‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 43 sur 122 · SAS · texte numérisé non relu

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un travail ûti peu ëtendu sur Tarchipel de Viti , nous ont fait connaître la situation de la plus grande partie de ces ties; mais, comme il ne descendit malheureusement nulle part, il ne λut donner des renseignements par ui-mémesurie sol et ses productions, les habitations et les mœurs des insulaires. Cependant il faut dire que ce que les officiers de Tcxpédition de V/éstrolabe ont appris de Toumboua- I^akoro et de quelques Espagnols des Philippines, qui y étaient occupés comme charpentiers, doit en donner un aperi^u; ce qui vaut encore mieux que de ne rien savoir sur un pays encore inconnu.

« Les Fidgiens (Vitiens] sont remarquables, dit d'Urville, en ce Qu'ils n'appartiennent plus à la race polynésienne qui, de la P^ouvelle-Zeeland , s'étend jusqu'à Haouaî. Ils font partie de la race papou (*) qui, occupant la Pïouvelle-Guinée et les grandes lies qui l'environnent, est arrivée jusque-là, presque à toucher Tonga-Tabou, (|ui n'est qu'à soixante lieues , sans qu'il y ait eu mélange entre ces deux peuples, si ce n'est cependant dans ces derniers temps. Les cent cinquante naturels que nous avons vus étaient, en général, tous très-beaux hommes. Quelques-uns avaient de cinq pieds six à huit ponces de hauteur et étaient bien pris dans leurs proportions, n'ayant point, comme les Tongas , le bas de la jambe gros, et n'offrant point, comme eux , de tendance à Tobésité. Plusieurs de ces individus auraient pu servir de modèle au gladiateur combattant (voy.p/. 349).

Leur peau est d'un noir tirant sur le chocolat ; le haut de la figure est élargi , le nez et les lèvres sont gros; quelquesuns ont de beaux traits fortement prononcés; mais nous n'en avons point vu , comme à Tonga , avec le nez efQlé. Après la couleur de la peau , c'est surtout la chevelure qui les distingue :

c'est celle des Papous très -ample,

(*) M. d*Urville aurait dû dire papoiia et non papou.Nous avons expliqué la différence qui existe entre ces deux peuples dans notre Tableau général de TOcftAiriB. G. L. D. R.

très-frisée; ils en prennent le plus grand soin dès l'enfance. Elle est noire naturellement; mais ils augmentent encore l'intensité de cette cotileur avec du charbon; c'est ce que fait le plus grand nombre, tandis que d'autres la rougissent avec de la cliaux, ou bien la blanchissent en la rendant blonde, ce qui augmente Tépaisseurdes cheveux et les fait ressembler à du crin frisé. Ces cheveux sont taillés en rond avec beaucoup d'art et sans se dépasser. La chevelure de quelques-uns est divisée en deux grosses touffes par un large sillon qui va d'une oreille à Tautre. Ils main* tiennent cet appareil par une étoffe blanche et claire de marier à papier, arrangée en forme de turban, ce qui leur' donne l'air de Musulmans. Cet usage tiendrait-il à une tradition éloi* gnée et perdue de leur origine? Lors* que Toumboua-Nakoro laissa M. Gai* mard, il lui demanda son mouchoir pour s'envelopper la tête et conserver sa coiffure. Leur tatouage est en relief, c'est-à-dire que, sur les bras et la poitrine, ils se creusent des trous' qu'ils avivent jusqu'à ce que la cicatrice se boursouflant devienne grosse comme une petite cerise. Pendant tout ce temps , ce sont autant d'ulcères dégoûtants. Nous n'avons que très-peu vu d'autres tatouages noirs par empreinte; il est vrai (|ue sur une peau si foncée ils produiraient peu d'eUet. »

Lagouemba parait être la seule Ile où se soient fixés Un nombre de Tongas mêlés aux Vitiens. a Le chef que nous avions à bord , dit M. Quoy, était un de ces métis. Par la couleur de la peau et des cheveux , il tenait des Vitiens ; mais , pour l'ensemble des traits et l'obésité, il tenait de la race tonga. Le jeune Espagnole*) qui vint des premiers à bord avec des Tongas, était occupé sur une île à construire des

{*) Il se nommait Hernando et avait appartenu à Tcquipagedu navire la Concepeion, de Manila, qui avait naufragé dans les passes de ces îles, eldoni les compagnons avaient été la plupart rôtis et mangés, sauf ceux qui, comme lui, étaient devenus Içs mousquetaires des roitelets rivaux.

pirogues pour être conduites à Tonga- Tabou. Les indigènes c hoisissent pour cela un beau temps, et franchissent cet espace en deux jours sans relâcher. •

Quant à nous, nous tenons d'un capitaine malai et d'un Américain , qui ont vécu dueloue temps dans différentes Iles de 1 archipel Viti , que les habitants d'une partie de ces îles sont noirs, et ont les cheveux ébouriffés comme les Papouas; quequel- 3ues habitants d'une partie des iics e ce groupe sont Po.ynésiens, et qu*une partie se compose d'hybrides ou mulâtres (|ui pourront devenir un jour les m;iltres de ce grand groupe.

Nous nous sommes range à cette opinion.

« Je n^avais pu e aminer aucune femme de cet archipel, dit \1. Gaimard. Un jour j'en vis quelques-unes dans une grande pirogue, sur laquelle je descendis aussitôt, dans le but de faire quelques remarques sur le beau sexe vitien. Par suite d'une manœuvre gu'exécuta V isiroiabe, la pirogue où j'étais se tn.uva éloignée de la corvette, et de telle manière que les naturels auraient pu bien facilement mVmmener prisonnier. Déjà les Vitiens commençaient à examiner mes vêtements, en me disant impérieusement de les leur donner. Je leur lis entendre qu'à bord de la corvette nous possédions un grand nombre dNtoffes diverses, et je leur montrai beaucoup de sang- froid. Ils me ramenèrent sans ni'avoir rien pris, et alors je crus devoir leur faire quelques légers cadeaux.

« Si les Vi tiens s étaient emparés de moi, mon parti était pris :

« Du peuple lanternois j'adoptais les coutumes. »

«Je devenais Vitien, et, soldat d'avant-garde, je serais certainement parvenu à leur inspirer promptement de la confiance par quelque ex|)édition militaire; j'aurais étudie la langue et l'histoire de-cet archipel, en attendant que, comme Mediola(*), un navire vînt me chercher. »

(*) Espagnol, délivré par d'UnilJc.

HIKRARCHIR CIVILE ET BEUGIEtSE : ItOBtTliS ET COUTUMES» CAOYAMCES, IMDUST&iB.

BTC.

Le roi des îles Viti réside h Imbao.

il se nommait Orivo, et maintenant son nom est ÀboumvcUou, Il possède à lui seul plus de cent femmes, ce qui est une très-grande richesse dans cet archi|)el. Les tributs qu'on lui paye consistent en dents de baleines, qui sont la monnaie du pays, en pirogues, en jeunes (iiles de dix à douze ans, en étoffes de mdrier à papier, nattes, Ûl de cocjo pour laire des (ordes, coquilles, bananes, cocos, (loulcs, cochons, ignames, et en général toutes les productions de la terre dont ils font usage.

Les rois particuliers des différentes îles de Tarchipel prennent le titre de touî; ainsi le roi de Mozé s'appelle Touï-Mozé, le roi deZizia TouT-Zizia , etc. Les Vitiens aci.ètent des b.ileiniers les dents de baleines, cVst-à-dire, la monnaie; ils en font des coJiiers, en divisant chaque dent suivant sa longueur en quatre ou cinq morceaux.

Ces colliers sont portés par les chefs dans Texercice de leurs fonctions, quand ils lèvent les tributs, et dans quelques autres occasions. Les coquilles blanches, les ovules surtout, servent d'ornements; les coquilles coloriées se portent eu colliers.

Quand le roi meurt, son frère lui succède; s'il n'a point de frère, c'est son iils.

M. Gaimard demanda à Toumboua- Nakoro, neveu du roi , si ce chef gouvernait despotiquement, ou bien s'il f avait une espèce de conseil d'État. Le roi fait ce qu'il veut, répondit-il, mais il se soumet aux lois établies par les prêtres.

Le roi est le chef suprême de la justice.

Un homme qui en tue un autre sans motif est tué lui-même à coups de casse-téte.

Chaque homme a une portion de terre en propriété , mais les chef^ peavent la lui enlever.

Les booimes nommés à Tonga-Tabou

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matahoulèSy dignité qui paraît correspondre à celle de premier lieutenant ou conseiller d'État, sont appelés mafa-mvanoua aux îles Viti; leurs tonctions consistent surtout à aller cliercher les tributs et à faire les discours publics.

Les prêtres se nomment ambetti.

Auprès du r«j' est le grand prêtre yÉmhetti-Levou : il a trois femmes, et il est très-riche en dents de baleines: Il y a une prêtresse nommée ambetti- Leiroua, dont le mari est un des chefs de nie Nohaou.

Les dieux de différentes espèces sont classés iiiérarchicjuement :Zan-Haoua- Jou est le dieu du premier ordre, Ka- ]ou est le dieu du tabou y que Ton nomme tambou aux îles Viti.

Les dieux subalternes sont les suivants :

Kalou-Niouza, Reïzo , Vazougui- Bérata, Vazou.i;ui-Ton-ha, Koméï- Bouni-Koura, Babé Bounti , Léka, Oulégouen-Bouna, Ranou-Bé, Tambo- Katia-Laiihi, Bouta-Gouibalou, Uaouzina , Komainen-Toulougoubouïa.

Les déesses que la prétresse invoque sont Goulia-Zavazo et Goli-Koro.

Tous ces dieux habitent les cieux , que les Vitiens nomment Nouma- Lanhi. Onden-Heï, nommé plus souvent Onden-hi, est le créateur du soleil, de la terre, de tout ce qui existe et de tous les dieux.

Les Vitiens disent qu'à la mort, l'âme va rejoindre Onden-hi. L'dme de ceux qu'ils tuent, l'âme de ceux qu'ils mangent, l'âme des suppliciés, rame des bons et l'âme des méchants vont également rejoindre Onden-hi.

Il ny a point de cérémonie religieuse a l'occasion de la naissance et de la mort de ces insulaires. Le prêtre ne vient les voir que pendant leur maladie, parce que, disent ils, il est inutile qu'il vienne lorsque le malade est mort, puisque Pâme du mort est allée rejoindre Onden-hi.

Les Vitiens ne font point de sacrillces humains. Us offrent seulement à leurs dieux des cochons, des bananes, des étoffes, etc., etc. Ils n'ont point de fétiches , mais beaucoup de maisons

sacrées qu'ils nomment Jmbouré. A la mort du roi ou de la reine, le sacrifice ordinaire des naturels est ue se confier un doigt de la main ou du pied« Quand les chefs ou les parents sont malades, les Vitiens offrent des présents à leurs prêtres, mais jamais ne se coupent les doigts, comme font en pareilles circonstances les habitants de Tonga- Tabou.

Les Vitiens ne mâchent point le bétel ni le tabac; ils ne font usage d'aucune espèce de mastication. Mais ils prennent le kava à Tinsiar des insulaires polynésiens de Tonga.

A l'âge de quinze ans , on fend le prépuce à tous les garçons. Cette opérîition se fuit avec une coquille mince et tranchante ou avec un couteau : pour arrêter Thémorragie uui en résulte, ou se sert d'une étoile très -fine de mdrier a papier.

Les Vitiens sont mariés de trèsbonne heure, mais ils ne doivent co« habiter avec leurs femmes qu'a l'âge de vingt ans, auand ils ont la barbe assez longue. Ils craindraient la mort si , avant cette éfîbque, ils cohabitaient avec elles. Cette défense semble être une des applications du tabou ou in-* terdiction religieuse.

La |>olygamie est en usage c;hez les grands d<ins tout l'archipel.

Les chefs, selon leurs richesses, ont depuis dix jusqu'à soixante femmes.

Les hommes du peuple ne doivent en avoir qu'une.

On ne marie les jeunes filles que quand elles ont eu cinçf ou six lois leurs évacuations périodiques.

Les femmes ne mangent point avec les hommes, mais après eux. Elles vont à la pêche, non à la ligne, mais au filet de deux à quatre brasses, à l'exclusion des hommes. Elles font la cuisine, vont chercher l'eau et les aliments. Les hommes font la guerre, travaillent la terre, construisent les pirogues à balancier, qui y sont en grand nombre , les hangars , les maisons, etc.

Les femmes ont ordinairement de deux à six enfants ; il est fort rare qu'elles meurent ea couche. Les médecins de

Viti donnent à boire une décoction de bois du pays à celles qui sont prises de mal d*enfant. Il existe Quelques exemples d'accouchement de deux enfants à la fois. Il est important d'observer que les hommes n'y vendent point les femmes. lis n'abusent pas à cet égard de la force qui ne fait pas le droit, mais qui le donne.

Ces insulaires se couchent à la nuit, et se lèvent avec le jour. Dès qu'ils sont levés, ils prennent le kava,et ils mangent ensuite. La plante qui produit le kava se nomme a/t(/ona à Viti.Lesexcès de cette boisson sont fréquents , mais les suites n'en sont pas dangereuses, s'il faut en croire le chef Toumboua- Nakoro. Lorsque les Vitiens n'ont rien à manger, ce qui arrive quelquefois , ils se contentent du kava.

Ils allument le feu [)ar le frottement d'un morceau de bois dans un autre morceau cannelé. Pour s'éclairer pendant la nuit, ils se servent de régimes de coco secs.

Ils montent sur les cocotiers au moyen d'une corde qui joint leurs pieds.

Ils ne se font point ordinairement la barbe. Ce n'est que d'après les Européens, et avec leurs instruments, qu ils la rasent quelquefois. Pour tailler les cheveux , fls emploient des dents de requin.

L'usage du tatouageest universel aux tles Viti. Cette opération se fait avec un os de poule que Ton frappe avec une baguette. La couleur noire dont on se sert également pour teindre le corps et les cheveux est fournie par une noix nommée cUaotizzi aux Iles Viti , et t(na4ota aux Tonga.

Quant aux vêtements, les Vitiens mettent, à la guerre, des nattes diversement colorées autour de la tête; le reste du corps est peint et entièrement nu, à l'exception du langouti ou pagne, qui sert à cacher la nudité.

Les Vitiens connaissent la fabrication des vases de terre, qu'on ne trouve dans aucune des îles de la Po- Ivnésie. Ils doivent l'avoir empruntée des Papouas de la Nouvelle - Guinée.

A un certain âge, ils pratiquent la

circoncision , usage qui appartient aux tles polynésiennes de Tonga, et à beaucoup d'autres. Ils mangent leurs ennemis tués à la guerre, et paraissent même porter cette horrible coutume au moins aussi loin que les Nouveaux* Zeelandais. Si l'on en croit Mariner, et tout nous autorise à ajouter foi à ses récits , un individu lui aurait raconté avoir assisté à un de ces festins où l'on servit alternativement cinquante hommes et cinquante cochons rôtis.

Leurs pirogues sont à balancier , et vont à la voilé; ils ne se servent point de la pagaie dans les grandes, quand le vent leur manque; ils coudi lient verticalement derrière et devant, ce qui fait qu'ils n'avancent que lentement.

Leur langue diffère de celle de Ton^a, qui est la polynésienne, et la même, avec quelques différences locales, qu'on parle aux îles Haouaî, à Taîti et à la Nouvelle Zeeland.

Plusieurs Vitiens entourent leurs cheveux d'étoffes blanches et fines de mûrier-papier qu'ils disposent un peu en turban , peut être par suite de communications avec les Bouguis. Leurs cheveux sont généralement bien arrangés, durs, épais, teints en noir et quelquefois en rouge. Sur quelquesuns , l'arrangement est tel qu on dirait un casque, disposition qui existe à Véguiou et aux lies Haouaî. '

«Le fameux chef Toumboua-Nakoro, dont les traits se rapprochent du type' arabe, dit M. Gaimard,alefront ordinaire et la bosse frontale prononcée ; les arcades sourcilières sail lantes -, les sourcils peu fourni3; les yeux gris, le nez aquilin , les pommettes saillantes , les dents blanches , très-belles , mais un peu larges ; les lèvres légèrement saillantes et un peu épaisses ,1a bouche grande, les oreilles percées de deux larges trous , la physionomie noble, douce et riante; les cheveux noirs, très-touffus, trèsépais, parfaitement arrangés, teints en noir en devant et sur les côtés, en rouse par derrière, et enveloppés d'une étoffe extrêmement fine de marier-papier. II a des moustaches et de la barbe au menton. Depuis quatre ans, il a

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na âéphantiasfs è la jambe gauche. >

Townbowi'Nakoro est le receveur général du roi d'Ioiftiao. Au moment où la curiosité le 4X)iKiuisit à bord de VÂstrolabey il était en tournée pour percevoir les tributs oui sont payes au ici par les chefs des Iles qui sont sous sa oépendanoe. Cet homme était fort intelligent et fort expressif dans ses gestes (voy.;?/. 209). Son maintien était décent, et ses manières étaient graves et affables en même temps. C'est à lui que nous devons les détails intéressaats que nous avons extraits et que nous extrairons du Journal du savant docteur Gaiinard.

Les Vitiens ont beaucoup de petites maisons où les femmes travaillent à la fabrication des étoffes de mûrier à papier.

Ils ont des esclaves des deux sexes , qu'ils nomment kaïei. \jt roi Abouniyalou en a environ cent qui sont du sexe masculin. Il a le pouvoir de ren* dre esclaves toutes les femmes des lies qui sont sous sa dépendance.

La population de Viti éprouve une augmentation progressive assez considérable en temps de paix. Naturellement, le contraire a lieu en 'temps de eu erre ; et la guerre éclate assez souvent oaus les tles nombreusesde cet archipel, ainsi que dans les autres archipels polynésiens et mélanésiens.

Les enfants, à leur naissance, reçoivent uu nom ; quand tis sont grands, on leur en donne un autre.

Lcirsqu'un chef meurt, on tue plusieurs de ses femmes. C'est un usage constant.

Les causes ordinaires de guerre, dans ce grand groupe, sont le refus de payer le tribut, et de donner les femmes qui sont demandées par les rois.

Un certain nombre d'îles se réunissent pour payer tribut au roi d'une de ces Hes; et tous les rois qui ont reçu ces tributs partiels vont les porter au chef suprême de Tarchipel.

Celui qui ne paye pas le tribut imposé est puni de mort.

Les ennemis tués dans le combat sont mangés par les vainqueurs. Toumboua-Nakoro assura à M. Gaimard qu'il n'avait pris part qu'une seule fois à uo

69* UvraUon. ( OciANiB. ) t. m.

pareil festin; et encore qu*il rarait fait parce que les chefs le menaçaient de le tuer lui-même, s'il ne mangeait pas de la chair de leurs ennemis. Pour ce repas, les Vitiens coupent les parties au corps en plusieurs UMrceaux, dont ils séparent les os, et les font cuire sur le feu, après les avoir entourés de feuilles, un Manilois, nom* mé Guttierez, qui était demeuré longtemps dans l'archipel Viti, assista à un repas de cette espèce sur l'Ile de Mehaou.

Voici un chant vitien donné à M.

Gaimard par Toumboua^Nakoro :

m Laoo Damoaa ad latoka ,

«Eia-hé eia-hè.

« Nomoumbai oua Mia tikité ,

«Uua loguia éta orré.

«Bauki bouki ondrii-héi,

«Ba bana lalM»tio«a.

m Satigo aalako oagné »

■ Ouloao damoun damoan.

«Satofui satoguî p togoi t «Ana aoaé logui longoi.

« Din-hio , din hin , kcmoa nauBda »

■ Kémoa atif o iboum bana. m

Les Vitiens chantent ces parolea après le combat, lorsqu'ils vont s'emparer des morts et avant de (es manger. Toumboua-Nakoro ne put en ftiire connaître le sens , et ce chant des cannibales n'a pas été encore traduit.

Les Ruropéens naufragés qui ne sont pas tués deviennent souvent des soldats d'avant-garde auxquels les indigènes confient les armes à feu qu*its peuvent avoir, comme plus habiles quVux a s'en servir.

Lorsqu'on veut demander la paix à une peuplade, on envoie un ambassadeur, qui est choisi parmi les cliefs ; il apporte des présents , surtout des dents de baleine , etc. , et bientôt la paix est faite.,

Les armes dont ils se servent pour faire la guerre sont les flèches, iei easse-téte, les lances, et maintenant ils ont obtenu des Européens quelque!

fusils et baïonnettes. Mais ils emploient leurs fusils contre les ennemis seulement; du moins est-il fort rare qu'ils s'en servent pour tuer des oiseaux.

Les maisons et les meubles sont semblables à ce qui existe à Tonga -Taboa.

Il y a deux canons à I^eïreï et trois

LTJTIIVEKS.

à Imbto : ils pro?tenimt des bâtiments naufragés.

Les Vîtiens de Laaouetnba possèdent fuèlaaes poignées de piastres qui leur •ont été données en échange des nro- .fisions ^Mls fournissent aux navires.

Sur rne nomnoéeLaou^ala^ une pirogue de Tbn^a-Tabou fit naufrage; •tous les Raî-Tonha furent mangés.

Les Vitiens n*ont pas l'usage de changer de nom en sifçne d'amitié, éomme tous les Polynésiens ; mais ils ont eu beaucoup de relations avec les £uropéens; et il paraît que depuis lors ils sont devenus meilleurs, car ils disent eux-mêmes que beaucoup de navires ont traversé ou visité leur archipel sans leur faire aucun mal.

Le vol est fréquent chez les Vitiens, et il n'y a point de punition contre le voleur, à moins que les cheiis n*exigent qu'on tue le coupable.

Il va peu de maladies dans cet archipeh II y existe cependant quelques affections vénériennes. On y trouve aussi filuaieurs exemples de folie , et les hommes qui deviennent fous sont étrangla.

- Le suicide y est connu. liOrsquMI a -lieu , c'est à la suite des mauvais traitements que les chefs font éprouver aux hommes du peuple. Dans ces cas, nés derniers se pendent.

Les habitants de Tonga-Tabou qui sont venus s'établir sur Tlle Lagouem* ba, ont apporté des dents de cachalot au roi des Iles Viti. Celui-ci, en revanche , les nourrit. Ils sont amis de ce toi , et indépendants de lui. Les Vitiens et ceux de Tonga qui habitent Lagouembo se marient entre eux ; ils sut* vent chacun les usages de leur pays.

Les chefe vitiens ne chantent pas ^ mais seulement les gens du -peuple, -les femmes et les enfants : les hommes chantent avec les hommes, les enfants avec les enfants, les femmes avec les femmes.

i^AÉClS HlSTOaiQUk DE L'àBCHIPEL DE VITI.

Tasman fiit le découvreur de Tarchipel de Viti en IG43. Il ne vit que quelques iles et récifs, qu*il nomma Iée9 du Prince- G uUiaume et Bckt-fond de Heenukerk, Les excellents reievék

qu'on doit à M. dUrville ptoufent les ties aperçues par Tasman étaient Tanoudza, Aambe , Tabe-Ouni et Laoudzala, noms que leur donnent les indigènes.

En 1 774 , Cook découvrit l'île Batoa.

Bligh traversa en fugitif ce groupe, après avoir été dépouillé de son oommandeinent nar ses marins révoltés ; mais, dénué d'instruments sur une frêle embarcation , il ne put exécuter aucune reconnaissance. Quand il revint à Taîti , il longea ce çrand groupe dans toute sa partie mériaionale ; mais ses observations, s'il en a fait, n'ont pas été publiées.

En 1793, d'Entrecasteaux vit l'fle Batoa.

Maitland, Barber, Wilson donnèrent des cartes plus ou moins exactes de quelques tIes. Le capitaine Mattland les nomma Terres de liberté. Plusieurs -navires marchands les ont fréquentées et les fréquentent encore, surtout à cause du bois de sandal , dont on fait des essences en Chine et dans iTnde , et dont on construit des colonnes et des caisses mortuaires pour les riches Chinois. Mais plusieurs de ces capitaines de commerce n'ont rien appris , et ne pourraient rien nous apprendre en denors de leur trafic.

Des rixes sanglantes ayant éclaté

I)lusieurs fois entre les Européens, es Américains et les naturels, il en résulta deux terribles catastrophes : la première concerne la Favorite y capitaine Campbell , qui mouilla, en octobre 1809 , dans la Baie du boU de sandal, et que le chef Boullandam , commandant une flottille de 140 pirogues, brisa, en lançant la plus grande pirogue qui coupa en deux la baleinière. On en trouve le redt dans le Voyage de Turnbuli autour du monde, publié en 1813, et il parait assez vraisemblable , sauf un jeune de neuf jours auquel fut soumis l'équipagede la Favorite qui fut fait prisonnier, et rendu plus tard à la liberté. . Quant à la seconnecatastroplie, la plus importante de Thistoiredece pays, nous remprunterons à la relation du capitaine Dilliin « qui en est le héros , relation publiée apressoii expédition à la recbei^

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dîcdelaPérousf; el comme eHe offre un caractère au moinsextraordinaire, nous lui en laisserons toute la responsabilité. M . Dillon s*était d*nbord embaruué, à la fln de 1812 , en qualité de secondf of-

Seier, sur lé navire le Hunter, capitaine i0bson,aui nartltde Calcutta pour un Toya^e à la Nouvelle-Galles du Sud \ aux ties Viti, communément appelées iPidgi, et Ûnalement à Canton. Il avait antérieurement visité ces tIes, et il y avait séjourné pendant quatre mois.

Durant ce séjour, il avait vécu intimement avec les naturels, et avait fait des progrés dans Tétude de leur langue. Le capitaine Robson s'était lui-même arrête deux fois dans ces tles , et avait acquis une gjrande influence sur Tesprit des habitants d'une partie de la côte de Ttledu Sandal, en prenant part à leurs guerres et en les aidant à détruire leurs ennemis, qui avaient été mangés en sa présence. Le chef avec lequel il était le plus lié était Ronas- Kar, chef du village de Viléar et de ses dépendances dans Tlntérieur de Tthe.

DansTaprès-mididu 19 févrierl813, le Hunier jeta Tancre dans, la baie de "Wailéa, à la distance d'environ un ^Uart de mille de l'embouchure d'une petite rivière qu'il faut remonter poulr arriver au village. Viléar {*) est situé à environ un mille ou un mille et demi du mouillage V <^t les bords de la petite rivière ou ruisseau qui le baigne sont couverts d'une magnifique verdure.

Des deux côtés, sur un terrain bas, d'épaisses forêts de mangiiers s'étendent jusqu'à une petite distance du village, où le sol a un peu plus d'élévation et est entièrement déboisé.

On n'avait pas encore jeté l'ancre, que le frère du chef de Viléar arriva à bord pour féliciter le capitaine sur son retour. Rientôt après parut Bonassar lui-même avec plusieurs autres chefs secondaires, ses prêtres et un lascar qui avait déserté le Huntery environ vingt mois auparavant. Le

(*) Il faut lire prol>ableincnt Toula « qui est auMi le nom de la Baie du saiidal, dans rUe Taaoïia-Levou , quoique Dillon nomme le village, la baie el rîlc dirTiremmeoU G. L. 1). R.

chef informa le capitaine que, peu et temps après te départ du iJunter pour Canton, les habitants des villages qu'il avait conquis avec son assistance, s'étaient révoltés, et, ayant été joints I)ar les puissantes tribus ^ui habitaient es bords d'une grande rivière appelée Nanpacab, lui avaient fait une guerre cruelle.

Bonassar chercha ensuite à persuader aux Anglais qu'il serait impossible de se procurer du bois de sandal , à liioinÉ que cette ligue formidable ne fdt vaincue par la force de leur mousqueterie. Kn conséquence, il pria le nommandant de se joindre à lui pour entreprendre une nouvelle campagne.

Le capitaipe Robson n'y acqu4es^ pas d'abord. Le chef de Viléar lui représenta le danger auquel ses sujeU eb trouveraient exposés pendant qdrils seraient éparpillés dans leé forêts , et occupés à couper du bois de sandal pour les Anglais , et que leurs ennemie pourraient alors les épier et les ehlever au thoment où Ils s'y attendraient le moins. Les choses en restèrent là pour le moment. Le capitaine et Dillon deecendirent à terré ^ Bonassar les aocompagna, et ils se rendirent au village, où ils furent parfaitement bien reçue.

On leur apporta en présent un porc ,*de8 ignames et des oodos. Le lendemain , ils reçurent à i)ord la visite de deux matelots anglais, nommes Térenoe Duo et John Rilev. Le premier avait été congédié du Hunter au dernier voyage, et I autre, à la même époque^ d'ao brick américain.

Ces hommes leur apprirent (ju'lla avaient résidé dans diverses parties dee tles Viti ou Fidgi , et aue partout Ile a valent été extrêmement Dien traités par les habitants; mais que d'autres Anglais, qui résidaient sur lile voisine, nommée Bo w (* ) , éta ient devenus très-turbu lente et fort importuns pour les insulaireé.

Leur conduite violente avait fini par les rendre si insupportables, que les naturels s'étaient un jour jetés sur eux et en avaient tué trois avant que le

(*) CmI vraisemhlalilement l'île ou lediètriot A'Imbno. Diilon uiutile souveul l«s uonis des Ueui qu'il cite. O. L. D< B#

roi de Bow eût eu le temps d'interpoler son autorité et d^arréter le courroui de son peuple, qui voulait inasfacrer tout ce qu'il y avait d'Européens dans rile. Eu conséquence, Dun était d*ayis q|u*on empêchât les survivai«ts de venir à bord du Hunier.

Il est nécessaire d*expliquer oora* ment il se faisait qu*un assez grand nombre de matelots de diverses contrées du fflobe résidassent dans ces tle8..Dan8 Tannée 1808, un brick américain, venant de ia rivière de la Plata, 6t naufrage près d'une des Iles Viti; il avait à bora quarante mille piastres d'Rspagne. L'equiuage parvint à se sauver dans les emoarcations du bâtiflsent, et une par Je gagna un navire -américain qui était alors à Tancre dans la baie de Maîanbour, sur la côte de FtJe du Sandal; le reste se réfugia dans une Ile voisine, celle de Bow, avec une aussi i^rande quantité de piastres qu'il avait été possible d'en loger dans l'embarcation. Peu de temps après ce naufrage, plusieurs bâtiments anglais, indiens, américains et nouveauxgallois, vinrent aux Viti pour y charger du bois de sandal. Les bruits de rexistence d'une auiisi grande quantité d'argent dans une de ces îles causèrent une vive tentation aux marins de ces bâtiments. Dans le dessein de s'enrichir, quelques-uns désertèrent, d'autres se lireut congédier par leur capitaine, et tous se rendirent au lieu qui recelait le trésor objet de leur convttitise. Quelques-uns dentre eux , avec les piastres qu'ils parvinrent a se procurer, achetèrent des armes à feu et de la poudre. Maîtres de ces objets, ils furent à même de rendre d'importaots servi<^ eu roi de Bow, et à ses sujets, dans leurs guerres. Ils prirent d(« femmes parmi eux , et menèrent une vie agréable jusqu'à l'époque où leur insolence et la crainte qu'ils inspiraient aux naturels déterminèrent eeux-cj à en massacrer une partie. On Terra bientôt quel sort cruel éprouvè- .rent les autres, en conséquence de la conduite du capitaine Kobson.

« Depuis notre arrivée jusqu'à la fin de mar?>dit M. Dillon, le pois de sandal

nous fut fourni avec une extrême lenteur. A diverses reprises , les naturels du voisinage prièrent notre capitaine de les assister dans leurs guerres , promettant , en récompense , de compléter notre cargaison dans l'espace de deux mois, après que leurs ennemis auraient été vaincus. Le capitaine Robson finit par céder à leurs instances.

En conséquence, nous entreprîmes, le l**" avril , une expédition contre la petite île de Nanpacab, située à environ six milles au-dessus de l'embouchure de la rivière du même nom, et à quarante ou cinquante milles de notre mouillage. Nous- armâmes trois embarcations armées, portant vingt fusiliers , et une autre sur laqueJle était monté un pierrier ou petit canon de deux livres. Nous étions accompagnés par quarante-six grandes pirogues, portant, à ce que je puis supposer, près d'un millier de sauvages armés. Trois mille autres se dirigeaient par terre vers le point sur iequeJ on devait agir. Le mauvais temps nous força de nous arréler-jusque dans la matinée du 4, à un îlot situé près de Temboiichure de Nanpacab. Nous en* trames alors dans la rivière. L^engemi, embnsqué sur les deux rives, nous salua d'une grêle de flèches et de pierres, lancées avec dextérité à Faidede (rondes. En approchant de la petite île de Nanpacab, nous la trouvâmes fortiliée.

Apres quelques décharges de notre pierrier, les défenseurs du fort Tahandonnèrent et se sauvèrent sur la grande terre, d'où ils furent bientôt chassés par notre mousqueterie. Il y eut, dans cette occasion , dix guerriers de Nanpacab qui furent tués. On mit leurs corps dans les pirogues de nos auxiliaires, à Texception d'un qui fut expédié sur-le-champ, par une de ces pirogues, fine voilière, a Vilear pour y être dévoré. Après cette escarmouche, nous remontân)es la rivière jusqu'à quinze railles, et nous détruisîmes les villages et les plantations sur les deux rives. Daus la soirée, nous redescendîmes et nous arrêtâmes dans un lieu où les insulaires se mirent à préparer un festin ^horrible.

OCÉANIE

«Les insulaires étendirent sur rherba les cadavre:» de leurs ennemis, qui furent dépecés par un de leurs prêtres.

Voici comment on procède à cette opération. L'on commence par séparer les pieds des jambes , et les jamnes des cuisses , puis on enlève les parties naturelles; ensuite on détache les cuisses des hanches, les mains des avantbras, les avant-bras des bras, et les bras des épaules ; Gnalement la tête et le cou sont séparés du tronc. Chacun de ces fragments du corps humain forme une pièce de viande, que Ton enveloppe soigneusement dans des feuilles de bananier vertes, et que Ton met au four pour la faire rôtir, accompagnée de racines de taro.

«Dans la matinée du 5, ajoute Dillon, nous longeâmes la côte vers Test; mais nou3 trouvâmes les villages, les forts et les plantations ahandoimes. Le 8, BU soir, nous rejoignîmes notre navire.

Dans le conmiencement de mai , nous fd-nes ralliés par notre allège, le cutter l'Elisabeth, commandé par M. Bol- Jard, qui avait fait voile du Port- Jackson avant nous, pour se joindre aux îles Sandwich. Quelques jours après, nous reçûmes la visite de^ européens qui résidaient à Bow. Le capitaine les engagea pour ramer dans nos embarcatio'ns, promettant de les payer à quatre livres sterling par mois, en coutellerie, verroterie, quincaillerie, etc., évaluées à un taux fixé. Ils de- Taient retourner à BoW quand notre navire serait prêt à partir. »

Mai, juin, juillet et août s'écoulèrent, et les indigènes n'avaient encore pu procurer aux Européens que cent cinquante tonneaux de oois de sandal, formant tout au plus le tiers de la cargaison. Ils leur déclarèrent alors qu'il était impossible de leur en fournir davantage, parce crue les forêts avaient été épuisées par le grand nombre de bâtiments qui avaient fréquenté ces parages depuis quelques années.

Les cnefs et autres individus de quelque importance ne venaient plus a bord du navire, de peur qu'on ne les retint comme otages, jusqu'à ce qu'ils eussent rempli leur engagement

de compléter notre cargaison. Le ca*pitaine Robson était irrité de se voit

ioué de la sorte par un peuple bar- >are et rusé, et se promettait de tirer vengeance de ses anciens et fidèles alliés, qu'il avait si souvent aidés à se régaler de la chair de leurs ennemis.

Au commencement de septembre, deux grandes pirogues de Bow, portant environ deux cent vingt ou deux cent trente hommes, vinrent auprès du navire pour réclamer et ramener chez eux les Européens qui avaient joint les Anglais avec leurs femmes au mois de mai. En même temp, le capitaine Robson, étant à soixante milles du navire , sur le cutter, attaqua une flottille de pirogues de Viléar, et en prit quatorze. Dans cette occasion un naturel fut tué par un biscaîen. Le cutter ayant ensuite rallié le navire, le capitaine voulut abattre le premier en carène, pour réparer quekiues dommages qu il avait éprouvés dans ses fonds. Cependant il jugea prudent, avant d'entreprendre cette opération , de tâcher de s'emparer du reste des pirogues de Viléar, pour empêcher les sauvages d'attaç^uer les marins pendant qu'ils seraient occupés à réparer le cutter, qu'il était nécessaire de haler à terre à marée haute.

Le 6 septembre, tous les Européens appartenant au navire furent armés de fusils, ainsi que tous les Européens de Bow, et expédiés sous les ordres de M. Norman, premier officier. On débaroua à un endroit nommé la roche rïoire, à une petite distance à l'est de la rivière; les deux piroguiss de Bow, dont on a parlé plus haut, y abordèrent un peu après. Les Anglais furent bientôt rallies par les chefs de Bow, à la tête d'une centaine de leurs guerriers. Les deux pirogues et les embarcations se retirèrent ensuite au large de la côte; précaution qu'il convenait de prendre pour les empéeher d'échouer a la marée descendante.

Après le débarquement, les Européens commencèrent à se disperser en -petites troupes de deux , trots et quatre nommes. On représenta à M. Nonittai qu'il convenait mieux de les tenir tous

réunis, jlans la cramte d*une attoqiiç

Îiubite de la part des insulaires; mais e coiniiiandant ne lit aucun cas de Î^\t^ représentation. Us s'avancèrent qnc sans obstacles par un étroit sentier sur une plaine assez unie, et ils arrivèrent près d'une colline dont ils ^nereut le sommet, qui formait une fl6p^§ de plateau. Là, quelques natuffi$ se montrèrent, et les meuacèreni par des pris et des gestes. M. Norman tourna ^ur \^ droite et s'engagea daiis un sentier qui menait, à travers uq foqrré, vers quelques huttes.

«Je suivis Norman, dit Dillon,aveç sept autres Européens, ainsi que les deux cl^efs de Bow et un de leurs hommes. Bientôt quelques naturels voulurent nous disputer le passage, Nous tirâmes sur eux , nous en tuâmes pn, et les autres s'enfuirent. M. iVorman ordonna alors de mettre le feu à la cabane du c(ief et quelques autres.

Cet ordre fut exécute sur-le-champ; et, au bout de quelques secondes, les flammes s'élevèrent de tous c6tés. Bien^ tôt nous entendîmes des hurlements afireux, qui venaient du chemin par lequel nous avions gagné le plateau.

Les chefs de Bow comprirent à ce^ cris, qtie quelques-uns des leurs , ainsi que des Européens, venaient d'être tués par les naturçls de Viléar. Ces derniers, en effet, s'étaient tenus en embuscade jusqu'à ce que nous eussions atteint le plateau, et avaient ensuite attaqué nos hommes épars : ceux-ci, après avoir fait feu, avaient été enveioppfés et massacrés , avant d'avoir eu ie temps de recharger leurs armes.

D'autres, ainsi que je l'ai su après, se voyaut sur le (X>int d'être cernes par les sauvages, avaient jeté leurs fusils et s'étaient enfuis à toutes jambes vers aos embarcations. Dans le nombre, deux seulement parvinrent à s'échapper. La petite troupe de M. Norman ne se composait que de six des nôtres, armés de fusils, et des deux chefs de Bow avec un de leurs hommes. Nous xésolâmes de nous tenir pelotonnés, et -de nous diriger ainsi vers nos embareations, en nous ouvrant un chesoia h l'aide de nos armes à feu

« Nous nous hâtâmes de gagner le fourré sur le plateau. Il ii'y avait là q;ie tfois insulaires qui, au milieu d'aëclamations de joie , nous crièrent <^ue plusieurs de nos gens avaient été tu^'S, ainsi qu'un certain nombre de natui-els de Bow, et que nous ne tarderions pas à éprouver le même sort. En arrivant au haut du sentier qui conduit dans la plaine, nous trouvâmes Terence Dun étendu par terre, le crâne fracassé d'un coup de massue.

«Nous vîmes alors toute la plaine qui nous séparait de nos embarcations couverte de plusieurs milliers de sauvages armés et en furie. Au moment où nous allions descendre de ce côté, un jeune homme dé notre troupe, nommé Grâliam , nous quitta et s'enfuit dans un fourré sur la gauche de la route. Les trois sauvages que nous venions de rencontrer 1 y poursuivirent et le massacrèrent dans un instant. Ce jeune homme était le Ois d'un auberj^iste du Port- Jackson et avait déjà beaucoup navigué. Il s'était embarqué deux ans auparavant sur un brick américain, eu qualité d'interprète auprès des habitants des fies de Fid{^i; et, après avoir procuré une cargaison à ce bâtiment, il avait demandé son congé et était resté dans ces fies. Après ce triste événement, nous continuâmes à descendre la colline. Quand nous fûmes arrivés au bas, les sauvages se disposèrent à nous recevoir; ils se tenaient réunis par milliers de côté et d'autre du sentier, brandissant leurs armes. Nous remarquâmes avec horreur qu'ils s'étaient Trotté le visage et le corps avec le sang de nos malheureux compagnons. '

a Dans ce moment, un sauvage, qui était descendu derrière nous sans être aperçu , lança à M. Norman un javelot qui pénétra par le dos et sortit par b poitrine. Cet officier fit encore quelques pas et ensuit^ tomba mort. Jp tirai sur le sauvage qui venait de tuç^ notre chef, et je recliargeai mon drme aussi vite que possible. En me retoi^foant, je m aperçus que tous mes compagnons s'étaient enfuis de divers côtes. Profitant de l'absence des sauvages

DCÉA9IV.

^Tx

gui 8*étaient mif à leur poursuite , je me mis à courir de toutes mes forces en suivant !e sentier; à quelques nas en avant, je trouvai le corps de William Parker étendu en travers du cheînin y son fusil à coté de lui ; je m'emparai de cette arme, et contmuai ma retraite en couraut avec une vitesse surnaturelle.

ft Les sauvages m^aperçurent alors et se mireutà me poursuivre; Tun d'entre eux in-approcliait te lement, que je fus obligé oe me débarrasser du fusil de Parker, ainsi que d un pistolet fort lourd que j*avais à ma ceinture. Un moment après, j*atteignis le pied d'un ro(*her escarpé qui se trouvait isolé dans la ulaine. Voyant qu'il m'était impossible de percer la foule des sauvages pour gagner nos embarcations, je criai h nnes com|)agnons , dont quelques-uns se trouvaient sur ma droite :

« Au rocher! au rocher! » Je parvins à en atteindre le sommet, où je ralfiai cin<} des nôtres : Charles Savage , Louis (Chmois), Martin Buchart (Prussien), Thomas Dafny et William Wilson. Les trois premiers résidaient à Bow, et les deui derniers appartenaient a notre équipage; les deux autres Européens de la troupe de M. I^orman, Mick Maccab et Joseph Atkinson, avaient été tués, ainsi que les deux chefs de Bow. Dafnj^, après avoir tiré son fusil, en avait brisé la crosse en se défendant contre les massues des sauvages ; il était blessé en plusieurs endroits, et avait quatre flèches fichées dans le dos; la pointe d'une lance lui avait percé l'omoplate et était sortie par devant sous la clavicule.

« Il se trouva , heureusement pour nous, aue la hauteur que nous occupions était si escarpée qu'elle ne pou- ' Tait être gravie à la fois nue par un petit nombre d'hommes; elle était en même temps trop élevée pour que les sauvages pussent nous incommoder beaucoup avec leurs javelots et leurs frondes. Par un hasard non moins heureux, un vent très-fort détournait la créle de flèches qu'iJs nous lançaient.

Kotre chef ayant succombé, le commaodement m'appartenait; j^en profitai pour disposer mes compagnons ds

manière è défendre notre poste le plus avantageusement possible. Je né peb* mis pas qu'on tirât plus d*un coup ds fusil a la fols , et j'employai notre bles$2 à charger nos armes. Plusieurs saul vages gravirent la hauteur jusqu'à quet-, ques verges de nous. Nous \e& tuâmes a mesure qu'ils approchaient; le salul de notre vie en dépendait. Après avoir vu quelques-uns des leurs tués de I4 sorte, les sauvages renoncèrent à nous approcher. Comme il nous restait très-peu de munitions, nous les ménagions le plus que nous pouvions. D'un autre cêté, pour ne pas augmenter la furie déjà assez violente des naturels, nous ne tirions qu'en cas de nécessit| absolue. De la position élevée que nous occupions , nous apercevions nof embarcations à Tancre, attendant notre retour, les deux pirogues ()e Bow et notre bâtiment, Quant à ce dernier, nous ne comptions guère le rejoindre jamais , bien que j'eusse une lueur d'e^^ pérance que le capitaine Kobson ferait un effort pour nous délivrer, en armant six soldats indiens qui étaient à bord, deux ou trois Européens et les homnies des pirogues de Bow, et se mettant à leur tête. Cette espérance s'évanouit complètement, quand je vis les pirogues de Bow mettre à la voile et se diriger vers leur tle sans passer auprès du navire.

« La plaine, autour de notre position, était couverte de sauvages au nombre de plusieurs milliers, qui s'étaient rassemblés de toutes les parties de la côte et s'étaient tous embusqués, attendant notre débarquement. Cette mâsse d'hommes nous offrait alors un spectacle révoltant. On allumait des feux et Ton chauffait des fours pour faire rôtir les membres de nos Infor- . tunés compagnons. I^urs cadavres, .

ainsi que ceux des deux cliefs de Bow et des hommes de le ir Ile qui avaient été massacrés , furent apportés devant les feux de la manière suivante : deux des naturels de Viléar formèrent avec des branches d'arbre une espèce d^ civière qu'ils placèrent sur leurs épaules; les cadavres de leurs victimes fih; rent étendus en travers sur cette cfr

yière, de manière que la tête pendait d'un côté et les jambes de l'autre; on les porta ainsi en triomphé jusqu'auprès des fours où l'on devait en rôtir des morceaux, et là , on les plaça sur Therbe dans la position d'un homme assis. Les ^ sauvages se mirent à chanter et à danser autour d*eux avec les démonstrations de la joie la plus féroce; ils traversèrent ensuite de plusieurs balles chacun de ces corps inanimés, se servant pour cela des fusijs qui venaient de tomber entre leurs mains. Quand cette cérémonie fut terniinée, les prêtres commencèrent à dépecer les cadavres sous nos yeux. Les morceaux furent mis au tour pour être rôtis et préparés selon leur usage, et pour servir de festin aux vainqueurs. Pendant ce temps, nous étions serrés de près de toutes parts, excepté du côté d'un fourré de mangliers qui bordait ]a rivière. Savage proposa à Martin Buchart de s*enfuir de ce côté, et de tâcher d'atteindre le bord de Feau pour gagner ensuite le navire à la nage. Je m'y opposai, en menaçant de tuer le premier qui abandonnerait le rocher.

Cette menace produisit pour le moment son effet. Cependant la furie des sauvages paraissait un peu apaisée, et ils commençaient à écouter assez attentivement nos discours et nos offres de conciliation. Je leur rappelai que le lourde la capture de quatorze pirogues, nuit des leurs avaient été faits prisonniers et étaient détenus à bord du navire; l'un d'eux était frère du nambeau, ou grand prêtre de Viléar. Je fis entendre à la multitude que, si Ton nous tuait, ces huit prisonniers seraient mis à mort; mais que, si Ton nous épargnait , mes cinq compagnons et moi nous ferions relâcher les prisonniers sur-le-champ. Le grand prêtre, Cjue ces sauvaees regardent comme une divinité, me demanda aussitôt si je disais la vérité, et si son frère et les sept autres insulaires étaient vivants.

Je luf en donnai Tassurance, et proposai d'eni'oyer un de mes hommes a bord inviter le capitaine à les reiddier, si lut, le grancl prêtre , voulait conduire c^ homtne sain et sauf jtisqu'â nos

embarcations. Le prêtre accepta ma proposition. Thomas Dafny étant i3lessé et n'ayant pas d'armes pour se défendre, je le décidai a se hasarder à descendre pour aller joindre le prêtre et se rendre avec lui à notre embarcation. Il devait informer le capitaine Robson de notre horrible situation. Je lui ordonnai aussi dte dire au capitaine que je désirais surtout qu'il ne relâchât que la moitié des prisonniers, et qu'il leur montrât une grande caisse de quincaillerie et d'autres objets qu'il promettrait de donner aux quatre derniers prisonniers avec leur liberté, au moment de notre retour même à bord du navire. «

Le matelot Dafny se conduisit comme Diilon le lui avait ordonné, et celui-ci ne le perdit pas de vue depuis l'instant où il le quitta jusqu'à celui où il arriva sur le pont du navire. Pendant ce temps , il y eut une suspension d'armes, qui se fût maintenue sans l'imprudence de Charles Savage. Divers chefs sauvages étaient montés et s'étaient approchés jusqu'à quelques pas des Angla s avec des prosternations en signe d'amitié, leur promettant toute sôretc pour leurs personnes, s'ils consentaient à descendre parmi eux. Diilon ne voulut pas se fier à ces pronies- ' ses,ni laisser alleraucunde ses hommes. Cependant il finit par céder aux imj}ortunités de Savage. Celui-ci avait résidé dans ces ties pendant plus de cinq ans, et en parlait couramment la langue.

Persuadé qu'il les tirerait d'embarras, Savage pria instamment Diilon de lui permettre d'aller au milieu des naturels avecles chefs à qui nous parlions, parce qu'il ne doutait pas qu'ils ne tinssent leurs promesses , et que , si on le laissait aller, il rétablirait certainemeut la paix , et qu'ils pourraient retourner tous sains et saufs à bord de leur navire. Diilon lui donna donc son consentement; mais il lui rapf)ela que cette démarclie était contraire à son opinion , et il exigea qu'il lui laissât son fusil et ses munitions. Il partit et s'avança jusqu'à environ deux cents verges du poste occupé par les A nclais Là , il trouva Bonassar assis et eniouré de ses chefs qui témoignèrent de la joie

OCÉANIE

de le voir parmi eux, mais qui étaient secrètement résolus à le tuer et à le manger. Cependant ils s'entretinrent avec lui pendant quelque temps d'un air amicai, puis ils crièrent à Dillon dans leur langue: « Descends, Peter, nous ne te ferons pas de mal; tu vois que nous n'en faisons point à Charley. v Dillon répondit qu'il ne descendrait pas jusqu'à ce que les prisonniers fussent deoarqués. Pendant ce colloque , le Chinois Louis, à son insu, descendit du côté opposé avec ses armes, pour se mettre sous la protection d'un chef qu'il connaissait particulièrement, et à qui il avait rendu des services importants dans quelaues guerres. Les insulaires, voyant qu ils ne pouvaient décider Dillon à se remettre entre leurs mains, poussèrent un cri effrayant.

Au même moment, Charles Savage fut saisi par les jambes , et six hommes le tinrent la tête en bas , plongée dans un trou plein d'eau, jusqu'à ce qu'il fdt suffoqué. De l'autre coté, un sauvage gigantesque s'approcha du Chinois par derrière, et lui 6t sauter le crâne d'un coup de son énorme massue. Ces deux infortunés étaient à peine morts , qu'on les dépeça , et qu'on les fit rôtir dans des fours préparés pour Dillon et ses oonipagnons.

« Nous n'étions plus que trois pour défendre la hauteur, ajoute cet officier, et c'est ce qui eni^ouragea nos ennemis. Nous fûmes attaqués de tous côtés, et avec une grande turie , par ces cannibales , qui néanmoins montraient une extrême frayeur de nos fusils, bien que les chefs les stimulassent à les saisir et à nous amener à eux, promettant de conférer les plus granos honneurs à celui qui me tuerait, et demandant à ces barbares s'ils avaient peur de trois hommes blancs, eux qui en avaient tué plusieurs dans cette journée. Encouragés de la sorte, les sauvages nous serraient de près. Ayant quatre fusils entre nous trois, deux étaient toujours diargés, attendu que Wilson étant un très-mauvais tireur, nous lui avions laissé l'emploi de chareer nos armes , tandis que Martin Bucnart et moi faisîoos^feu.Buchart, qui étai t né en Prusse»

avait été tirailleur dans son pays, et était fort adroit. Il tua vingt-sept sauvages dans vingt-huit coups, n'en ayant man(jué au'unseul. J'en tuai et blessai aussi quelques-uns, quand la nécessité m'y obligea (voy. pi. 250). Nos ennemis voyant qu'ils ne pouvaient venir à bout de' nous sans perdre un grand nombre des leurs, s'éloignèrent en nous menaçant de leur vengeance.

« La chair de nos malheureux compagnons étimt cuite, on la retira des fours, et elle fut partagée entre les difféj'entes tribus, qui la dévorèrent avec avidité. De temps en temps , les sauvages m'invitaient à descendre et à me laisser tuer avant la tin du jour, aOn de leur épargner la peine de me dépecer et de me faire rôtir pendant la nuit. J'étiiis dévolu pièce par pièce aux différents chefs , dont chacun désignait celle qu'il voulait avoir, et qui tous brandissaient leurs armes en se glorifiant du nombre d'hommes blancs qu'ils avaient tués dans cette journée.

« En réponse à leurs affreux discours, je déclarai que, si j'étais tué, leurs compatriotes détenus à bord le seraient aussi ; mais que , si j'avais la vie sauve, ils l'auraient également.

Ces barbires répliquèrent : « Le capitaine Robson peut tuer et manger les nôtres, s'il lui plaît. Nous vous tuerons et nous vous mangerons tous trois.

Quand il fera sombre , vous ne verrez plus clair pour nous ajuster, et vous n'aurez bientôt plus de poudre. »

« Voyant qu'il ne nous restait plus d'espoii' sur la terre, mes compagnons et moi tournâmes nos regards vers le ciel , et nous mtmes à supplier le Tout- Puissant d'avoir compassion de nos âmes pé<;heresses. Nous ne comptions pas sur la moindre chance d'échapper à nos ennemis, et nous nous attendions à être dévorés comme nos camarades venaient de l'être. La seule chose qui nous empêchait encore de nous rendre, était la crainte d'être pris vivants et mis à la torture.

« On voit en effet quelquefois, mais rarement, ces peuples torturer leurs prisonniers. Dans ce cas, voici comment ils s'y prennent : iU enlèvent à letirs vio*

L'UNIVERÇ.

|inif.s1a peau de la plantedes pieds ; puis ils leur présentent des torches de tous côtés , ce qui les oblige à sauter pour fuir le feu, et leur cause des douleurs atroces. Une autre nnanière consiste à couper les paupières à leurs prisonniers, et à les exposer ainsi la face iournée vers le soleil. On dit que c'est un é[K>uvantable supplice. Ils leur arrachent aussi parfois les ongles. Au reste, il paraît que ces tortures son^ très-rares, et qu'ils ne les infligent qu*à ceux qui les ont irrités au dernier point. Nous étions dans ce cas, ayant tué un si grand nombre des leurs pour outre défense.

« Il ne nous restait plus que quinze ou dix-sept airtouches. Nous décidâmes alors qu'aussitôt qu'il ferait sombre nous appuierions la crosse de nos fusils à terre et le bout du canon contre notre poitrine, et (|ue, dans cette position , nous lâcherions la détente pour nous tuer nous-mêmes , plutôt que de tomber vivants entre les mains (le ces monstres.

« A peine avions -nous pris cette résolution désespérée, que nous vîmes notre embarcation sortir du navire et s'approcher de terre. Nous comptâmes les huit prisonniers. J'en fus confondu; Je ne pouvais imai^iner que le capitaine eût agi d'une manière aussi maladroite que de les relâcher tous, puisque le seul espoir que nous puissions conserver était de voir ceux des prisonniers qu'on eût relâchés intercéder pour nous, afin qu'à notre tour nous intervinssions pour faire rendre la liberté à leurs frères , quand nous retournerions à bord du navire. Cette sage précaution ayant été négligée malgré une recommandation expresse, toute espérance me parut évanouie, et je ne vis plus d'autre ressource que de mettre a exécution le dessein que nous avions formé de nous tuer nous-mêmes.

a Peu de temps après que les huit pisonniers eurent été débarqués, on les amena sans armes auprès de moi,

Ïirécédés par le prêtre , qui me dit que e capitaine Robson les avait relâchés tous, et avait fait débaf(]uer une caisse de coutellerie et de 4|uincaillene pour

être offerte , comme notre rançon^ aiç chefs, à qui il nous ordonnait de remettre nos armes. Le prêtre ajouta que, dans ce cas, il nous conduirait sains et saufs à notre embarcation. Je répondis que tant que j'aurais un souf: fle de vie je ne livrerais pas mon fusij qui était ma propriété, parce que j'étais certain qu'on nous traiterait, mes compagnons et moi, comme Cliarieç Savage et Louis.

. a Le prêtre se tourna alors vers Martin Biichart pour tâcher de le convaincre et de le faire acquiescer à ses propositions. En ce* moment, je conçus ridée de faire prisonnier le prêtre et de le tuer, ou d'obtenir ma liberté en échange de la sienne. J'attachai le fusil de Charles Savage à ma ceinture avec ma cravate, et, cela fait, je présentai le bout du mien devant le visage du prêtre, lui déclarant que je le tuerais, s'il cherchait à s'enfuir, ou si quelqu'un des siens faisait le moindre mouvement pour nous attaquer, mes compagnons et moi, ou nous arrêter dans notre retraite. Je iui ordonnai alors de marcher en droite ligne vers nos embarcations, le menaçant d'une mort immédiate s'il n'obéissait pas. Il obéit, et, en traversant la fouie des sauvages, il les exhorta à s'asseoir et à ne Taire aucun mal à Peter ni à ses compagnons, parce que, s'ils nous assaillaient, nous le tuerions , et (ju'alors ils attireraient sur eux la colère des dieux assis dans les nuages, qui, irrités de leur désobéissance, soulève* raient la mer pour engloutir l'ile et tous ses habitants.

R Ces barbares témoignèrent le plus profond respect pour les exhortations de leur prêtre, et s'assirent sur l'herbe. L'ambetti ( nom qu'ils donnent à leurs prêtres) se dirigea , comme je le lui avais ordonné, du côté de nos endbarcations. Buchart et Wilson avaient le bout de leur fusil placé de chaqiw côté à la hauteur de ses tempes, et i'appuyais le mien entre ses deux épaih les pour presser, sa marche. L'approche de la nuit, et le désir si naturel de prolonger ma vie, m'avaient fait recourir à cet expédient, oonoaissant

OCÉANIB.

le |iOUTo!r que 1^8 prftm exercent sur l'eà|)rlt de toutes les nations barbares.

« En arrivant auprès des embarcations, lambetti s'arrêta tout court.

Je lui ordonnai d'avancer; il s*y refusa de la manière la plus positive, nie déclarant qu'il n'iratt pas plus loin, et que je jK)uvai8 le tuer si je voulais. Je ren menaçai, et lui deoiandai pourquoi il refusait d'aller jusqu'au bord de l'eau. 1) répondit : « Vous vouiez m'emmener vivant à bord du navire pour me mettre à la torture. » Comme il n'y avait pas de temps à perdre, je lui ordonnai de ne pas bouger, et, nos fusils toujours dirigés sur lui, nous roarcbâines à reculons et gagnânies de la sorte un de nos canots. Kous n'y fDmes pas plutôt embarqués, que les sauvages accoururent en fouie et nous saluèrent d'une grêle de flèches et de pierres; mais bientôt nous nous trouvâmes hors de la portée de leurs arcs et de leurs frondts. »

Dès que les trois Européens se virent hors de danger, ils remercièrent la di- Yîne Providence, et ils firent force de rames vers le navire, qu'ils atteignirent à l'instant où le soleil cessa d'éclairer ce théâtre d'horreurs.

Telle est l'aventure extraordinaire de M. Dillon dans cet archipel. Malheureusement, ainsi que celles de tani d'autres navigateurs du commerce, elle fournit peu de notions géographiques d'un intérêt réel sur ces terres si peu connues.

Le navigateur qui a le mieux débrouillé le chaos géographiaue des Iles Viti , est certainement M. d Urville , à qui l'on doit la reconnaissance et le relevé d'un grand nombre d'Iles et récifs importants, et qui constata leur gisement d'une manière sûre depuis le 26 mai jusqu'au 11 juin 1827, soit par «es propres travaux, soit encomprant avee soin les documents que lui fournirent plusieurs chefs; avantage que n'eut pas M. de Krusenstern dans son ébauche hydrographique de cet archipel, pour laquelle il eut recours à des jnatériaux ine3[acts , mais qu'il rectifie chaque jour dans son immense travail

sur l'hydrographie de la Polynésie, qn*il portera probablement à la (terfectlofi.

M. d'Urville eut assec à se louer des naturels et surtout des chefs. Cependant les naturels tentèrent de lui enlever un canot à Lagouemba (voy.

Voici les dernières nouvelles que nous avons reçues sur cet archipel et sur ses habitants :

Dans le courant de l'année 1888, le capitaine Bureau, de Nantes, ofQcier brave, bon et instruit, arriva à Valparaiso (Chili) avec un petit brick, nommé VJimabté'Josévhine^ Il trouva dans ce port un beau brjrk de guerre qui avait été construit à Bayonne, il I adieta du gouvernement chilien j)Our le substituer au sien , et lui transfera le nom de V Aimable^oséphine. Il fit voilé sur son nouveau bâtiment pour les fies Viti, où il comptait se procurer des écailles de tortue (caret) et des biches de mer. ou tripangs. De là il se propo*sait d'aller faire la pêche de la nacre aux Iles PaHisser. Arrivé parmi les tles Viti, et près de celle qu'il nomme Amixm (*), il y débarqua un jeune homme de son équipage, muni de tous les objets nécessaires pour faire des échanges avec les naturels, mais ce jeune nomme tromp sa confiance.

A environ un mille d'Ambou, est si* tuée une petite île nommée Beou ('*), dont lechef et quatreautres naturels se trouvaient un matin abord ù^VAimc^ ble-Joséphiney au moment où le capitalne envoyait une embarcation à terre. Tout à coup le chef s'écrie : « Capitaine, votre canot coule bas! » Pendant que ce brave officier regardait attentivement à travers sa longue-vue pour s'assurer du fait , il fut frappé par le chef d'un coup de massue cfe bois de fer sur le derrière de la tête, et tomba mort. Le second et la plupart des matelots, n'étant pas sur leurs gardes ^ furent également assommés. D'autres

(*) C'est probablement Tile Imbao.

(**) A près bien des recherches nous n*tvons

Im trouver la position de ct>(te Ile, d'aprèi 'indif^iîoo de celle dont le Journal dû aiâl* heureux Bureau la suppose voiaioe.

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naturels, qui étaient aux aguets dans leurs pirogues , ne tardèrent pas à se joindre aux premiers pour achever le massacre de Téquipage. Le brick fut ensuite allégé et éc^houé sur les hautsfonds , où il n'aurait pas été possible à d*autres bâtiments de venir le reprendre. On suppose qu*un matelot, qui s'était engage sur le brick lors de sa première apparition aux Iles Viti, et (|ui parlait couramment la langue des insulaires, prit part à leur complot, et leur fut très-utile pour alléger le bâtiment et le conduire au lieu où ils ]*échouèrent.

Le capitaine d'un bâtiment américain , qui se trouvait à la Baie du sandal, ayant appris cet événement , voulut proGter du malheur des Français; il se rendit sur les lieux, et entra en négociations avec les naturels pour acheter le brick français, en échange duquel il devait donner une certaine quantité de poudre et d'armes a feu.

Les indigènes levèrent Tancre et conduisirent le brick au mouillage du bâtiment américain, lorsque le matelot qui avait conspiré contre la vie de son capitaine, et que œ marché contrariait, s'avisa de demander aux insulaires s'ils avaient été payés d'avance. Sur leur réponse négative, il leur conseilla de ne pas livrer le brick et de laisser tomber l'ancre, ce qu'ils firent.

Une rixe s'ensuivit entre les parties contractantes; le bâtiment américain fit feu de ses canons sur le brick, qui riposta ; des coups de fusil furent tirés de Beou, et un ou deux coups de canon d'Ambou; mais les combattants, étant trop éloignés, ne se firent point de mal. Le navire américain , pour ne pas demeurer exposé aux attaques des insulaires, se hâta de quitter ces parages et se rendit à la Nouvelle-Zeeland , d'où la nouvelle de la catistropbe de V Aimable ' Joséphine ne tarda pas a parvenir dans la colonie anglaise de la riouvelle-Galles du Sud.

Le capitaine Dillon, oui le premier retrouva à Vanikoro des de.bris du naufrage de la Pérouse, et dont on vient de lire les exploits aux Viti était à

Sidney quand y arriva la nouvdle de l'événement. Il se proposait, en vertu d'une commission du vice- consul de France pour les îles de la mer Pacifique, nui lui avait été délivrée avant la révolution de juillet , d'agir comme protecteur du commerce français, et, dans le cas où V Aimable-Joséphine serait amenée par quelque baleinier anglais ou américain à Sidney ou à la Nouvel le- Zeel and pour y être réparée ou ragré^, de la retenir, en payant une indemnité de recousse. Il devait aussi envoyer des instructions à ses gens à Taïti , pour saisir la goélette qu'avait fait construire le capitaine Bureau et l'expedjer à Sidney, où il la garderait en dépôt pour être remise à qui de droit.

ISous suppléerons ici à une omission sur les mœurs des Nouveaux-Zeelandais. Après avoir parlé de l'affection puissante entre les membres d'une même famille, on peut ajouter cet exemple de barbarie d'une part, et d'amour filial de Tautre.

Un beau jeune homme, qui était frère de Touai , le principal chef de Rangui-Hou , avait tué un chef de la rivière Tamise, qui était son prisonnier. Après avoir coupé \a télé de son ennemi, et l'avoir conservée par le procédé que nous avons décrit dans un de nos chapitres sur la Nouvelle- Zeeland , le cruel jeune homme la tira d'un panier; et, la saisissant par ses cheveux longs et noirs, il la jeta dans le sein de la jeune et belle fille du chef qu'il avait immolé (voy. pi. 298). Cette malheureuse enfant pressa cette tête contre son sein, et le nez contre son nez; puis, après l'avoir plarée par terre , elle se défigura entièrement les bras, la poitrine et le visage, de manière à en faire jaillir un ruisseau de sang. Le barbare ne parut pas touché de cet affreux spectacle; il reprit tranquillement la tête , et offrit à M. le capitaine Gruise de la lui vendre pour un fusil (*).

(•) F"tde. Journal ofa ten montks ren h Nesv-Zeal<md, by Kicbard A. Cmîse, captain iu the 8aih regimeut foot,

OCÉANIE-

tLBS ÊrARSBS DAKS LA POLTNlSsiR.

Après avoir décrit ce s^rand archipel, qui lie la Pot^inésie à la Mélanésie , qui aoit contenir plusieurs productions étrangères aux îles du grand Océan, et être M transition des flores pauvres de In Polynésie aux riches flores de la Mélanésie et de la Malaisie, il nous reste à nommer quelques ties éparses et séparées de tout groupe, telles que les tIes Copper et Henderson (dont au reste la position et Texistence même nous paraissent fort douteuses) , rite Kern m au sud de Manaîa , les tIes de Bass, file Râpa, et quelques autres qui semblent, par leur position isolée de toute terre, devoir carher à jamais Texistence de leurs habitants. Mais quel roclier, quel récif peut échapper aux recherches de ces nommes que l'amour de l'argent excite, à ces hardis baleiniers de Sidney, à cette foule de caboteurs employés au commerce de Pécaille, de la nacre ou du sandal! Espérons toutefois qu'à des navigateurs instruits et à des voyageurs amis de l'humanité est réservée la découverte de quelques terres intéressautes, etqu'ilsteropt bénir aux naturels leur visite et les secours de la civilisation.

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