‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 22 sur 122 · COUCHES · texte numérisé non relu

COUCHES

Quand une femme est près d'accoucher, elle devient tapou; elle est, en conséquence, privée de toute communication avec les autres personnes , et reléguée sous un petit abri temporaire qui a été prépare pour elle. Là , elle est servie, suivant son rang, par une ou plusieurs femmes qui sont tapouées comme elle. Cet état d'exclusion de la société dure quelaues jours après l'accouchement. I^ durée précise de cette espèce de quarantaine , et les formalités que la femme doit subir pour reparaître librement dans la société , sont encore inconnues.

On a remarqué que les femmes de ce pays cessent de bonne heure d'avoir des enfants (*). Gela tient sans doute

(*) Nicholas, t H, p. 3oi.

aux travaux pénibles auxquds cflei sont assujetties , surtout aux privatioM qu'elles ont à subir pendant leur grossesse et au moment de leurs oouchet.

NAISSANCE. ENFAinS.

Par suite des préjuffés adoptés par ces peuples , la mère oevant être reléguée , dans les derniers jours de a grossesse , loin de son babitatioa , sous \ un simple abri de branchages et de feuilles, presque entièrement exposé à la pluie , au vent et aux ardeun da soleil , c'est là naturellement que le nouveau-né vient au monde; c«tlà qu'il doit rester encore plusieurs jouis après sa naissance , exposé à toutes les intempéries de la saison C).

Suivant M. iNicholas, les femmes accouchent en plein air, devant ooe assemblée de personnes des deux sexes, et sans pousser un seul cri. I/s assistants épient avec attention rinstant où l'enfant arrive au monde, et s'écrient, à sa vue, Tane Tane. La mère elle - même coupe le cordon ombilical , se lève ensuite , et reprend ses travaux ordinaires , comme si de rieo n'étâ^it (* *)

Si , d'une part , des épreuves aussi rigoureuses doivent emporter, au moment de leur naissance , plusieurs de • ces enfants, il faut convenir, d'un autre côté , qu'elles doivent affcrmff»

constitution de ceux qui peuvent j résister, et leur donner, de bonne heure, cette force de corps, cette vigueur de tempérament, et cette aptitude a ojdurer toutes sortes de privations, q»

leur deviendront si nécessaires pr ta suite , dans l'existence active et péniw à laquelle ils sont destinés.

Crozet , en voyant tous ces insalaires grands , robustes et bien fûts, soupçonnait presque que l'on ne ooi^ servait point les enfants qui vena»

au monde faibles ou difformes (* } Cette conjecture ne s'est point veH"

(•) Marsden; d'CrvilIc, t. IH, p. i9^'

(••)NicholM, t II.p. 17»; B«tf«**i d*Urvi!le,t. III, p. 196.

(••*> Croiel; d'UrviUe, t m, p. «3-

fiée; et ks misnoonaires n'ont rien déooovert qui annonçât quelque chose de temblaole dans {es oootumes du jBjs. Sans doute il est certaines occasions où Ton ne se fait aucun scrupule de détruire les enfuits, surtout quand le nombre des filles dépasse le désir des parents {*) Alors c'est la mère elleffléDoe qui fiiit périr son enfent aussit^ qu'u est né , en appuyant fortement son doigt sur la partie supérieure du erâoe(**}, à Tendroit nommé >bfito- Mik; mais cela est indépendant de la oonformation de Tenfant. Quoi qu*ii en soit, les personnes difformes et contreÊiites sont fort rares à la Nouvelle-Zeeland; dans le grand nombre de ceux qu'y virent les Français de reipédition de V Astrolabe, qui peut bien se nK>iiter à deux ou trois mille , ils n'observèrent qu*un bossu, que M.

Sainson a dessiné.

\ M.Lessoayaobservéquele8enfants jouent avec des toupies analogues aux nôtres, en se servant d*un fouet pour les &ure tourner; et cette légère remarque, unie à une plus grande masse défaits, ne sera peut-être pas sans quelque intérêt.

MkmkKCB SX BAFTÊHB OES ISDIGÈIIBS.

Pour avoir des détails positifs sur la eérémonie de leur baptême anden, H. dUrville i>rofita de la reconnaissance qu'il avait inspirée à Touaï par quelques services, pour lui adresser apelques questions, auxquelles il répondit d une manière plus satisfaisante que d'ordinaire. Je ferai observer, dit-il, que Cest une marche nécessaire pour quiconque voudra s'instruire avec quelque suoœs des 4x>utumes et des opinions de ce peuple singulier, que de procéder avec beaucoup de droonspection, de paraître entrer dans ses opinions, et même de les respecter et oe les admiler jusqu'à un certain point; csITces bommes sont très-sensibles au mépris et an dédain des Européens, et, par

O Ouise; d'Urville, t. m. p. 664.

(**) Eevue britannique; d*Urvitle, t. III,

vr uvrmsan. (OauirnO x. ui.

tous les moyens possibles, ils cherchent à se soustraire à des sentiments humiliants pour leur vanité.

«Au début de l'entretien, ajoute-t-il, Tona! necherdiaitqu'à éluder mes questions, soit par un, « Je ne sais pas, -^ / don't know — » assez Âroid , soit en alléguant que ces cérémonies n'étaient que des niaiseries bonnes seulement pour des sauvages, soit enfin en prétextant que cela ne devait avoir aucun Intérêt pour moi. Bientôt, devenu plus complaisant, il répondait à mes questions, il est vrai; mais souvent n débitait tout ce qui lui passait par la tête, fort indifférent au fond à ce que ces documents lussent vrais ou faux. Après l'avoir interrogé sur le baptême, et lui avoir récite les mots attribués par la grammaire à cette cérémonie, il répondit même d'abord qu'ils étaient conformes à ce qu'on pratiquait en pareil cas. Enfin , pressé de m'en donner la signification en anglais, comme j'étais surpris de ne trouver aucun sens à sa traduction, il finit par convenir qu'effectivement ces mots ne signifiaient rien, et qu'il ne savait pas où l'on avait pu les recueillir. Ce fut alors seulement qu'après de nouvelles instances , il consentit à me donner les paroles baptismales, telles du moins

3u'on ies avait emplc^ées à la naissance e son fils, avec les ntes qui furent suivis dans cette cérémonie ; car il est trèsprobable ^ue ces rites, comme ces paroles, varient de tribu en tribu, et peut-être dans les familles de la même tribu , suivant le caprice des arikis ou de ceux qui dirigent la cérémonie.

« Cinqjours après la naissance de l'enfant , la mère , assistée de ses amis et de ses parentes, le dépose sur une natte, ei cette natte est soutenue sur deux monceaux de bois ou de sable.

Toutes les femmes, l'une après l'autre, trempent une branche dans un vase rempli d'eau et en aspergent l'enfant au front. C'est en ce moment qu'on lui impose son nom; le nom est une affaire sacrée pour ces peuples, et, à leurs yeux, il fait en quelque sorte partie d'eux-mêmes.

«Cependant ils en changent quel-

quefois pour perpétuer le souvenir o^une cireonstance, d'un exploit remarquable dans leur vie. Ainsi, en mémoire du lieu où périt de maladie Koro-Koro, à Witi-Anga, à la suite d*un combat, son frère Touaî prit Je nom de Kati-Kati : mais l'ancien a prévalu. Itat arrivé le contraire à l'égard Ide Pomare, dont l'ancien nom AVetoï était presque oublié, comme ceux des chefs kin^-Georges et Georges, dont les noms jirimitifs étaient inconnus des Européens. Dans ces occasions, assurait Touaî , il fallait que la cérémonie

du changement de nom fût consacrée par un nouveau baptême.

»» Voici les paroles employées au baptême du fils de Touaî, d après sa propre diction, et conformément à notre prononciation. Quant à la valeur dechaoun des mots séparément, je ne puis en répondre, dit M. d'Urville; car oedief i*ignorait lui-même, et ne pouvait distinguer les syllabes isolées de celles qui devaient être réunies en un seul mot. D'ailleurs , il arrive souvent que certaines alliances de mots donnent su eomposé une valeur toute différeûte de eelle qu'ils ont par eux-mêmes.

Takoa itAunt J toS hia.

Ki te parawa Kia didi, Ki« ugoui'lut.

Ko te tama Nn kaoi O tou,

Ko (in^ Ba, Hia ou owe.

Ka waka te ka, Te kani hia ou we.

Que mon enfant

toit baptisé !

Comme la baleine pui8se*t*il être furieux!

puisse-t-il être pacnaçant !

Qu*à cet enfant

la nourriture soit fournie

par l'Atoua , mon père.

Puisae-i-ii se bien porter, être content !

Puisse-t-il recevoir sa nourriture, quand ses os seront releyés.

Pour la vie.

Pour la mort

Pour la vie.

Pour la mort.

«ÀFaidedu vocabulaire, dit M. d*Ur« ville , l'entends passablement les huit premières lignes; Il n'en est |)as de même des ouatre dernières, et je suis obligé de m en rapporter implicitement à la traduction que Toua! me donna , moitié par mots anglais décousus, moitié pieir signes et par gestes ;, à dé^ faut d'expressions sufusantespdur rendre ses idées.

« Quoi qu'il en soit, on voit que cette prière se compose de deux parties distinctes, l'une pour l'état de vie, l'autre pour le moment où l'individu sera réduit à la substance spirituelle. Dans toutes ses actions, danstoutes ses cérémonies, ce peuple singulier ne perd kmals de vue cet instant. Cette convie^ tion intime d'une existence future, etde la gloire qui s'y rattaché quand ilspeu-> vent triompher de leurs ennemis, doit Influer pour beaucoup dans ce courage ffroce, dans oe mépris de la mort qui les caractérise; car ils ne la redoutent guère, pourvu qu'ils soient assurés

que leurs corps recevront les honneurs funèbres. » "

AFFECTION EXTAÉME POUR LESESFAKT5.

Un jour M. l\Iarsden entendît de profondes lamentations. Avant dirigé ses pas vers l'endroit d'où elles venaient, il vît, plusieurs femmes qui Doussaient de grands cris, et dont la figure était couverte de ruisseaux de sang. Sur les questions qu'il leur flt, il apprit que la femme du chef qui nous avait accompagnés avait eoterré un e.nhnt peu de temps auparavant , et les autres femmes étaient ve hues pour §[émir et pleurer avec ellcè cette occasion. Elles tenaient toutei leurs visages rapprochés les uns dcf autres , mêlaient leurs larmes avec le«r sang , et poussaient de grands cris, cil se déchirant en même temps avecd»

couteaux tranchants. 31. Marsden fut vivement peiné de ce spectacle. l>c clief s'avança vers lui, et demanda s'il avait

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pear. Il lui répondit qu'il n'avait point peur, mais qu'il soutirait beaucoup de voir ces fcinmes se déchirer ainsi ; que fxiie coutume n'existait en aucun pays de TEurope, et quelle était très-mauvaise. Il répliqua que les INouveaux-Zeelandais chérissaient tendrement leurs enfants, et qu'iis ne pouvaient témoigner leur affliction d'une manière suffisante sans verser leur san^. M.Marsden lui fit remarquer qu'il était convenable de verser des larmes, mais nullement de se déchirer soi-même. Cette coutume barbare règne uoiversellenient parmi les habitants de cette île.

MOKO ou TATOUAGE (*).

On apneile moko, ou tatouage, ces dessins oizarres que les Nouveai^x- Zeelandais impriment sur leur visnge et sur les diverses parties de leur corps. Cet usage est généralement répandu parmi tous les insulaires de iOcéanie; mais ceux de la Nouvelle- Zee\and se distinguent en creusant en véritables sillons cet ornement , qui partout ailleurs n'entame que la superficie delà peau. Ils emploient pour mécuter une manière de taille au dseau, au lieu d'une simple suite de piqûres , conmie le font les autres peupies. Ils paraissent aussi attacher à cette décoration des idées de distinction et de privilège bien plus positives qu'à Taïti, Tonga-Tabou, Haouaï, etc.

L'opérateur commence par tracer sur la {leau, avec du charbon, les dessins qu'il a 1 intention d'exécuter; puis il prend un instrument composé d'un os d'albatros, ajusté à angle droit à un petit manclie en bois de trois ou quatre pouces de long , dans la forme d'une lancette de vétérinaire. L'os est tantôt simpiement tranchant à l'extrémité, tantôt aplati et muni de plusieurs dents aiguës comme un peigne. Il applique cet instrument contre la peau , et frappe avec an petit bâton sur le dos du ciseau, pour le faire pénétrer dans l'éniderme et Tentailier d'une manière suiUsante ,

nCrozet t Cook, Savage, Nicholas, Cniise, ftolberford, Marsden , d'Urf ille et Kienzi.

en suivant le dessin préparatoire. Ou conçoit que le sang doit couler en abondance; mais l'opérateur a soin de l'essuyer à mesure avec le revers de sa main ou avec une petite spatule en bois. A mesure que la peau est entaillée , la couleur ou le moka est introduite dans la coupure au moyen d'un petit pinceau (voy. pi 180). Elle se compose de charbon' pi lé, de manganèse, suivant Nicholas, ou enûn d'une teinture végétale. Après quoi , le patient reste taboue durant trois jours.

Rien n'est plus douloureux à subir que cette opération; il faut quelquetois plus eurs mois pour termmer un nioko ; les suites en sont souvent plus pénibles que l'opération elle-même, à cause des plaies qui en résultent, et que certaines circonstances peuvent envenimer d'une manière effrayante.

Les naturels nous exprimaient par des gestes très-significatifs les douleurs intolérables que l'opérateur leur faisait éprouver quand il venait à attaquer le bord des 'lèvres, le coin de l'œil, et surtout la cloison des narines.

Les jeunes gens ne subissent guère les premières opérations du moko avant l'âge de vingt ans; il est rare aussi qu'ils soient admis à cet honneur avant d'avoir assisté à quelques combats.

Il est iinpossible de prétendre à aucune consiciération , à aucune iniluence dans sa tribu, sans avoir été soumis à cette opération. I^ jeune homme qui s'y refuse, quand même i 1 appartiendrait à une famille distinsuée, est re|;ardé comme un être pusillanime, efféminé et indigne de participer aux honneurs militaires; aussi est-il fort rare que ce cas se présente. Cet usage semble généralement répandu dans toute la Nouvel le-Zeeland, et les habitants du détroit de Cook nous ont paru aussi vains de leur tatouage que ceux des parties septentrionales d'ika-na-Mawi.

Signe de distinction , cet ornement est interdit aux koukis ou esclaves, aux hommes du peuple, et même à ceux qui n'osent se présenter aux combats, a moins qu'ils ne soient autorisés à le porter par une haute naissance.

Touai assura à M. d'Urville que les

léB

hommes du peuple aoauéraient le droit du moko par des exploits à la guerre, et qu'après une campagne honorable les çhets se faisaient d'ordinaire ajouter quelque nouveau dessin pour en consacrer le souvenir. Il ajoutait qu'on repassait sur les mêmes dessins (>lusieurs fois dans la vie, quelquefois jusqu'à quatre ou cinq reprises différentes. Chongui, disait-il, avait reçu tous ses mokos; car sa figure avait subi cinq tatouages. Lui-même n'était arrivé qu'à son second tatouage , et il comptait obtenir le- troisième au retour d'une expédition qu'il méditait alors (vôy. pL 181). Peut-être ces gradations dans les honneurs du moko ne sont-elles pas aussi précises que Touaï voulait les établir; au moins est -il certain que ces privilèges sont limités aux hommes d'une naissance distin-

Î;uée, ou aux guerriers célèbres ()ar eurs hauts faits, et qu'un Rangatira 8e croit d'autant plus honoré que son visage est plus décoré des dessins du moko.

Cfitie distinction n'est perftiise aux femmes, «ur la figure, qu'aux sourcils , aux lèvres et au menton , et ne peut consister qu'eu quelques traits de peu d'importance; mais elles peuvent se faire imprimer des dessins plus compliqués sut les épaules et d'autres parties de leur corps.

«Quand j'allai, dit M. d'Urville, visiter avec Touaï le village deKahouwera, l'ariki Touao me montra sa femme , qui recevait la suite de son moko sur les épaules. Une moitié de son dos était déjà sillonnée de dessins profonds , semblables à' ceux qui ornent le visage des parents de Koro-Koro , et une esclave travaillait à décorer l'autre dans le même goût. Couchée sur le ventre, la malheureuse femme semblait beaucoup souffrir, et le sang ruisselait abondanunent de ses plaies ;'cependant elle ne poussait pas même un soupir , et die se contenta de me regarder d'un air riant , sans se déranger , non plgs que la femme qui était chargée de cette importante opération. Touao semblait tout glorieux de l'honneur nouveau que sa femme allait acquérir

par ces décorations , tandis que Tou»

ne faisait ^u'en rire, pour montrer sa supériorité sur ses compatriotes.

« Parmi ces peuplades , le moko m'a paru précisément l'équivalent de ces armoiries dont tant de familles européennes étaient si vaines dans les siècles de barbarie , et dont quel(juesunes sont encore ridiculement mfa- tuées aujourd'hui , malgré les progrès des lumières. Entre ces deux inventions , il y a pourtant une différence remarquable , c'est que les armoiries des Européens n'attestaient que le mérite individuel de celui qui le premier avait su les obtenir , sans rien prouver quant au mérite de ses enfants ; tandis aue la décoration des Nouveaux- Zeelandais atteste, d'une manière authentique, que , pour avoir le droit de la porter , il a dâ faire preuve d'un courage et d'une patience personnelle extraordinaire.

« Rien ne pourra mieux démontrer les idées que les Nouveaux-Zeelandais attachent aux dessins du moko^ et leur analogie avec nos armoiries , que les observations suivantes. Touaï me faisait remarquer un jour avec orgueil quelques dessins bizarres gravés sur son iront ; comme je lui demandais ce qu'ils avaient de si remarquable : « La « famille de Koro-Koro, reprit-il, a « seule, dans la NouyeHe-Zeelaod , le « droit de porter ces dessins; Cbon* « gui , tout puissant qu'il est, ne pour* « rait pas les prendre, car Ia£iini{/0 « de Koro-Koro est beaucoup plus il- « lustre que la sienne. » Un.^^' dais, considérant Un jour le cachet d'un officier anglais, vit des armes gravées sur ce cachet ; sur-le-cbamp Il demanda à l'officier si c'était le moko de sa famille. »

Ces dessins leur tiennent aussi aujourd'hui lieu de signature, comme cela se pratiqua lors du marché que M. Marsdeii contracta avec le chef Okouna , quand il voulut acquérir un terrain pour la mission: lorsque les Européens eurent apposé leur seing au bas du contrat , le moko d'Okouna y fut appliqué en guise de signature, et ce fut Chongui qui se chargea de le

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tracer. Tonpe-Koupa avait coutame de dire que soo nom était représenté

6r un des dessins particuliers de sa ure.

L*oeîl de Fétranger sliabitue assez ▼ite à refifet du moko; tout bizarre, tout révoltant qu'il soit au premier . abord « Foeil s'y accoutume promptenient , et on finit même par trouver que l'aspect en est agréable , ainsi qu'on s'habitue aux yeux obli(]ucs des Mongols et des beautés chinoises. Les marques impriment au visage des 2^eelandais un caractère de noblesse et de dignité très-prononcé ; elles suppléent en quelque sorte au défaut d'ornements étrangers, et à la nudité habituelle de leur corps. Par un sentiment involontaire, et dont j'aurais eu wine à me rendre compte, ceux des Polynésiens des îles Carolines dont le visage n'était point tatoué, me

Siraissaieot efTectivement d'une conition inférieure à ceux qui avaient rfoi leurs insignes.

L'opération du moko, en donnant au système cutané un surcroît d'épaisseur et de solidité , rend ces insulaires Sus eo état de résister aux piqûres s moustiques , aux intempéries des saisons , aux coups de leurs ennemis, en un mot, à tous les accidents auxquels rhomme sauvage est incessamment exposé. Les souillures de la saleté, les traces des maladies, et jusqu'aux rides de la vieillesse sont peu sensibles sur ces peaux gravées, endurcies , et fréquemment ointes dliuile ; enfin ces décorations étranges ontl'avantage d'annoncer sur-le-champ, et d'une manière authentique , le rang de chaque individu , et de lui assurer la considération à laquelle il a droit. Quelques renseignements fort curieux touchant le moko furent accidentellement obtenus de la part de Toupe-Koupa , un des chefs de la Nou- Telle-Zeeland, pendant son séjour en Angleterre. L'esquisse de sa tête fut tracée, durant son séjour à Liverpool , par un de ses amis , M. John Sylvester; et Toupe s'Intéressa beaucoup an DTOgrès de son exécution. Mais par-dessus tout, U tenait fortement à

ce que les dessins de son visage fussent fidèlement reproduits sur Te portrait. Ces dessins, assurait-il, n'étaient pas du tout l'ouvrage du caprice, mais ils étaient tracés suivant certaines règles de l'art qui déterminaient la direction de chaque ligne. Dans le fait , leur ensemble constituait la marque distinctive de l'individu ; il y a plus , Toupe donnait constamment son nom à la marque de sa fieure qui se trouvait précisément au-oessus de la partie supérieure de son nez. en disant:

« L'homme de l'Europe écrit son nom a avec une plume , le nom de Toupe « est ici,» en désignant son front. Pour mieux expliquer sa pensée^ il traçait sur un papier, avec une plume ou un

Sinceau , les marques correspondantes ans les mokos de son frère et de son fils , et faisait remarquer les différences qui se trouvaient entre ces dessins et le sien. Du reste , cette partie de sa décoration qu'il a|)pelait son nom n'était pas seule aussi familière à l'esprit de Toupe ; chacun des dessins , tant de sa figure que de toutes les autres parties de son corps , étaient constamment gravés dans sa mémoire.

Quand on eut découvert le talent de Toupe dans ce ^enre de dessin, plusieurs de ses connaissances de Liverpool lui demandèrent des échantillons de son savoir-faire; et, durant une quinzaine de jours , tout son temps fut employé a fabriquer des dessins des cicatrices dont sa figure était couverte. La profondeur et la <]uantité des traits du tatouage indiquaient , disait-il , la dignité de l'individu ; suivant cette règle , il devait avoir été lui-même un chef d'un rang distingué, attendu qu'il restait à peine le moindre espace de la peau de sa figure dans l'état naturel. Quelques-uns de ses ouvrages représentaient aussi les dessins des autres parties de son corps ; et il traça pour le docteur Traill les mokos ae son frère et de son fils aîné , jeune homme qu'il avait laissé pour commander sa tribu jusqu'à son retour. ^En finissant le dernier , il le tint en l'air, le contempla avec un murmure de contentement affectueux , le baisa plu-

rUNIVERS.

sieurs fois , et fundit en larmes en le remettant au docteur.

L'ensemble de ces anecdotes forme la peinture la plus agréable que nous possédions du caractère des Nouveaux- Zeelandais ; il démontre ce qu'un peuple doué d'un aussi bon cœur pourrait devenir , si Ton pouvait améliorer la condition fàcbeuse où il se trouve , condition qui dirige la plupart de leurs qualités vers un but si funeste , puisqu'elle ne fait servir leur sensibilité , leur bravoure , et même leur intelligence et leur adresse naturelle, qu'à l'entretien de leurs baines mutuelles « et à ajouter une férocité nouvelle et un esprit de vengeance insatiable encore à leurs guerres perpétuelles. Toupe , une fois sois trait a ses funestes influences , et placé an milieu des babitudes de la vie civilisée , ne montrait plus que des dispositions douces et allectueuses. Le barbare qui dans les combats avait tant de fois semé la n:ort autour de lui , était devenu le compagnon de jeu des enfants et le disciple complaisant des coutumes les plus paisibles: personne n'eût montré des dispositions plus naturelles pour tous les avantages de la civilisation. Sa reconnaissance de tous les petits services qu'on pouvait lui rendre, était toujours exprimée avec une çbaleur , et d'une manière qui prouvait qu'elle venait du coeur. Lorsqu'il quitta Liverpool , il fut profondément ému en prenant con^é du docteur Traill : d'abord il lui baisa les mains ; ensuite , oubliant ou dédaignant les nouvelles formes qu'il avait contractées depuis son arrivée en Europe, pour revenir à celles que son cœur jugeait sans doute beaucoup plus expressives , il fi-otta son nez contre celui de son ami, d'après la coutume de son pays , avec une cordialité passionnée. En m(^me temps Toupe assura le digne médecin que , s'il venait jamais dans son pays, il aurait des vivres en abondance , et pourrait remporter avec lui autant de cbanvre et d'espars qu'il en désirerait.

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