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MÉLANÉSIE

▲ PEBÇD OBNBBAL.

La division de l'Oréanie qui nous reste à décrire, est celle qui, après la Malaisie , possède les plus grandes lies, et un continent (TAustralieou Nouveile- Hollande) (*) , qui est seulement d*un quart moins grand que TEurope. Elle possède deux races noires , Pandamène et la papoua , que nous avons déJA décrites dans notre Tableau çéfiéral de rOcÉANiE. Cette immense division, qui contraste fortement avec les autres terres de ce nouveau monde , se distingue par de hautes montagnes , d'immenses forêts, d'immenses déserts, par une végétation extraordinaire , d^admi râbles oiseaux , et des animaux bizarres. Ses Iles sont les moins con-

(*) Si on la considérait comme une ile, elle serait la plus grande du monde.

nues de cette cinquième partie du monde, et les moins fréquentées des navigateurs et des commerçants, quoique la richesse de leur sol appelle Tattpntion des négociants, en même temps que des richesses végétales, et vraisemblablement minérales , doivent exciter le zèle des savants.

Bougainville , Cook , Vancouver, d'Eutrecasteaux , notre infortuné la Pérouse, MM. d'Urville, Lùtke, et quelques autres, ont, sans contredit, rendu d'immenses services à la géo-

nhie de TOcéanie , et en particulier \ Polynésie et de la Mélanésie qui nous reste à décrire. Quelque étendues qu'aient été leurs explorations , et bien qu'elles aient agrandi la sphère de nos connaissances, combien ne reste-t-îl pas à découvrir encore dans ces vastes régions ! Par exemple , on ne connaît de la Papouasie et des fies Salomon, que les côtes; on ne sait rien sur l'intérieur de ces Iles, et fort peu sur les autres «irchipels de la Mélanésie : ce qui , du reste , ne doit point étonner, puisque beaucoup de contrées plus rafiprochées de nous, telles que différentes parties de la Bosnie, de la Natolie, de l'Arabie, des deux Amériques , et surtout de la mystérieuse Afrique, nous sont à peu près inconnues , et le seront probablement encore longtemps , parce qu'il est des obstacles de localité au'il n'est donné ni au courage , ni à la prudence de surmonter.

Mous pensons qu'il faudrait, pour faire de nouvelles découvertes, imiter la méthode suivie par l'honorable capitaine Liitke.

Dès son entrée dans l'archipel des Carolioes, le savant navigateur russe, prit, pour règle invariable, de courir bord sur bord pendant les nuits, sous petites voiles, afin de ne pas dépasser, dans Tobscurité, quel-

gue terre inconnue, ou de ne pas tomer sur elle. Par ce moyen , il perdait, il est vrai, dix ou onze heures par jour; mais cette perte était compensée par la sûreté de la navigation , et par une exploration plus exacte de l'espace de mer parcouru. Une seule fois , se trouvant dans des parages où il n'j

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Rivait pas, selon toute apparence, la moindre phice pour la plus petite fie, il s'écarta de cette régie. Le Seniafine y c'est le nom du navire qu'il coraipaiidait, ayant continué sa route pendant toute la nuit sous petites voiles, au point du jour, Téquipage vit devant lui une grande et haute terre : t'était rile Pouynipet. Liltke en croyait a peine ses yeux , tant une aussi intéressante découverte en cet endroit lui paraissait impossible. Nous -même, nous avons découyert trois petite$ tles (*) au sud de Hle Bassilan, dans Tarchipel de Soulong (Sooloo des Anglais, et Jolo, prononcez Holo,des Espagnols), en cherchant des coquillages, des madrépores et de Tambregris : ce qui prouve que la découverte de terres inconnue$ n'est due qu'à un aveugle hasard , et oue ceux qui disputent sur Thonneuir aune première découverte, disputent Sur des riens. Mais il faut distmgue^ d'une découverte fortuite la recherché fondée sur des calculs et des combinaisons. C'est dans ce sens que Colomb trouva l'Amérique sans la découvrir.

Cook trouva les tles du Marquis de IVIendoce (Nouka-Hiva) , les Nouvelles- Hébrides, et plusieurs autres; mais les tles llaouaî ou de Sandwich, les plus importantes de toutes celles qu'il ait ajoutées au domaine de la géographie, sont sa découverte.

Il est un principe de géographie physique, dit Malte-Brun, dont Tapph'cation assurerait quelquefois le succès des recherches nautiques , surtout dans ces parages. Les tles de rOcéanie suivent dans leur position respective une sorte de direction ré-

Î;uhère et parallèle. Qu'on regarde es archipels de la Louisiade et des îles Salomon; qu'on jette un coup d'œîl sur les Nouvelles- Hébrides et la Nouvelle-Calédonie. Même les chaînes de petites îles se dirigent généralement du nord-ouest au sud-est, en se rapprochant quelquefois vers une ligne est et ouest.

(•) Vo). le Bulletin de la «Société de géogrAftliîe, l. V ;Ih Ocogra|iliie de Miilie-Hrun, >evii« par M. Huol, l. XII; le lome 1" de rOclAXit, p. aSi et luivantea, et&

Cela est vrai . Telle est en effet la construction presque uniforme de cet hémisphère maritime, construction d'autant plus remarquable qu'elle se rapproche cle celle de l'Amérique. Ajoutons que, pour la plupart, chaguechainedlles renferme pour ainsi dire un noyau, une terre d'une certaine étendue et élévation , suivie ou précédée d'une sé- He d'tles qui diminuent successivement eh grandeur. On croirait voir un gros cristal accompagné d'une série de petits cristaux, comme on en voit souvent dans les opérations chimiques.

Cette disposition se manifeste surtout dans les îles hautes et (le formation ancienne, tandis que les îles basses, qui doivent leur naissance aux constructions des polypes et à l'accumulation des sables, se montrent sous un arrangement moins régulier, quoîaue assez souvent rapprocné de celui deâ îles hautes. C'est en suivant la marche indiquée par ces observations, que l'heureux et l'immortel Cook découvrit toute la chaîne des Nouvelles- Hébrides, tandis que Quiros et Bougainville ne l'avaient traversée que sut un seul point. C'est par la même marche que les capitaines Marshal et Gilbert découvrirent en peu de jours toute la chaîne des tles Mulgraves manquée par Bvron qui, pourtant, en avait vu l'extrémité. En suivant ce principe, Cook eût pu ajouter à la chaîne des îles Marquises, l'île Romaozoff récemment découverte (*).

Nous nous efforcerons dé ne négliger aucune relation pour faire connaître ces contrées; et quoiqu'elles soient généralement courtes, tronquée^ et imparfaites, excepté celles que nous possédons sur l'Australie, nous osons dire qu'il n'existe pas un écrit estimable à ce sujet , que nous n'ayons consulté pour que nos lecteurs n'ignorent

(*) Nous prenons la liberté de reconmander la méihode du capilaiiie Lijtke, Tobacr- , vallon de MaUe-Rruu et la nôtre , aux oommandanis de VArthemue^ de la Vénus ^ de la Bonite et de VAstroiahe, qui doivent tous Ie4 cpiati'e euireprrndre un vo\age d% circiminavigaiiori, et uoiis leur prédiaont quelques découvcries utiles.

OCÊANIR

Mê

tfeïl dlitiportatit de <ie qui y a été déîrt)UVert oii observé jusqu'à ce jour, parce que noiis n'avons vu nous-même que cinq ou six terres de cette immense division.

Nous commencerons ce travail t)ar la description de la Papouasie.

PÀPOOASIB ou NOUVELLE •OnH 6t.

La Nouvelle-Guinée , que nous avons proposé, dès 1826, de nommer Papouasie ou Jle des Papouas , nom qui a été depuis adopté par les plus savants géograplies et navigateurs, et qui nous paratt le seul convenable, puisque la race des peuples de ces côtei est «elle des Pa^uas , est une grande terre qui a quatre cents lieues de long, dans (a direction de Test sud -est a l'ouest nord'Ouest, sur une largeur de cinq à environ cent trente lieues , mais dont la moyenne est d>nviron soixante et dfx lieues. Sa superficie est d'environ quarante mille lieues géographiques carrées. Ses limites en latitude sont le 0» 19', et le lO» S' sud ; en longitude, le 128* 23', et le 146* 15' est. Le canal Macluer et la baie de Geelwinck, dans la partie occidentale , forment deux presqu'îles presque entièrement isolées et circulaires. La partie orieutale au delà du golfe Huon , formet-elle une seule terre, ou bien une réunion d'tles semblables à celles de la Louisiade ? Nous n'en savons rien jusqu'ici.

Le cap Rodney est considéré comme la pointe la plus orientale de cette grande tie. Sur toute la bande nord qui touche presque à l'équateur, règne à peu de distance du rivage , une chaîne de hautes montagnes dont les parties les plus élevées sont les extrémités est et ouest. Les Iles de la côte septentrionale sont généralement hautes et d'un accès facile , ainsi que les plages de la grande terre.

La Papouasie est, à notre avis, le foyer des hommes noirs qui occupent la grande division de la Mélanésie, gue Malte- Brun a mal à propos confondus en une seule race, tandis qu'ils forment deux rar^s très-distinctes, et plusieurs variétés dont deux sont remarquables. Nous avons , le premier ,

agité cette grande question des races de rOcéanie, et de leurs variétés. Noua avons vu avec plaisir que notre opinion et nos découvertes à ce sujet avaient été adoptées par plusieurs savants , et; entre autres, par M. Victor Courtet , dé l*Isle , dans son Mémoire sur ies raceè humaines j et par M. le docteur Saucerotte, dans son Tableau des races*.

Nous avpns distingué les Mélanésienî en Andamènes ou noirs primitifs delà Papouasie (c'est le nom que leur donnent ies habitants de la tribu de Boni, dans la Papouasie), qui ont peuplé l'Australie, et les Papouas qui se sont établis dans presque toutes les îles de la Mélanésie. Les premiers sont issus originairementdes Andamènes ou Aètas , de l'tle Ralemantan ou Bornéo, qui ont aussi peuplé , dans leur antique migration , les îles Andamènes près de la mer du Bengale ; et ies secouas , des Dayersou Igolotes de la grande Ile Ralemantan. Quant aux deux plus importantes variétés, la première est celle des Papous, que M.d'Urville appelle mal à propos Papouas. Les Papous, que nous avons proposé de nommer Papou-Ma^ laiSy sont une variété hybride ou mulâtre provenant du mélange des Malais avec les Papouas. Ils habitent le littoral des îles Veguiou, Salouati, Gamen et Battanta, et la partie septentrionale de la Nouvelle-Guinée, depuis la pointe Sabelo jusqu'au cap de Dori (*). La seconde variété est celle des Pou-AndU'^ mènes, nom que j'ai également proposé pour caractériser les hybrides qui résultent du mélanse des Papouas et des Andamènes. Le lecteur pourra , à ce sujet , voir le chapitre Anthropologie et Ethnographie, tom. V de rOcÉANTB, p. 16 et suivantes, et l'ethnographie de la grande île Kalemantan ou Bor* néo , mère , à notre avis , de tous les peuples de l'Océanie, pages 257 et suivantes du même volume. Mais il importe, avant de terminer ce chapiire, de relever une autre erreur importante que M. d'Urville a consacrée de sa puissante autorité : les A rfnKIs des environs de Dori sont bien, ainsi qu'il le dit, des hommes noirs | (•^ F.l lion Dorey oo Dorery,

aux cheveux flottants, aux traits farouches et hagards , et au teint fuh'gineux ; ce sont les véritables Andamènes, et nou3 ajouterons que ceux de Tintérieur, surtout , sont anthropophages ; mais tous les Arfakis de la Papouasie ne sont point noirs ; il y a aussi quelques hybrides appartenant aux deux principales variétés des deux races que nous avons soigneusement décrites, qui portent aussi le nom d*Arfaki$, mot correspondant à celui d*Alfourafl ou Harafours, et qui ne constituent nullement une race à part. En effet ce mot Mfoura^ dans la langue des Dayas de Kalemantan (Bornéo), signifie Aomme$ saunages. Us portent même le nom de Pounams dans Tintérieur de cette grande terre. Ainsi , dans les contrées caucasiennes , on donne le nom de Lesgui à tous les peuples montagnards; celui de Bedaak à ceux qui habitent les forêts de Tîle de Ceyian , et celui de Kirata dans rirvde. Ainsi il y a des Alfouras de différentes couleurs, et appartenant à différentes races, quoique, en générai, ils soient Andamènes. Quant aux Papouas de Dori, ils sont moins guerriers et plus doux que la plupart des Papouas ; et la Papouas e ou Nouvelle-Guinée , sauf quelques Papous- Malais et quelques Pou- Andamènes, paraît être occupée par des Mélanésiens larouchei et peu sociables.

Les Papou- Malais sont souvent confondus avec les Papouas, et vivent avec eux sur le littoral de la Papouasie; ils sont petits, trapus, vigoureux; ils ont le nez épaté, et souvent pointu, la lK)uche grande, et des lèvres épaisses, la peau d'un jaune noirâtre, mais peu foncée , le visage osseux , les traits anguleux. Leurs cheveux sont plus droits, et leur coiffure est en forme de turban, ce qui dénote l'origine malaise par leurs pères , et papoua I»ar leurs mères. Les chefs, tels que es Koronos , les Radjahs et les Capitans , appartiennent à cette variété ; et la plupart de ceux que nous avons vus parlaieut passablement lemalayou. Les Pou Andamènes offrent, ainsi que tous les hybrides, un mélange des traits physiques et des qualités morales des

Papouas et des Andamènes. An phyii* que ils sont d un jaune sale et foncé; au moral , ils sont braves et adroits.

BISTOWB NATUaELLE.

Le sol sur lequel sont situées ]e|^ forêts vierges des environs du havre Dori est entièrement madréporique, et les lits des torrents sont semés de nombreux cailloux de nature granitique, qui annoncent que c'est à une formation primordiale qu'appartient la cliarpente des monts Arfaks, dont on aperçoit les pitons des îles de la Providence, c'est-à-dire, à environ quarante lieues, ce qui prouve une grande élévation, quoique leur cime soit au-dessous de la zone des neiges perpétuelles sous réquateur. Les monts Arfaks s'élèvent sur cinq ou six plans successifs , et se terminent par quelques pitons aigus.

Nous croyons rester dans les limites du vrai en indiquant pour le mont Arfak une hauteur de quinze mille pieds, et en donnant à la chaîne, à l'ouest, gui domine l'Arfak , environ stizt à du-sept mille pieds.

La Papouasie, mieux connue, offrira des trésors aux botanistes.

Les immenses forêts des env iront de Dori sont composées de gigantesques végétaux, formant souvent deux étages de verdure. Au premier rang , des fiterocarpus et des mimosa ^ ées ficus, croton y scevoia y brugueray sonnercttia, inocarptfs et autres espèces, élèvent leurs stipes nus au delà de cent {)ieds, et s'épanouissent ensuite en lautes cimes qui grandissent encore dans une égale proportion*^ car on y voit des arbres qui ont deux cent cinquante pieds d'élévation, et gros en ))roportion. Du sommet de ces arbres pendent des rameaux déliés qui ont la forme dé cordes, et auxquels s'attachent d'énorn)es lianes.Au second rang , on voit des arbres moins élevés, tels que l'arbre à tek , le lingoa, le bois de fer et le casuarina, des hibiscus, des pandanus, des hernandtas des palmiers du genre artfba, des rorypha , sa^s, c>'cas, hauts de soixante à quatre-vmgts pieds.

De maigres arbrisseaux, privés de soleil , croissent à l'abri de cette double

OCÉANIE

Toâte, où Ton ne trouve que rarement des plantes herbacées , sauf des orchidées, des cannées, des légumineuses et des fougères parasites ou lycopodes , communes sous J'équateur.

On doit mettre au premier rang des végétaux delà Papouasie, le cocotier, le caryota ttrens, Tébénier, l'arbre à

{)ain, ^canari, le muscadier uviforme, e sagoutier et le cycas circincUis, végétal ambigu qui semble tenir le milieu entre les grandes classes naturelles des monocotylédones et des dicotylédones, et dont les Papou as mangent les amandes après les avoir fait griller; le chou palmiste, le bambou, le latanier, le massoî, espèce de laurier cannellier dont Técorce est fort recherchée des (Chinois ; Tébénier, le dammer, le muscadier et le vaquois. Ils cultivent un petit haricot très- délicat nommé abrou, des taros, des ignames, des arums, des jeunes hibiscus, etc.

Parmi les animaux qui habitent ces forêts, nous citerons le babUlioutan (cochon des bois], le cJiien ptipoua sauvage ou demi-sauvage, suivant le degré de civilisation des indigènes, dont il est plutôt Tassociéque le serviteur; le kangarou, et des mammifères carnassiers du genre péramèie. Ici Tornithologie est aussi belle que riche et romantique. Les kalaos de Dori au vol bruyant, le ramier cuivré et le pigeon blanc , (^ui se nourrissent de muscade et fournissent une nourriture exquise; le kakatoua, dont Taspect méaitatif semble annoncer un oiseau philosophe; les koukals, les perroquets, le papoua bleu, le lori rouge, et les perruches de toutes les nuances, des tourterelles jolies et roucoulantes, de gros et admirables pigeons gouras, dont la crête de longues plumes rangées au-dessus de leur tête ressemble de loin à une couronne ; des nikobars aux couleurs métalliques, des mnrtins-pécheurs pleins de grâce, l'admirable ménure-lyre (voy.p/. 222), et, par-dessus tout, le paradisier, dont le cri rauque contraste avec son magnifique et gracieux plumage, et le maïnate qu'on y voit rarement et que le crois susceptible d'un certain degré d'éducsXlon , comme en France le merle , le

70« Uvraison. (Ogbai^ib.) t. m.

bouvreuil et Tétoumeau : tous ces êtres de la terre et de l'air animent les forêts de la Papouïtsie, et font entendre à la fois leuiscris sauvages, leurs voixgla* pissantes ou leurs chants mélodieux. En Europe , les poètes nous parlent souvent du silence des forêts ; mais dans les forêts des terres équatoriales et tropicales, le bruit ne m'a jamais paru moins grand que dans les lieux les plus bruyants de Paris.

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