‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 36 sur 122 · SUICIDE · texte numérisé non relu

SUICIDE

Bien que ce ne soit pas une loi Inexorable, une nécessite impérieuse qui les porte à cet acte, comme au Bengale et dans l'Inde, cependant où

(*) Manden, Gruise, Williams, HullV King et d'Urville.

voit souvent les femmes des chefe de la Nouvelle-Zeeland renoncer à la vie lorsqu'elles perdent lears époux. D'ordinaire elles mettent fin à leurs jours et se pendent à un arbre; cette action est admirée et applaudie par leurs amis et leurs propres parents, comme la plus grande preuve d'attachement

3 u elles puissent donner à la mémoire e leurs maris.

Quand Touai se décida à faire un voyage en Angleterre, son frère Koro- Koro désirait qu'il emmenât sa femme avec lui ; M. Kendall voulait Ten dissuader, représentant combien la position de cette femme deviendrait fâcheuse, si son mari venait à périr dans le voyage : Koro-Koro se contenta de répliquer qu'en pareil cas la femme de Touai ferait très-bien de se pendre, suivant la coutume des Nouveaux-Zeelandais.

Quoique cette action soit bien plus rare de la part des hommes, on en a vu qui n'ont pas voulu survivre à la perte d'une femme tendrement aimée ou d'un parent chéri. Chongui tenta, dit-on , deux fois de se pendre à la mort de son frère Kangaroa.

Si la loi du nays n'oblige point formellement la femme à se détruire à la mort de son mari , elle lui interdit du moins de se remarier avant qu'elle ait relevé les os du défunt; car ce n'est que de ce moment qu'elle a acquitté tous ses devoirs envers son époux. Il paraît même qu'après ce délai elle ne peut contracter de nouveaux liens, sans miposer une sorte de tache à sa réputation; pour. la conserver intacte, elle doit rester fidèle à la mémoire de son mari. Pour empêcher que la veuve ne profane cette mémoire par un mariage lUéeal , les pai'ents du défunt poussent quelquefois la barbarie jusqu'à l'immoler à cette crainte.

La femme qui viole les coutumes de son pays en se remariant avant le délai prescrit, est punie de sa faute en se voyant dépouillée par ses voisins de tout ce quelle possède. On en voit un exemple frappant dans la veuve de Tara, malgré son haut rang, et dans celle de Ring -George, son second

époux, qui partagea le châtiment qui lui fut infligé.

Les femmes sont très-sensibles aoz reproches que leurs maris leur adressent , et il leur arrive quelquefois d'aller se pendre après en avoir reçu.

Touai assura à M. d'Urville qu'une femme à qui il arriverait de lâcmr par inégarde un vent devant son mari, irait sur-le-champ se pendre , et il lui raconta un fait de cette nature, récemment arrivé. Les missionnaires n'en avaient aucune connaissance, non plus que du cas lui-même. « J'ai d'autant plus de peine, dit ce savant navigateur, a admettre cette excessive délicatesse, que les jeunes esclaves oui vivaient avec nos matelots a bora ne se gênaient en aucune façon sur ce point (*).»

ruamcATiON.

Voici comment d'Urville explique la cérémonie de la purification.

« Touai fut obi igé de se faire purifier : de retour chez lui, suivant l'usage, il

Erit, sur la tombe ou dans un lieu taoué, un morceau de bois, qui reçoit alors le nom de popoa (consacré). Devant l'ariki , il le porta solenneHement à terre ; l'ariki présenta à Touai une poignée de patates; celui-ci en prit une qu'il déposa en contact avec le popoa, et l'y laissa huit à dix minutes; elle était devenue tapou. Il la reprit, en rompit un morceau qu'il jeta avec respect derrière lui. C'était là la nourriture de l'atoua, de l'esprit du mort, auquel les mots du baptême font allusion. Il remit ensuite le reste dans la bouche du grand prêtre, qui devait l'avaler sans y portei^les mains. Dès que la patate est devenue tapou par le contact avec le popoa , celui-ci est relevé , déposé dans la bouche de l'ariki, dont il est retiré peu après , et jeté dans un lieu où il ne soit exposé à tomber dans les mains de personne. H est encore défendu à l'ariki de porter les mains à la seconde patate, et il doit également la recevoir dans sa bouche. Enfin il prend lui-même le

(•) Touai et d'Urville.

OCÉANIE

reste, le mange, et alors rhomme taboue redevient libre, et peut communiquer sans danger avec ses parents et ses amis. »

AinmOPOPHAGIB.

Les missionaaîi^es ayant manifesté la crainte d'être mangés, dit Marsden, les chefs de la Nouvelle-Zeeland leur dirent de se rassurer; car s'ils étaient affamés de chair humaine, ils préféreraient la chair des 2ieelandais, qui était d'un goût plus agréable que celle des Européens, en conséquence de l'habitude que les blancs avaient de manger trop de sel, assaisonnement qui déplaît aux premiers.

La conversation s'étant engagée sur la cause qui avait pu donner lieu à la coutume de manger de la chair humaine, les chefs dirent à M. Marsden qu'elle provenait de ce que les grands poissons de la mer mangeaient les autres, et de ce que quelques-uns mangent leur propre espèce. Ils alléguaient que les grands poissons mangent les petits , les petits poissons mangent les insectes, les chiens mangent les hommes, les hommes mandent les chiens ^et les chiens s'entre-devorent. Les oiseaux de l'air s^entre-dévorent aussi . Enfin un d ieu dévoreunautredieu. a Je n'aurais pas compris comment les dieux pouvaient s'entre-manger, ditce savant missionnaire, si Cbongui ne m'eût auparavant instruit que lorsqu'il était allé vers le Sud et qu'il eut tué une grande partie des habitants, il eut peur que le dieu de ces derniers ne Toulût le tuer pour le manger; car il se regardait lui-même comme un dieu.

Alors il saisit ce dieu étranger, qui était un reptile ; il en mangea une partie et réserva l'autre pour ses amis , attendu que c'était une nourriture sacrée. Par ce moyen , ils se flattaient tous de s'être mis à l'abri de son ressentiment. «

D'après les idées de ces hommes sur la nature de TAme, on conçoit facilement que le plus grand outrage qu'un Zeelandais puisse faire à son ennemi est de le dévorer après avoir réussi à le mettre à mort, puisque par cette action non-seulement il détruit l'être

62^ Livraison. (OcÉAJflB.) T. m.

actuel , mais il détruit la partie spirituelle , le wafdoua de son ennemi , qu'il fait servir à l'accroissement de son

{>ropre waîdoua. A cette superstition, a plus exécrable sans doute que l'homme ait pu se créer, l'on doit attribuer l'habitude qu'ont contractée ces peuples de manger les corps de leurs ennemis.

Sur le champ de bataille , les cadavres des cliefs les plus vieux et les plus infirmes sont toujours mangés de préférence aux corps des jeunes guerriers d'un rang obscur, et quelques-uns appartiennent à des hommes d*un âge fort avancé; car, quoique sujets à une foule de privations, les Nouveaux- Zeelandais, contre l'ordinaire de ce que nous avons observé chez plusieurs peuples sauvages , parviennent souvent a une grande vieillesse. Loirs cheveux blanchissent rarement, et tombent plus rarement encore ; leurs dents s'usent sans se gâter, et les rides sont cachées sous le tatouage. I^ous pensons que la salubrité du climat, l'exercice et la sobriété sont la cause do cet avantage.

Nous lisons, dans les Chroniques de la société des jésuites au Brésil , des exemples qui prouveraient que l'usage de la chair humaine finit par devenir un besoin et un plaisir.

«Un jésuite portugais, Simon de Vasconoellos, trouva un jour une femme brésilienne , d'un âee très-avancé, qui était à l'article de la mort. Après ravoir instruite, aussi bien qu'if lui fut possible , des vérités du christianisme, et s'être ainsi occupé du salut de son âme, il lui demanda si elle avait besoin de manger, et quelle espèce de nourriture elle pourrait prendre. « Ma mère, lui dit-il, si je vous donnais un morceau de sucre, ou une bouohée de ces bonnes choses que nous avons apportées d'au delà des mers , croyezvous pouvoir les manger ? « Ah ! mon fils , répondit la vieille , nouvellement convertie, mon estomac ne peut supporter aucune espèce d'aliment. Il n'y a qu'une seule chose dont je pourrais goûter. Si j'avais la petite main d'un petit garçon tapauya^ je pense que j'en grignoterais les petits os avec

LtJîtlVERS;

{plaisir,,. Mais, par malheur, il n'y a ci personne pour en aller chasser uo et le tuer pour moi, »

Il est parfaitement avéré que les IVouveaux-Zeelandais mangeaient avec délices la chair de leurs ennemis tués dans le combat. La superstition en* trait, il est vrai, pour beaucoup dans ces horribles festins , et Ton aurait aimé à croire qu'ils n'avaient lieu qu'à la suite des combats, et dans un but religieux. Malheureusement les récits des missionnaires ne nous permettent guère de douter que ces naturels n'égorgent quelquefois leurs esclaves de sang-froid , et dans Tunique intention d'assouvir, aux dépens de leurs victimes, leurs monstrueux appétits. Ces temples spnt rares ; mais ils suffisent pour démontrer que la religion seule n'est pas la cause de ces affreuses coutumes.

Il faut niéme que ces festins aient un grand attrait pour eux; car Touaî, à demi civilisé par un long séjour chez les Anglais, tout en convenant que c'était une fort mauvaise action, avouait qu'il éprouvait le plus grand plaisir à manger la chair de ses ennemis, et nu'ii soupirait impatiemment après répoque oô il pourrait de nouveau se procurer cette jouissance. Il assurait que la chair de îhomme avait absolu* ment le méme*go(lt que celle du porc* Bans ce moment pourtant, il se trouvait à une table servie, où rien ne man» quait à ses désirs.

Ordinairement ces sauvages se coiv tentent de manger la cervelle des corps

3u'ils dévorent, et rejettent le reste e la tête. M. Nicbolas cite néanmoinp une circonstance où Pomare et ses compagnons mangèrent jusqu'aux têtes de SIX nommes qu'ils massacrèrent sur Je territoire de Doua-Tara.

La chair d'une femme ou d'un enfant est ce qu'ils connaissent de plus délicieux. Quant à nous , nous avons connu nous-mêmes des anthropophages de la Malaisie qui préféraient au contraire la chair d un homme de cinquante ans à celle d'un jeune homme, et celle d'un noir à celle d'un blanc (*).

(') Marsdea *, d'Urville ', Sim. de Vasooa-

COUTUMBS DB GIintlUSTÔVCRiHT tBSTÉTBS DBS CRKPS rVÉS D»$ LES COMBATS,

En temps de guerre, on rend le plus grand honneur a la téta d'un guerrier tué dans un combat, si cette tête sst convenablement tatouée. Elle est prise par le conquérant et conservée avec respect, ainsi que l'on conserve chez nous un drapeau enlevé à l'ennemi sur un champ de bataille.

Il est agréable pour les vaincus de Bavoir que les têtes de leurs chefs sont conservées par l'ennemi ; car, quand le conquérant désire faire la paix., il prend les têtes des chefs et les présente à leur tribu. Si celle-ci désire mettre fin à la contestation , ses guerriers poussent un cri à cette vue, et toutes les hostilités cessent. Ce signal indique que le conquérant leur accordera toutes les conditions qu'ils peuvent exiger; mais , si la tribu est déterminée à renouveler la jguerre et à risquer les chances d'un autre combat, elle garde le silence.

Ainsi la têts d'un chef peut être considérée comme l'étendard de la tribu | À laquelle elle appartient, et le signal ' tie la paix ou* de la guerre.

Si le vainqueur a l'intention de ne jamais faire la paix, il disposera de^ têtes des diefs qu'il ja tues dans le Combat en faveur des navires ou des personnes qui voudront les acheter.

Alors elles sont quelquefois rachetées par les amis du vaincu , et renvoyées à leurs parents encore vivants, qui ont pour ces têtes la plus grande vénération, et se livrent à leurs sentiments naturels en les revoyant et en les baignant de leurs larmes.

Quand un chef est tué dans une bataille régulière, les vainqueurs s*écrlent tout haut : « A nous rhomme. »

Siuand même il tomberait dans les rangs e son propre parti, si le parti qui a , perdu son clief est intimidé, il se soumet sur-le-champ à ce qu'on lui demande. Aussitôt la victime est livrée,

eellofl, Chr. da eomp., t. I, )^. 49 ; Nirholas ; Rienzi , Frigmeui dt rbatoîre , de rorigtiM et dei mœurs de:t peuulfisilerABie ccotraie, ei de ceux det liai da k Biar dki Sud» iiDpr. à Calcutu,

OCÉANIË.

ïfi

gâ tête est f mmédiatement eoapée ; une prodamatîon publi<]ue enjoint à tous Ns cJiefs du parti victorieux d'assister à raccuniplissement des cérémonies religieuses qui vont avoir lieu. Leur • but est de s'assurer, par la voie des au-

Kres, si leur dieu les favorisera dans la taille qu'on va livrer. Si le prétre^après racoomplissement de la cérémonie , annonce que leur dieu leur sera propice, Us sont animés d'un nouveau courage .

pour attaquer l'ennemi ; mais , si le prêtre répond que leur dieu ne sera

g as propice, ils quittenMe champ de ataille dans un profond silence. La tête qu'ils Dossèdent déjà est conservée par le cher en faveur duquel la guerre a été entreprise , comme une réparation de rinjure quQ lui ou quelqu'un de sa tribu a reçue de l'ennemi.

Quand la guerre est finie, la tête, proprement préparée, est envoyée à tous les amis de ce chef, comme un sujet de réjouissance pour eux , et pour leur prouver que justice a été obtenue du parti agresseur.

A l'égard du corps, il est coupé par petites portions, et préparé pour ceux

3ui ont pris part au combat, sous la irection immédiate du chef, qui retient la tête. Si le chef désire en gratifier quelques-uns de ses amis qui ne sont pas pr^nts, de petites portions sont réservées pour eux ; en les recevant , ceux-ci rendent grâce à Dieu de la victoire remportée sur l'ennemi. Si la ^air est trop corrompue pour être nnangée , à cause du temps nécessaire pour le transport, un substitut est mangé à sa place.

Non-seulement ils mangent la chair des chefs, mais ils ont coutume de ramasser leurs os et de les distribuer parmi leurs amis , qui en font des sifflets, des flûtes et des hameçons, au lieu de les faire consumer par le feu, et les conservent avec soin comme des trophées de la mort de leurs ennemis.

Cest encore une coutume chez eux, Qu'un homme qui en tue un autre dans le combat goûte de son sang. Il croit

Sue cela le sauvera de la ra^e du dieu e celui qui a succombé, s'miaginant que du moment qu'il a goûté le sang de

rhomme quH a tué, le mort devient une partie de sçn propre être, et la place sous la protection de Tatoua chargé de veiller à l'esprit du défunt. M. Rendall m'informa, dit un navi-

fateur plein de zèle pour la science M. d'Urville), que, dans une occasion, Chongui mangea l'œil gauche d'un grand chef qu'il tua dans Ta bataille, a Chouki-Anga. Les Nouveaux -Zeelandais pensent que l'ooil gauche, quelque temps après la mort , monte aux eieux et devient une étoile du firmament. Chongui mangea celui du chef par une idée de venseance, et per-.

suadé que par cet acte il accrol&ait sa gloire et son éclat futur, quand son oeil gauche deviendrait une étoile.

D'après tout ce que j'ai pu appren* dre, ajoute-t-il, toudîant la coutume qu'ont les Nouveaux - Zeelandais dt manger de la chair Inimalne, il parait qu'elle a pris son origine dans une superstition religieuse. Je n'ai jamais appris qu'ils aient tué un homme uniquement pour satisfaire leur appétit ou vendre sa tête aux Européens ou à d'autres nations. Les têtes qui ont été préparées et vendues appartenaient à des individus tués à la guerre, et faisaient partie de celles qiron ne voulait point rendre .aux amis du mort. £d même temps, je crois qu'il n'est pas prudent aux maîtres des navires ni à personne de leurs équipages , d'acheter île ces têtes; car, si une tribu venait à connaître ^ue la tête de son chef se trouve à bord d'un navire , il est plus que probable qu'elle attaquerait ce navire pour la recouvrer, par suite de l'estime et de la haute vénération atta* chées à ces précieuses reliques (*),

IIODB DB CONSERVATION DBS TÊTBS CUB tES ANTUBOPOPiUGBS DB hà, NOOVBUA- ZBELANb.

Il est tout à fait hors de doute aujourd'hui aue les naturels des archipels des Hébrides, de Noukahiva peut* être, et d'une quantité d'autres Iles de la Polynésie et de la Mélaaésie , sont

(nDUrville.

ISO

cannibales comme ceux de la Nouvelle- Zeeland. Cependant on a remarqué que les Nouveaux-Zeelandais avaient seuls la coutume de conserver les têtes de leurs ennemis comme des trophées de la victoire, et comme des objets de leur mépris. On retrouve cette coutume parmi quelques tribus d'Afrique, qui conservent, au moyen de certaines préparations, lés crânes de leurs ennemis , dans le même but que les sauvages d*lka-na-Maouî. Les premiers objets qui frappèrent notre attention, dit à ce sujet le capitaine Tuckey, dans le récit de sa visite à la rivière Zaïre, dans la Guinée, furent quatre crânes humains suspendus à un arbre.

On nous dit que ces crânes. étaient ceux des chefs ennemis faits prisonniers dans le dernier combat , et que c'était l'usage de conserver ces têtes comme de glorieux souvenirs. Ces victimes , ajoute le capitaine Tuckey, nous parurent avoir reçu le coup de grâce avant que là tête eût été séparée du corps. Mais les naturels de la rfouvelle- Zeeland conservent quelquefois les têtes de leurs amis; et c*est dans Tintention de payer à la mémoire des morts un triout de respect et d'admiration, de montrer ces restes vénérés aux parents et aux amis absents au moment de la mort, et de pouvoir, à certaines époques de Tannée , célébrer en leur honneur des cérémonies funéraires.

Le mode de préparation des têtes, chez les naturels de la Nouvelle-Zeeland, dit le docte M. Bennett, prévient non^seulement la décomposition avec le plus grand succès , mais encore les traits ctu visage demeurent dans un parfait état de conservation. Voici le procédé qu'on met en usage dans cette circonstance : quand la tête (*) a été séparée du corps, on brise avec un bâtçn ou une pierre la partie supérieure du crâne, on vide entièrement la cervelle , et on lave la cavité du crâne à diverses fois, jusqu'à ce qu'elle soit bien nettoyée. On plonge alors là tête

(*^ Ces télés portent le nom de moko^ mokaî ; moko, tète tatouée ^okai, misérable.

dans l'eau bouillante, ce qui fait disparaître tout l'épiderme. On a soin, pendant cette opération , de ne point toucher à la chevelure, car elle tomberait aussitôt ; mais, quand la chevelure est refroidie, elle demeure fixée à la tête avec plus de force qu'auparavant.

De petites planchettes sont placées des deux côtés du nez , afin de lui conserver sa forme naturelle; un autre petit morceau de bois est encore introduit dans le nez, pour empêcher qu'il ne se déforme. On bourre les narines de pkormium. On arrache les yeux : si ce sont ceux d'un chef, on les mange, on les jette avec mépris dans tout autre cas. On coud la bouche et les paupières pour Qu'elles conservent leur forme.

On a d avance creusé dans la terre une espèce de four qu'on remplit de pierres rougies. Ce four, qui est fermé de tous côtés, n'a qu'une ouverture au sommet, et à laquelle la partie supérieure de la tête s'adapte parfaitement. Les pierres chaudes sont arrosées d'eau aussi souvent que cela est jiigé nécessaire. Il en résulte une fum& qu'augmentent encore des feuilles, iinoibées d'eau,

Îui ont été introduites dans le four, .a chaleur et la fumée pénètrent ainsi dans l'intérieur de la tête, dont la base est placée, conmie nous l'avons dit, à l'ouverture du four. Pour entretenir la clialeur et la fumée nécessaires , on a soin de renouveler souvent l'eau et les]pierres chaudes jusqu'àce que cette préparation soit terminée. Le naturel qui est chargé de cette préparation doit veiller à ce qu'il ne se forme point de rides sur le visage, et passer souvent la main sur la peau, afin de prévenir toute altération dans les traits. Ce procédé pour conserver les têtes humaines exige de vingt-quatre à trente heures. Quand la tête a atteint son degré de préparatiou , on la retire du feu , on la fîi6 sur un bâton , et on l'expose au soleil. On oint fréquemment ces têtes avec de l'huile : ce dernier procédé n'est pas jugé indispensable à la conservation de la tête ; mais on l'emploie pour donner aux têtes une plus brillante apparence.

L'adoption de cette simple et excel-

OCEANIE.

lente méthode, pouc la conservation des têtes humaines, mettrait à même de faire de bien précieuses collections de toutes les races d'hommes qui existent sur la surface du globe.

Le but de ces naturels, dans la conservation des têtes de leurs ennemis , est , selon M. Bennett, de les conserver eorame des trophées de victoire, et pour la satisfaction de leurs sentiments de vengeance. Ils montrent ces têtes avec orgueil dans leurs danses guerrières; et, quand ils vont au combat, ils les déploient aux yeux de leurs ennemis et les menacent du même sort. Ces têtes font la gloire des vainqueurs; ils les apportent à leurs femmes et à leurs enmnts , afin qu'eux aussi puissent se réjouir de la chute de leurs ennemis , et afin de les offrir à leurs idoles, en témoignage de reconnaissance pour la victofre qu'ils ont remportée. A la baie des lies Houkianja, au cap Nord , etc. , les chefs , à leur mort , sont enterrés sans mutilation; cette coutume y est du moins très-rarement enfreinte; mais, à la rivière Tamise , au cap Est, etc., leâ têtes des chefs sont conservées, comme nous l'avons dit plus haut, en signe de respect pour la personne des morts, et pour les montrer à leurs parents absents au moment de leur décès. Ces têtes ne sont jamais vendues ; mais on vend celles des ennemis , en signe de dédain.

« Je fis emplette , à la rivière Tamise, dit M. Bennett, d'une de ces têtes ainsi préparées ; et, ce qui est très-rare, je pus, en cette occasion , me procurer le nom, la dignité et l'âge de l'individu à qui elle avait appartenu. Ces détails me furent fournis par celui qui l'avait tué; cet individu s'appelait Bola (Touman était Je nom de son père) ; il était chef du district du y igato, à la rivière Tamise. U était âgé de dix-huit ans environ, et était tatoué depuis peu , et bien ir^oins que les cliefs de tribu ne le sont ordinairement. Bola passait pour un guerrier fort distingué pour son âge; il était d'un caractère entreprenant. Le premier au combat, c'était lui qui tuait tonjourg le premier hommes ce

ui , dans ces contrées , est réputé le ait d'armes le plus brillant. Dans un engagement, Bola fut blessé à l'abdomen par un chef nommé Warrinhoa Eringa ; et , dans sa chute ,J1 fut achevé par un coup de méré (casse-tête) as* séné sur le crâne. En examinant ce crâne avec attention, il est aisé de voir encore la fracture, qui est de quelque étendue.

«Les Nouveaux-Zeelandais ne se soucient guère de cacher qu'ils sont cannibales; ils racontent les atrocités qui se lient avec cette coutume , sans aucune apparence de honte ou de remords. Cependant ils ne mangent que de la chair de leurs ennemis; si cest un homme de distinction qui tombe sous leurs coups , les yeux, les mains , les pieds sont offerts au plus puissant cher du parti vainqueur : car, disentils , c'est avec ses yeux que leur ennemi considéra ses adversaires , c'est avec ses mains qu'il couibattit, c'est avec ses pieds qu'il envahit leur territoire et qu'il marcha au combat. Le chef d'un district voisin de la rivière Tamise me fut désigné comme celui qui avait eu l'insigne honneur de tuer 1 illustre chef Atoi ou Pomare, et qui avait mangé de ses yeux et bu de son sang. Relativement à cette coutume de manger les yeux, il en exista Jadis une toute semblable dans l'île de Taïti ; et c'est de là qu'on avait inféré que les naturels de cette contrée étaient cannibales. Cette coïncidence est curieuse..

On lit dans le capitaine Cook les obser* vations suivantes , touchant la coutume de manger les yeux : « Nous avons «graode raison de supposer que les « Taïtiens : étaient [adonnés à Thor- «rible pratique du cannibalisme. On «nous assure, et quelques-uns des « nôtres l'ont vu, que, dans les sacri- «fices humains, le prêtre, au milieu « de la cérémonie , arrache l'oeil gau- « che de la victime; puis, s'avançant « vers le roi , il lui présente eet œil et c le prie d'ouvrir la bouche; mais, au « lieu d'y poser l'œil, il le retire im- « médiatement. » Sans doute cette coïncidence avec la coutume de la Nouvelle- Zeeiand, où l'œil est dévoré et où lea

naturels sont cannibales, est digne de remarque; et ce qui vient à Tappui de la supposition que les habitants de Taîti furent jadis anthropophages, c'est qu'Ellis, auteur des Recherches sur la Polynésie y qui , à une époque précédente, avait nié que ces peuples hissent adonnés à une aussi horrible coutnme, a fini par reconnaître que les Taîtiens n'étaient pas à Tabri du reproche de cannil)alisme, et qu'on a vu un guerrier, poussé par un sentiment de vengeance, manger trois ou quatre boucnées de la chair d'un ennemi vaincu. On pourrait inférer de laque l'aifuillon de l'anthropophagie, à Taîti et a la Nouvelle-Zeeland , est la vengeance ; car des naturels de cette contrée m'assurèrent que c'était à ce sentiment et non à la raim qu'il fallait attribuer leur coutume de cannibalisme. »

Une autre cause qui pousse ces sauvages à manger de la chair de leurs semblables, c'est la croyance qu'en faisant servir à leur nourriture Jes corps des braves morts dans la bataille, ils héritent de leur force et de leur valeur. L'horrible pratique du cannibalisme se trouvant en vigueur dans les contrées les plus fertiles , il faut lui chercher d'autres causes que la faim. Les motifs dont nous venons de parler nous paraissent les plus probables ; cependant , pour man-

Ser de la chair humaine, l'atf^uillon e la faim doit s'unir aux sentiments de vengeance ; car tonte provision de bouche se trouvant éloignée du champ de iHitaille , ainsi que les femmes et les enfants, qui ne peuvent, par conséquent, les détourner de ces actes dé férocité, la faim s'unit alors avec la vengeance.

Après un combat, oYi a coutume d'entasser les corps des ennemis oui ont suocombé ; on fait un choix des têtes qu'on destine à être conservées , et on les confie à ceux qui sont experts dans ce genre de préparation.

Ensuite on ouvre les corps , et quand on en a extrait les viscères, etc., ou les coupe par morceaux , et on prépare le banquet. Quelques naturels mangent

la chair fumée^ d'autres la font rôtir; mais il paraft qu'ils ne mangent jamais la chair crue. 11 faut dire néanmoins que , lorsqu'au milieu du combat un ennemi tombe frappé à mort f>ar son adversaire, celui-ci, animé par a vengeance , s'élance tout à coup sur lui , et lui déchire la gorge avec ses dents , dans l'intention de se reQâttre de son sang avant que le principe de la vie ait tout à ftiit abandonné son corps : ceci est une coutume générale.

Ces sauvages coupent les mains de leurs ennemis, en font racornir les doigts en forme de crochets , et , les fixant à leurs huttes,, y suspendent leurs corbeilles. Ils conservent aussi la graisse des fesses, et en assaisonnent les patates, leur nourriture ordinaire.

C'est surtout du cprps d*un puissant chef ennemi qu'ils aiment à conserver la graisse , comitie la plus forte marque de leur mépris pour lui. « Relativement à cette horrible coutume , je demandais, dit M. Bennett, à quel:

ques naturels, s'il leur convienarait que leur corps servtt à la nourriture de leurs ennemis; ils me répondirent qu'ils se souciaient peu du sort qui les attendait après leur mort. Je oemandai aussi à quoi l'o n destinait les os des corj)s que l'on mangeait, et l'un m'appnt que ceux des chefs étaient conservés; les os des bras, des jambes , servaient à faire des ûùtes qu'ils appellent lehou ou balzoua; avec les autres, on fait des ornements pour les oreilles, etc Mais des os des individus sans dignité ni illustration , on n'en fait aucun cas. »

Les sauvages de la Nouvelle-Zeeland préfèrent la chair humaine à la chair de porc. Il leur est quelquefois arrivé de détruire des embarcations, et de massacrer Téquipaee. Une fois un vaisseau apporta a Sidney, dans la Pïouvelle-Galles du Sud , les têtes de plusieurs Européens qui avaient été assassinés par ces sauvages, et quMls avaient conservées selon leur mode de préparation.

Si un chef est malade , on a coutume de* tuer un esclave et de l'ôArir aux esprits ; mais on ne mange pas sft

-OC]ËÀJSIE.

chair ; tandis que, si ud chef est tué ou grièvement blessé par le chef d'un district 1 et que les parents aient en leur pouvoir quelques esclaves appartenant a ce district, ces esclaves sont tués immédiatement et mangés par esprit de vengeance.

« Dans une excursion botanique à Wyshakicove , que ^ fis pendant ma visite à la Nouvelle-Zeeland, en juin 1829, dit encore M. Bennett, je dis* tinguai des os au milieu de petits arbrisseaux qui croissaient au bord d*un ruisseau; je m'approchai davantage de ce lieu, et le trouvai des os humains entassés et paraissant ap* partenir à la même personne. Je crus qu'il y avait eu a cette place un banquet de cannibales; mais le chef qui vint avec moi examiner ce lieu m'assura que c'étaient les os d'un individu mort naturellement. Le chef ajouta que si ces os eussent appartenu à un corps dévoré dans un oanquet , ils ne seraient pas restés dans cet état de conservation. La circonstance par moi observée que ces os étaient réunis en tas le confirma dans son opinion. Ce chef dit encore que, si c'eât été le corps d'un ennemi , la ma-* cboîre inférieure aurait été enlevée pour servir de crochets.

« Les notions de beaucoup de personnes de ce pays relativement au cannibalisme sont tout a fait erronées.

Depuis mon retour en Angleterre, on m'a fait des questions très-curieuses.

On me demanda un jour si un enfant

Se j'amenai d'Erromango, tle qui it partie du groupe des Nouvelles- Hébrides , dont les peuplades sont an* tbropophagea , pouvait manger notre nourriture. Je demandai pourquoi cet enûint éprouverait quelque répugnance à se nourrir comme nous : parce que« me fut-il ré|X)ndu, l'habitude de manger de la chair humaine ne peut se concilier avec un régime différent.

« On suppose que l'achat des tétea conservées fait aux naturels de la Nouvelle-Zeeland, les encourage à vivre sans cesse en guerre avec leurs veieins et à tuer leurs esclaves. Ceci cgt encore une enevr^ Cei têtes» ainsi

conservées, ont fait, de temps immémorial, l'orgueil des vainqueurs ; et , qu'elles soient achetées ou non par les Européens , cette barbare coutume s'y maintiendra tant que In civilisation n'aura pas étendu ses bienfaits chez ces peuplades sauvages. Durant un long séjour à la Nouvelle-Zeeland , et principalement à la rivière Tamise, qui est regardée comme le lieu où l'on se

f procure des têtes avec le plus de faciité , nous n'en pâmes pas acheter plus de six. La raison de. cette rareté que les naturels nous donnèrent , fut que, depuis longtemps il n'y avait p^s eu de*guerre. »

RÉFLEXIONS OÉNâULBS.

Il est certain qu'un caractère com-« mun se fait distinguer chez les sauvages de toutes sortes. L'empire du coBur est partaeé entre deux divinités. riva« les, ou plutôt deux démons, l'intérêt personnel et la terreur. Les premiers ministres de la première divinité sont la lubricité , la naine et la vengeance ; les premiers ministres de la seconde sont la cruauté , la crédulité et la superstition. Jetez les jeux sur le globe, et vous verrez que ce caractère se retrouve chez les barbares de tout âge et de tout pays. C'est aussi Thistoire des Européens et des Africains , des Celtes et des Scythes. Toutes les découvertes des navigateurs modernes confirment cette assertion j et, guoiaue les doux noms d'Iles des Amis , ties de la Société , aient été donnés à ces archipels répandus dans le vaste sein de l'océan Pacifique , et que leurs ha<* bitants aient fait quelques progrès en civilisation , il n'y a pas un peuple ou une tribu qui , dans 1 état sauvage , ne soit l'esclave des passions les plus tyranniques et lés plus brutales.

suPBRsrrnoNs ckubllcs. — RsuoroN DIS

NODVEAUX-ZEELANDAIS COUtkkAU AVBC CBLLE DES ANCIENS SCANDINAVES.

« Ces abominables cannibales , dit M. Laplace, qui traite les Npuveaux- ZeeUndais evec une grande iévéritéi

ont cependant une religion; mais elle est aussi barbare, aussi san^inaire qu'eux, et a quelque analogie avec celle des anciens Scandinaves. De même que le sectateur d*Odin, le Nouveau - Zeelandais adore un dieu cruel, vindicatif, n'aimant que le carnafçe , inexorable pour les lâches et les vamcus, et réservant aux vainqueurs un lieu de délices, où ils livrent des combats toujours heureux , boivent le sang et se rassasient des chairs de leurs ennemis dans nn banquet éternel , où les patates douces ne manquent jamais.

Mais, si ce dieu, que les Nouveaux- Zeelandais nomment Atoua, traite aussi généreusement les morts, il s'en dédommage sur les vivants ; car, tantôt désigné sous l'apparence de la fièvre , il leur dévore les entrailles, et menace du même sort tout profane qui tenterait de guérir le malade; tantôt il exige, par la voix de ses prêtres ou arâdsy que les âmes des chefs dééédés ne se présentent devant lui qu'escortées de celles d'un certain nombre d'esclaves sacrifiés, et dont les parents et amis du mort se partaient les cadavres. Une croyance accréditée parmi les nobles Zeelandais, c'est qu'ils héritent' des bonnes qualités d'un ennemi , lorsqu'ils mansent certaines parties de son corps, après l'avoir tué. Heureux cent fois le Rangatira qui peut se régaler de la cervelle et des yeux de son rival ; il s'approprie sa force et son coi/rage, et acquiert en outre la certitude qu un esprit de l'autre monde ne viendra pas le tourmenter dans cèhii-ci. D'autres 8uperstitii>ns régnent également parmi les Waris : les songes, la sorcellerie, la peur du diable règlent jusqu'aux momdres actions de ces ignorants sauvages; et, comme chez eux, la passion de la vengeance et celle des combats fermentent sans cesse : il s'ensuit que les mauvais sorts ne sauraient être conjurés que par des massacres ou des dévastations. »

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