‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 29 sur 122 · CHANTS · texte numérisé non relu

CHANTS

Les chants^es Nouveaux-Zcclandais sont plus variés que leur musi(}ue instrumentale , et mieux approfanés aux sentiments qu'ils veulent exprimer; ils sont , en outre , accompagnés de gestes très-expressifs , qui ajoutent beaucoup à la sIgniGcation des paroles. Sous ce rapport, Forstcr reconnaît cb^ te Ï^ouveaux-Zeelandais une supérionté très-marquée sur tous les autres peuples de la mer Pacifique. Leurs aoîents, dit-il, semblent animés d'une étincelle de génie ; et ces avantages sont , à ses yeux, des preuves de la bonté de leur cœur.

« Les Zeelandais, dit Forster, ont des chants particuliers pour célébrer les plaisirs de l'amour^ les fureurs de u

(♦) TurobulL

tions de learsaïeux , ta reats et de leurs amis eurabsence. Ils en ont s, pour exciter le rire

tainespersonnesqu'ils bjet de leurs plaisantdc9 circonstances où en quelque façon, des îélébrer l'arrivée .les te espèce d'cvéïiemcnC pie de leur attention.

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urpsu , j ;.e, 1 faire ..i.> t.-,.i.. de

it-|as lonjiiurs rrtiis- ,à prcidijin: a l:i Tin st et <l('s cfï>'ts SI |éiraitti'nti'ili' (T.iiiiilre «lui mte>.éa/le cette |iM. Quand ils sont entemble, l'un d'eux nt qu'ils veulent exéaSÙ de chaque couutres font chorus en Tines. Ces dwrus ont ^uo refrain commun Mts; d'autres fois, kfin méaiM descou- JIien chœur. > ~ tr que lesZeelan-

rur saluer le Le premier, MÎirjoféux, et s'exéf râ avant , comme In jour, et tous ces e joie sans mé' ""f s'accomplit, i indolent, la l'action qui s'y ' e fait eprou-

B ukna ■ o i»D tskH Mi niif ■!

^ i)ici comment M. d'Urville a traduit ce chant, d'après M. Kendall.

" Le fort et irrésistible vent qui scuflle du nord orageux a fait une impression si profonde sur mon esprit , en pen>!aot à toi, <} Taoua, que yâi gravi la montagne sur le sommet le plus élevé , pour être témoin de ton dé[Kirt. Les values roulantes vont prûque aussi lom que Siveri. Tu es entraîné vers l'est , loin au large. Tu m'as donné une natte pour la porter par amour pour toi , et ce souvenir de ta part me rendra heureux quand Je la nouerai sur mes épaules ; quand tu seras arrivé au port où tu veux aller, mes affections y seront avec toi. ■

II est curieux de comparer ce chant avec là traduction inédite d'une dianson bouguise que l'auleur de \'Oeéatûe a donnée dans le Tableau général de rocéatùe, tome 1", p. 77.

rtut ODE

Le PiAé est l'ode solennelle que chantent en chœur les guerriers, tantôt avant , tantôt après le combat, toujours auprès du leli qui consume le repas du dieu Aal-Jlotm, dans tous les sacriSces et dans les cérémonies funéraires. On peut dire que c'est le cJiant patriotique et relîgieui des Zeelandais; il parait renfermer la base de toutes leurs croyances mystiques. Toual était passionné pour ce

ii.t..

cl liKi

i Grammaire son étttà

mière fois, ie pris Toual dans ma chambre , et le gardai au moins trois heures pour le questionner. Quelques passage»] isolés m'offrirent bien un certain sens; mais le tout ensemble était décousu , incohérent , et parfaitement inintelligible. Convaincu que Touaî seul ne pouvait satisfaire mes désirs , je voulus proGter, peu de jours après, d'une visite de M. Kendall,

Cour réussir dans mon projet; car 'ouaï convenait lui-même que ce missionnaire entendait et pariait très-bien le zeelandais. Je les réunis donc tous les deux dans ma chambre , et M. Kendall déploya toute la complaisance imaginable : toutefois mon attente fut encore frustrée , et je ne pus obtenir la traduction du chant sacré.

<i M. Kendall paraissait ne pas bien comprendre les explications de Touaî ; et celui-ci , de son coté , semblait incapable de donner la véritable signiGcation de tous les passades du Pihé: Peutêtre que les allusions qui s*y rencontrent sont déjà trop anciennes , et que leur sens échappe à Tintelligence aes modernes insulaires. Sans doute j'éprouvais en cet instant Tinconvénient qui s'offrirait à un bramine ou à un sectateur de FOy qui interrogerait la ptupart des chrétiens pour obtenir le sens exact de plusieurs paraboles de TÉvangfl«. Au moins, voici ce que M. Kendall m'apprit, relativement au sens général et aux traits principaux de cette ode singulière.

«D'abord le mot PiA^ se compose de deux particules,]?^, qui indique adhésion , connexion , et hé y qui , au contraire, exprime une disjonction, une scission violente. Ainsi, le rapprochement de ces deux mots pi hé {pihé) signifie séparation de ce qui est uni ; ce mot composé a rapport au terme de la vie , à la mort , époque à laquelle IMme et le corps , ces deux substances intimement unies durant la vie, se séparent avec effort au moment du trépas.

a Cette ode se compose de cînç^ parties assez distinctes : la première a trait à la manière dont Vatoua, l'Être suprême , a détruit l'homme , et à I9

réunion de la créature avec Dieu , opérée par cette action. De là, on passe au cadavre , et ce sont des plaintes sor sa destruction; ensuite au sacrifice en lui-même, et à Tencens, à la nourriture offerte à Vatoua. Dans leursidées, cet encens est toujours le souflle, l'esprit de vie, Tâme. Puis, ce sont des exhortations aux parents, aux amisda défunt , pour les engager à venger sa mort fit à iîonorer sa mémoire, en lui donnant la gloire, kia oudoUy rends-le glorieux. Enlin le chant se termine par des complaintes et des consolations à la famille sur la perte d'un de ses membres.

« Sans doute , quand un ou deux mille guerriers, revêtus de leur costume de guerre, armé5 de toutes pièces, et ran-

§és sur un ou deux rangs, entonnent e concert cet hymne solennel, et qu'ils l'accompagnent par des g«tes menac4ints et terribles, l'effet oui eo résulté doit être imposant, lugubre et redoutable. A vantd'en veniraux mains, on dirait que ces hommes veulent, en quelque sorte, célébrer de concM leurs ninérailles, et donnner à leurs conibats un caractère sacré par ce dernier acte de religion.

« Je regrettai beaucoup de n'aroirpa approfondir le sens de cette ode extraordinaire, et j'engageai viTement M. Kendall à s'en occuper avec soin.

Ce missionnaire n'était plus à la>ouvelle-Zeeland quand j'y repassai en 1827; et les autres missionnaires n avaient obtenu aucune sorte de renseignement touchant cet hymne.»

Voici néanmoins l'original du célèbre

Pihé. C'est un échantillon de la langue

conserver.

Papa ra te waU lidi

I doitnga nei

Knu ana kana pou i é o

K abi o

Toa ka di4i

BoiiRo mai , ka béké

Ta tara

Te wai pouna

Te aba kcAoa4oa,

Ko nfa nana ,

Ko waî parangai

Ko papi té 000 ,

OCÊÀNIE.

Ko kapi té ono Te iki iki ,

Té ra ma ra:na

Te weii , t«' wc(a

Te loio rui ai.

Wa»o,

Wftno, wano, vano.

Mai luki ouMii é.

Ka didî tou ,

K:i u'gou'ia tou ,

Ko wc wci too

Ko va wana

Tour, loue, tooé

Ka taka

Baro poadi ai

Ka taka té waro.

Fipi ra ou e dou ko i e Pi h

Ra ou e dou ko i é.

Kp koti kniia, ' Te oadou o \i ariki

f Pi|>i ra on é dou ko i •

Pire!

É tapoa

É lapon ton mata tara roa,

S Dgaro

R ngaro touki taaa é iwa.

Eiwa

£ iwa tou houa ki té maral

Wero wero.

Wero wero, tetar« o mair«,

"Wrro hia , ki tai hia ,

"Wska rawa , waka rawa

Te tara ki a tai,

11^ ko tahi manawa rékn

Té maiiawa ki a tou.

Bai , bai . ha !

Hai . hat , ha I

Kia oudoQ , bal , hàî , ha !

Piail Ik* îU

Iki îki wara wara Ko iai taiiga ro% 1 tawa. O mai ra , fi ki na ton.

Wang.1 hin^a; Ki a tai Koro pana Té koua ki lé maraï Witi doua

Té ika téré kipaiiiga Kîa oadrm , hai , hai , ha !

Baij hai, bal Kia oudou. h^i, hai, ha] Bai , bai , ha I Kia oudou , haï , haï , ha !

Psnil

.Quoique ce fameux !jvmne Piké paraisse are national dans toute rîle l»3;na-Mawi, M. d'Urville a néan- ["omsremarquéqu'ilétaitconnu moins intégralement à mesure que l'on descen- «f't vers le Sud. Les habitants de la 'ïpDde nord du détroit de Cook n'en 'J^l'aient que des passages incomplets ,

yl' ^t tout 5 fait ignoré des naturels

*'^«l)aieTasman.

M. Nicholascitc aussi quelques exemples fort curieux de leurs chants, comme ceux où Ton dépeint les ravages d'une tempête parmi les plantations de patates, la mort d'un naturel surpris par son ennemi, etc. Ce même voyageur a remarqué aussi que dans les pirogues les naturels règlent le mouvement de leurs p<tgaies sur un chant dont les paroles sont : rohi ha pahi hia , kia Aa, etoki etvkl, paroles qu'ils modulent de toutes sortes de façons.

Le seul instrument de musique que M. Lesson ait vu entre les mains des Zeelandais, est une flûte, ordinairement en bois, et travaillée avec goiU ; parfois on emploie à sa confection des portions d'os de la cuisse, en commémoration dé quelque victoire remportée sur des hommes d'une tribu étrangère.

DÂNS&

Les chants des naturels sont presque toujours accompagnés de danses dont les temps et les figures se marient avec la précision la plus vigoureuse aux rhythmes et aux paroles du chant. Ces^dânses sont toujours caractéristiques, et, pour lès exécuter, les naturels se rangent sur une ou deux files. L'un d'eux, placé a l'écart , entonne l^ chant d'un ton d'abord modéré. Alors les danseurs s'agitent peu à peu, leur corps se penche en arrière, leur te'te acquiert par degrés des mouvements si brusques , si vifs , qu'on les croirait convulsifs. Les yeux roulent d'une manière affreuse dans leurs orbites. La langue sort de la bouche d'une Foni^'ueur démesurée; enlin, à certains pnssîigM, et sans Jamais changer de place. Tes danseurs frappent du pied fa terre si lourdement, qu'elle résonne au loin sous leurs pas (*). Quand une douzaine de ces insulaires dansaient à b^ord , on aurait cru que le pont allait s'enfoncer sous leurs pieds (*•) ( vov. pi. 184). '

(*) Cook ; a" voyage , r." 1 , p. 25 j ; Cniîie, p. il ; Sainson; d'Lnille, MI, p. a5a, Quoy ; d'Urvilie , t. II, p. 286.

n Crozel;d'UrvilIç, t, m, p. ^4-

'On ne saurait trop admirer l'ensemble, l'harmonie parfaite avec laquelle tous ces mouveinents, tous ces gestes sont exécutés. Quel que soit le nombre des danseur^ , on croirait qu'ils ne forment qu'un seul et même individu, tant ils sont accoutumés à suivre la même mesure (*). La danse des marins anf^iais semblait ridicule aux Zeelandais , et ils s'en moquaient en disant qu'il n'y avait jamais deux hommes parmi les Européens qui pussent exécuter ensemble les mêmes figures et les mêmes poses {**).

Leurs gestes acquièrent une expression d'autant plus terrible, gue la danse a trait h une action plus importante : quand ils veulent ugurer une danse guerrière, il est difficile d'imaginer rien de plus épouvantable que les grimaces qu'ils font (***).

L'action qui s'unit au chant du Pihé, toute modérée qu'elle est, participe néanmoins de l'expression sombre, lugubre et solennelle de cet hymne sacré, et a toujours produit l'effet le plus imposant sur les Européens. Que ne doit-il pas être , quand le Pihé est entonné par un ou deux milliers de guerriers prêts à s'élancer les uns sur les autres pour &e détruire et s'entre-dévorer !

Ces naturels sont tous passionnés pour (a danse ; mais ils s'y livrent avec une telle ardeur, qu'ils sont souvent obligés de se reposer, tant ils sont exténués de lassitude par les gestes frénétiques et les violents efforts auxquels ils s'abandonnent en ces sortes d'occasions. (****). Les femmes préfèrent les danses qui retracent les plaisirs de l'amour (*****) , tandis que les guerriers n'estiment aue celles qui ont trait aux exploits militaires. Cependant, les femmes et les jeunes filles se joignent aussi aux danses militaires. Je me suis souvent amusé, dit M. d'Urville, à

(*) Cook , premier voyage , l. III , p. ago.

(•*)Cruise; d*Urville, t. IH, p. 639.

(•**) Cook, a* voyage , t. II, p. 88.

(*!**) Savage , p. 85; Sainson ; d'Urville , Ull\ p. a53; Gaimard; d'Urville, t. II, p. a 55.

(••*••) Gaimard; d'UrviUe, t n,p. 2S0.

considérer les efforts qu'elles font pour imiter l'énergie des hommes , autant

3ue peut le leur permettre la faiblesse e leur sexe.

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