‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 3 sur 122 · ARCHIPEL DE TONGA · texte numérisé non relu

ARCHIPEL DE TONGA

Les générations qui ont occupé le sol des îles Tonga se sont éo^ulées pendant une longue suite de siècles, sans laisser aucune trace de leur passage, que quelques traditions obscures, et le nom de quelques che& qui ont

OCÉANIE

Inîllé sur ces terres, antérieurement à leur découverte ^r les Européens.

Le christianisme vient de pénétrera Tonga; la civilisation europ&nne commence à prendre racine parmi ses habitants : dans quelques années, peat-étre , ils n*auront plus à offrir à robsenrateur aucun vestige de leur tjpe primitif.

Cest donc véritablement le moment de tracer une es(]uisse rapide des coutumes et de rhistoire de cet archipel.

Seulement, jusqu^à ce que nous soyons à rhistoire dfe ce peuple, nous parlerons des DKEurs et des institutions comme si cUes étaient dans toute leur vigueur , ear elles ne peuvent être encore modifiées que d'une manière peu sensible.

GÉOGBAPHIB ET TOPOGRAPHIB.

L'archipel de Tonga comprend près décent îles. Ilots et atoilons, sur une étendue de deux cents milles du nord au sud , sur une largeur moyenne de cinquante ou soixante milles , c'est-àdire du 18« au 20O de latitude sud , et du 176^ au 17S** de longitude ouest.

XiCs phis considérables sont celles de Vavaou, Tonga-Tabou, Éoa,Lefouga, Namonka , Tofoua et Laté. Leur superficie peut être évaluée à environ 80 lieues carrées, et leur population à 50,000 individus.

Cet archipel peut être divisé en trois groupes : au sud les îles Tonga proprement dites , au centre les îles Dapaî , au nord les lies Hafoulou-Hou , et , en outre, quelques îles éparses ou éloignées.

Nous emprunterons le résumé géo* graphique ae ce chapitre au savant narigateur M. d'Urville, en y comprenaot la description intéressante d'Éoa fft le narrateur de Cook , la descriptioD bien plus intéressante de Tonga- Tabou par Andersen , et quelques passages de M. Bennett, qui vient d'aàertt récemment son voyage dans ces ^oobées. Nous ajouterons a cette topopanhie celle de la petite île Pylstart , it de nie Sauvage.

£oà , la plus méridionale de ces îles, fiit découverte , en 1643 , par Tasman , fû la nomma Middeibourg. C'est une

terre de hauteur médiocre , assez peuplée, ayant onze milles du nord-nordouest au sud-sud-est, sur six ou sept de large. Forster, qui parcourut Ëoa en 1773, fait un tableau charmant de ses sites et des mœurs hospitalières de ses habitants. Comme elle est dépourvue de bons mouillages, elle a été peu visitée depuis Cook. Éoa relevait jadis de l'autorité du Touï-Tonga; mais depuis que cette puissance s'est éteinte, elle obéit à un chef particulier. Le sommet de Tlle gît par 21 « 25' de latitude sud, et 175<» 17' de longitude ouest. A quelques milles au sud-ouest est un îlot nommé Katao.

Un de nos savants les plus recommandables et les plus consciencieux , M. Walkenaër dit que le sol de Tîle Éoa est en général argileux , et qu!on y voit percer le corail Jusqu'à la hauteur de trois cents pieds au-dessus du niveau de la mer.

Voici comment Cook a peint l'île Éoa et ses habitants :

« Après avoir rangé les bords sudouest de l'île la plus grande jusqu'aux deux tiers de sa longueur, à la distance d'environ un demi-mille de la côte, sans apercevoir^ ni mouillage ni débarquement , nous cinglâmes du côté d'Amsterdam ( Tonga y surnommé 7Vz- 6ou), que nous avions en vue. A peine eûmes-nous orienté les voiles, que les côtes de Middelbourg (Éoa) présentèrent un autre aspect ; elles parurent offrir un mouillage et un lieu (>ropre à atterrer ; alors je serrai le vent , et je courus sur l'île.

« Nous apercevions des plaines au pied des collines, et des plantations de jeunes bananiers, dont les feuilles, d'un vert éclatant, contrastaient avec les teintes diverses dès différents arbrisseaux, et la couleur brune des cocotiers, qui semblait être l'effet de l'hiver. Le jour ne faisait que poindre, la lumière était si faible que' nous vîmes plusieurs feux briller entre les bois , et peu à peu nous distinguâmes les insulaires qui marchaient le long de la côte. Les collines, basses et moins élevées au-dessus du niveau de la mer que rile de Wight, étaient ornées de

petits groupes d*arbres répandus çà et ]à à quelque distance , et Fespace intermâiaire paraissait couvert d'herbages, comme la plupart des cantons de TAngleterre. Bientôt les habitants lancèrent leurs pirogues à la mer , et ramèrent de notre côté. Un Indien arriva à bord , et nous présenta une racine de poivrier enivrant des Iles de la mer du Sud ; et après avoir touché nos nez avec cette racine en signe d'amitié, il s'assit sur le pont, sans proférer un seul mot. Le capitaine lui offrit un clou , et à l'instant il le tint » élevé au-dessus de la tête, en prononçant sctgafetai , mot que nous primes pour terme de remercîment. 11 était nu jusqu'à la ceinture , et de la ceinture une pièce d'étoffe, semblable à celtes de Taîti, mais enduite d'une couleur brune et d'une forte colle, qui la rendait roide, et propre à résister à la pluie, lui pendait jusqu'aux genoux ; il était d'une taille mo]^enne et d'un teint châtain assez pareil à celui des Taîtiens ordinaires, et ses traits avaient de la douceur et de la régularité. Il portait sa barbe coupée ou rasée, ses cheveux noirs et frises en petites boucles, et brûlés à la pointe. On distinguait sur chacun de ses bras des taches circulaires, à peu près de la grosseur d'un écu, composées de plusieurs cercles concentriques de points tatoués à la manière des Taîtiens, mais qui n^étaient pas noirs. On remarquait encore d'autres piqûres noires sur son corps. Un petit cylmdre était suspendu à cnacun aes trous de son oreille , et sa main gauche manquait de petit doigt. Il garda le silence pendant un temps considérable ; mais d'autres insulaires, qui arrivèrent après lui, furent plus communicatifs, et, ayant accompli la cérémonie de toucher le nez , ils parlèrent un langage inintelligible pour nous.

- « De nouvelles pirogues, montées chacune par deux ou trois hommes, s'avancèrent aussi hardiment vers nous , et quelques-uns des Indiens entrèrent sur notre bord sans hésiter.

Cette marque de confiance me donna une bonne opinion des insulaires , et

me détermina à relflcher parmi eux, si cela était possible. Je fis des bordées, et je trouvai enfin un bon mouillage par vingt-cinq brasses fond de gravier, a trois encablures de la côte. La terre la plus élevée sur l'île nous restait au sud-est quart est ; la pointe septentrionale au nord-est demi-est, et la pointe ouest au sud quart sudouest demi -ouest. L'île aAmster* dam s'étendait du nord quart nordouest demi-ouest au nord-ouest demiouest. Dès qu'on eut jeté l'ancre, nous fûmes entourés par un grand nombre de pirogues remplies d'Indiens qui nous apportèrent aes étoffes , des outils, etc., qu'ils échangèrent contre des clous , etc. Ils faisaient beaucoup de bruit; chacun montrait ce au'il avait à vendre en criant, pour attirer des acheteurs. Leur langage n'est pas désagréable , mais ils prononçaient sur une espèce de ton cliantant tout ce qu'ils disaient. Plusieurs vinrent sur le pont, et un entre autres que je reconnus pour un chef à Tautorité qu'il semblait avoir sur les autres, et je lui donnai en présent une hache, des x^lous de fiche, et d'autres choses qui lui causèrent une grande joie. Je gagnai ainsi l'amitié de ce chef, qui se nommait Ti-Ouny.

« 11 admirait beaucoup nos étoffes et nos toiles anglaises; il donnait ensuite la préférence à nos outils de fer. Son maintien était très-libre et très - déterminé ; car il entra dans la grande chambre, et partout où nous jugeâmes à propos de le conduire.

« Je m'embarauai bientôt sur deux chaloupes avec plusieurs personnes de nos équipages, et accompagné de Ti- Ouny, qui nous conduisit dans une Setite crique formée par les rochers , irectement en travers des vaisseaux , et 0(1 le débarquement était fort aisé , et les bateaux a l'abri de la houle. IJ ne foule immense d''Indiens poussèrent des acclamations à notre arrivée sur la côte. Il n'y en avait pas un seul qui eût un bâton ou quelque arme à la main , signe indubitable de leurs dis* positions pacifiques. Ils se serraient de si près autour de nos bàtiiucuts , en

oflrant d^échanger des étoffes de leur pays, des nattes, etc., contre des clous , qu'il fallut un peu de temps

Soar trouver de la place pour notre ébarqueinent. Ils semblaient plus empressés à donner qu*à recevoir; car ceux qni ne pouvaient pas s'approcher assez de nous jetaient , par-dessus les têtes des autres, des balles entières drétoffes, et Hs se retiraient sans rien demander ou rien attendre.

« Un grand nombre d^hommes et de fonmes, parfaitement nus, nageaient à côté de nous, en élevant d'une main des anneaux d'écaillé de tortue, des hameçons de nacre de perle, etc. , qu'ils voulaient vendre.

• EnGn le chef les Gt ouvrir adroite et à gauche , et il y eut assez de place pour que nous descendissions à terre. Ils nous emportèrent hors de nos chaloupes sur leur dos. Le chef nous mena ensuite à son habitation, agréablement située à environ trois verbes de la mer , au fond d'une belle prairie et à l'ombre de Quelques shaddeks On voyait au frout la mer et les vaisseaux à l'ancre; derrière et de chaque côté, on apercevait de jolies plantations,

aui annonçaient la fertilité et Tabonanœ. Il y avait, dans le coin de la maison, une cloison mobile d'osier toute dressée, et par les signes des habitants , nous jugeâmes qu'elle séparât les lieux où ils couchent. Le plancher était couvert de nattes sur lesquelles nous nous assîmes, et les naturels , s'asseyant aussi en dehors , nous environnèrent d'un cercle. On avaîl apporté nos cornemuses, et j'ordonnai d'en jouer. Le chef, de son côté , commanda à trois jeunes femmes de chanter, ce qu'elles firent de bonne grâce ; comme je leur offris à chacune un présent, toutes les autres se mirent dans l'instant à les imiter. Leur chant était musical et harmonieux, et il n'avait rien de faux ni de désagréable; il était plus savant que celui des Taîtiens. Les chanteuses battaient la mesure en glissant le second doigt sur le pouce, tandis que les trois autres doigts restaient élevés (*). Elles van La musique est eu /a mineur ; en void

riaient les quatre notes , sans jamais aller plus bas qu'a ou plus haut qu'e. Durant c« concert, un vent léger embaumait l'air d'un parfum délicieux qu'exhalaient les fleurs blanches des orangers plantés derrière la maison, et dont on vint bientôt nous offrir les fruits. »

L'île Tonga-Tabou (c*est-à-dire Sacrée) , et la métropole de rarchi[>el , est une terre fertile, peu élevée, mais couverte d'une riche végétation ; c'est encore Tasman qui en fut le découvreur; il la nomma .Ymsterrfam.Tonga-Tabou, dit d'Urville, a dix-huit milles de l'est h l'ouest, sur douze milles de largeur. Fortement échancrée vers le nord par un vaste lagon, elle affecte la forme d'un croissantirrégulier; toute la bande septentrionale est, en outre, accompagnée d'un immense récif, couvert d'Ilots verdoyants. Les plus remarquables sont Atata, Pangaî-Modou , Ôneata, Nougou-Nougou.Fafaa, Malinoa, Onevaï, Ko^ou et Taou. A l'intérieur de ces brisants sont des ancrages assez sûrs ; mais l'entrée en est difncile et très-dangereuse. Vis-à-vis la

Sasse de Test, et détachée tout à fait e Tonga-Tabou, est une petite lie basse nommée Ëoa-Tchi , d'un mille ou deux de longueur.

L'eau douce, continue d'Urville, est rare sur cette île toute plate; mais en creusant à une certaine profondeur, on en trouve de potable. La flore du pays est riche; elle a déià quelques rapports avec la flore mélanésienne, et comprend des espèces absentes de la Polynésie orientale.

HISTOUŒ NATCRELLB DE TONGA-TABOU.

On peut compter cette terre (*) au nombre des îles basses. En effet, les arbres de la partie occidentale , où nous étions à l'ancre , se montraient à peine ,

les notes : la, ut, ut, re, re, ut, ut, la, la, uf , re, re, ut, mi; la mesure est à quatre temps; toutes les notes sont des noires, excepté un ut et un mi que nous avons désignés par des italiques. G. L. D. R.

(*) Ce chapitre est traduit d'Anderson.

et la pointe sud-est était le seul district proéminent que nous pussions apercevoir des vaisseaux. Lorsqu'on est à terre, on voit néanmoins plusieurs terrains qui s'élèvent et s'abaissent doucement. Le pays en général n'offre pas ce magnifique pavsage qui résulte d'une multitude de collines, de vallées, de plaines , de ruisseaux et de cascades ; mais il étale aux yeux des spectateurs la fertilité la plus abondante. Les lieux abandonnés aux soins de la nature annoncent la richesse du sol , aussi bien que les districts cultivés par les insulaires. La verdure est perpétuelle dans les uns et dans les autres, et toutes les productions végétales y sont d'une extrême force. De loin, l'Ile entière paraît revêtue d'arbres de différentes tailles, dont quelques-uns sont fort ^ros. Les grancis cocotiers élèvent toujours leur tête panachée, et ils ne contribuent pas faiblement à la décoration de cette scène. Le bouçOy qui est une espèce de figuier à feuilles étroites et épointées, est l'arbre le plus considérable; lepandanus, des hybiscm de plusieur&sortes, [efaUanoUy et un petit nombre d'arbres, sont les arbrisseaux et les petits arbres que présentent communément les cantons en friche, surtout vers la mer. Si les diverses choses qui forment les grands paysages n'y sont pas nombreuses, il y a une foule de sites qu'on peut appeler de jolis points de vue; ils sont répandus autour des champs mis en culture et des habitations , et particulièrement autour des faUoukas{*), où l'art et quelquefois la nature ont beaucoup fait pour le plaisir des yeux.

Tonga-Tabou étant peu éloigné du tropique, le climat y est plus variable que sur les lies situées plus près de la

{*) Le faîtouka se comjïose de trois choses : de la fosse, du lertre où la fosse est creusée, et d*uDe espèce de hangar coustruit au-dessus. La fosse pour la sépuUurc de la famille d'un chef, a huit pieds de long sur six de large; elle est revôtiie d'une grande pierre au fond et sur chacun des côtés , et recouverte de la même manière.

ligne : au reste, -nous y relâchâmes au solstice d'hiver, et il faut peut-être attribuer à la saison l'instabilité du temps. Les vents ^ soufHeut le plus souvent entre le sud et l'est , et lorsqu'ils sont modérés, on a ordinairement un ciel pur. Quand ils deviennent plus frais , l'atmosphère est chargée de nuages ; mais elle n est point brumeuse , et il pleut fréquemment. Les vents passent quelquefois au nord-est, au nord-nora-est, ou même au nord nordouest; mais ils ne sont jamais d'une longue durée, et ils ne souillent pas avec force de ces points du compas, quoiqu'ils se trouvent en général accompagnés d'une grosse pluie et d'une chaleur étouffante. On a déjà dit que les végétaux se succèdent d'une manière très-rapide : je ne suis pas sûr toutefois que les variations de l'atmosphère, qui produisent cet effet, soient assez frappantes pour être remarquées des naturels, ou que les diverses saisons déterminent leur régime; je suis même tenté de croire le contraire, car le feuillage des productions végétales n'éprouve point d'altération sensible aux diverses époques de l'année; chaque feuille qui tombe est remplacée par une autre, et on jouit d'un printemps universel et continu.

Un rocher de corail , le seul qui se

I)résénte sur la côte, sert de base à 'île, si nous pouvons en juger d'après les endroits que nous avons examinés.

Nous n'y aperçûmes pas le moindre vestige d'aucune autre pierre , si j'en excepte les netits cailloux bleus répandus autour aes/aïtotikasy et une pierre noire polie et pesante qui approcue du lapis lydiusy et dont les naturels font leurs haches. Il est vraisemblable que ces dernières pierres ont été apportées des terres des environs; car nous achetâmes de l'un des insulaires un morceau de pierre de la nature des ardoises et couleur de fer, que les habitants du pays ne connaissaient pas. Quoique le corail s'élance en beaucoup d'enciroits au-dessus de la surface du terreau, le sol est en général d'une- profondeur considérable. Dans tous les districts cultivés, il est communément noir et

OGÉARIE.

friable, et il semble venir en grande partie du détriment des végétaux : il est probable qu'il se trouve une couche argileuse auAlessous, car on la rencontre souvent dans les terrains bas et dans ceux qui s'âèvent, et surtout en divers endroits près de la cdte, où il est un peu renfle; lorsqu'on le fouille, il paraît quelquefois rougeâtre, plus orainairement brunâtre et compacte.

Bans les parties où la côte est basse, le sol est sablonneux , ou plutôt de corail trituré; il produit néanmoins des arbrisseaux très-vigoureux, et les naturels le cultivent oe temps en temps avec succès.

Les principaux fruits que cultivent les naturels sont les bananes, dont on compte quinze sortes ou variétés, le frait à pain, deux espèces de ce fruit qu*ou trouve à Taîti, et qu'on appelle jambo et evi (le dernier est de la nature de la prune) , et une multitude de shaddeckSf qu'on y voit aussi souvent dans rétat de nature.

Deux espèces d'ignames, dont la première est si grosse qu'elle pèse souvent viugt livres, et dont la seconde, hbBche et longue, en pèse rarement uns; aoe grosse racine appelée kappé; une autre qui approche de nos patates Uandies, et qu'on nomme mawhafta, le tâ^ ou le coco de quelques îles des enviRms,et une dernière appelée cfieyie, fotMBBt la liste des plantes de Tonga-

itei un ^and nombre de cocotiers, â V a trois autres espèces de palnitts, dont deux sont rares : l'un est appelé biou^ il s'élève presque à la Miteur du cocotier ; il a de très-larftt feuilles disposées en forme d'éventé, et des grappes de noix globude la grosseur d'une balle de ces noix croissent parmi les elles portent une amande

fi'on mange quelquefois. Le une espèce de choux paldistingué seulement du coco en ' est plus épais, et qu'il a des découpées; il produit un chou iélrois ou quatre pieds de long : on voit, au sommet de ce chou , des feuilles, et au bas, un fruit qui est à peine

de deux pouces de longueur, qui ressemble à une noix de coco oblongue, et qui offre une amande insipide et tenace, que les naturels appellent ntougola^ ou la noix de coco rouge, parce qu*elle prend une teinte rougditre lorsqu'elle est mûre. La troisième espèce, qui se nomme on^o-on^o, est beaucoup plus commune; on la trouve autour des faUoukas : sa hauteur ordinaire est de cina pieds; mais elle a quelquefois huit pieds d'élévation; elle présente une multitude de noix ovales et comprimées, qui sont aussi grosses qu'une pomme de reinette, et qui croissent mimédiatement sur le tronc, parmi les feuilles. L'île produit d'ailleurs une multitude à cannes de sucre excellentes, dont les naturels prennent soin, des "gourdes, des bambous, des souchets des Indes, et une espèce de figue de la grosseur d'une petite cerise, appelée mattey qu'on manee quelquefois :

.au reste , le catalogue des plantes qui croissent naturellement est trop nombreux pour l'insérer ici. Indépendamment du pemphiSy du easpermum y du mcUlœocca et du mabay et de quelques autres genres décrits par le docteur Forster (*) , on en trouve un petit nombre d'autres, que la saison de l'année ou la brièveté de son séjour ne lui ont peut-être pas permis de remarquer. J'ajouterai que notre relâche fut beaucoup plus longue; que cependant nous ne vîmes pas en fleur plus de la quatrième partie des arbres et des plantes, et qu'ainsi ie suis bien éloigné d'en connaître les uifférentes espèces.

Les quadrupèdes du pays se bornent à des cochons , à un petit nombre de rats , et à quelques chiens qui ne sont pas indigènes , mais qui viennent des couples que nous y laissâmes en 1773, et de ceux que les naturels ont tirés é^ Fidji. Les volailles sont d'une

§rande taille et vivent dans l'état de omesticité.

Nous remarquâmes parmi les oiseaux, des perroquets un peu plus petits

(*) Voyez son ouvrage , qui a pour titre : .Ciuiracieres generum plantamm, Loadres^

3ue les perroquets gris ordinaires, ont le dos et les ailes sont d'un vert assez faible, la queue bleuâtre, et le reste du corps couleur de suie ou de chocolat ; des perruches de la grandeur d*un moineau , d*un beau vert jaunâtre, ayant le sommet de la tête d*un azur brillant , le cou et le ventre rouges : une troisième espèce, delà taille d'une colombe, a le sommet de la tête et les cuisses bleus; le cou, la partie inférieure de la tête et une partie du ventre cramoisis, et le reste d'un joli vert.

Nous aperçûmes des chouettes de la grandeur de nos chouettes ordinaires, mais d'un plumage plus beau; des coucous pareils à ceux de Ttle Palmerston; aes martin-pécheurs de la grosseur d'une grive, d'un bleu verdâtre et portant un collier blanc; un oiseau de l'espèce de h grive, dont il a presque la taille. Celui-ci porte deux cordons jaunes à la racine du bec :

c'est le seul oiseau chantant que nous ayons rencontré; mais il produit des sons si forts et si mélodieux, que les bois sont remplis de son ramage, au lever de l'aurore , le soir et à l'approche du mauvais temps.

Je ne dois pas oublier dans la liste des oiseaux de terre , des râles de la grandeur d'un pigeon, qui sont d'un gris tacheté et qui ont le cou brun ; une autre espèce qui est noire, qui a les yeux rouges, et qui n'est pas plus grosse qu'une alouette; deux espèces de cobe-mouches ; une très-petite hirondelle; trois espèces de pigeons, dont l'une est le ramier cuivre de Sonnerat(*) : la seconde n'a que la moitié de la grosseur du pigeon ordinaire; elle est d'un vert pâle au dos et aux ailes , et elle a le front rouge : la troisième , un peu moindre, est d'un brun pourpre et blanchâtre au-dessus du corps.

Les oiseaux marins, ou ceux qui fréquentent la mer, qu'on trouve à Tonga-Tabou, sont les canards, que nous avons vus en petite quantité à

Annamooka (on n'en rencontre guère], les hérons bleus et blancs , les oiseaux du tropioue, les noddies communs, les hironaelles de mer blanches , une nouvelle espèce qui est couleur de plomb, et qui a la tête noire ; un petit courlis bleuâtre, un erand pluvier tacheté de jaune. Outre les grosses chauves-souris indiquées plus haut, je ne dois pas oublier la chauve-souris commune.

Les seuls animaux nuisibles ou dégoûtants de la famille des reptiles ou des insectes, sont les serpents de mer de trois pieds de longueur, qui offrent alternativement des anneaux blancs et noirs^ et qu'on voit souvent sur la côte , Quelques scorpions et des centipèdes. Ii y a de beaux guanous verts d'un pieu et demi de long, un second lézard brun et taciieté d'environ douze pouces de longueur, et deux autres plus petits. On distingue parmi les insectes de belles teignes , des papillons, de très-grosses araignées el d'autres. J'ai remarqué en tout cinquante espèces d'insectes.

La mer abonde en poissons ; mais les espèces ne m'en parurent pas aussi variées que je l'espérais. Les plus communs sont les mulets; plusieurs sortes de poissons-perroquets , le poisson d'argent, les vieilles femmes (*), des soles joliment tachetées, des lecUenjackefs, des bonites et des albicores, des anguilles, les mêmes que nous avions trouvées à l'Ile Palmerston , des requins , des raies , des flûtes (**), une espèce de brochet , et des diables de mer.

Les récifs et les bas -fonds, si nombreux au côté septentrional de l'île, sont remplis d'une multitude de coquillages très-variés, et il y en a beaucoup qu'on regarde comme précieux dans nos cabinets d'histoire naturelle. Je me contenterai d'indiquer ici le véritable marteau , dont je ne pus me procurer un échantillon entier, une grosse huître dentelée, et bien d'autres qui ne sont pas de l'espèce

(*) ^^y- Sonnerai, Voyage à la Nouvelle- Guinée, p. loa

*) Il y n dans Toriginal o/tf wivrs, (**) On lit pipe fish dans le texte.

• '•rt ••• • ••

OCÉANIË.

ttHumune ; des panamas y des cônes , nne vis énorme qu'on trouve aussi aux Indes orientales ; des huîtres perlières : plusieurs de ees huttres paraissent avoir échappé aux recherches des naturalistes et des amateurs les plus curieux. On y trouve aussi du frai de poissons de plusieurs sortes, une multitude de belles étoiles de mer, et des coraux très-variés. J'en remarquai deux rouges ; le premier portait de jolies branches , et le second était tubuJpux Les crabes et les écrevisses y soot très-abondants et variés. Il faut ajouter à ce catalogue plusieurs espèces d'épongés, le livre de mer, des hdohaieSf et diverses substances de ce genre.

uirieux d'examiner le^ productions du pays (*), je m'aventurai dans Ttle le 37 juillet 1830. Les sentiers étaient étroits, et la végétation masnifigue.

Le taro , le plantain , Varum ae Virginie , y croissent naturellement , ainsi que le ehi (dr€u:oena terminaUs) ; le marier à papier ( broussmietia papyrifera), et le kava ou l'ava {piper methytticym). Le chi est cultivé dans I21 plupart des iles de la Polynésie, uni- ^ement à cause de sa racine, qui contient une grande quantité de jus sucré.

Les racines de cette plante , ayant été exposées à l'action oe la vapeur pendant vingt-quatre heures , se mangent comme la canne à sucre. A l'île de Taîti / on est parvenu à retirer de fesprit-de-vin de la feuille du chi ; et les feuilles mises soigneusement en tas et roulées en paquets, sont une excellente nourriture pour le bétail.

Ce fait doit intéresser les navigateurs qui peuvent se trouver dans dès contrées oà le chi est commun et le gazon nre. Le mûrier à papier est cultivé pour son écoroe, qui sert à la fabrication du drap de 1 île ; le nom que lui donnent les naturels est hiapo, et le drap, quand il est manufacturé, s'appelle ugiata. Il est rare qu'on laisse atteindre à cet arbre plus de dix ou Aouze pieds de hauteur ; il est d'une

n Traduit de M. Bennçli jusqu'à « cbapitrv.

la fin

petite circonférence, et on faitusagt ue l'écorce un am après que l'arbre a été planté. L'instrument dont on se sert pour détactier l'écorce s'appela cUke.

On fait une grande consommation du kava , ou ava , en boisson ; il y a deux espèces d'ava, l'une qui est cul« tivée, et l'autre qui vient naturellement. On remarque une légère diffé* rence dans le feuillage de ces deux espèces. On ne tire aucun parti de la racine de l'ava sauvage. Dans les temps de disette, on mange aussi le fruit au hui , ou convolvuliis brasiliensis y plante grimpante dont le fruit a quelque ressemolance avec la patate. Le fruit de la morinda citri/oliay ou nano^ sert aussi à la nourriture des naturels ; mais dn a soin de le laisser dans l'eau pendant quelques jours pour lui ôter son amertume. Lepandanus odoraMssimus (le pango des naturels) étale en abondance , dans le voisinage de la mer, ses beaux fruits dorés ; ses feuilles forment une toiture impénétrable : elles servent à la fabrication des nattes communes.

Dans une excursion faite le 28, je remarquai avec étonnement la fertilité de cette fie intéressante. La richesse du sol en fait un vrai jardin ; on pourrait y récolter facilement tous les fruits des tropiques, et le coton, l'indigo, le sucre, etc. Mais on doit regretter beaucoup qu'on n'ait pas encore pu obtenir œeau de bonne qualité. Je ne doute pas que , si les puits étaient creusés à une plus grande profondeur, on ne trouvât de l'eau meilleure et en plus grande quantité. J'en* richis ma collection de quelques espèces de mangroves (rizopnora)^ d'un arbuste tout chargé ae petites fleurs rouges très-jolies, et que les habitants nomment hangorlé, d'un fruit de la

§rosseur d'une noix de coco que prouit l'arbre appelé leki-leki: il a de quarante à cinquante pieds de nauteur, et dix de circonférence. On ne mange point le fruit du leki-leki. Cet arbre est estimé pour son bois qui est trèsdur, rouge, et sert à la fabrication des massues et autres armes. Je re-

tournai à notre mouillage par un sentier planté d*arbres dont les branches entrelacées donnaient ^un frais ombrage. Je distinguai le koka^ arbre d*une taille peu élevée, et qui donne des baies rouge-noir. L'écorce du koka est employée à la teinture des étoffes en rouge. '£n suivant ce sentier, je passai devant un cimetière : quelques tombeaux étaient ornés de corail , et sur un d'eux on avait élevé une petite maison , ce qui est une marque de distinction ; ce tombeau était aussi ombragé par un très-bel acacia.

DIVISIONS GÉOQBAPmQUBS (*).

Les principales divisions de ïîle étaient jadis : Hifo à Touest , Moua au centre, Hagui à Touest, et Lego, nom collectif pour tout le sud , partie inculte et moms habitée. Depuis l'expulsion du Touî-Tonga , ces divisions anciennes sont effacées. Chaque district a son chef, et ces ciiefs s'entendent entre eux de manière à vivre dans de bonnes relations. La population de rîle a été diversement estimée. L'Anglais Siugleton l'évaluait à 20,000 âmes, le capitaine d'Urville à 15,000, le capitaine Waldegrave à 12,000. Les missionnaires comptaient 4000 naturels dans le seul aistrict de Hiso. Ce qui est positif, c'est que Tonga-Tabou peut mettre cinq mille guerriers en campagne. Le mouillage de Pangaî- Modou est situé par 21° 8' de latitude sud, et 177« 33' de longitude ouest.

A vingt-cinq milles au nord de Tonga-Tabou sont les deux écueils Hounga-Tonga et Hounga-Hapaî, distants l'un de l'autre de deux milles; espèces de phares qui signalent la

frande tie , aires de vautours inaborables et hautes , hérissées de broussailles à leur sommet. Comme les îles volcaniques de Kao et de Tafoua, ces rochers servent de reconnaissances utiles pour la navigation de ces para-

Î;es. L'tlot du sud gît par 20o 36' de atitude sud, et 177<> 44 de longitude ouest.

(*) Nous empruntons ces divisions au yoyage pittoresque de d'Urville.

Nous voici au groupe Hopaî, long de soixante milles du nord-nord-est au sud-sud-ouest, sur une largeur de vingtK^inq à trente milles. Ce groupe se compose d'tles basses liées entre elles par une chaîne non interrompue de récifs. Cette foule d'îles reconnaissait autrefois l'autorité du Touï-Tonga; chacune d'elles a aujourd'hui son roi p»articulier , avec un sou vernement distinct de cekii de la métropole. Le christianisme y est, dit-on, florissant et en progrès. Ces îles, toutes fécondes et boisées, sont plus ou moins populeuses. On distingue parmi elles :

Lefougaf la principale du groupe, capitale du royaume de Finau I*^^ lie de six milles du nord-nord-est au sudsud-ouest, sur trois milles de Large.

Position : 19» 50* latitude sud, 176> 59' longitude ouest.

Namouka, découverte en 1643, par Tasman , qui la nomma ile Botierdam, On a vu combien elle était riche en sites ravis.sants; elle a dix ou douze milles de circuit. Latitude sud, 20* 15', longitude ouest, 177« 19'.

Ensuite viennent Foa, Wiha, Haaoo, Niniva et Foutouna , petites îles basses, boisées, d'une étendue variable de 4 à 7 milles de circuit. Le reste se compose d'îlots sans importance.

La population du groupe Hapaî ne saurait s évaluer d'une manière précise ; mais , d'après le tableau de rarmée avec laquelle Finau T' s'embarqua pour soumettre Tonga-Tabou , on peut la porter à dix mille âmes. Dans ce nombre, toutefois, il faut comprendre les localités qui suivent :

TofouOy aécou verte en 1774, par Cook, qui la revit en 1777; puis, retrouvée par Maurelle en 1781, qui la nomma San-Cristoval ; enûn par la Pérouse, Bligh et Edwards. C'est une île haute, boisée, peuplée et couronnée par un volcan actif. L'île fournissait jadis à tout l'archipel les basaltes et les obsidiennes que les Insulaires aiguisaient en instruments tranchants.

Tofoua était une terre sacrée, résidence des dieux de la mer. Aussi les naturels pensaient-ils que les requins respectaient les individus qui se bai-

OCÊAjSIE.

^ient SUT ces c6tes. Mariner, qui a fisîté le volcan deTIle, lui donne trente pieds de diamètre. Ses éniptions , plus OQ moins fréquentes, ont lieu tantôt trois fois par semaine, tantôt deux fois par mois. L'ascension du pic est fort diffidie à cause des pierres dnéfîées qoi «n couvrent les flancs.

Cest à Tofoua que filigh vint abor^ der avec soo canot, quand la révolte Teot chassé de son navire^ Au lieu de lai fournir des vivres , les naturels se noDtrmot disposés à user de violence à son égaml. Ils voulurent l'arrêter lui et ses gens ; ce ne fut qu'avec peine , etapr^ avoir laissé un matelot en leur pouvoir, que Biigh put se sauver. Ce

Siovre matelot , massacré sur la place, t «suite traîné jusqu'au malai voisio, pour 3r être enterré. Depuis lors, ouand Mariner passa'à Tofoua , on lui Ht voir le lieu où cet acte barbare s'était consommé, et les naturels ajoutèrent c)oe partout où le cadavre de r Anglais avait entraîné, Therbe s'était desséchée pour ne plus reverdir. Tofoua a douze milles de circuit; elle gtt par 19^ 46' de latitude sud et 177» S3' de longîtttde ouest.

KaOf découverte en 1774 par Cook, revue par lui en 1777; puis, en 1781, par Manrelle, qui la nomma Monte^ HermoMO, et par la Pérouse en 1787.

Cest une île très-élevée, peuplée, de neuf milles, de circuit. Position : 19« 42' latitude sud, 177* 80' longitude ouest.

LaUH, découverte par Maurelle en 1781, reconnue en 1787 par la Pérouse, et en 1791 par Edwards qui la nomma fie Bickerton. Cest encore luie terre élevée , peuplée , presque circulaire, avec six ou sept milles de circuit. Position : 18° 47' de latitude sud, nr Zff longitude ouest.

Le dernier groupe de cet archipel «t celui de Hqfindou'HoUy qui se compose des deux grandes Iles de Vavao et de Pangaï - Modou , et d'une dizaine d'^Uots groupés alentour.

yaoaOj découverte en 1781 par liaurelle, qui la nomma Mayorga^ fut revue par la Pérouse , par Edwards, qû la nomma lie Howe, et par Ma-

S3* UcraUon. (Ogéanie.) t. m.

lespina. Cette tle, la plus grande de l'archipel , a vingt milles du nord nordest au sud sud-ouest, sur dix k douze railles de largeur. Comme \ Tonga- Tabou , un bras de mer qui entre dans les terres et les échancre , détermine de bons mouillages. Modérément accideiitée, Vavao présente des pavsages délicieux ; mais rintérieur, visite par le capitaine Waldegrave, offre, au dire de ce marin, des parties entièrement incultes, couvertes seulement de troncs d'arbres, de liserons, d'ignames sauvages et de lianes sarmenteuses. Aussi est-elle beaucoup moins peuplée que Tonga-Tabou. La base de nie est madréporique, quoiqu'on y aperçoive des traces de l'action du feu. Cotte Ile avait jadis des chefs particuliers qui reconnaissaient l'autorité du Touî- Tonga ; mais au commencement de ce siècle, elle fut conquise par Finau I** oui la réunit à son royaume de Hapaï.

don flis , Finau II , renonça à la possession de ces dernières îles, et se contenta de la souveraineté de Vavao.

En 1830, Waldegrave la trouva encore gouvernée par un chef absolu , nommé Finau , jeune homme de trente ans, fils ou neveu sans doute de Finau II. Ce navigateur évalue la population de Vavao à six mille habitants ; mais d'autres la jugent plus considérable. Le milieu grt par 18'' 41' latitude sud , et par 176<> 30' de longitude ouest.

Pangal'Modou est une île de sept ou huit milles de longueur, mais étroite, et séparée de Vavao par un canal étranglé qui offre de bons mouillages.

Parmi les petites îles qui avoisinent Vavao, Il faut citer Taonga, Leka- Leka, et surtout Houn^a, célèbre pour avoir été jadis la retraite d'un couple amoureux persécuté par un chef cruel.

Cest une grotte de quarante pieds de hauteur et d'une largeur à peu près égale, mais dans laquelle on ne neut pénétrer que par une ouverture de nuit a neuf pieds de longueur , et située à plusieurs pieds au - dessus du niveau de la mer. Cest aujourd'hui un locai qui sert encore pour les grandes parties de kava.

A quelque distance au nord-ouest

deVavao, se trouve Amafgdra, la dernière des îles que nous oomprenonsdans Parebipel Tonga. C*est une terre élevée, hafoiCée, peu étendue* Découverte en 1781 par l'Espagnol Maucelle, qui lui donna le nom cité plus haut, cette tle iîit revue en 178^ par Edwards, qui l'appela Caréner. On ignore son nom indigène. Elle gît par f 7« 57* de lat. sud, et par t77<^ W de long, ouest.

Nous comprendrons dans oet archipel la petite tle de Pj^lstort et IHe Sauvage. Pyistart est située à plus de 30 lieues au sud de Tonga-Tabou. C*est une terre haute et bois&, ditd'Urville, de troisou quatre milles decircuit. Découverte en 1648 pa^ Tasman , elle fut revue par Gook en 1773 , et en 1781 par Maurelle,qui la nomma la Soh, On la crut inhabitée jusqu'en 1819 , où Frey* cinet la prolongeant d*assez prJès , »e* marqua sur la plage des naturels et des pirogues. Ces hommes appartenaient sans doute à la race Tonga :

peut-être n'étaient-ils que des pêclieurs de passage ou des navigateurs détournés de leur route par des brises contraires. L'Ile gît par 22*80' lat. sud, et 178'i4'de long.^uest.

Ltle Sauvage est située par 19" (y de lat. sud et 171<> BT de Ipng, ouest. Elle a environ 8 lieues et demie de circonférence. Sa surface est élevée et entièrement couverte d'arbres, d'arbrisseaux , etc. , mais s^ population est peu considérable. Cook, qui la découvrit en 1774, lui donna le nom qu'elle porte, à cause de l'humeur peu sociable des indisènes.

L'archip^ de Tonga forme à l'occident la limite de la Polynésie. A quelque distance dans l'ouest se trouve le croupe Vit! , première terre mélanésienne. Cependant le tvpe polynésien reparaît encore au delà, comme nous verrons. Il se relève sur quelques-unes des Nouvelles-Hébrides, dans les petites ties Rotouma, Tikopia , Duft, etc. , mais seulement par petites peuplades et avec tous les caractères qui annoncent une migration. Dans cette zone prévaut et règne la race mélanésienne , qui occupe toutes les grandes t|[esderoccident,jusqu'àcequeparaisse

la race malaise. Voisines des fies Viàm les lies Tonga leur ont plutôt doBB^ qu'elles n'ont reçu d'elles; elles ojbI civilisé à demi ces barbares, sans ft*iiifeeter elles-mêmes de barbarie. Le type Yiti a été dominé par le type Toim«

L'archipel Tonga, et surtoMlIlle Tonga-Tabou, placé aux confins de to aone torride, jouit d'une tenipèiatare égale et modéroe. Aux mois d'avril e| de mai, le thermomètre se oiaîiiteiiait, à bord de V Astrolabe^ entre Sa<^ et IK*, et des brises régulières temaénmt beaucoup la chaleur. Au dire êtes oiîs- $ionnaires, l'air de cette tle est salutaire et pur : en hiver, quand les veots soufflent du sud, le climat devient presque froid.

Les alises de ees parages sont te, sud-sud^est et l'estciul-est Cepeedant, en février , mars et avril , le nord -ouest et l'ouest régnent quelquefois. Ils déterminent des temps iorageux, aocomiiagnés de pluies et de violentes rafides. A cette époque de l'année , la Pérousa et d'Urville essuyèrent des eimpa de vent opiniâtres. Presque toujours la houle du sud-ouest provenant des tem?

pêtes des hautes latitudes austrafes, détermina un fort ressac sur les cétes méridionales de Tonga -Tabou. Les tremblements de terre doivent être fréquents dans ces tle^, puisque les premiers missionnaires qui s'y établie rent en 1797 , oonstatèreat trois accidents semblables dans l'espace de trois mois. Le voisinage du cratère igoi- ■ vome deTofoua entre sans doute pour quel^pje chose dans œs eonvulsioiis.

niSTOmB NATeftELLB DB- L'AfiCBittl». '

Les productions de l'archipel Tonga se rapportent généralement encore à celles de Taîti et de Nouka-Hiva ; là pourtant commencent à paraître quelques plantes des Iles asiatiques, qui nt semblent pas s'étendre plus loin vers l'est. On y trouve une végétation vi-

f;oureuse, et des arbres gigantesques voy. pi. 196).

On y recueille en abondance rigname et le coco, qui forment la principale nourriture des habitants, des canaet

OCÉAN»

â iucr«f des baiiâiiês, des frutts &ê farbre à pain, etc.

Oa doit dter, parmi les arbres, le bois de sandal, le mûrier à papier

umbracuiifera, le mussœnda Jron* dota, le pàHdamis oéonUUsimm, fhemofuàa ogtoeray le vaquois, les eatuarinas, diverses espèces d'huis* cm ti/leuty révi, le bambou, Vino* eaqnu edu&s. Yalirut precaêorius, le fOi^fhm relîçioêum, le kki-kki; et funm les plantes, le kava ou ava {pn perme^stteum\ le meicedhuatean^ deiUy le laeea pèmuMida, le sauhamm ipomioHewn, le cki, dont la racine estaucrée, tte.

Outie le cochon, et le chien qui est fort rare* Parchipel n'a d'autre quadrupèdeu^ le rat, et d'autre mammifoeque £a roussette. Les oiseaux sont la tourterelle, le pigeon, le perroquet, de jolies perruches, le râle, un pbiledon , un martin-pécheur. Il y a deux ou trois espèces de serpents, un hydro-

iibis et un petit lézaiti. Les poissons et 69 molhiaques y sont nombreux et variés; on y trouve de beaux coquillages.

Pour ne pas nous répéter, nous recH voyons nos lecteurs à l'article Tonga* Tabou, où ils ont trouvé une nomencia* turc des productions de l'tle principale de Varchipel ; celles des autres lies n'of» frent presque pas de différence.

CAHiCTÈRB ST FOBT&ATrS.

Noos ne tracerons pas Ici le caractère éei Tongas, attendu qu'on le trouve dans les descriptions précédentes, et surtout dansllustoire de ce peuple, et Dous aurons soin de mentionner les portraits que les différents navigateurs et voyageurs ont laissés du caractère de ce peuple remarquable. Ces portraits sont oaots dans leur texte; il n^en est pas de nèiùt des dessins qui les accompagnent.

Les dessins de Hodges (dessinateur éa premier voyage de Cook) sont char- Biants , et ils ont été habilement gravés par Sherwin ; mais ils offîrent aux yeux les belles foreoes des figures et des dra- (eiMS antiques, et non pas des Poly« lésiens ^ de leurs costumes. Il est

probable que &odMS siralt p«rdu les esquisses et les Msina qu'il avait tracés d'après nature dans le cours de l'expédition. On y trouve les oon* tours et les traits grecs oui n'ont ja* mais existé dans les ties de la mer du Sud; on y admire des robes flottan»

tes, qui enveloppent avec grâce toute la tête et le corps, sur lile £oa, où les femmes couvrent rarement Heurt ^ules et leur sein; enfin, il y a un vieillard qui porte une longue barbt blanche, quoique tous les habitants It rasent avec des coquilles de moules* Lebeau portrait de Mal, par sir Joshut Reynolds, que nous avons ûiit graver (Yoy.pl. a07), est iVappant de vérité»

Îiioique le costume soit inexact. Les ongas sont généralement grands , et leurs traits sont exiNressif s {i^pL 199).

mBUOiOlL

La religioii des indigènes de l'archipel est basée sur les notions soi* vantes H:

Les Tonnas croient 1* qu'il existe des hatoua9 (dieux), ou des êtres siipé^ rieurs, ou peut-être éternels, dont les attributs sont de réfuirtir le bien et 1« mal aux hommes, suivant leur mérite; 2* que les âmes des nobles et des mà^ taboulés ont le même pouvoir» mais dans un degré iiaférieur; S* qu'il existt des Aofouos hom, ou dieux malfaisantsf, qui se plaisent à faire du mal iudistinctemem à tout le monde ; 4* que tous ces êtres supérieurs ont pM avoir un commencement, mais qu'ils n'auront pas de fin; â"* que rorigine- du monde est incertaine; que le ciel, Isa corps célestes* TOcéan et Ttle de Jo« lokm^ exiiâtaient avant la tane^et ^m

(^ Daos e» qui tient k la reli|ÎMi , «m traditions, aux oéréoionies, moMin, coummet et histoire de Toii|«, nous avons pré» | féré suivre Mariner qui « lait un 0*6840011 séjour dans rarchipel de Tonga» à GooC qui nous a paru n^avoir que des notions ittv, complètes à cet égard, et nous avons em-' ployé en grande partie la traduction de notre ami M. le commandant J.Mac-Carthy , ainrf, que dans tout ce que nous avons extrait daj Mariner, sauf quelques correctione.

ié

les îles de Tonga ont été tirées do sein des ondes par le dieu Tangaloa , tandis qu'il péchait à la li^ne; 6<^que les hommes sont venus originairement de Bolotou. Ile située au nord-ouest, et la principale résidence des dieux; 7« que tout le mal qui arrive aux hommes leur est envoyé par les dieux, parce qu'ils ont négligé quelque devoir de religion; 8<> que les éguis ou nobles ont une âme qui leur survit et qui* habite Bolotou ; que celles des matanoulès vont aussi à Bolotou, pour y servir de ministres aux dieux, mais qu'elles n'ont pas le pouvoir d'inspirer les prêtres. Les opinions sont tres-partagées au sujet de celles des mouas; auant aux tauas, il est reconnu qu'ils n ont pas d'âme, ou que s'ils en ont une, elle périt avec leur corps; 9<>que l'âme humaine, pendant la vie, n'est pas une essence distincte, mais seulement la partie la plus éthérée du corps; 10" que les dieux primitifs et les nobles qui sont morts apparaissent Quelquefois aux hommes, pour les. aider de leurs avis ou leur niire du bien, et que les dieux se métamorphosent souvent en lézards, en marsouins , ou en une espèce de serpent d'eau; 11*» que Toui-Tonga etVeachi descendent en ligne directe de deux des principaux dieux; 12** que les prêtres inspirés sont pleins de la personne du dieu pendant le temps que dure leur inspiration , et qu'alors ils peuvent pro-

Ï^hetiser l'avenir; 13» que le mérite et a vertu consistent à respecter les dieux , les nobles et les vieillards, à défendre les droits qu'on tient de ses ancêtres , à pratiquer ce qui constitue l'honneur, la justice, le patriotisme, Tamitié, la douceur, la modestie , la fidélité conjugale, la piété filiitle, à ne manquer à aucune cérémonie religieuse, à souffi*ir avec patience, etc.; 14» que les dieux récompensent ou punissent les hommes dans cette vie seulement. Les habitants de Tonga comptent environ trois cents dieux primitifs, dont les noms Font la plupart inconnus. Les principaux, au nombre de vingt , ont des maisons et des prêtres dans les différentes îles.

Ta-u^ai' Toubo est le patron du hou et de sa famille; il est aussi le dieu de la

guerre. Il a quatre maisons ou temples ans l'île de Vavaou , deux dans cdle de Lafouga, une à Haano, une autre à Vi^ina, et deux ou trois autres ailleurs. Il n'a de prêtre que le hou , qu'il inspire très-rarement. TouHfoua Baiototty ou chef de tout Bolotou, n'est pas, comme son nom pourrait le faire croire, le plus grand des dieux. Il le cède en puissance au précédent, « qui des cieux touche la terre. » Il est le dieu des préséances dans la société, et, comme tel, invoqué par les chefs de grandes familles dans tous les cas de maladies ou de chagrins domestiques.

Il a trois ou quatre maisons à Vavaou, une à Lafouga, plusieurs dans les autres îles, et trois ou quatre prêtres qu'il inspire quelquefois. Higouleo est aussi un dieu puissant, vénéré surtout par la famille du Toui-Ton^a. Il n'a ni prêtres ni maisons, et ne visite jamais les îles Ton^a. Toubo Toty est le patron de la famille de Finau et le dieu des voyages. Il est invoqué par ce prince et par les chefs, toutes les fois qu'ils méditent une expédition mari- ^time. Il a plusieurs maisons à Vavaou et dans les îles voisines, et un prêtre. Alai^ VaUm est le patron de Tau Oumou\ tante du dernier roi, et protège aussi la famille du hou. On le consulte souvent dans les maladies. Il a un grand enclos consacré, et un prêtre à Ofou. A^ho A^lo est le dieu du vent, de la pluie, des moissons, et de la v^étation en général. On l'invoque pendant le beau temps, au moins une fois par moiSf pour lui en demander la continuation, et on l'implore journellement si la saison est mauvaise, ou si le vent occasionne quelques dégâts. Vers la fin de décembre, lorsque les ignames sont mûrs, on lui en fait huit offrandes consécutives, de dix jours en dix jours. Ce dieu n'a que deux maisons, l'une à Vavaou et l'autre à Lafouâ^a , desservies par autant de prêtres. Ha'la A'pi A'piy Togm Ovkqu Me'a et roufro BougoUf autres dieux de la mer et des voyages, protégèrent la fami lie de Finau. Le premier a deux temples , l'un à Vavaou et l'autre à Lafouga , et deux ou trois prêtres. Tangaloa est

ft ^

OCEAKIE.

k dieu des artisans et des arts, et a plusieurs prêtres, tous charpentiers. Cest lui qui tira les Ues Tonga du fond de la mer.

Les koiouas housy ou dieux malfaisants, sont aussi très-nombreux; mais on n'en connaît que cinq ou six qui résident à Tonga pour tourmenter les hommes plus à leur aise. On leur attribue toutes les petites contrariétés de cette vie. Us «garent les vovageurs, les kûX tomber, les pincent, leur sautent SOT le dos dans Tooscurité ; ce sont eux

Si donnent le cauchemar, qui envoient \ songes affreux, etc. Ils n*ont ni temples, ni prêtres, et on ne les implore jamais.

L'onivers repose sur le dieu Moiâj qui est toujours couché. C'est le plus gigantesque des dieux; mais il n'inspire jamais personne; il n'a ni prêtres, ni maisons, et reste sans cesse dans la même position. S'il arrive un tremblement ue terre, on suppose que Mouî, trouvant sa posture trop fatigante, eherche à se mettre à son aise; alors le peuple pousse de grands cris, et frappe la terre à coups redoublés pour FoDliger à se tenir tranauille. On ignore sur quoi il est couche, et on ne liasarde même aucune supposition à ce sujet; « car, disent les indigènes, qui pourrait y aller voir? »

nADinON SCR L'ORIGINE DU MONDE.

Voici comment ils expliquent Fori-

Sîne du inonde. Un jour que Tangaloa, ieu des inventions et des arts , péchait du haut du ciel dans le grand Océan , fl sentit un poids extraordinaire au bout de Sa liçne. Croyant avoir pris un immense poisson, il se mit à tirer de toutes ses forces. Bientôt parurent audessus de Teau plusieurs rodiers , qui augmentaient en nombre et en étendue , en proportion des efforts que faisait le dicQ. Le fond rocheux de l'Océan s'élerait rapidement, et eût fini par for- BMT un vaste continent, quand par BUiibeur la ligne de Tangaloa se rompit; ce qui fit que les lies Tonga restèvxA seoles à la surface de la mer. On B>OQtre encore à Hounga le rocher au-

quel l'hameçon de Tangaloa s'accroclia.

Cet hameçon fut remis à la famille de Touï-Tonga, qui le perdit, il y a environ trente ans , lors de l'incendie de sa maison.

Tansaloa ayant ainsi découyert la terre. Ta couvrit d'herbes et d'animaux semblables à ceux de Bolotou, mais d'une espèce plus petite et périssable.

Voulant aussi la peupler d'êtres intelligents, il dit à ses deux fils :

« Prenez avec vous vos deux femmes, et allez vous établir à Tonga.

« Divisez la terre en deux et habitez séparément. Ils s'en altèrent.

« Le nom de l'atné était Toubo , celui du cadet Vaka-Ako-Oull.

« liC cadet était fort habile. Le premier il fit des haches, des colliers de verre , des étoffes de papalangui et des miroirs.

« Toubo était bien différent : c'était un fainéant.

« Il ne faisait que se promener, dormir et convoiter les ouvrages de son frère.

« Ennuyé de les demander, il pensa à le tuer, et se cacha pour cette mauvaise action.

« Il rencontra un jour son frère qui se promenait, et l'assomma.

« Alors leur père arriva du Bolotou, enflammé de colère.

« Puis , il lui demanda : « Pourquoi as-tu tué ton frère? ne pouvais-tu pas travailler comme lui? fuis malheureux, fuis !

« Dis à la famille de Vaka-Ako-Ouli, dis-lui de venir ici.

« Ceux-ci vinrent , et Tangaloa leur adressa ces ordres :

« Allez et lancez ces pirogues à la mer ; faites route à Test , vers la grande terre , et restez-là.

« Votre peau sera blanche comme votre âme, car votre âme est belle.

« Vous serez habiles ; vous ferez des haches , toutes sortes de bonnes choses, et des grandes pirogues.

« En même temps, je dirai an vent de toujours soufller de votre terre vers Tonga.

« Et ils ne pourront venir vers vous ^vec leurs mauvaises pirogues.

« Puis Tangaloa paria ainsi au frèra atné : Vous serez noir, car votre âme est mauvaiiei et vous seras dépourvu de tout»

« Vous n'aurez point de bonnes cho»

aea; vous B*irez point à la terre de votre frère. Comment pourriez -vous y aller avec vos mauvaises piroeues?

« Mais votre frère viendra quelquefois à Tonga pour conunercer avec vous. »

Il ne paratt pas ^e les Tongas adorent des fétiches, ainsi que les indigènes de la Polynésie orientale. Leur hoioma ressemble assez à VtUoua des Haïtiens, mais son svmbole est entouré d*une plus grande obscurité qu'à Taîti.

La plupart des habitants de Tonga et mémedes éguis ne connaissent pascette fable singulière, qui a quelque rapport avec rhistoire de Gain et a*Abei. Cependant quelques vieillards ont assuré a Mariner qu elle était fondée sur une tradition trés-ancienue. En voici une autre qui est connue de la plupart des indigènes :

LES DIEUl DEVENUS HOMHBS.

Les tles Tonga avaient déjh été tirées de dessous Teau par Tangaloa ; mais elles n'étaient pas encore peuplées d'êtres intelligents , lorsque les dieux secondaires de Bolotou , curieux de voir le nouveau monde, s'embarquèrent dans une grande pirogue au nombre de deux cents, hommes et femmes, pour se rendre a llie Tonga. Enchantes de la nouveauté de l'endroit, ils formèrent la résolution d'y rester, et dépecèrent en conséquence leur pirogue Sour en faire de petites. Mais au bout e quelques jours , il mourut deux ou trois de ces dieux , et cet événement consterna les autres qui se trouvaient immortels. Vers le même temps, l'un d*entre eux éprouva uue sensation étrange, et 11 en conclut qu'un des dieux supérieurs de Bolotou venait pour l'inspirer. Il le fut en effet , et annonça a ses compagnons que les dieux supérieurs avaient décidé que, puisquMIs étaient venus à Tonga , qu'ils

en avaiefit respiré l'air et goûté les fruits , ils deviendraient mortds \ qu'ils peupleraient le monde d*étres mortels aussi , et que tout ce qui les entoure*» rait serait mia marna (mortel , périssable). Cette décision les attrista beaucoup, et ils commencèrent à se repentir d'avoir détruit leur grand canot. Ils en construisirent un autre, et Slusieiirs d'entre eux s'y embarquèrôat ans l'espoir de regaener Bolotou, comptant revenir prendre leurs oom* pagnons, s'ils réussissaient dans leur entreprise. Mais après avoir vainement cherché cette terre tant désirée, ils retournèrent tristement à Tonga.

L'ORIOlNB DES TOETUES.

Une troisième fable, très-répandue parmi ces insulaires, est relative à l'origine des tortues, dont la chair dans ces tles est presque une nournture tabou, ou prohinée, ainsi que nous l'avons vu , excepté dans certains cas, où on doit en offrir une portion à un dieu ou à un chef. La voici :

Longtemps après que Ton^a eut été peuplée, le dieu Langui, qui résidait au ciel , reçut un messase des dieux supérieurs de Bolotou, quiréclamaie nt sa présence à une assemblée , où Ton devait discuter des affaires importantes. Langui avait plusieurs enfents , et entre autres deux filles brillantes de jeunesse et de beauté. Arrivées h Page où Ton est dominé par la vanité et par le désir de plaire , elles avalent maintes fois témoigné le désir de voir les hâtants des Iles Tonga. Toutefois leur père était trop prudent pour y consentir. Connaissant l'inexpérience de ses filles, il craignit qu'elles ne profitassent de son absence pour satisfaire leur curiosité. Il leur défendit donc dans les termes les plus formels de sortir du ciel , promettant de les conduite à Tonga à son retour de Bolotou. Il leur représenta en même temps à combien de dangers elles s'exposeraient ai elles lui désobéissaient. « D'abord, leur dit- Il , les dieux malfaisants qui résident à Tonga saisiront toutes les occasions de vous molester et de vous soadter

0CEAI9IE.

ies obsteci«s$ et en saoond lieu^ tous êtes si belles, que les bommes de cette Ile s'eDtre-tueront j^or tous posséder, et Jeun querelles irriteront les dieux de BolotoU) qur me retireroot leurs )xmnes grâces. » Les deux déesses fNTomireot d^obéir à leur père, qui partit eo toute bâte pour Bolotou. Il avait à peine quitté les deux, que ses filles oommencèrent à raisonner ensemble sur ce qui Tenait de se passer.

» Notre père, dit l'une , n'a promis de nous mener à Ton^ que pour nous traiMpiilliser pendant son absence. Il y a SI longtemps qu'il nous berce de cet espoir r — C'est ?rai, reprit l'autre ; alloos-y sans lui ; nous serons de retour avant qu'il puisse en avoir connaissance. D'ailleurs , dirent-elles en même taups, ne nousa-t-il pas dit que nous étions plus belles que les femmes de ees îles! Oui « allons nous faire admirer des habitants de Tonga ; dans le cid , nous avons trop de rivales , et on n'a pas pour nous les attentions que poos méritons. » Et les voilà en route pour Tonga. Elles abordèrent dans un ncu écarte de Ptle, et s'acheminèrent Ters la capitale, fièrés d'avance des hommages qu'on allait rendre à leurs charmes. Arrivées à la ville, elles trouvèrent le roi, les chefs et les principaux habitants assemblés pour célébrer une ^Ste, et prenant leur kava. Tous les regards se tournèrent aussitôt vers elles, et tous les oœurs, excepté ceux des femmes, aui leur portaient envie, furent saisis (Tadmiration et d'amour.

Les jeunes chefs, rivalisant d'attentions envers «Iles , laissèrent leur kava , et la plus grande confusion régna bien- Cdt dans l'assembla. Il s'ensuivit entre eux des querelles, que le roi ne vit d'autre moyen d'apaiser qu'en emmenant les jeunes déesses dans son palais. Mais à peine le soleil était-il oauché , (|ue plusieurs chefs l'assaillirent à main armée, et les lui enlevèrent. La confusion devint alors générale tans toute nie, et le lendemain matan une guerre sanglante éclata. Les dleax de Bolotou ne tardèrent pas à apprendre oe qui se passait à Ton^a* Oftta leur colère ^ ils accusèrent Tm-

fartuné Langui d'être cause de tous ces troubles. Celui-ci, s'étant justiGé de son mieux, sortit du synode des dieux, et partit en toute hâte pour Tonga , où il eut le chagrin d'apprendre qu'une de ses filles, ayant mangé des productions de rtle , avait perdu son unmortatité, et qu'elle était delà morte.

Furieux , il courut trouver l'autre , et l'ayant prise aux cheveux, il lui coupa la tête, et retourna au ciel, la rage dans le cœur. Ayant jeté cette tête dans la mer, elle se métamorphosa depuis en tortue, et c'est d'elle que proviennent toutes celles gui se trouvent aiiyourd*hui dans rumvers«

CEOTANCBS.

Les habitants de ces fies ne croient pas à l'existence d'une autre vie , mais ils reconnaissent une puissance, une intelligence suprême qui dirige toutes les actions des hommes et lit au fond des cœurs. Ils croient fermement que les dieux aiment la vérité et haïssent le vice; que chaque homme a sa divinité tutélaire qui le protège tant qu'il se conduit bien , et qui , dans le cas contraire , le livre aux malheurs , aux maladies et à la mort. Mariner ayant démandé à plusieurs chefis quel mobile les portait a se bien conduire : «C'est, lui répondirent-ils, la douce « sensation <{u'éprouve intérieurement « celui qui fait une action noble ou gê- « néreuse. » Cette réponse prouve que la vertu- a jeté -de profonaes racines dans leurs cœurs, et que si elle n'est pas fondée sur l'espérance ou la crainte, elle n'en doit pas moins avoir des résultats heureux. Mous en trouvons un exemple dans Touba-Nouha, dont toute la vie fut celle d'un homme de bien. Il tua, il est vrai, Tougou-Aho, mais par sa mort il délivra les lies Tonga de la tyrannie d'un despote cruel. Depuis cette époque, il se conduisit constamment en sujet fidèle du roi son frère; et lorsqu'on lui dit que celui-ci en voulait à ses jours, et qu'il ferait bien de ne jamais sortir sans armes, il répondit que si sa vie était inutile au roi, il était prêt à mourir; mais

ti

fue jamais il n^annerait son bras con- ;re lui tant que le pays serait bien gouverné. Lorsqu'il se trouva au milieu de ses assassins, et qu'ils lui eurent porté les premiers coum, il se tourna vers son frère et lui dit d'un ton pathétique : ff Ah ! Finau , tu as donc résolu ma mort ! »

llfVOCATlONS ET INSPIRATIONS.

Les détails sur la manière dont ils invoquent leurs dieux, et sur les inspirations que leurs prêtres prétendent éprouver, sont curieux. Quand un chef veutconsulterun oracle, il ordonneà ses cuisiniers de tuer et de préparer un cochon , et ensuite de tenir prêts un panier d'yams et deux bottes de plantain bien mûr. Le lendemain matin , on envoie tout cela soit à la demeure du prêtre, soit dans le lieu où il se trouve ; car il arrive quelquefois qu'on ne le prévient pas à l'avance de la cérémonie qui doit avoir lieu. Les chefs et leurs mataboulès se couvrent alors de nattes, et vont trouver le prêtre. Si par hasard celui-ci se' trouve dans une maison, il s'assied sur le bord du toit. Les maisons sont bâties dans la forme de nos hangars , excepté qu'elles sont à jour de tous côtés. Le toit descend jusqu'à environ quatre pieds de terre. S'il en est à quelque distance , il choisit l'emplacement qui lui paraît convenable.

Les mataboulès s'asseyent alors de chaque côté, de manière à former une ellipse qui n'est point fermée, et à laisser un large espace vide en face du prêtre. Dans cet espace se tient l'homme chargé de préparer lekava, dont la racine doit être préalablement mâchée par les cuisiniers et autres individus de sa suite. Les chefs sont assis derrière tout le monde, et confondus dans la foule : ils sont persuadés que durant cette cérémonie une conduite humble et modeste est le plus sdr moyen de mériter la protection des dieux.

L'opinion commune est que te prêtre reçoit l'inspiration divine dès que tous Jes assistants ont pris leurs places. Il reste pendant quelle temps immobile, les mains jointes et les yeux

baissés. Il arrive quelquefois que les mataboulès commencent à se consulter pendant le partage des provisions et la préparation ou kava. Cependant le prêtre ne profère pas un seul mot avant que le repas soit fîni. Il commence à parler bas, et d'une voix altérée ; mais il s'échauffe peu à peu , et bientôt il donne Pessor à toute sa véhémence. Il parle à la première personne comme s'il était le dieu luimême. Pendant Tinspiration , il pa« raît ordinairement pneu agité; quelquefois son aspect devient farouche, et son œil s'enflamme ; un tremblement violent s'empare de tous ses membres ; la sueur ruisselle sur son front, ses • lèvres se gonflent et sont agitées par des mouvements convulsife : enfln des larmes abondantes coulent de ses yeux , sa poitrine se soulève avec effort, et des mots entrecoupés s'édiappent de sa bouche. Cette agitation se calme insensiblement; le prêtre se saisit alors d'une massue placée à côté de lui , et la regarde fixement ; il lève ensuite les yeux au ciel , puis à droite et à gauche , et les fixe de nouveau sur la massue : il renouvelle plusieurs fois la même cérémonie, après quoi il lève l'arme sainte, et en frappe de toutes ses forces; c'est le signal du départ de son souffle divin. Dèsqu^il s'est échappé, le prêtre se lève, et va se mêler dans la foule. Si les assistants * désirent encore prendre du kava, le roi ou quelque autre grand dief va se mettre à la place qu'occupait ie prêtre.

Il arrive souvent que^'autres que des prêtres se prétendent inspires.

Mariner rapporte à ce sujet Tanecdote suivante: Un jeune chef, très-bd homme , crut un jour se sentir inspiré, sans trop pouvoir en deviner la cause.

Il tomba tout à coup dans la plus som* bre mélancolie . et 6nit par avoir un long évanouissement. Se sentant trèsmal, il se fit transporter , selon l'usage observé en pareil cas , dans la raaisoo du prêtre. Celui-ci lui dit que son mal provenait d'une femme morte deuK ans auparavant, qui était alors à Bolotou ( Bolotou est te nom du paradis, ^

les insulaires eroient qu'il est situé dans uoe fie au nord -ouest des îles Tooga). Il ajouta qu'étant éperdument amouroise de lui , elle voulait le faire absolument mourir pour le rapprocher (Teiie. Il prédit en outre (pi'il mourrait dans oueiques jours. Le jeune chef lui répondit qu'en effet, pendant deux ou trois nuits de suite, il avait vu appar^re Fombre d'une femme , et qu'il coofliettçait à croire que c'était elle Qui fÎDspiraic , quoiqu'il ne pût pas ' oirequi elle était. L'imagination fîrappée^ il mourut au bout de deux jours.

Cette croyance superstitieuse est si généralement répandue dans ces contrées, que, pendant son séjour dans les lies Samoa, le ûls de Finau s'imagi- . naît très-souvent qu'il était inspiré par TespritdeTougdu-Abou, roi de Tonga, qui avait été assassiné par Finau et Toubo-Nouha. Finau lui-même croyait quelquefois être inspiré par l'âme de Moumoussi , Tun des rois de Tonga.

ffiaâSAlSBS BT CHARMES.

Les charmes et les présages jouent DU grand rôle dans les opinions religieusesdeœs peuples, et les songes sont eonsidérés comme des avertissements de la divinité, que l'on ne peut négliger aos s'exposer aux conséquences les plos funestes. Les éclairs et le tonnerre sont des indices de guerre et de grandes catastrophes. L'action d'éter* AQer est aussi un très-mauvais présage. Un jour, Finau II , se préparant à aller remplir ses devoirs religieux . mr la tombe de son fîpère , faillit as- Mmoier Mariner, parce qu'il avait éteruié en sa présence au moment du dé- ]ttit (*). Une certaine espèce d'oiseau, vxaaié^ichi'kotaj et qui paraît se n|MK>rter au martin-pécheur (d'après b «sariptioD de Mariner), passe pour ,9BBoooer quelque malheur, lorsque 'tes son vol rapide il s'abat toux à 'CQsp près d'une personne. Un jour, Pin II prêt à se mettre en campagne.

^ une troupe de ses guerriers pour contre l'ennemi, changea tout

', LU, p. 21 et suiv,

à coup de dessein en voyant cet oiseau, dans sa course , passer deux fois sur sa tête , et se poser ensuite sur un arbre (*).

Les principaux charmes son t le tafaOy le k€ibé et le ta-niou. Le premier se pratique en cachant une portion du vêtement d'une personne aans le faî toka d'un de ses parents, ou dans la chapelle de la divinité tutélaire de sa famille. Par suite de cette action, la personne en question se sent dépérir et finit par mourir. Du reste, cecharnie n'a d'effet qu'autant que la personne enterrée dans le faï toka est d'un rang supérieur à celle sur laquelle on veut asir. La femme de Finau Fidgî songea plusieurs fois de suite que le défunt Finau V lui ava.t apparu p« ur lui annoncer que des pei:sonnes malintentionnées conspiraient la perte du jeune E rince son fils et son successeur; l'omre recommanda ensuite à cette femme de remettre en ordre les galets placés sur son tombeau , et de chercher avec soin dans le faï toka; puis elle dis-

garut. En conséquence de cet avis, on t de scrupuleuses recherches sur le tombeau, et Ton finit par découvrir plusieurs petits morceaux degnafoit^ et une guirlande de fleurs que Finau XI portait encore quelques jours auparavant. Ces objets furent aussitôt enlevés (**).

Le kabé est tout simplement une malédiction prononcée contre la personne à laauelle on veut du mal. Pour quelle produise tout son effet , il faut qu'elle soit exprimée suivant une certaine formule, d'un ton ^rave et posé, et avec une intonation très- prononcée.

Dans ce dernier cas , elle prend le nom de wangui. Le kabé ni le wangrd n'ont point d'effet de la part d'une personne inférieure , contre une autre beaucoup plus élevée par son rang. Itf ariner rapporte un kabé de quatre-vingts malédictions , dont voici quelques fragments :

« Déterrez votre père au clair de la c lune , et faites la soupe de ses os ;

(*) Mariner, t. Il, p. 190.

(**) D*UrviUe , d'après Mariner.

« rongez son crânt, dévorez votre « mère ; exhumez votre tante et eoti- « pez-la en morceaui ; oiangez la terre « de votre tombe ; mâchez le cœur de « votre grand-père; avalez les yeux de « votre oncle; trappez votre dieu ; inan- « gez les os croquants de vos enfants ; « sucez la cervelle de votre grand'mère ; « couvrez - vous de la peau de votre « père, et faites-vous une cuirasse des « entrailles de votre mère. »

Le cltarme.du ta-^iioUf dont le but est communément de connaître si une personne faite ou un enfant relèveront d'une maladie, se pratique en faisant tourner sur elle-même une noix de coco avec sa bourre , et en examinant ensuite quelle est sa position lorsqu'elle est revenue au repos. D'abord la noix est placée par terre ; un parent du malade décide que celui-ci guérira si telle portion du coco, une fois au repos, se trouve tournée vers tel air de vent; à Test, par exemple. Alors cette même personne prie tout haut le dieu tutétaire de sa famille de la protéger dans cette consultation à l'esprit (vo)r. pi, 196 ). Puis la noix est mise en mou* vement ^ et le résultat en est attemlu avec confiance, ou du moins avec la conviction que la volonté actuelle des dieux va être connue. Souvent les femmes ont aussi recours à ce moyen pour décider une querelle au jeu. Enfiit auelquefois on fait tourner une noix de coco simplement par manière de passe- temps; mais alors il n'y entre pas d'idée religieuse*

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