insulaires la mort horrible e riilustre capitaine Cook, dont ceuxci lui demandaient à chaque instant des nouvelles.
Bligb, commandant du Botmty^ parut à son tour à Matavaï. Pour ne pas nous répéter, nous renvoyons à Fartictede l'arbre à pain le récit aussi important que curieux de sa relâche , de sa mission et de ses malheurs. Nous ajouterons seulement que parmi les révoltés du Bounty qui reparurent à Matavaï le 22 septembre 1789, seize débarqués, qui ne voulurent pas suivre l^rs complices à Pitcairn , s'établirent Ki. Churchill , ancien maître d'armes à bord du navire de Bligh , se rendit à Taiarabou auprès de Wani-Adoua , dont il devint le iavori. Après la mort de ce chef, il lut nommé son successeur, et il était sur le point de régner sur ^e presqu'île, quand Thompson, •^oré de jalousie et d'ambition , le tua d'un eoup de fusil. Mais les insulaires vengèrent leur nouveau roi, et inunolèrent son assassin. Lin enfant de quatre ans monta sur le trône de Taïarabou.
Quelques années après , le capitaine Edwards, de la frégate la Pandora, vint réclamer , au nom de son gouvernement, les révoltés du Bounty:
ils furent livrés par les insulaires, malgré les sollicitations, les pleurs et les cris des veuves et des orphelins taïtiens qu'ils étaient obligés d'abandonner. A cette époque, Pomare 1*', qui depuis longtemps avait conçu le projet de voir l'Europe, fut sur le pomt de suivre le capitaine Edwards. Son frère Ara-Piha parvint, avec beaucoup de peine, à empêcher son départ.
Le célèbre explorateur Vancouver aborda à Taîti avec ses navires. Cet ancien compagnon de Cook trouva l'archipel déchu de sa première splendeur. La population avait considérablement décru parles guerres intérieures, et surtout à cause des maladies honteuses importées parles Européens.
Il assista à l'avènement au trône de Pomare IL II remaraua qu'un f^rand nombre de mots de la langue taïtienne avaient été changés , et que ces mots étaient rigoureusement interdits.
La MathUda, capitaine Weasterhead, en 1792, le DedaluSy capitaine New, en 1793, la Jenny et la Britanniay en 1791, et en 1797 le Duffy capitaine Wilson, chargé de placer des missionnaires sur les principales îles de la Polynésie, mouillèrent à Taîti.
L'arrivée des missionnaires commença la révolution dans l'île. Le grand prêtre Mani-Mani fut assez désintéressé |)Our se déclarer en leur faveur, et ces apôtres se mirent surle-champ à l'œuvre. Une cérémonie solennelle eut lieu le 16 mars 1797 en présence des chefs Pomare I**", la princesse Uidia,Mapaî, et Haïtia, chef de Matavaï. Le roi Pomare II Gt cession aux missionnaires du territoire de Matavaï, séjour fort agréable (voy.
pi. 153 et 154). Après la cérémonie, on construisit une maison commode pour les apôtres , cinq femmes et deux enfants , et le Dv/f remit à la voile pour Tarchijjel de Nouka-Hiva.
Le Z>wjf/' reparut à Matavaï le 6 juillet de la même année. Les missionnaires étaient satisfaits des traitements
gu'ila éprouTatent, mais ils se plai-
S liaient du petit nombre de conversions uMls avaient faites. Le neveu du capitaine, après plusieurs explorations Importantes durant cette relâche , qui fut d'un mois, estima que la population était réduite à 16,000 âmes.
Le 6 mars 1798, le NaufiluSy canitaine Bishop, aborda à Matavaî.
Pomare V était pour les missionnaires , et Pomare li leur montrait tout au moins de l'indifférence.
UÈliza amena à Taîti le missionnaire Henry et sa femme. Ils annonçaient le retour du Duffîiyec un renfort d'hommes et de provisions ; mais ?'[uelle fut leur douleur quand le capiaine Çumker, commandant de \\4lr bioîiy leur porta la triste nouvelle qu'un corsaire français s'était emparé au l>u(f, que la mission de Tonça- Tabou était détruite, et que les missionnaires avaient été en partie égorgés par les indigènes de Tonça , et en |>artie forcés de quitter la mission.
Le Purpoise apporta dans les entrefaites des présents à Pomare II de la part du gouverneur de Port-Jackson , et le /{oya/-v^^iira/^quecomniandait encore vVilson , débarqua bientôt après huit nouveaux missionnaires. L'espérance renaquit dans les coeurs de tous (es ministres de l'Ëvangile et de leurs adMrents. M. Nott, leur chef, parcourut rîle entière, se livrant partout à la prédication.
Après quelques succès et quelques revers, au milieu d'une guerre qui armait une partie des chefs et des insulaires contre l'autre, à travers Tapparition de plusieurs navires anglais, entre autres du i^/ar^are^^ capitaine Byers, dont le subrécargue Turnbull nous a laissé une relation intéressante; et à la suite de plusieurs combats, le vieux Hopaî, père de Pomare T', mourut, regretté des étrangers ainsi que des indigènes. Le roi Pomare T* perdit son (ils , le jeune prince de Taîarabou ; lui-même fut frappé de mort subite après son dîner, à l'âge de cinquantecinq ans. Ce roi était doué d'une énerffie opiniâtre et d'une rare sagacité. Il avait su régner jusqu'à sa mort,
sous le nom de son fils, et malgré les lois du pays. La vie de ce monarque civilisateur avait été un long combat, et ce fut lui qui protégea les missionnaires en toute occasion. Son fils Pomare II lui succéda.
a Pomare II (voyez son portrait pi. 158) est le Clovis, le Constantin de Taîti (*) : le premier il embrassa le christianisme, et l'archipel s'empressa de l'imiter. Ce roi fut toute sa ▼ie un fervent néophyte ; il se voua au progrès du culte nouveau , non-seulement comme souverain, mais encore comme apôtre. On lui doit la première traduction de l'Évangile en taïtien.
Sous lui, la religion fut florissante, mais non pas despotique : quand les pasteurs européens voulurent empiéter, il les contint et les limita. Aussi nous verrons plus tard qu'il fut médiocrement regretté par eux.
« Jusqu'à lui les prédications des missionnaires n'avaient eu aucun succès.
Dans tous les districts où ils s'étaient présentés, on les avait tournés en ridicule, quand on ne les avait pas maltraités. Les naturels riaient de leur Dieu , leur disant qu'il n'était que le serviteur du grand dieu Oro, et Qu'ils ne changeraient pas l'un pour lautre. Quelquefois même, quand un insulaire tombait malade pendant le passage d'un missionnaire, on accusait ce dernier de malétjce, et on le forçait à déguerpir du canton. Malgré ces obstacles, la mission n'en continuait pas moins son œuvre difÏÏcile. En janvier 1805, on prépara un catéchisme détaillé, et au mois de mars suivant, on adopta l'alphabet ^ui servit de base aux traductions ultérieures.
« On commençait à espérer des résultats plus heureux , quand la trêve indéfinie qui régnait entre les chefs, ayant été brusquement rompue , fit place à de longues et déplorables bos-
(*) On doit les paragraphes suivants, mar(]ués d*un guilleniel et résumés de Pouvrage d'Eilis , jusqu'à celui qui commence ainsi : Pomare 11 ne commença (sauf deim épitres du roi Pomare II ), à M. Raybaud , narrateur élégant du Voyage {littoresqne autour du moiode.
OCÉANIE
tflités. Au mois de juin 1807, les troupes royales tombèrent à Timproviste sur le' district d* Atu-Hourou , rava-
gèrent , massacrèrent tout devant el- », chassèrent la population entière ▼ers les montagnes, et se retirèrent avec les cadavres qui furent portés sur les autels d'Oro (voy. pL 167). Cette horrible expédition ne fut pas sur-leK;tianip expiée. Les chefs d*Ata- Hourou méditaient depuis longtemps leur vengeance ; mais elle éclata enfin terrible et complète. Avant Tex^ilosion pourtant, les missionnaires avaient pu se retirer sur le navire anglais Perse' vérance, qui se trouvait alors mouillé dans la rade. Le pasteur Nott ne se rendit à bord que le dernier, ayant voulu tenter un dernier effort auprès des rebelles pour les concilier avec Pomare. Il écnoua.
« Alors commença la guerre désastreuse, connue dans k» annales de Taîti sous le nom de Tamal rahi ia AraKoU'RiOa (grande guerre de Ara- K>u-Raïa). Le chef des insurgés était Tanta , ancien ministre du roi , alors son plus rude adversaire, et le guerrier le plus redouté de tout Tarchipel. Son nom seul était un gage de victoire.
Quand il quitta le prti de Pomare, celui-ci se tmt pour oattu ; il en versa des larmes de douleur. Cependant il lie voulut pas renoncer à la partie sans combattre. Conseillé par le grand
Srétre d'Oro, il prit même l'initiative : attaqua son adversaire qui avait l'avantage du nombre et de la position ; mats vivement repoussé , il fut (À)ligé de s'enfuir jusqu'à Paré, où il n'attendit pas l'ennemi. l\ quitta Taîti , et se réfugia à Wabine, où les missionnaires avaient déjà cherché un asile.
« Taîti et Taîarabou appartenaient inx rebelles ; aucun chef de marque ne se présentait plus pour les leur disputer. Leur premier acte de possession liit entache de sans et de ravages ; ils
Èlèrent les districts de Paré et de tavaî, ravagèrent les habitations des chefs du parti royal, saccagèrent l'établissement des missions, pillèrent les objets de quelque valeur, fondèrent
les caractères d'imprimerie en balles, et roulèrent les livres en cartourhes , enlevèrent les armes existantes, ou en fabriquèrent d'étranges avec les ustensiles de cuisine. Enivrés par le succès, ils espéraient davantage encore ; ils épiaient l'occasion cTenlever le premier navire qui se serait présenté, après en avoir massacre les officiers. Ce coup de main eut lieu en effet sur le schooner yénus. qui ne put être prévenu à temps du péril ; mais le bonheur voulut que l'équipage, au lieu d'être égorgé sur-le^hamp, fut réservé aux sacrifices du dieu Oro, ce <]ui donna le temps à l'(7rafiia, navire anglais qu. survint, de sauver tout des mains de ces barbares, hommes et navire. La place n'était plus tenable. A l'exemple de Taîti , les autres tles étaient tourmentées par des factions turbulentes et diverses :
une étincelle avait incendié toutes ces têtes guerrières, et désormais, au milieu de ces querelles flagrantes, des ministres de paix n'avaient plus de rêle à jouer. Aussi, le S6 octobre 1809, tous les ministres quittèrent-ils l'archipel pour se rendre à Port-Jackson.
On ne laissa que deux pasteurs, Hayurood à AfVahine, et Nott à Eîméo.
« Ce dernier fit alors sa plus grande et sa plus décisiye conquête ; ce fut la guerrequi la iuivalut. Dépossédé, malheureux, abattu, Pomare vivait à Eînico sans espoir pour l'avenir, sans consolation pour le présent. Il se trouvait 4ans une situation d'esprit fiivorable à un enseisnement religieux. Le dieu Oro se déclarait contre lui ; le dieu chrétien pouvait lui être propice. Tel éta*t l'argument religieux ; l'argument politique avait un côté plus péremptoire encore : la puissance anglaise secourrait sans aucun doute un roi chrétien, et le réinstallerait sur son trône. Que ce fût par l'un ou par l'autre de ces motifs, ou que la foi lui fdx venue d'en liant , Pomare n'en devint pas moins un catéchumène du pasteur Nott, appliqué comme un adolescent, apprenant a lire et à écrire pour ne rien ignorer des dogmes chrétien^.
Quana un homme de cette importancf
L'LMVERS.
eut donné l'exemple , les insulaires le suivirent à l'envi , et bientôt Eîméo compta une foule de baptêmes et de conversions. Le prosélytisme alla si bien et si vite, que le pasteur Nott ne
Sut plus suffire à Téglise nouvelle ; il emanda des aides, et ses collègues revinrent à Eîméo au commencenient de 1813.
« A leur retour, Poroare, voyant que les éléments existaient pour une grande péripétie religieuse , résolut de consacrer par un acte public son adhésion officiel au culte nouveau. Voici comment il s*y prit. Un jour, on venait de lui offrir une tortue , animal essentiellement tabou, et qui ne devait être préparé que dans Tenceinte du moral , la part du dieu prélevée. Au lieu d'attendre aue la cérémonie habituelle fût accomplie, Pomare ordonna de cuire l'animal au four comme les viandes ordinaires, et de le lui offrir sans eu rien réserver pour Tidole. La-dessus , grande rumeur, grand scandale parmi la domesticité du palais et parmi les prêtres du temple. On s'attendait à voir le roi frappé de la foudre pour cette violation effroyable du tabou, ou du moins étouffé par la tortue qull mangeait d'une façon aussi sacrilège.
11 n len fut rien, comme on le pense; le repas eut lieu fort tranquillement ; la tortue n'en fut pour cela ni moins bonne ni moins saine. Après que Pomare eut consommé cette rupture éclatante avec les anciennes adorations, il se leva et harangua le peuple : « Vous voyez , lui dit-il , ce que sont les dieux de votre fantaisie : ni bons , ni mauvais , impuissants à vous servir et à vous nuire; faites comme je fais. Nul n'aura à s'en repentir. » Beaucoup, en effet, imitèrent son exemple. Le culte nouveau , consolant et bon , n'avait aucune de ces expiations sanglantes auxquelles ce peuple tenait plus rir crainte que par sympathie. Peu peu il s'habitua a avoir moins de foi en la puissance de ces mystérieuses idoles; il les redouta moms; il s'en moqua, et dès lors tout fut fini. Les cheis se rangèrent les premiers parmi les néophytes ; Tapoa , chef de Aaïa-
tea , Tamatoua , beau-père de Pomare, Mahine, chef de Wahine, et une foule d'autres, se firent instruire. La glace était rompue, les premières conquêtes étaient faites : la puissance de l'imitation fit le reste. Pomare, devenu chrétien fervent, voulut que la religion edt son temple. On y installa une chaire, où les apôtres purent prêcher leur culte à des milliers d'insulaires, les uns convaincus, les autres ébranlés.
« C> fut alors que deux chefs, arrivés de Taïti , vinrent proposer à Pomare de retourner dans cette Ile en proie à l'anarchie, et d'y ressaisir ses anciens pouvoirs. Tous les partis l'appelaient a cette heure de crise , et le regrettaient. Depuis son expulsion, en effet. Plie était restée en proie aux plus horribles désordres et aux plus révoltantes saturnales. Au lieu d organiser leur conquête, les chefs vainqueurs avaient cherché à la gaspiller. Le travail des champs avait été négligé, et l'on s'était adonné seulement avec fureur à la distillation de la racine du ti (e^accRna terminalis)^ dont on tirait une liqueur spiritueuse. Dès lors l'île entière fut un vaste cabaret et un atelier de distillerie. La chaudière était un rocher creux , la cornue un couvercle en bois , le réfrigérant un conduit en roseau. La liqueur était reçue dans un vase en bois ou dans une gourde de coco. Autour de cet alambic (voy. pi. 165) établi à peu de frais, se tehaieiit dix, vingt, trente naturels , qui buvaient la liqueur distillée à mesure qu'elle tombait dans le récipient. Puis, quand ils étaient tous ivres, une fureur sauvage s'emparait d'eux; ils tombaient les uns sur les autres, se terrassaient, s'égorgeaient sur le lieu même de ces sanglantes orgies. Plus tard , au retour des missionnaires, des ossements humains semés çà et là indiquaient la place où s'opérait cette fabrication meurtrière.
« Pomare sut tous ces détails ; il jugea que l'heure était venue de mettre un terme à ces désordres, supposant, un peu trop promptement peut-être, que leur durée lui avait préparé une restauration tranquille. 11 se rendit donc à
OCÉAIflE.
Taïtif où ii trouTa â*abord peu d*obstacles à son établissement. Me sachant pas comment tourneraient les choses , il n'avait pas voulu que les missionnai^ res le suivissent; mais il se consolait de leur absence par de pieuses missives.
■ Puissé-je, écrivait-il au pasteur Nott, puissé-je désarmer la colère de Jebovan envers moi , qui suis un niécBant homme, coupable de crimes accumulés, coupable d'indifférence et d'ignorance du vrai Dieu, coupable de i|ersévérance dans le mal ! Puisse aussi Jehovah me pardonner ma folie, mon incrédulité et mon dédain pour sa loi! Puisse Jehovah m'accorder son bon esprit pour sanctifier mon cœur, afin aue je puisse aimer ce qui est bon , et qu il me rende capable d'abjurer mes mauvaises habitudes pour devenir un bommé de son peuple , et être sauvé par Jésus-Christ , notre unique sauveur. Je suis un méchant homme, et mes péchés sont grands et nombreux. »
Un autre jour, souffrant d'une maladie, il écrivait :
« j\Ion affliction est grande ; mais SI je puis seulement obtenir la faveur de Dieu avant de mourir , je m'estimerai heureux. Mais hélas ! si je venais à mourir avant d'avoir obtenu mon pardon, ce serait un malheur pour moi ! Puissent mes péchés être pardonnes, et mon âme sauvée par Jésus- Girist! Puisse Jehovah jeter encore les yeux sur moi avant que je meure, et je nVen réjouirai! »
■ Voilà où en était le royal catéchumène, ardent pour la foi , enthousiaste et profondément pénétré. Aussi ne se cacha- t-il pas des habitants de Taîti, tous persévérants idolâtres. Il se dit chrétien devant eux , parla du coite d'Oro comme d'une profanation, et pratiqua publiquement les rits chrétiens. Dans le début, sa conviction religieuse fit du tort à sa réintégration politique. Ce fut à peine si le canton de Mat a val se résigna à souffrir son autorité ; les autres districts restèrent indépendants avec leurs chefs et leurs pc^res, regardant Pomare comme uu
apostat indigne désormais du trône.
Ce fut pendant cette période que Pomare eut un enfant, ATmata , d'une des filles de Tamatoua de l'Ile Raïatea. Du reste, peu d'incidents vinrent traverser ces deux années 1812 et 1813. Le commerce européen semblait avoir fui les parages de Taîti ; ^ et là Quelques navires mouillaient bien sur la rade , mais sans y séjourner. Deux seulement firent quelque bruit par suite de catastrophes analopes . la Qiieen- Charlotte y commandée par le missionnaire Shelly; le second, le Z>o//)A m , capitaine Foiger; Tun et l'autre occupes, avec un équipage taïtien , à la pecjie des perles sur les Iles Pomotou, et enle>és l'un et l'autre à l'improviste par ces auxiliaires dangereux. Le capitaine de la Qveen-Charlotte fut sauvé; celui du Dolphin périt dans la bagarre. Le premier navire, arrivé sur la rade de Matavaî, sous la conduite des rebelles, fut restitué par Pomare à son propriétaire; le second fut re-
f)ris en mer par le capitaine Walker de ^Endeavour,
«L'églised'Eîméo prospérait pendant ce temps. L'afUuence des prosélytes était immense ; on ne pouvait suilfire ni aux prêches ni aux baptêmes. Le 25 juillet 1813, la chapelle publique d'Eîméo fut inaugurée; on y célébra le service divin en présence d'une troupe nombreuse de fidèles, et la cérémonie se termina par la communion solennelle des nouveaux convertis. Une foule de chefs de la société des Aréoîs figuraient parmi eux ; le grand prêtre d'Èîméo lui-même. Le grand desservant des idoles, Paii, convaincu un jour par la parole du pasteur Nott, mit le feu à ses divinités {yoy.pl. 167), et se déclara chrétien. Tout l'archipel suivait peu à peu l'impulsion donnée. D'éclatantes et nombreuses conversions s'opérèrent à Wahine, à Raïatea et à Tahaa. Des chefs arrivèrent même de Taîti , conduits par Pomare qui les avait gagnés à la foi. Dans le nombre se trouvait Oupa - Parou , l'un des plus influents personnages de nie. Les missionnaires voyaient enfin leur persévérance couronnée de succès.
Vers la fin de 1814 , cinq ou six cents chrétiens existaient dans Tarchipel > et le mouvement de progression allait augmentant chaque jour. 11 f.illaitdonc accroître aussi les moyens d'action des directeurs de ia nouvelle église. On demanda un renfort d'apôtres ; on termina une traduction de l'Évangile en taîtien , et on l'envoya à Port- Jackson pour qu'elle y fût imprimée.
« Ces succès éveillèrent toutefois la jalousie des dissidents. Tant qnt les chrétiens n'avaient formé qu'un Çetit noyau d'hommes isolés., on s'était borné à les combattre par le dédain; quand ils furent plus forts, on chercha à les tuer par le ridicule ; on les stigmatisa du sobriquet de boure-atoua (de bourey prières, aioua dieux); mais quand ils eurent gagné du terrain, malgré l'orgueil des uns et le sarcasme des autres; quand la propagande, étendue sur la famille royale, se fut révélée plus active, plus puissante que jamais, alors les idolâtres jurèrent dans le cœur qu'ils tueraient par le fer ce qui avait résisté jusqu'alors à des efforts d'un autre genre. Les diefs, en querelle jusque-la , signèrent une trêve et une ligue contre l'ennemi du dieu commun. Les districts de Pare, de Matavaï, de Wapaï-Ano s'associèrent pour exécuter des vêpres chrétiennes. Invités à prendre part à ce meurtre, les chefs d'Atahourou et de Papara promirent leur secours. Les boure-atouas résidant à Taîti devaient tous être égorgés dans la nuit du 7 au 8 juillet 1814. Sans une indiscrétion, sans un avis donné à ce dernier instant, pas un chrétien n'échappait à cette boucherie. Ils eurent a peine une demi-heure devant eux pour pousser leurs pirogues à la mer et se sauver à £)méo.
a Les conjurés marchaient déjà , ainsi qu'ils en étaient convenus. Mais qu'on juge de leur fureur et de leur surprise lorsque, dans toutes les maisons marquées de la croix fatale , ils ne trouvèrent pas une âme vivante. Voyant leur proie échappée, ils entrèrent dans d'horribles fureurs , s'accusèrent de trahifon réciproque , récriminèrent d'abord,
Î^uis passèrent des paroles aux voies de ait. Alors les sessions politiques , ua instant effacées devant un but religieux, reparurent plus violentes, plus implacables que jamais. Les naturels de Papara et de Atahourou, ennemis éternels de Pori-Onou, nom collectif des peuplades qui habitent le nordest de Taïti, violèrent les premiers l'alliance temporaire, fondirent sur leurs antagonistes, les taillèrent en piè(*es , exterminèrent leurs principaux chefs et leurs meilleurs guerriers. Les
§ens de Taîarabou étant survenus , se éclarèrent pour le parti vainqueur, pillèrent à sa suite; cle sorte aue tout ce littoral taîtien , les riches districts de Pare et de Faha, les vallées romantiques de Hautouah, Matavaï et Wapaî- Ano , ne furent plus qu'un vaste champ de deuil et de misère. Quand tout Ait tombé, hommes et cases; quand rien ne resta debout devant tes conquérants, ils se disputèrent le butin , et faute de ne pouvoir s'entendre sur le partage, ils se battirent entre eux. Atahourou et Papara se liguèrent contre ceux de Taïarahou , et les chassèrent vers les paris des montagnes. Le meurtre, t'incendie, le pillage , le viol désolèrent la plaine , et décidèrent de fréquentes migrations à Eîméo , qui recevait des idolâtres pour en faire des chrétiens.
La guerre civile elle-même servait ainsi la cause de la foi nouvelle. Pomare était devenu l'instrument le plus actif de cette conversion générale ; il parcourait les villages d'Ëîméo comme l'aurait fait un apôtre, et se donnant comme exemple, et se portant fort pour les vérités qu'il enseignait.
n L'année 1815 s'ouvrit ainsi. Eîméo, pacifique et prospère, se peuplait de chrétiens; Taîti, livrée à des cheâ turbulents, allait à sa ruine. Les chefs insurgés comprirent où tendait cette marche invej^e; ils résolurent de tenter une perfidie. Par des messagers , ils firent conjurer \e& émigrants taîtiens de rentrer dans leurs possessions, leur en promettant la jouissance tranquille, et le libre exercice de leur culte. On pressentit bien une ruse, mais on accepta. Pomare se chargea
OCÉANIE
de surveiller lui-même le retour des eniés; il rassembla ks guerriers les pJos illustres d*£îméo et des Iles voisines , tous chrétiens dévoués et soldats intrépides. La flotte partit : à sa vue Palarme gagna les idolâtres ; ils desoeodireot en grand nombre et armés sur le rivage, signifiant par leurs gestes et par leurs cris qu'ils s'opposeraient au débarquement d'une troupe aussi nombreuse. Ils allèrent même jtts^'à faire feu sur les pirogues.
Pouiare ne voulait point d'abord repousser la force par la force : il parla a ces éoerguroènes , 'et obtint d'eux la permission de prendre langue avec ses l^riens. La paix se fit en apparence ; mais elle n'était pas sincère , et ne pouvait durer.
« Le 13 novembre 1815 , jour mémolable dans les annales taitiennes, un dimanche dans l'après-midi, Pomare et ses trois cents guerriers, venus d'Ehnéo, se ràjuirent pour célébrer le service divin dans un lieu uommé Karii, près du village deBouna-Auïa, dans le district d* A tahourou. Les idolâtres attendaient cette occasion; ils Fa^-aient prévue, (.eurs détachements nombreux et bien armés entouraient renceinte où les boure-atouas (chrétiens ) étaient réunis. A peine Pomare avait-il entonné \m hymne, que la fîiâllade commença. Des bandes nombreuses de guerriers, l'étendard d'Oro nr leur front de bataille , marchèrent i Pattaque, en poussant des cris de pierre! guerre! Malgré l'imminence du péril, Pomare voulût qu'on aclievât le service, a Jehovah vous protège, criait-il, que craignez -vous? » Les goerriers restèrent.
« Us se formèrent , quand les prières fiiKot dites, s'échelonnèrent sur le rivage en trois colonnes qui faisaient bet à l'ennemi éparpillé vers la montagne. A l'avant-garne de Pomare figurent trois chefs célèbres, Auna, Oupa-Parou et Hitoti ; le corps avancé obéissait à Mahine et à l'amazone Pomare Wahine , armée d'un mousquet it d'une lance, et couverte d'une bonne ootte de mailles en tresses de 'MDaha. Quant à Pomare, U avait
choisi son poste sur une pirogue avec plusieurs fusiliers qui devaient inquié- 1er le flanc de Tennemi. Sur une autre pirogue, commandée par un Anglais nommé Joe , se trouvait un pierricr qui rendit à la cause royale des services fort essentiels.
a Pomare avait à peine terminé ces préparatifs , que les idolâtres fondirent sur lui. Le choc fut terrible; il ébranla l'avant-garde; une foule de guerriers
a ni la composaient furent mis hors e combat; Oupa-Parou n'échappa qu'en laissant entre les mains de 1 ennemi les lambeaux de ses véteinents.
Il fallut , par une fuite à travers les broussailles, se replier sur le corps d'armée de Mahine. Là , une lutte plus sérieuse fut engagée. Le chef des in- 8urgé$« Oupou'-Fara, tomba percé d'un coup de lance. Comme on cherchait à le secourir : « C'est inutile, cria-t-il. Vengez-moi plutôt ; voici celui oui m'a frappé. » £t il montrait un soldat de Mahme , nommé Raveae. Vingt idolâtres se jetèrent sur lui , mais on arracha la victime à leurs coups. Malgré la perte de leur général, les insurgés n'en continuèrent pas moins la lutte avec un acharnenient farouche; cependant l'attitude de Mahine, le feu meurtrier du pierrier de Joe, et la mousqueterie ae Pomare, décidèrent la bataille. Une peur panique acheva la victoire; les idolâtres avaient lui vers les forteresses des montagnes.
«Quand lerivagefut libre d'ennemis, les guerriers de Pomare, emportés par leurs habitudes anciennes, allaient poursuivre et massacrer les fuyards, ou du moins achever les blessés gisant sur le lieu du combat; mais Pomare dit d'une voix forte : « Atira! » (c'est assez). Il voulait faire la guerre en chrétien. Au lieu d'immoler les prisonniers, on les pansa; au lieu de maltraiter les familles des vaincus, on les entoura de soins. On rappela les rebelles par des promesses d'amnistie religieusement tenues. Le corps du chef ennemi Oupou-Fara était encore étendu sur le sol; il ordonna qu'on l'ensevelit, suivant la coutume, dans le tombeau de ses pères; il envoya
ta
vers les paris de Fintérieur pour promettre individuellement à tous les chefs le pardon et l'oubli du passé.
Cette conduite, si étrange dans le pays, gagna à Pomare et à son Dieu une foule de partisans. On compara ces deux religions : Tune , toute de douceur et de clémence , ne répandant du sang que pour se défendre; Tautre, farouche et impitoyable , demandant à toute heure des victimes nouvelles.
La comparaison fut un beau plaidoyer
f»our le christianisme, et cette journée ui valut la conquête de Taïti.
« Pour ajouter à ces moyens de conversion une influence de plus, Pomare voulut dépouiller les "Vieilles idoles du
{)restige de respect et de puissance qui es environnait encore. Il voulut les insulter d'une façon si brutale et si publique, que chacun se trouvât guéri de la peur qu'elles inspiraient. Pour cela , il envoya une élite de guerriers à Tautira , où se trouvait alors la fameuse statue d'Oro. D'après les ordres reclus , cette troupe entra dans le morai , et aux yeux des apôtres et des adorateurs scandalisés, les soldats renversèrent les autels, pillèrent les offrandes et les réduits sacrés, saisirent l'idole, la couchèrent sur le sol, la décapitèrent (c'était un bloc de casuarina grossièrement sculpté), et portèrent su tête au pied de Pomare. Celui-ci affecta d'abord de s'en servir pour les plus vils usages , par exemple comme billot de cuisine, puis il la ieta au feu. Cette exécution, réalisée publiquement sans que le dieu pQt se venger, fut le signal d'un auto-da-fé universel pour tous les moraîs et toutes les idoles de l'ile.
« L'idolâtrie n'existait plus sur Taïti ; elle fut bientôt exfirpée des lies voisines, qui suivirent l'exemple de la métropole. Temples et dieux disparurent en six mois de l'archipel. Maupiti seul persévéra jusqu'en 1817, où elle fut convertie par les habitants de Borabora. »
Pomare II ne commença vraiment à régner que de ce moment. Il créa dix missions sur toutes les Iles de l'archipel, et le9 missioimaires qui
l'avaient si bien secondé devinrent tous les jours plus influents. Mais, peut-être, dans leurs travaux ne tenaient-ils pas assez compte des moeurs antérieures des peuples qu'ils cathédiisaient ; peut-être leurs nouvelles et impérieuses prescriptions étaient-efles trop sévères pour un peuple dont les coutumes avaient été jusque-là si relâchées.
Les missionnaires recurent de Port- Jackson l'Évansile traduit en taîtien ; mais ce moyen leur paraissant insuffisant, leur savant collègue M. Ellls fut invité à leur procurer une presse. M. Ellis arriva à Eîméo, et Pomare lui donna une maison pour y établir une imprimerie taîtienne. Après tous les préparatifs nécessaires, le roi voulut luimême imprimer le premier alphabet taîtien en présence des chefs, et grâce au secours de M. Ellis, armé des outils du compositeur et des caractères, i com|)Osa la première page ; ensuite , à l'aide du tampon il plaça l'encre sur les caractères, plaça le papier, tira le levier, et la première feuille fut nettement imprimée. Pomare, admirant son ouvrage, le montra aux chefs et au peuple . qui , initié en partie à la lecture et a récriture, Vaccu illit avec enthousiasme. Pomare revint chaque jour à l'imprimerie jusqu'à ce que le syllabaire filt entièrement imprimé. Il eut la patience de calculer que la lettre a se retrouvait cinq mille fois dans les seize pages. du syAabaire, qui fut tiré à 2,600 exemplaires. Un catéchisme taîtien, un extrait considérable des Écritures et l'Évangile selon saint Luc, furent publiés tour à tour. Les livres furent d'abord distribués gratis ; mais, plus tard, on les échangea contre une petite quantité d'huile de coco , ainsi que nous l'apprend l'honorable M. Ellis.
« Souvent, dit-il, je voyais arriver trente ou quarante canots des parties les plus éloignées d' Eîméo ou de quelques îles voisines, amenant chacun cinq ou six personnes , qui ne faisaient le voyage que pour se procurer des livres de dévotion, et qui parfois étaient obligées de les attendre pendant cinq
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00 six semaines; elles apportaient d'énormes paquets de lettres écrites ," sur des feuilies de platane et roulées comme des vieux parchemins : c'étaient autant de suppliques de ceux 3ui, ne pouvant venir eux-mêmes, emaodaient qu'on leur fît des envois.
« Un soir, au coucher du soleil, une pirogue arriva de Taïti montée par cinq hommes. Ils débarquèrent, plièrent leurs voiles, tirèrent leur emoarcation sur la grève , et s'acheminèrent vers ma demeure. J*allai au-devant d*eux : « Louka! te paran na Loukaî » me dirent-ils tous à la fois en me montrant des cannes de bambou pleines d^huile de coco, ({u'ils offraient en payement. Je n'avais point d'exemlilâires prêts -, je leur en promis pour le lendemain, en les engageant a se retirer chez quelque ami dans le village pour y passer la nuit. Le crépuscule , toujours très-court sous les tropiques, venait de Onir. Je me retirai. Quelle fut ma surprise quand le lendemain , au soleil levant, je les aperçus couchés à terre devant ia maison, sur des nattes de feuille Je <x)cotier , sans autre couverture que le large manteau de toile d*écoree qu'ils portent habituellement; Je me hâtai de sortir , et je sus d'eux qu'ils avaient passé là toute la nuit.
Lorsgue je leur demandai pourquoi ils n'étaient pas allés loger dans une maison, ils répondirent : « Oh! nous avions trop peur nu'en notre absence .quelqu'un ne vînt de grand matin vous demander les livres que vous aviez préparés, et qu'alors nous ne fussions obligés de repartir les mains vides :
nous avons tenu conseil hier soir, et nous avons résolu de ne nous éloigner qu'après avoir obtenu ce que nous sommes venus chercher. » Je les conduisis dans l'imprimerie; et, ayant rassemblé des feuilles à la hâte, je leur donnai à chacun un exemplaire ; ils m'en demandèrent deux autres, l'un pour une mère, le second pour une sœur. Ils enveloppèrent les livres dans un morceau de toile blanche du pays, les mirent dans leur sein, me souhaitèrent une bonne journée, et
sans avoir bu , mangé , ni visité une seule personne de l'établissement , ils coururent au rivage , remirent leur canot à flot , hissèrent leur voile de cordes de palmier nattées, et se dirigèrent tout joyeux vers leur île natale. »
Cependant les missionnaires ayant manifesté le désir d'entreprendre une sorte de gestion asricoie et commerciale, Pomarell, d'autant plus puissant qu'il était roi de Ttle entière, eut le courage de leur résister , et il dit formellement qu'il ne permettrait pas un tel envahissement de ses droits, parce qu'il était instruit que c'était ainsi qu'on avait commencé en d'autres pays pour arriver à l'usurpation et à la conquête.
Pomare , si jaloux de ses droits , fut plus accommodant à l'égard des empiétements religieux. Une taxe fut imposée pour subvenir aux frais des missions secondaires. Cette taxe , qui fut levée pour la première fois en 1818, devint bientôt un impôt r^ulier beaucoup trop fort aujourd'hui. Elle était en 1822 d'environ 10,000 bambous d'huile de coco , environ 40,000 livres dé France, de 24 cochons, de 270 ballots d'arraw-root,, ou 1350 livres, et 200 ballots de coton , seulement pour rile de Taïti. Les autres îles de l'archipel étant soumises durent fournir à proportion.
Vers la lin de sa vie, Pomare II se livra à une passion indigne d'un homme, et surtout d'un chef. 11 abusa des boissons sprritueuses, au point d'altérer sa santé si forte auparavant, et d'abrutir son esprit. En niéuie temps qu'il traduisait les saintes Écritures, il faisait d'abondantes libations à Bacchus ; et quand la raison avait abandonné cette puissante intelligence, il s'écriait avec indignation : « 0 Pomare ! ô roi de Taîti 1 ton cochon est maintenant plus en état de régner que toi ! » Il mourut d'hydropisie le 7 septembre 1821 , âgé de 48 ans, dans les bras du missionnaire Crook. Il laissait deux enfants de son épouse Tere-Moe, une Olle , Aîmata , âgée de 8 ans , et un fils d'environ 4 ans , qui fut proclamé roi de Tile entière sous le nom
dePomare III. On nomma pour régente sa tante Pomare-Wahine.
Deux missionnaires, MM. Tyermann et Bennet, arrivèrent à cette époque à Taîti en qualité d'inspecteurs, et ils étaient diargés par la Société de Londres de régler les rapports des missionnaires entre eux , avec le gouverneur, et les Européens résidant sur ces îles, qui étaient la plupart des déserteurs de navires européens, ou des déportés ré^ctaires de la Nouvelle- Galles du Sud.
La régente Pomare-Wahine fut révoltée des prétentions des deux inspecteurs : elle déclara avec fermeté qu elle ne prétendait pas avoir de tuteurs, et les missionnaires résolurent d'attendre une occasion plus favorable.
En 1820, Bellinghausen , capitaine russe, mouilla à Taîti avec deux vaisseaux.
En mai 1823, la Co^tfi//!^^ commandée par le capitaine Duperrey, aborda cette tle, et employa trois semaines à des explorations fort intéressantes.
En attendant que ce savant navigateur
Çublie les résultats de sa relâche à 'aîti, nous citerons un passage du journal du commandant en second, M. Oumont d'Urville, qui servira à faiire connaître la situation de Tîle à cette époque.
« Au moment de notre arrivée, dit M. d'Urville, rassemblée générale des Taïtiens allait ouvrir ses séances, et le 13 mai on célébra un service divin en guise de prélude. Curieux de ce spectacle, je m embarquai avec MM. Bennet et Wilson, les missionnaires, et plusieurs officiers du bord. Arrivés à Papaooa , je vis les habitants , hommes et femmes , marchant sur deux files, en bon ordre et dans un profond silence, dans la direction de réalise. On eât dit une ligne noire de dévots pèlerins. Dans le temple, chacun prenait place suivant son aistrict et son canton. Bientôt cet immense hangar, long de 700 pieds, fut en grande partie rempli; et pourtant, malgré Tatlluence, un tel silence régnait, que la voix du missionnaire se faisait entendre dans toutes les parties de la salle. Le service
commença à dix heures. Il commença par un hymne que les assistants chantèrent eh chœur. Ensuite vint une lecture de quelques pages des Actes des Apôtres; puis M. Barff fit un long discours sur un passagodcspropiiétiîes dlsaïe. Son débit expressif et fortement accentué semblait produire la plus grande impression sur œt auditoire. Quelques fidèles cherchaient à tracer a la hâte sur un papier des passages du sermon ; les autres écoutaient le prêtre dans l'attitude la plus fervente et la plus respectueuse. La famille royale assistait au service, mais confondue dans la foule et sans distinction apparente. L'inspecteur Bennet, placé à mes côtés, me désigna les principaux personnages du pa^s :
Tati , Hitoti , Oupa-Parou , Outami , et d'autres encore qui avaient joué uu rôle dans les derniers événements.
« Le service dit., on nous conduisit vers une table modeste dressée sous la tente de la régente, près du tombeaa de Pomare IL Des bancs, des coffres et des planches servaient de sièges.
La table était couverte de fruits d arbre à pain, de cochons et de volailles; le tout flanqué de carafons, dont les uns étaient pleins de rhum , les autres d^eau de coco. Les vrais seigneurs de la fête, les amphitryons apparents, n'étaient ni la régente, ni la famille royale, mais les missionnaires, qiui s'étaient placés à l'écart avec leurs ramilles, et dans des postes d'hopneur.
Quant aux princes et aux diefs, ils avaient été relégués au bout de la table, et vraiment, si nous ne nous étions pas rapprochés d'eux à dessein , si nous ne leur avions pas fait des amitiés dont ils semblèrent fort reconnaissants , ils auraient figuré à ce repas comme des intrus plutôt que comme les souverains de llle. C'était pourtaiit d'excellentes gens, ne manquant ni desprit ni de sagacité, capables de tourner à bien s'ils avaient eu quelque culture. Le petit Pomare et la jeune Aîmata me parurent surtout deux créatures fort intelligentes.
« Le dessinateur de l'expédition , M. Lejeune, assista seul à la séance du
ÔCÉANIE.
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leodefoain, où des questions politiques fiireut soumises à l'assemblée populaire. Elle dura plusieurs heures, pen- <iant lesquelles les chefs prirent tour à toar la parole. Le {)lus brillant oratrar de cette foule était le chef Tati. La prîDdpale question agitée fut unecapitatioQ annuelle à établir, à raison de dnq bambous d*huile par homme.
Eosaite. on traita des impôts qui devaient être perçus, soit pour le compte du roi , soit pour le compte des missionnaires. Nous sûmes plus tard que la première question arait été résolue daos le âens afBrmiatif ; mais que la seconde « celle ^ui concernait les missionnaires, avait été ajournée par eux dans la prérision d'un échec. Quatre mille personnes environ assistaient à cette espèce de congrès national. »
Le c^itaine Kots^btie , de la marine rosse, parut à Taîti après le départ de la Coqmile. Dans sa relation, il traite les nu3sioanai^es avec une sévérité qui nous a paru injuste. Il nous apprend qu'un Taïtien , ayant voté une cnemise a un matelot du Rurik (c'est le nom du petit bâtiment qu'il commandait), fut condamné au travail des routes, malgré le pardon que lui Kotzebûe lui avait accordé, et malgré les instances du capitaine. Il ajoute qu'on infligeait des corrections exempfaires aux Taîtiennes, si libres jadis, lorsqu'elles s'abandonnaient aux marins. Ces corrections, toutes rigoureuses qu'elles aient paru à M. de Kotzebûe, pouvaient être nécessaires. li est difQcile de corriger les vieilles habitudes des hommes , et de les accoutumer aux nouvelles lois, sans des exemples d'une sévérité plus grande que dans les temps ordinaires , et qui ne seraient pas nécessaires à des bomoies soumis depuis longtemps à Tempire des lois.
Le jeune Pomare oui avait fait ses études à Y Académie des sciences de la ner du Sud y et qui, nouveau Joas, ivait été élevé à rombre des autels , sous les veux du missionnaire M. Orsmood , tut couronné roi de Tarti le 2t a\Til 1824. Pendant sa minorité, les missionnaires lui avaient fait adopter une loi qui donnait à l'arclupel une
représentation nationale , abolissait l'inOuence des grands feudatiires , et rendait la justice égale pour tous. Le^ meinbresdes diversdistricts, au nombre de trois ou quatre, revêtus d'un mandat triennal , et choisis par les habitants à la majorité des voix, devaient se réu« nir une fois par an , et aucune loi ou institution ne pouvait être établie sans le vote de cette assemblée représe-utative, composée d'une seule chambre, et sans la sanction royale.
Cette espèce de parlement national rendit diverses lois utiles. Nous avons déjà parlé de celle sur l'abolition de la peme de mort. Le code des lois criminelles est divisé en dix-neuf titres, et quatre cents juges ont été nommés par le roi pour Tes faire exécuter. La calomnie au dernier degré porte sa peine , et ce n'est pas la premie|*e leçon que nous donnent ces prétendus sauvages, a Le calomniateur y est Migé de construire de ses propres mains j de deux à quatre milles de longueur et de douze pieds de large ^ une route bombée (ce sont les propres termes de la loi ), de manière que les eaux vluvioles puissent s*écouier des deux côtés, V
En 1826, une loi fut rendue pour empêcher dés aventuriers et des nommes suspects ou sans moeurs de venir troubler l'ordre établi. Cette loi condamnait à une amende de 30 dollars, environ 156 francs , tout capitaine de navire étranger qui laisserait à terre un homme de son équipage sans y être autorisé par le gouverneur du district, et tout marin déserteur, à faire trois cents pieds de route. L'amende était distribuée Je la manière suivante :
vingt pour le roi , six pour le gouvernement, et quatre pour le Taïtien qui ramènerait le marin à bord.
Sans la mort de Pomare ITI , l'archipel taïtien serait peut-être gouverné aujourd'hui par une nouvelle théocratie , comme le Paraguay l'avait été par les jésuites , et l'ancienne Egypte par les Arsédonaptes et les Choeus, au temps de leurs pharaons.
Le capitaine Beechey, qui visita l'archipel eu 1826, rend justice au
zèle et aux travaux des missionnaires ; mais il pense que leurs lois ont arrêté rindustrie des indigènes. Voici ses propres paroles :
« En considérant les progrès que ce pays a faits dans la science du gouvernement par la fondation d*un parlement et par la promulgation d'un code de lois, nous nous attendions à trouver quelfjues germes de bien-être à venir. M os excursions ne nous révélèrent rien de pareil. Les naturels nonseulement n'ont pas fait de progrès sous le rapport industriel, mais ils ont laissé périr plusieurs de leurs arts primitifs. »
Aucun événement digne d*étre mentionné ne survint à Taîti depuis la mort du jeune Pomare III. Seulement on fut forcé d'élever sur le trône sa jeune sœur Aïmata, princesse d'un caractère pétulant et d'un tempérament de feu. Sa belle chevelure noire retombe eu boucles gracieuses sur ses épaules ; elle porte ordinairement sur la tête une couronne de fleurs naturelles. Son abord prévient en sa faveur, et sans être d'une beauté remarquable , elle rappelle la NetjJia de lord Byron. D'après ce que nous avons appris d'elle par deux Européens qui ont quitté l'île Taîti depuis une couple d'années , sa coquetterie est pleine de charmes; chez efle rien ne semble apprêté , quoiqu'elle fasse tout iivec art. Nous crovons ne pouvoir mieux la définir qu^en lui appliquant ces vers délicieux au grand Torquato :
R Non »o ben dir s'adorna o so npgletU , « Se caio o d'arte il b*l volto com|iones « Di natiira , d'umor, dcl cicio amici, « Le negligenze sue soiio ariifici. »
ÂMrVTA.
Mais cette femme aimable se livre à la dissolution la plus éhontée, et son mari Pomare, énorme jeune homme , surnommé Obou-Ra/ii (gros ventre), loin de mettre un frein a ses scandaleuses saturnales , semble n'y assister qu'avec une profonde indifférence.
Voici comment s'exprime à ce sujet M. d'Urville :
« Difficile à dominer et à conduire, elle devait renouveler à sa cour les
dissolutions encore récentes de la célèbre Hidia, femme de son aïeul Pomare F". Au début de son règne , elle mit quelque mesure dans ses déportements ; mais peu à peu , enhardie par l'exemple de sa mère et de sa tante, sous la tutelle de laquelle elle avait été placée , elle s'abandonna entièrement a son organisation ardente. C'était la reine , on ne pouvait la condamner à cent toises de route. Cependant la cour l'imitait ; elle eût été nigote sous l'élève des missionnaires, elle devint débauchée sous la jeune Messaline, et l'exemple gagna les classes inférieures.
Jusqu'ici les missionnaires n'ont rit^n trouvé d'efficace contre ce fatal débordement. Il a été question à diverses reprises de prononcer la déchéance de la reine, mais on ne l'a pas encore osé. Le pasteur Wilson écrivait naguère qu'il venait de se former une ligue de chefs mécontents qui se sont réunis à Papaï-Iti. On attend quelque chose de cette levée de boucliers.
Menacés par la reine Aïmata, les missionnaires te sont aussi dans leur métropole. La Société des missions a connu la tendance ambitieuse de ses délégués ; elle a eu vent que les évangélistes de la Polynésie se mêlaient trop souvent et trop ardemment des choses temporelles ; que lorsqu'ils ne visaient pas au pouvoir, ils se laissaient aller à convoiter la richesse , à devenir grands propriétaires, négociants même. Elle a pensé que cette direction n'était ni dans la lettre , ni dans l'esprit de leur mandat, et qu*il était temps de leur rappeler cette parole du Cnrist : « Mon royaume n^t pas de ce monde. » En conséquence, on a soulevé pour Taîti cette question spéciale, que Tlle étant toute chrétienne, il n'y avait nul inconvénient à la laisser sans apôtres , qui seraient mieux employés , d'ailleurs , dans les pays sauvages et idolâtres. Il est facile de' deviner combien cet incident lointain les préoccupe au milieu des complications locales. »
Le capitaine Waldcgrave visita Taîti en avril 1830. Il trouva ce pavs dans un état de transition entre .1 empire
OCEANIE.
des ancîeniies habitudes et Fempire des lois nouvelles ; entre les regrets des chefs d'avoir perdu leurs anciens Mivîl^^ et la satisfiiction du peuple aèire émancipé. Quant aux missionmires, ils avaient obtenu le monopole du b^il; ils fournissaient souvent eux-mêmes 1m provisions des navires, et ils espéraient obtenir le commerce de famuMr^oot et de Fhaile de coco.
M. Morenhout, venu à Paris en 1884, De nous a donné que quelques détails sur Ja navigation et les croyances de Tarti. Il ne parait pas qu'aucun événement important soit survenu depuis dans llnstoire de Taîti.
AaCHirSL DB MAIIAU OU HAAVBY (*).
Ce petit archipel , situé au sud-ouest des lies Taîti , est placé entre les 17<' 40' et 22* de latitude sud, et les 160« et 165* 30 de loofptude ouest. Il n'a que IS lieues carrées de superficie , et une population d'environ 10,000 âmes.
Les différentes lies qui le composent sont M anaîa , Rarotonga , la [mus importante de toutes, Waïtou-Taki, Maouti, Watiou et Miti-Aro, Ma- Douaî et Fenoua-Iti , ou Oka-Toutaîa suivant Cook. Nous y ajouterons Plie Hall, me Roxburg, rfle Rourouti, ilie Douteuse d'Armstrong et les lies Palmerston , sur lesquelles nous n'avons trouvé aucun détail, et dont Texistence ne nous parait pas bien constatée, sauf le petit groupe de.
Pabnerston, écueils bas, boisés et déserts, dont Pomare, roi de Taîti, ne pot faire le Botany-Bay de ses États, aÎQsi qu'il l'avait tenté, et que Cook vit deux fois en 1774 et en 1777. Leur surface est en général montueuse. Le Gol, en certains endroits très-fertile, produit en abondance du taro, des igaames , des bananes , etc.
(*) Tfoos avons extrait plus delà moitié des wiis sur les îles Manaîa du journal de fMlqnes missioanaires anglais qui les visilB]au eo iSa5. Ce recueil est d'autaul plus pcôeiix qu*ii est rare , et oue les navigateurs M mom foumisfent que tort peu de détails tel archipel.
livraison. (Océame.) t. m.
ILE MANiUA.
Le sonunet de cette lie gtt par 31* 66' de latitude sud, et 160* 18' de longitude ouest. Le capitaine Cook la découvrit le 29 mars 1777 ; il avait alors à son bord le fameux Mai dont nous avons longuement entretenu nos lecteurs. Deux naturels se hasardèrent à venir dans une pirogue le long du navire de Cook , mais ils ne voulurent jamais moqter à bord. On leur demanda le nom de leur Ile; ils répondirent Manghaîa ou Manghia. Ce célèbre marin avait mal entendu sans doute :
les missionnaires nous ont appris que le nom de cette lie était Manaïa. Ils y ajoutaient, dit-il, quelquefois le nom de Noué, Naî, Naiva. Ils dirent que leur chef s'appelait Orouaka. Cook essaya de débarquer, la violence du ressac l'en empêcha. Il ramena avec lui l'insulaire auquel il avait d'abord parlé, et qui, cette fois, consentit, quoique avec répugnance , à monter à bord ; il paraissait si inquiet et si mal à son aise, que Cook le renvoya bientôt. Ce navigateur, ayant vu de près les insulaires sur la plage, les dépeint comme ressemblant beaucoup aux Taîtiens. Leur physionomie était heureuse et leur caractère jovial. Leur barbe était longue , et de larges fentes pratiquées dans les lobes des oreilles leur servaient à placer des ornements ou des ustensiles utiles.
L'un des naturels, à oui Cook donna un couteau , le plaça dans son oreille comme dans une gaine;. les autres y mettaient des grains de verre ou des étoffes fabriquées avec l'écorce du brousêoneUay d'un aspect brillant et semblable à celles que fabriquent les habitants de Tonga.
Cette île est entourée d'une barrière de rochers de corail de vingt à soixante pieds de hauteur, et qui y laissent accès par trois ouvertures seulement. Six grandes vallées constituent la partie de rile cultivée , et portent des plantations de taros, de cocotiers, de bananiers et d'arbres à pain ; mais ce dernier n'est pas abondant. Quelquefois une disette affreuse se fait sentir, et est suivie de la mort d*un grand nombre d'habitants i
Deux causes concourent à amener cette calamité : d*abord la paresse du peuple; ensuite sa propension au vol, qui t'ait que fort souvent les plantations d^arbres à pain commencent à peine à croître qu'elles sont entièrement enlevées; liOS voisse multiplient tellement, 2ue les propriétaires sont dans T usage 'entourer de feuilles sèches les troncs des £ocotiérs, afin d'être avertis par leur bruit des tentatives des voleurs.
Le nombre des habitants de Manaîa s'élève de mille à quinze cents. Quelques-uns* ont embrassé le christianisme; mais le clief et les principaux du pays ont conservé leur culte. Les missionnaires y fondèrent leur mission en 1823.
Llie était partagée ^tre cinq cheâ ou rois, appelés Numanattni, Teao, Paparani, Teournorongo et Kaiaou; mais le premier, ayant vaincu les autres, gouverne seul en ce moment, et a sous son autorité les chefs des six districts qui divisent le pays.
Les habitants non chrétiens reconnaissent cinq divinités : Oro, Tamé, Teabio, Tohiti et Motoro. Ils offrent à la première, mais peu fréquemment, des sacrifices humams. Ils ont aussi une espèce de vêtement sacré appelé maraesy qu'il n'est pas permis à tout le monde de porter. Les hommes et les femmes ne peuvent manger ensemble.
Leurs funérailles méritent d'être rapportées. Sur une colline élevée est un gouffre profond qui communique probablement avec la mer; ils y jettent leurs morts de tout âge et de tout sexe , aprè« leur avoir attaché autour du corps un morceau de drap avec une corde. On le& apporte en cet endroit de toutes les parties de l'île, où il n'y a jamais eu' d'autre mode d'enterrement. Il s'exhale de ce réceptacle l'odeur la plus infecte.
L'infanticide est inconnu dans le
£ays. Cette cause < jointe au-petit nomre de maladies épidémiques qu'on y connaît et à la rareté des relations avec les Européens, fait que la population s'^ accroît. Les missionnaires, et le capitaine du bâtiment qui les amenait, étaient les premiers hommes blancs
qui eussent débarqué à Manaîa; eair Gook ne les avait vus qu'à bord de son vaisseau.
L'idiome de Ttle se rapproche plus de celui de la Nouvelle-Zeeland que de celui de Taîti. Le n^ et le il y prédominent; l'A et VfïCy sont point usit^.
Les habitants déploient beaucoup d'adresse dans la confection de leurs vêtements, de leurs pirogues, de leurs haches de pierre et de leurs pendants d'oreilles. Ils ont la tête couverte d'étoffes peintes, entrelacées de sraîns et d'ornements d'un beau travail. Aucun insulaire de ces mers n'égale les Manaîens dans la fsèrication de leurs bandelettes.
RAROTOKGA.
Cette tie, qui est géographiquement peu connue, est située par 2 1« 11' latitude sud , et 163» 33' longitude ouest. Le nombre de ses habitants est de six à sept mille. Trois chefe, Maké, Tinomana et Pa, la gouvernaient jadis, et se faisaient fréquemment des guerres sanglantes; mais , par un consentement unanime, le pouvoir souverain a ét^ déféré à Maké, qui s'est converti aQ christianisme, et a prouvé la sincérité de sa conversion en renvoyant séi femmes , à l'exception d'une seule , et en adoptant tout ce qu'il a cru pouvoif contribuer au bonheur temporel et spi rituel de son peuple. C'est un fort bei homme, qui a huit fils et quatre filles.
Les progrès du christianisme ont été plus rapides dans cette lie que dans celles de Taîti. On le doit aux travaux de deux missionnaires taïtiens, pendant les deux dernières années. On soupçonnait à peine, avant cette époque, l'existence de l'Ile Rarotonga.
Les habitants avaient jadis quatrt divinités principales : Taaroa, Botea, Tohiti et Motoro. Les deux dernières ont le m^me nom ^ue celles de Manaîa.
Ils n'offraient point de sacrifices humains; ils avaient une association semblable à celle des arréoïs; mais ils ne massacraient point leurs enfants, excepté les filles, au moment de la naissance. Dans leurs guerres, les létes
ÔCÉANIË.
des Taincas étalent coupées et mises ea tas; les corps formaient un repas pour les vainqueurs. Avant que ceux qui s'étaient convertis eussent acquis ia supériorité qu'ils ont maintenant, ils eurent à oomtiattre les idolâtres, oui les menaçaient journellement de les détruire, eux et leur religion. Les derniers forent vaincus, et laissèrent leurs diein an pouvoir de leurs antagonistes.
L^ Tainqueurs traitèrent leurs ennemis avec douceur, et renvoyèrent leurs prisonniers; mais ils revinrent en corps et déclarèrent que , puisque leurs dieux les avaient trompés, ils voulaient se laire chrétiens. Les images des dieux qu'on a?ait prises , au nombre de quatorze, et avant vingt pieds de hauteur, ^icnt à ferre, dans la demeure des missionnaires, comme jadis Dagon devant Parche.
rétablissement des missionnaires est situé à rentrée d'une belle vallée de trois milles de longueur; il contient plusieurs centaines de maisons. La de- Djeure du roi, qui a cent trente-six pieds sur vingt-quatre, est enduite de ciment, et ornée de coquillages disposés avec goût ; elle contient huit appartements avec des planchers. A côte, il y ^ a une autre où mange le roi , et où demeurent ses doniestiqiies. La maison des deux missionnaires est meublée de lits, de sofas, fauteuils et tables; le tout confectionné dans le pays et par les insulaires.
L'ile entière ne forme ou'un jardin; tout est couvert de taros, ae bananiers , de potirons et de ^tates : le cocotier jest trèsrrare, ainsi que l'arbre à pain, dont les habitants font peii de cas. Ils ^t en général portés a l'agriculture.
1^ hommes, les femmes et les en- ^ts sont sans cesse occupés aux tra- '^ux des champs.
U roi et les principaux chefs savent "^t et l'instruction fait de rapides P^ chez le peuple. La pluralité «8 femmes y est entièrement abolie.
, VAirou.TAXI, L'AITOUTiKé DES MISSION* ! NAIRES.
Cette île fut découverte en avril 1789
par Bligh, qui oomipuiii^ua tellement avec les naturels. La pointe novd gît par 1B° 47' de latitude sud, et par 163'' 6' de longitude ouest. Deux ans après Bligh , vint Edwards.
En 1831 , le missionnaire Williams laissa sur ce point deux prédicateurs taïtiens. Le roi Tamatoa se fit chrétien , et ses sujets imitèrent son exemple.
L'établissement formé dans cette lie a environ deux milles de long; il consiste dans un grand nombre de chaumières blanciies bâties à Fombre de grands aîtos, ce qui forme un coup d'œil très-nittoresque. On a construit, pour que les bateaux puissent plus facilement prendre terre, une espèce de môle en rochers de corail, où l'on hisse un pavillon quand il y a un bâtiment en vue. Ce mole a six cent soixante pieds de long sur dix-huit de large.
Le nombre des maisons s'élève à cent quarante-quatre; plusieurs sont meublées de lits et de sofas. Celles des chefs, quoique bien construites, ne valent pas cependant celles de Rarotonga. Une grande quantité d*habitants savent lire et sont très-disposés à s'instruire, quoique Ton reconnaisse encore parmi eux quelques-uns des usages de la vie sauvage.
Souvent la disette a lieu dans cette Ile, comme à Manaîa et à Earotonga.
Elle manque d'eau, et, de juin à novembre, tous les ruisseaux tarissent.
Les habitants sont obligés de faire des trous dans la terre pour avoir une eau noire et putride; ce ^ui est dû en partie aux rats qui se précipitent dans ces trous pour étancher leur soif, 8*y noient et y pourrissent.
NAOUTI.
Cette tie est entièrement entomrée d'un récif de corail qui ne laisse pas d'accès au plus petit canot. Ce récif est formé de bandes circulaires de dix à vingt pieds de hauteur, en dedans desquelles s'en trouvent d'autres moins élevées, mais séparées les unes des autres par des cavités profondes. Le spu/i moyen d'arriver à l'île est de descendre sur le récif, dans les endroits où h
ressac est lé moins fort et où la mer est la plus basse, et d'aller tantôt à gaé, tantôt en marchant sur les rochers, ce qui est aussi difGcile que dangereux. La distance à traverser de cette manière est d'environ deux milles tout autour de l'île.
Elle fut découverte en 1831 , par les propagandistes taïtiens.
L'établissement des missionnaires est à quatre mille^dans l'intérieur. Le nombre des habitants n'excède pas deux cents. Us sont très-propres, et les femmes sont bien mises; on en voit peu qui ne portent des chapeaux ou des bonnets. Lord Byron, sur la frégate la Blonde y visita cette Ile en 1825 , et se plut à rendre justice à l'état de civilisation de la peuplade.
HITI-AAO.
Cet flot est nu, inculte et stérile.
Les habitants, au nombre d'environ une centaine, ont beaucoup de peine à subsister, et paraissent tr^misérables.
Ils désirent aller s*établir aux îles de Taîti. Us aiment le travail , et sont fort disposés à s'instruire : ils sont* tous chrétiens. Il gît par 19* 54' de.làtitude sud, et par IGO® 4'*de longitude ouest.
WATIOU, L'ATOUI DBS MISSIONNAIRES.
Le sol de cette île est inégal ; les collines, peu élevées, sont planes à leur sommet, et les vallées profondes et spacieuses. Sur une de leurs extrémités, au centre de l'île,* d'où l'on jouit d'un coup d'oeil agréable, sont la demeure du chef et celle des missionnaires. La masse du peuple est retournée à l'idolâtrie; mais les chefs et quelques individus se prêtent encore aux instnictfons qu'on leur donne. Les femmes paraissent être dans un état complet de dégradation et d'avih'ssement.'On les contraint à labourer la terre,' à apprêter les repas, et à faire Jes^travàux les plus rudes. Les hommes, lorsqu'ils ne sont pas occupés à pêcher, passent leur vie oans l'oisiveté. Les vallées sont cou vertes de cocotiers , mais l'arbre à pain est très-rare \ Vautéy
ou mûrier de la Chine, a été détruit par les cochons. Le vol est sévèrement puni à Watiou. Cette île fut découverte par Cook, en 1777. Les missionnaires s'y établirent en 1821. Elle a six lieues de circuit, est environnée de brisants, et peuplée de quelques centaines d'individus. Son sommet est situé par 20* 8' de latitude sud, et 160« 28' de longitude ouest.
FBNOUA.rri.
Cette petite île, que Cook découvrit en 1777, et qu'il nomma Oka-Toutaîa, est une terre basse , bordée d'une ^ève de sable blanc et boisée à l'intérieur. Le çrand navigateur la trouva déserte,
Quoiqu'il y observât des cas^ abanonnées récemment.
Elle n'a pas été comprise dans ie groupe des îles Harvey (Manina) des missionnaires. Sa position est par 19^ 5' de latitude sud , et 160** 38' de longitude ouest.
Nous ne mentionnerons pas les écueils Beveridge et Micholson qui sont fort éloignés , à l'ouest de l'archipel de Manaïa, et dont l'existence est encore douteuse.
ARCHIPEL DE SAMOA («) OUHAMOi,
OU DES NAVIGATEURS, ET ILES NlOUHA.
GBOORAPBIB.
Voguons vers l'archipel de Samoa.
Après avoir parcouru un grand espace de merrdes bandes de fous et de goélands signalent l'approche de la terre; atterrissons sur une petite île, la seule qu'ait découverte le capitaine Fréycinet ; c'est l'île Rose.' Elle a reçu le nom de son épouse , cette intrépide amazone de la science, qui l'accompagna dans son voyage autour du monde. Cette j)etite île est entourée d'un récif de six milles de circuit. Au centre, on ne trouve que quelques arbustes. Elle ne paraît pas avoir d'autres habitants que des goélands. -
(*) Un capitaine espagnol et un baleinier américain nous ont assuré que le Téritable nom de cet archipel était Samoa et non Uamoa,
OCÉANIE. '
Hais avant de continuer, disons an mot du déoouyreur de ces îles. Après avoir longtemps et consciencieusemeot comparé, avec tout le soin dont nous sommes capable, et les cartes et les relations anciennes et modernes, nous sommes personnellement oooTaiocu que le petit archipel de Samoa est le même que celui que Roggeween découvrit en 1772, et nomma Iles Baaman. Il nous semble cependant me le navigateur hollandais dut n'avoir de communications qu'avec les insulaires d'une partie de l'archipel, selon sa relation, embrouillée par lui ou plutôt par Behrens, sergent ignorant, à qui on en doit la publication.
M. de Fleurteu a de nouveau embrouillé cette relation, ens'efforçant de l'éclaircir; ce qui arrive souvent aux commentateurs : en effet, la supposition qu'établit ce savant, pour expliquer les positions données par Behrens , est évidemment forcée, quoique ingénieuse.
Il prétend que Behrens a dû compter les longitudes du méridien de Mekkmbooig, et certes il n'a jamais été question d'un tel méridien. Le grand gâgrapl^e Halte-Brun olaœ ces îles Bauman, arec les Iles âroningen et Tienhoven , dans l'archipel de Ro^geween. Ces îles n'ayant pas été trouvées , nous sommes doublement autorisé à persister dans notre opinion, c'est-à-dire, à penser que les îles vues par le navigateur hollandais sont rarcnipel de Samoa.
Rogi^eween, ou l'auteur de la relation, dit que « les naturels avaient une physionomie douce et bienveillante, qoe leur humeur était spirituelle et
r'e, que c'était, en un mot, le peuple plus honnête des îles du grand Oœan. » Néantnoins , la description des terres qui composent les îles Bauman , malgré un grand nombre d'erreurs et de confusions dans les positions ^éo- "^•^iques, correspond d'une manière
inte avec celle qui va suivre.
chaîne des îles Samoa embrasse nae étendue de cent lieues de l'est à îooest, par le 14* deeré de latitude méridionale. La superficie de cet arcfôpd est d'environ sept lieues carrées , tt sa population parait être au moins
de soixante mille habitants. Nous donnerons le nom de chacune de ses îles en indiquant sa position.
L'île du milieu porte le nom de Maouna. Sa pointe occidentale est par W 20' 18" de latitude sud, et 173«r de longitude ouest. Elle a dix-sept milles de longueur sur sept de largeur; elle est fertile, quoique montueu^e et boisée; elle a deux îlots dans son voisinage.
Cette île, la troisième en grandeur de l'archipel , est couverte de bois de palmiers , où les villages semblent cachés, d'arbres à pain, de cocotiers et d'orangers. Ses bosquets , retentissant du bruit des cascacles oui se précipitent en pluie écumeuse au haut des Falaises, sont peuplés de perruches, de ramiers et de tourterelles. Les cases des habitants y sont construites sur un sol factice, composé de petits cailloux choisis et élevés de deux pieds audessus de terre, pour se garantir de l'humidité. Elles sont partagées en plusieurs chambrettes dans l'intérieur, par des treillages artistement faits; le toit est couvert de feuilles de cocotier; un rang d'arbres taillés en colonnes en forment le pourtour, et, entre elles, de jolies nattes jointes ensemble s'élèvent et s'abaissent par le moyen de cordes , ainsi que des persienucs.
Opoun, Leone et Fanfoue, sont trois îles hautes et boisées, oui paraissent de loin ne former qu une seule île, attendu qu'elles ne sont séparées que par des canaux étroits. Elles s'étendent entre 14<' 5' de latitude sud , et 171** 42' au 172« 2' de longitude ouest. Opoun a deux cents toises environ d'élévation ; elle est coupée à pic et hérissée d'arbres, et surtout de cocotiers. On y voit un grand nombre de plantations de patates et d'ignames. Dans toute la Polynésie, les villages sont situés sur la plage : ici ils semblent suspendus à mi-coteau.
OïoLAYA a 40 milles de longueur sur 10 milles de large ; elle est accompagnée de plusieurs îlots. Cette île, f>ar la beauté de ses aspects, sa fertiité et sa population, est au moins égale à la riante Taïti. Malheureuse
ment elle ne possède aucun ancrage.
La Pérouse pensait que Oîolava était le plus grand village de la Polynésie.
Uîle PLATE, adhérente à Oîolava, ësl située par IS» 63' de latitude sud, et 174» 23' de longitude ouest. Elle est fort petite , mais excessivement fertile et populeuse. Quand les étrangers y arrivent, elle devient un bazar flottant de légumes, de h'uits et de cochons:
ou di rait les jardins flottants de Mexico .
PoLA. Selon la Pérouse et Kotzebùe, c'est une terre admirable, de Paspect le plus riant, et d'une prodigieuse fécondité. Elle a 100 milles de circonférence; elle s'étend entre le iZ*" 26' et le 13° 48' de latitude sud, et entre 174<> 30' au i75« 8' de longitude ouest. Il est malheureux que les navigateurs que nous avons nommés ne l'aient pas reconnue dans toutes ses parties.
Nous avons déjà décrit la petite lie Rose, qu! paraît déserte.
SOL ET rnODUCTIOlfS.
Parmi les récifs de corail qui environnent ces îles , on trouve des cailloux de basalte. Les arbres à pain , le cocotier, le bananier, l'oranger, le gouava, la canne à sucre, les ignames, les patates, les poules, les cochons et les chiens, du poisson en abondance, de beaux ramiers, des tourterelles, des perruches et une foule d'oiseaux au brillant plumage, voilà l'histoire naturelle et les aliments de ces peuples.
Deux cents pirogues apportèrent à la Pérouse une quantité prodigieuse de fruits et de cochons, et plus de deux cents pigeons ramiers et perruches, tellement apprivoisés, qu'ils ne voulaient , dit-il , manger que dans la main.
Les Iles de ce maG^niflque archipel se distinguent par rsïtsence de grands animaux, ainsi que toutes les autres Iles de l'immense Polynésie.
UfDlGÈlfES.
Les indigènes sont d'une taille trèsélevée, bien faits et très-musculcux.
Leur teint est foncé; leurs cheveux, droits et ébouriffés , et souvent colorés
en jaune ou rouce, ressemblent à un buisson ; quelquefois ils sont bouclée et en forme dfe grandes perruques. Généralement, ils n'ont pour tout vêtement qu'une ceinture d'herbes marines qui leur descend au genou , et qui les rait ressembler aux dieux des fleuves de ta Fable. Quelgucs-uns ont une espèce de pantalon qui va des hanches aux pieds.
Quelques colliers de verroteries ornent la poitrine d'un petit nombre. Leur tatouage est peu remarquable.
Les habitants de l\taouna ont paru violents , féroces , querelleurs, et même cannibales aux voyagcui^s , et ceux de l'île Plate leur ont paru doux et paisibles. Les femmes qui ont été aperçues à bord des pirogues, ont paru jolies à la Pérouse , fort grandes , luxurieuses et dévergondées. La plupart de leurs villages sont construits sur les bords des cours d'eau qui se jettent dans h mer; et comme ils communiquent toujours des uns aux autres en pirogues, et que Tarchipel en est couvert, ils poussent leur navigation jusqu'aux îles Viti. Bougainville donna au grou{)e entier le nom de Navigateur, dont nous le dépouillons, selon notre usage, en faveur (lu nominaigène. Uneécharpe de feuilles servait de ceinture à ses habitants, et un ruban vert s'enlaçait dans leur clievelure ornée de (leurs.
Pendant la relâche de la Pérouse, toutes les femmes de l'île furent à la disposition des éauipages. Les vieillards servaient de prêtres et d'autel au culte de Vénus, pendant qiie des matrones célébraient par des cliants ces noces brutales, et concluaient ces marchés impudiques (*).
Il est à remarquer que ces hommes à la taille herculéenne se moquaient de la taille médiocre et grêle des Ftaiiçaîs de la Pérouse.
Un tagate ou un bissaya, ouï étaît à bord de la frégate montée par le général, comprenait en partie leur langage.
Les Samoans sont industrieux, lis construisent admirablement, avec des haches d'un basalte Gn et compacte .
leurs pirogues qui manœuvrent fort
(*) Voyage delà Pérouse, t. HI, p. a 7 3,
OCÉANIE
fcîen à la Toile. Us fabriquent des erands plats à trois pieds. Ils travailïent également bien à des tissus soyein qui ressemblent à ceux que font les Zeelandais avec le formhtm tenax; mais on ignore quelle est la plante qu'emploient les Samoans. Leurs nattes et leurs étoffes pap3rriformes sont également d'une finesse et d'une élégance fort remarquables (voy. pi. 168).
HISTOIRB.
Noos avons déjà établi les motifs
Soi noos font attribuer la découverte es fies Samoa au navigateur hollandais Roggeween; elle aurait eu lieu en 1721. riéanmoins, grâce aux erreurs des ^'sements géo^aphiques dont fourmillent sa relation, Boucainville peut en être considéré comme K véritame découvreur.
Ce fut peu de jours après avoir quitté Taîti aue le célèbre navigateur mn^s vit les Iles de cet archipel, excepté celle de Pola. Il eut quelques communications avec les inaigènes, et le portrait qu'il en fait est plus ressemmant que celui de Roggeween.
Il observa que leurs pirogues étaient mieux construites et plus nombreuses que celles des autres peuples de la Polynésie, et qu'elles volaient sur les eaux; c'est pourquoi il nomma cet archipel Iles des jyavigateurs, M. Balbi, à son tour, a proposé de les nommer Arckhpel de BougaInviUe ^ pour éterniser fa découverte de cet illustre marin.
Jje plan de campagne de la Pérouse lui imposait la reconnaissance complète ae ces fies, que son devancier n'avait fait qu'ébaucher. La Pérouse parut à Maouna le 6 décembre 1787, et ce fiit dans une relâche de dix jours que le capitaine de Lançle, son ami, et un des meilleurs ofBciers de la marine française, le naturaliste Lamanon et neuf marins et soldats furent massacrés par les naturels (voy. ;?/. 214). Cest à cette occasion ^ue ce grand navigateur, qu'attendait une plus grande infortune, dit : «Je suis mille «fois pins en colère contre les philo-
« sophes qui préconisent les sauvages, « que contre les sauvages mêmes. Le « malheureux Lamanon , qu'ils ont « massacré, me disait encore , la veille « de sa mort, que les Indiens valaient « mieux que nous (*). » Il paraît que ce massacre eut lieu parce que la Pérouse avait donné des verroteries à quelques diefs , et avait oublié les autres.
Les équipages des deux frégates poussaient clés cris de vengeance et de race. Cent pirogues étaient autour des vaisseaux, avec des hommes , des femmes çt des enfants : il dépendait de ce brave général de sacrifier une épouvantable hécatombe aux mânes de ses amis, de ses marins et de ses soldats. Cet excellent homme résista aux cris des Français , et se contenta de disperser cette flottille en tirant un coup de ca^ non à poudre ; mais ce fut la dernière fois qu'il usa de tels ménagements envers les sauvages. Le lendemain, des centaines de pirogues revinrent faire leurs évolutions autour des frégates. La Pérouse fut sur le point de céder au vœu de ses marins ; s'il eât trouvé un ancrage silr, il se serait embossé pour canonner les villages de ces sauvages. Il eilt dû néanmoins réclamer les cadavres des Français, que ces cannibales dévorèrent probablement dans un festin ; mais il lit appareiller le 14 décembre, et prolongea la côte d'Oïolava , où plusieurs embarcations vinrent au-devant de lui :
les naturels de cette île se montrèrent doux et tranquilles. Il vit encore nie magnifique de Pola, et quitta enfin ces funestes parages.
L'Anglais Edwards parcourut l'archipel ni 1791 , et lui imposa d'autres noms, sans aucun égard pour des droits antérieurs.
En 1824, le captaine Otto de Rotzebue en fit la reconnaissance, et confirma ou rectifia le travail de la Pérouse. On peut conclure de sa relation que les naturels des Iles occidentales , telles que Oîolava , l'île Plate et Pola , sont d'un caractère plus humain, plus
(*) Voyage d« la Péroiue, t IV, p.-i^^*
doux, plus juste et plus social, que ceux de Maouna. Cette dififérence paratt provenir de ce que les premières îles ont des chefs dont l'autorité est bienveillante et respectée, tandis que i'anardiie r^ne seale à Maouna. Nous devons vivement désirer que les missionnaires s'établissent sur ces terres, plus riches que celles qu'ils ont déjà soumises au culte de Jésus. Là ils pourront rendre de grands services à la science et à l'humanité.
GROUPE DE NIOUHA.
Ce petit groupe se compose de deux petites lies séparées par un canal de trois milles de large. Celle du nord est un cône élevé, entièrement couvert d'arbres dans un diamètre d'environ trois milles, et l'autre est un morne entouré de terres basses et plates. Sa longueur est de trois milles et demi , et sa largeur de deux milles. Au raidi , des récifs forment un mouillage par vingt à vingt-cinq brasses. La première die ces deux îles est située par 15<» ôiV de latitude sud, et 176" de long, ouest.
Les indigènes ressemblent beaucoup à ceux de Farchipel de Samoa. Schouten , qui la découvrit et y mouilla le 11 mai 1616, vit une figure de coq peinte sur la voile de leurs pirosues.
Il reçut la visite d'un latou (roi d'une tle vo'îsine). Ce mot rappelle les datous de Maïndanao et de l'archipel de Soulong. Sa majesté sauvage parut enchantée du concert bruyant que lui donnèrent les trompettes et les tambours du bord. Il fit cadeau d'une natte à Schouten , qui lui donna à son tour ' une hache, des clous, une pièce de toile et mielques verroteries.
Le lendemain, les pirogues de Niouha voulurent briser le navire , et se brisèrent contre lui. La double pirogue du roi fut du nombre. Le feu ae quelques pierriers, chargés de balles et de vieux clous, eut bientôt dispersé les agresseurs. Schouten quitta ces îles, qu'il nomma Iles des Cocos et Fer- Tuders (traîtres).
Wallis les revit en 1767 sans s'y arrêter* Il remarqua que les naturels
avaient la première phalange du petit doigt coupée. Wallis les nomma Boscawen et Keppel.
En 1781, Maurelle, manquant de tout , vint s'y ravitailler, et les nomma las islas de la Consoleunon. Les naturels, dit-il, étaient doux et honnêtes, et parlaient la même laiigae que ceux de Vavao.
La Pérouse vit l'île haute en 1787, et il trouva les naturels assez semblables à ceux de Samoa.
Mariner en a parlé en passant ; mais il ne paratt pas qu'il les ait visitées.
OPPOSITION DE CARACTÈRES ENTRE LES HA- EfTANTS DE LA POLYNÉSIE.
Malgré tout le charme qui est attaché depuis longtemps et à juste titre à Farcnipel, et particulièrement à Hle de Taîti, l'immense Polynésie renferme des terres dignes de fixer toute l'attention des amis de la géographie, la plus belle, la plus utile, la plus difficile et la plus agréable des sciences, à notre avis, quand on la considère sous toutes ses faces. L'esprit d'observation qui caractérise éminemment l'époque où nous vivons, l'importance et l'intérêt des faits recueillis par les voyageurs, ont agrandi une sphère auparavant trop resserrée.
Il n'est pas exact de dire que tous les peuples polynésiens se ressemblent. Il existe une aussi grande opposition de caractères entre les habitants de beaucoup dites de la mer du Sud , qu'entre Plusieurs nations de notre Europe, fous avons déjà observé ces oppositions à Haouaî, aux Carolines, à Nouka-Hiva et à Samoa. Les Taïtiens peuvent être considérés comme les Sybarites, et les Tongas comme les Spartiates des îles du grand Océan.