‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 50 sur 122 · SUITE DE L'HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

SUITE DE L'HISTOIRE NATURELLE

Les serpents , les crocodiles bipor* catusy ou à double arête, ne sont pas rares dans la Papouasie.

Le poisson paraît abonder sur les cotes, où l'on trouve des tripangs et l'huître perlière.

Les rivières sont poissonneuses , et fournissent qûelqueiois de la poudre d'or.

Il y a dans le havre Dori de l'excellent poisson , et en abondance; aussi les pécheurs ne manquent-ils pas dans les cabanes des environs.

La mer fournit à l'amateur de conchyliologie des auricùles de Midas, des melanies , des casques , des harpes , des marteaux d'une grande beauté, etc., des tortues à écaille, et de gros morceaux d'ambre gris.

Enfin la Papouasie nous parait être ^

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avec les îles de Maïndanao, Célèbes et Bornéo , VEl dorado de l'Océanie.

TOPOGRAPHIE

Les points les plus remarquables de la Papouasie sont les havres Dori et de l'Aiguade, le golfe de Mac-Cluer, le golfe ou la rivière Dourga , aux environs du capWalsh sur les bords d'une grande rivière qui reçut ce nom des Hollandais (voy. pL 230) , la baie de Geelwink , la baie de Humboldt et celle du Triton. Les Hollandais ont bâti, en 1828, un fort nommé De BuSy pour défendre la colonie qu'ils y ont établie par le 30 parallèle sud. La plaine Merkus, qui s^étend jusqu'au pied du mont Lancentsijsie, appartient aux colons,

Îui ont commencé à la faire défricher.

Quelques tribus de Papouas y professent rislamisme , commercent avec les Arrou et les Moluques, et parlent, outre leur idiome, la langue de Céram et le maiayou.

Cette contrée, peu connue et qu'on remarquait à peine, renferme en elle des prmcipes de prospérité, et doit tôt ou tard sortir comme par enchantement de l'obscurité profonde qui Tenvironne. La Hollande, jalouse d étendre sa puis.sance commerciale, a deviné tout ce qu'elle pouvait tirer de cette grande terre sous ce rapport; et son nouvel établissement deviendra, nous J'espérons , une colonie florissante, et un élément de civilisation dans un des plus beaux pays de notre petite planète.

UAVUE DORI; VJI.LAGK DEKOU4O ; ILES MA- NASOUARI ET MA«>MAPI.

Ce mouillage possédait autrefois un village de Papnias assez peuplé et aujourd'hui entièreinentabandonné.II oc< cupe l'extrémité nord-ouest d*un petit

golfe, dont l'entrée est protégée par eux Ilots appelés Manasouarl et Masmapi. Ilyacleiixbancsà (leur d'eau dans le canal de trois milles de longueur qui y conduit.Cehavre, quoiqu'il n'ait qu'un demi-mille de profondeur sur deux cents toises de largeur, est d'un ancrage sûr et commodp pour les navires de tout rang. L'entrée de Dori, avec la longue suite de petites lies basses et

riantes qui se développent sur sa gauche , sa lisière de terrains brisés sur sa droite, et dans le fond du tableau les immenses monts Arfakis formant six plans successifs terminés par quelques pitons aigus , offre un des plus admirables coups d'œil du monde (voy.

pL 223). Il est situé par 0°5r49" de latitude septentrionale, 131** 44' 59'' de longitude orientale, sur le côté oriental de la Papouasie, et au nord du golfe de Geelwink ; il se trouve immédiatement au sud du cap Mamori.

Les indigènes donnent au havre Dori le nom de Mamoi-Souari y et celui de Fanadik à la crique, sur le bord de laquelle étiit l'ancien village de Dori et non Dorev. Outre Dori qui est sur la rive norcf du havre (voy./?/. 224), il y a encore sur la même rive un village nommé Koiiao (voy. ;;/. 226).

Dans la petite Ile de Manasouari , qui occupe l'entrée de la baie , à trois milles au sud-est, et revêtu de grands arbres et plantations , est un village peuplé , situe au nord, nommée, je crois, Manavaî (voy. pL 227), vis-à-vis la petite île Masmapi (voy. pL 228), où quelques pécheurs ont aussi établi leurs cabanes.

On y voit quelques mangliers dont les racines croissent dans la mer. Les environs du havre Dori et les villages qui le bordent, peuvent avoir une population d'environ deux mille âmes.

MCBURS ET COUTUMES.

La nourriture ordinaire des Papouas (voy. pL 229 , 220 et 221) est le sagou ; ils ne le préparent point en briques , mais ils l'entassent en masses de 12 ou 15 livres. Ils ajoutent à cela de la tortue, du poisson, des taros, des ignames, des cocos et des coquillages. Ils ne se servent pas de fours en terre comme les Polynésiens, mais ils font leurs foyers en plein air, et ils y placent des grillages en bambou , surtout pour faire cuire les tortues et les poissons. Ils ne connaissent pas le kava, et ils mâchent le bétel. Ils ramollissent l'argent au feu de forge et le battent ensuite. Cette forge se compose d'une pierre qui sert d'enclume et d'un soulllet consistant en deux cy.indres dQ gros bambous,

disposés verticalement; Tair est refoulé dans chaque tuyau au moyen de deux pistons que fait mouvoir un homme assis sur un tronc d'arhre de la hauteur des cylindres (voy. pL 231).

Leurs instruments (le guerre sont des arcs, des flèches et des frondes ; ils se servent de celte dernière arme avec beaucoup d'adresse , et portent des boucliers étroits et longs pour la défensive. Ils ont aussi un couperet d'acier nommé;?aranÇf employé à divers usages domestiques. Les pierres nécessaires à Texercice de la fronde, arrondies avec soin, sont contenues dans des filets de chanvre d'un travail curieux. Il est peu d'individus qui n'aient des cicatrices provenant des flèches qu'ils lancent avec adresse. Leurs lignes, faites de chanvre, sont aussi très - artistemeut tressées. Les plantations de cannes à sucre et de bananiers {musa } sont distribuées avec uniformité et dans un bon état'de culture. L'abondance des vivres rend la vie des Papouas de Dori, et généralement du nord de la Papouasie propre, très-facile.

Les naturels de la Papouasie donnent souvent, en échange de quelques bagatelles, ui) grand nombre de coquillages, dont plusieurs d'une espèce jusqu'ici inconnue, des arcs, des flèches, quelques échantillons de muscades sauvages et d'autres épiceries.

ISous avons vu dans une pirogue un indigène qu'on nous dit être un prêtre, et qui avait sur le cou-de-pied une marque semblable à celle qui serait produite par un fer chaud.

Le§ Papouas fabriquent divers petits coffrets , avec art et solidité, en paille de pandanus et de bananier; ils savent fabriquer des ustensiles et de la poterie, art ignoré des Polynésiens; les îenimes font les pots ; elles font aussi des nattes, ils ont des idoles en bois surmontées de crânes humains {\'oy. pi. 304).

Quoique le tatouage paraisse fort peu sur leur peau bronzée, les Papouas des deux sexes le pratiquent par niqûre. Ils vont généralement nus : les chefs seuls portent des nattes en reuil- Içs de bananier, teintes de brillantes couleurs et bordées de franges décou-

pées comme de la dentelle , et qui remplacent le maro polynésien; outre les bracelets dont nous avons parlé, ils ont pour parure des anneaux , des pendants en coquillages, en écaille ou en argent , et des peignes en bois à trois, cinq et sept dents, qui s.e dressent étrangement dans leur chevelure en forme de buisson. Quelques Papouas mohammédans ornent leurs têtes avec des mouchoirs qu'ils obtiennent en échange de leurs productions et qu'ils disposent en forme de turban. Ils allument promptement le feu par le frottement d'un morceau de bois sur du ' bambou.Nousavons un deces ustensiles dans notre cabinet. Ils ont de longues torches de résine de dammer.pour s'éclairer,et lorsqu'ils naviguent dans leurs pirogues, ils ont constamment un tison ardent qui sert pour allumer leurs cigarettes roulées dans une feuille de vaquois , dont ils font une grande consommation, -car ils fument tout le jour. Ils ne boivent que de Teau pure a leurs repas, après lesquels ils se lavent la bouche et les mains.

Les instruments de musique de ce peuple sont le tam-tam, garni à une des extrémités d'une peau de lézard; une guimbarde faite avec une. lame de bamlK)u , la fldte de Pan , et la trompette marine faite ave^ im gros mifrex percé à un côté de rextrémité la plus mince. Nous possédons égaleoient une de ces trompettes.

La polygamie est générale parmi eux.

Leur langue est assez douce et harmonieuse ; on la parle depuis Vé^uiou jusqu'à Dori , et elle difiere autant du malayou que de l'idiome des Alfouras, mais elle offre quelque ressemblance avec celui des Dayersde l'île Kalémantan ou Bornéo. On n'entend jamais, chez les Papouas , ces cris rauques , bizarres, aftreux, que nous avons toujours entendus chez les peuples sauvages.

La Papouasîe, cette grande terre des Papouas, faussement dite des Papous, paraît avoir été découverte vers 1511 , par les Portugais Antonio Abreu

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Zt&

et Francisco Serrano, A, son tour, vers J52G, don José dé Ménésès, dans sa traversée de Malakka aux l^loluques, fut entraîné par les vents et les courants fort loin dans Test de Kalémahtan ou Bornéo, et atteignit sous Téquateur, à deux cents lieues des ISIoluques, un port des Papouas nommé Versija.

Ce point, quoique mal indiqué, nous paraît être le havre Dori.

En 1528, deux ans après, le général espagnol Alvar de Saavedra tomba fiussi sur la grande lie des Papouas; il y passa même deux mois. Il nomma ces terres Lslas de Oro; c'était la manie du ten^ps. Saavedra revint en 1529, et il semble avoir côtoyé la Papouasie pendant près de cinq cents lieues, et s'être dirigé ensuite au nord-

En 1.ÔÔ7, les navires de Grîialva visiièrent, près de Féquateur, deux îles nommées Mensura et BoufoUj habitées pai* des Papouas. « Les naturels, dit la relation , sont des hommes à cheveux friséj^; ils mangent de la chair hupiaine, sont de grands coquins, et se livrent à de telles méchancetés, que les diables vont avec eux à titre de compagnons. » La relation fait mention d'un oiseau de la grosseur d'une grue qui ne peut pas voler, mais oui court avec la rapidité la plus grande, et. dont les plumes servent aux naturels pour Qrner la tête de leurs idoles. £n 1545, Juigo Ortez de Hâtez paraît aussi avoir recpnnu la plus grande partie de la côte septentrionale de la lerre des Papouas , en relâchant sur divers points et signalant plusieurs Iles nouvelle^. Ce fut dans cette expédition que les Espagnols donnèrent à cette grande terre le nom de Nouvelle- Guipécy par suite de la ressemblance qui existait entre les indigènes du pays et ceux de la Guinée (Afrique).

En 1753, Nicolas Sruick publia une description) grossière de la cote septentrionale de cette île avec les noms portugais, qui ne correspondent nullement avec ceux des explorations plus récentes et plus exactes.

Le Hollandais Schouten rectifia le premier les notions acquises sur cette

terre; il Tacoosta le 7 juillet 1616, devant rîiC Vulcain, qui était alors un volcan en activité. Ji flvait à bord un indigène de la rjiouvelle-lrjaade; mais ji ne put comprendre le langage des Papouas, qui s'approcl)èfe'nt.sur des piroçues à balancier. Après avoir dç-

f)asse, le 9 juillet;, les îles dui reçurent e nom de Schouten., cç^ habile* navigateur mouilla devant uiie ile identique avec celle à laquelle M. d'I irville a depuis donné son nom. Suivant la relation du vojage de Lemaire çt de Schouten, les habitants avaient les cheveux courts et frisés; ils portaient des aimeaux aux narines et aux oreilles, des plumes à la tête et aux bras, des colliers (Jie dents de porc au nez, et un grand ornement sur la poitrine. Ils usaient du bétel , et étaient sujets à plusieurs maladies où difformités; ils avaient beaucoup de cocps, et ils deniandaient une aune d'étoffe pour quatre de ces fruits; ils avaient des cochons, mais ils ne voulurent pas en céder.

pendant plusieurs jours on navigua le long de la côte, sans qu'on pât savoir quelle était la terre près de laquelle on se trouvait. Le 15, l'ançrè fut jetée près de deux îles fertiles eiî cocos, se? parées de la grande terre par un mille d'étendue. Les naturels lancèrent des flèches aux IJollandais, qui leur répondirent par une décharge de pierriers.

Après cette île, on en vit deux autres situées à cinq ou six milles de la côte et nommées Arimoa.

. Le 21, Schouten aperçut d'autres îles, probablement les îles des Traîtres, dont les habitants vinrent commercer avec de grandes pirogues charfées de poissons secs, de cocos, de Bananes et de tabac. Ils s'approchèrent d'un air timide, versant de Peau sur leur tête en signe d'amitié, et leur langage ne ressemblait pas à celui des fies Arimoa.

Bientôt après qu'il eut quitté ces lies, Schouten en prolongea encore une fort haute, dont la partie occidentale fut nommée Goede-IIoope (Bonne- Espérance), nom qui fut transféré par Dampier à une pointe plus occidentale*

Schouten partit de là pour les Moluques.

£n 1622, Roggeween vit aussi c|uelques parties delà Nouvelle-Guinée; il toucha aux îles Arimoa , où deux cents pirogues lui apportèrent de^ provisions. Il traversa un groupe qu'il nomma Mille Iles, et qui sont vraisemblablement encore les îles des Traîtres.

Suivant le journal du voyage de Roggeween, les indigènes avaient une chevelure épaisse et bouclée comme de la laine, et la cloison des narines traversée par un morceau de bois.

En 1643, le célèbre navigateur hollandais Abel Tasman reconnut Tîle Yulcain, ainsi nommée parce qu'elle possède un volcan ignivome, et non

Sas éteint, comme le disent la plupart es géographes sédentaires. Il communiqua avec les habitants de l'île Jama, avec lesquels des provisions furent échangées, et vit à l'est l'île Moa, où il se procura six mille noix de cocos et cent régimes de bananes ( pisang ).

Depuis Tasman jusqu'à Dampier, c'est-a-dire durant 1 espace de soixante ans, aucun Européen ne visita la Papouasie. Dampier vit en janvier 1700 une portion de la côte la plus occidentale, découvrit la petite île de Poudou-' Saboude^ devant le golfe Mac-Cluer, prolongea de fort loin la bande septentrionale, vit encore l'île Schouten, et découvrit l'îlot de la Providence. A son retour, il s'ouvrit une route par le détroit qui porte le nom de ce savant navigateur, constata la séparation des deux grandes îles, découvrit dans le chenal une île volcanique et quelques autres îles, qu'il nomma Rook^ Couronne, Richy et un volcan, Vile Brillante y et reconnut enfin celles de Schouten. Gouvernant encore à l'ouest, il quitta ces parages en passant à la hauteur des îles Aîissory et Providence.

En 1705, le petit navire hollandais le Geelwink explora en détail la grande baie qui reçut son nom; mais comme il n'est resté aucun document précis sur cette campagne, le savant Fleurieu pinça la baie reconnue, à plus de deux cents lieues à l'est de sa position réelle.

En 1705 encore, Funnel, capitaine anglais , vit quelques parties de la côte nord-ouest delà Nouvelle-Guinée, sans avoir aucune communication avec les habitants. Carteret vit la côte septentrionale. Dans la partie méridionale à peu près inconnue, Edwards découvrit le cap Rodney.

La Papouasie flit encore négligée jusqu'en 1768. En cette année, Bou-

§ainville approcha des terres, vers l'enroit où le capitaine d'Urville a placé la baie Humboldt, et les prolongea à une distance considérable. Cook à son tour, en 1770, en fit autant pour la côte méridionale , qu'il aborda aux environs du cap Walsh. Il voulut débarquer ; mais \e& naturels , placés en embuscade, lui envoyèrent leurs javelines, et, en outre, plusieurs d'entre eux lancèrent, avec une sorte de canon ou de canne creuse , des feux dont personne ne put soupçonner ni l'usaçe ni la nature; seulement, à une certame distance, les décharges ressemblaient entièrement à celles d'armes à feu , sauf le bruit (*). Les insulaires, selon Cook, ressemblaient aux naturels de la Nouvelle-Hollande, à cela pcès qu'ils lui parurent d'un teint beaucoup moins foncé. Le navigateur anglais tut le premier à relever qaeloues détails précis sur la partie méridionale de la Nouvel le- Gui née, quoique , d'après son aveu , elle eût dO être visitée en des siècles antérieurs par des Espagnols , des Hollandais et des Portugais, qui tous avaient gardé le silence sur leur dt couverte.

En 1774, le capitaine Forrest vint des Moluques, sur un koro-koro malai , pour prendre quelques plants de muscadier sur la partie occidentale de la Nouvelle-Guinee. Il entra dans le havre de Dori , et fut le premier qui recueillit des documents authentiques sur la Papouasie.

Le Northiimherîandy vaisseau de la Compagnie des Indes, commandé par le capitaine Rees, allant en Chine dans la mousson contraire, relâcha le 30 mars 1783, dans une baie de la côte

(*^ Hawkeibury account, 1. 1 , p. 6o8. •

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nord-ouest de la Papouasîe , qui semble être la baie de FreshwcUer ( Eau fraîche ) de Dampier, par le St«» 26' de lat. sud. Voici ce qu'on trouve dans le journal {Log-book) du navire, déposé dans les archives de la Compagnie des Indes orientales.

« Les indigènes (Papouas) donnaient le nom de Braou {*) à la plage voisine du lieu où le vaisseau était à Tancre. »

Dans un combat entre les naturels et les Anf^laiset Lascars de Téquipage, ceux qui turent prisonniers furent assez bien traités : on leur donna en abondance du pain de sagou nommé toyo.

Quant aux blancs qui mourvirent dans le combat , les Papouas les mangèrent suivant leur coutume, après les avoir dépex^és avec de petits couteaux, et ils conservèrent leurs têtes dans des paniers. Mais aucun ne fut tué après la guerre daus ce but.

Les habitants de Braou sont trèsnombreux. Les Lascars prisonniers ont prt-tendu que dix mille hommes ne suffiraient pas pour les subjujijuer, et qu'ils n'avaient pas de roi ; mais les Lascars sont ordinairement fort exagérés. Ces Papouas sont nus pour la plupart.

Leurs armes sont des flèches, des arcs, des pieux et des lances.

Ces Papouas se procurent les petits couteaux dont nous avons parlé , dans nie Omno\x Honiriy probablement T^Je Vouonin, à vingt lieues nord -est de l'île Goram , car ils trafiquent avec ses iiabitants. Les Lascars parlaient de ce peuple comme jouissant de la civilisation , « rendant le bien pour le bien et le mal pour le mal. » Leur religion est l'islamisme.

En 1790 et 1791 , Mac-Cluer paraît avoir réalisé des travaux importants, mais peu connus, sur la partie occidentale de cette grande terre. 11 découvrit un canal tr^-profond, qui forme une presqu'île dont nous avons déjà parlé.

En 1792, d'Entrecasteaux reconnut environ quarante lieues des côtes de

(*) Ce nom de Braou n'est pas sur les cartes.

la Nouvelle-Guinée, aux environs du Çolfe Huon, sur la partie sud-est, et a peu près autant aux environs du cap Goede-Hoop; mais dans ces reconnaissances à la voile il n'eut aucune relation avec les naturels.

En 1823, le capitaine Duperrey se contenta de relever les îles Schouten.

Il aperçut à quinze ou vingt lieues de distance quelques-uns des pitons de la ^ande terre; mais l'année suivante, il passa treize jours au mouillage du havre Dori, et en releva la cote dans une étendue de vingt ou trente lieues à l'ouest de ce havre. Les naturalistes de l'expédition s'y livrèrent à des recherches et à des études fructueuses, et nous regrettons vivement que la relation de ce voyage n'ait point encore été publiée. Voki ce qu'en dit le savant M. d'Urville, alors lieutenant dans cette expédition.

« Les q^uestions que j'avais adressées en malai a quelques naturels des environs du havre Doréï (Dori) m'avaient amené à penser qu'ils retiraient la plupart de leurs productions végétales, comme liaueurs , tabac, taros, des Harfours, et le récit de Forrest ne pouvait

?ue me confirmer dans cette opinion.

I fut impossible à ce navigateur d'avoir aucune relation avec ces hommes; les Papous (Papouas) s'y opposèrent, et paraissaient même fort mécontents du désir qu'il témoignait de pénétrer vers eux.

« Ils en agirent de même avec moi , et mirent tout en usage pour m'engager à renoncer au projet que j'avais formé de visiter les Harfours. Cette pensée les contrariait singulièrement.

Les uns ne voulaient pas m'écouter, les autres faisaient semblant de ne pas m'entendre, et les plus civils employaient toute leur rhétorique pour me dissuader. Enfin, par l'appât d'un compati (piastre) et d'un beau couteau, je parvins a déterminer un jeune Papou d une physionomie intelligente à m'accoinpagnêr jusque chez les Harfours. Je ne sais s'il communiqua son m^irché à quelqu'un des siens, mais à peine fut-il assis avec moi dans le canot que la peur s'empara de lui , et il allé-

dis

L'UNIVEftS.

gua pour s^excuser ^ous les motifs qu'il pat iniagiber, là tmin, la sbif,' le mal au cœur.

« Quand nous eûmes débarqué près des cases, les mai^lfesiations de sa crainte redoublèrent; il s*arma d*uiï arc et de flèches, assurant que les j^rfakîs étaient de très-méchanteS gens qui nous tueraient infailliblement, st nous n'avions point de fusils. Je n'avais boînt voulu en prendre pour ne causer aucune inquiétude aux nouveaux hôtes que fallais visiter, et je ne portais que la petite bêche qui me servait à arracher les plantes. J'étais accompagné d'un seul nomme également sans armes, et portant une boite de botanique.

« Sans écouter mon guide, j'enfilai le premier sentier qui s'offrit à nos yeux et qui semblait Conduire vers Tintérieur. Par un hasard assez sinçulier, j'ai reconnu depuis que c'était le seul sur plusieurs qui devait me conduire à mon but, et ce fut heureux; cardans les dispositions où était mon conducteur , si je m'étais fourvoyé, il est à peu près certain qu'il ne m'eût pas remis sur ma route, ^'ous traversâmes une lisière assez mince, occupée par des bois taillis d'un aspect fort agréable, et semés seulement cà et là de grands arbres. Mon naturel ne cessait ses jérémiades et ses efforts pour m'engaî^er à revenir sur mes pas, ou du moins à prendre des sentiers latéraux. Ennuyé de ses doléances perpétuelles, je lui sîgniQai durement que je n'avais pas besoin de lui et que j'iraiS bien tout seiil chez les Har!'ours. Alors il prît son parti, soupira et marcha en avant, voulant sans doute gagner son enjeu.

a Au bout de quinze minutes environ de marche, au moment où on va quitter la bande littorale pour entrer dans la' colline qui la surmonte, je rencontrai un grand enclos rempli ue bananiers et de ta'ros très-verdoyants , très- touffu s, mais assez mal entretenus, le tout entouré d'une solide palissade. Comuîe je m'arrêtais pour y jeter les yeux, mon sauvage vint brusquement à moi , et me dit que les feni-

mes des Arfakîs étaient cachées là-de-* dans, au ^'1 ne fallait pas y entrer, si Je lie voulais pas y être massacré. Je dq croyais guère à ces menaces ; mais cà jetant les yeux autour de moi , l'aperçus éur le coteau qui dominait la vallée un grand édiuce perché sur des pieux élevés, offrant l'apparence d'une redoute. Comme je considérais l'étrange aspect de cette habitation, mod papou se mit à pousser des cris aux-^ quels répondirent d'autres cris confus, parmi lesquels je distinguai des rolx dé femmes.

« Le Papou renouvela ses instance pour me Taire rétrograder; mais je commentai à pénétrer le véritable but de ses simagrées. 11 était impossible que ces indivicjus, avec lesquels il échangeait des cris, fussent ces terribles Arfakis dont il redoutait tellement la rencontre. Tout annonçait, aii contraire, que c'était là que s'étaient retirées les femmes des Papous , avec leurs enfants , pour n'être pas exposées aux regards des Français. Le veille ^ avec Duperrey, j'avais visité îe village , et j'avais été surpris de trouver la plupart des cases désertes. Pas une femme ne s'y trouvait. Sans doute les naturels, à l'arrivée d'un nouveau navire dont ils ne connaissaient pas le pavi!^ Ion, avaient cru prudent de soustraire leurs femmes et leurs enfants à deS étrangers, dan<; ta crainte qu'on ne les leur enlevât. Le hasard nravait amené au lieu de leur asile, et de là, les craintes , les inquiétudes et les détours de mon Papou.

« J'expliquai donc de mon mieux à mon çuide que je n'avais nulle envie de voir les femmes renfermées dans cette enceinte , mais que je voulais absolument voir les Harfours. Cette déclaration le calma, et nous coramençâmes à gravir la côte. En certains endroits, elle est assez rude, et les filets d'eau qui coulent sur le granit rendent parfois le chemin fort glissant. Quelquefois encore il est barré par des crevasses ou des fondrières qu'il faut traverser sur des troncs d'arbres qui servent de ponts. Comme nous connnencious à monter, une quinzaine

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de sauvages, armés de couperets, d'arcs et de flèches, parurent au-devant de nous. Ils manifestèrent une vive inquiétude : du reste, aucune menace , aucune intention hostiïe. Je regardai mon Papou; il semblait embarrassé, maïs nullement épouvanté. J*en conclus qu'il n*y avait point dé danger.

M'avancer vers les nouveâiix venus, leur offrir quelques cadeaux , et tâcher âe leur faire entendre qujB je n'en voulais point à leurs femmes, voifà ce que je fis. les sauvages m' écouta lent en me regardant d'un air étonné : il était évident uu'ils ne comprenaient nullement ce que je voulais leur dire; mais ils se rangèrent paisiblement, et me laissèrent passer. L un d'eux même, en retour de mes présents, m*offrit un oiseau de paradis supeirbe, assez bien conservé, et en outre un jeune kangarou en vie.

« Comme je continuais ma route, mon Papou semblait s'être un peu rassuré, me parlait des sauvages que nous venions de rencontrer, et me disait que ce n'était pas des Papous comme lui, mais des bêtes , des animaux qui ne savaient' n\ entendre ni parler malaïo.

EnGn je me trouvai près d'un vaste enclos qui environnait la grande case du sommet de la colline; j'entrai sans obstacle , et je témoignai à deux ou trois sauvages le désir de visiter la maison. Ils y consentirent sans aucune répugnance apparente, et m'y accompagnèrent. Une grosse poutre inclinée, fortement entaillée, servait d'escalier.

L'édiGce est un vaste hangar d'environ cent pieds de long, soutenu à une hauteur de vingt pieds environ sut une charpente compliquée. L'intérieur Èe compose d'un couloir qui règne dans toute son étendue, avec de petites chambres de chaque côté. Aux deux extrémités sont deux plates-forities. En un mot, la disposition de ces cases est absolument seniblable à celle des édifices bâtis par les Papous au bord de l'eau. Les femmes et les enfahts avaient été éloignés. Pourtant mes nouveaux hôtes m'offrirent à manger du pain de sagou, des taros et d'autres mets; plus polis, plus hospi-

taliers au moins que |es Papous , qui ne m'offrii-ent jamais autant. Une fdis redescendu de la case , mon guide et quelques-uns de ses camarades qui I avaient rejoint, tentèrent de nouveau de mè faire rebrousseir chemin. IJÏaîs je continuai dé suIVre le sentier battu» Ad sommet d^une cdllitie je trouvai une seconde habitation semblable à la précédente, également enclose. Au-aessoUs de cette case paissaient de petits cochons aux formes plus sveftes que ceux d'Europe, au pelage entièrement fauve, à la queue plus longue : j'aperçus aussi quelques poules.

« Mes sauvages et surtout le guide devinrent plus pressants que jamais,

{)our m'engager à m'en retourner. îe eur' déclarai d'un ton péremptoire que I'e voulais absolument voir les Arialis et leur parler. Les Papous parui'ent d'abord fort embarrassés, puis mon guide finit par. m'a vouer que ces deux^ases appartenaient aux Arfakfs, tandis que celles dii bord de la uïer étaient aux Papous. Les habitants de ces cases,' par leurs gestes, semblaient confirmer l'exactitude de ces assertions. Alors je déclarai que je voulais visiter les Uarfours, et tous assurèrent qu'il n'y en avait point. A cet égard , je dus rester dans une véritable incertitude. Celte expression d'Harfours doit-elle s'appliquer aux Arfakîs ou habitants des montagnes ? Est-elle inconnue à Doréï (Dori ) ; ou bien doitelle désigner des tribus stationnées plus avant dans l'intérieur ? Pour résoudre (tes questions , il eilt fallu mieux connaître l'idiome de ces peuples.

« Je prolongeai encore ma course à un mille ou uegx plus avant; mais je ne trouvai que de sombres et majestueuses forets, où s'offraient seujemeht, çà et là, quelques clairières; les espaces où les arbres étaient en partie brûlée, en partie coupés, semblaient destinés à des plantations. Du reste »

je ne retrouvai aucune trace d'habitations. Enfin le temps se couvrit $ mes sauvages ne cessaient de me harceler pour m'inviter à revenir; je sentis que, si je les poussais à bout, quelques flèches me seraient facilement

adressées, sans que je pusse deviner d'où elles viendraient ; et qu'à bord , on ne pourrait pas m^me conjecturer où je serais resté. Je me décidai donc à revenir sur mes pas, et je fis une assez bonne récolte ae plantes et d'insectes. Les coléoptères surtout m'offrirent une foule d'espèces nouvelles. »

Le capitaine Andrews aborda, en 1826, à la Papouasie, dans un voyage entrepris de Buénos-Ayres dans les Indes et en Chine.

Le voyageur ou les voyageurs qui se rendent dans les mers des Indes et de la Chine, par le canal Saint -George et le détroit de Dampier, £t surtout en longeant les côtes de la Nouvelle- Guinée, ne peuvent réfléchir sans surprise à rignorance profonde où Ton est, même sur les simples localités d'un pays aussi riche et aussi étendu.

La situation de la Papouasie, par rapport à la Nouvelle - Hollande , est très- intéressante; et il est permis de la regarder comme la clef de^ Moluquès et des Philippines. Sa latitude étant la même que celle de Java et d'une portion de Soumadra, on y trouve toutes les productions propres à ces ties.

Quand nous arrivâmes sur ces côtes, nous jetâmes Tancre près d'une île voisine àe la principale terre. Cette île était couverte d'arbres qui s'avançaient jusqu'au rivage. Les sauvages se cachèrent dans les bois , et poussèrent des cris effroyables qui nous firent craindre d'abord une réception peu amicale; mais, en débarquant, nous fûmes bientôt assurés que ces cris n'étaient que des démonstrations de joie.

D'ailleurs quelques huzzas anglais auraient peut-être été aussi extraordinaires et aussi alarmants pour un peuple dont les deux sexes étaient dans un état comple't de nudité. Les naturels sortirent du bois en grand nombre , et , entourant la chaloupe, ils firent mine de vouloir la traîner avec tous ceux qui la montaient jusque sur le rivage , comme ils font de leurs canots; mais, s'étant aperçus que ce mouvement avait fait prendre une attitude défensive à mes hommes , ils se retirèrent

aussitôt jusqu'à une ligne qu'on leut^ traça sur le sable avec un couteau , et qui laissait une distance sufQsante pour parlementer. Leur chef répondit au signe de paix que nous fîmes avec un drapeau blanc, en élevant une branche de verdure qu'il venait de cueillir; alors chaque parti déposa ses armes , et , au bout d'une demi-heure, mes gens fraternisèrent avec eux. Je les Gs d'abord surveiller, de crainte de surprise ; mais ie fus parfaitement rassuré sur leurs nonnes intentions; et les échanges se firent d'une manière régulière par l'entremise des chefs :

bientôt nos barques furent pleines de volailles, de bananes et de fruits de diverses espèces. Ils parurent d'abord vouloir s'opposer à ce que Ton coupât le bois dont nous avions grand besom; mais ils furent facilement apaisés par l'offre d'un chapeim retroussé, de quelques bandelettes , de couteaux , de chapelets, et de morceaux de drap rouge.

Des exemplaires du limes attirèrent aussi particulièrement leur attention , et les caractères leur en parurent si extraordinaires, qu'ils remplirent leurs barques de cannes à sucre pour la tête d'un des numéros de ce journal. Deux de nos marins , qui passèrent un jour et une nuit dans 1 île, revinrent fort contents de l'hospitalité cfu'ils y avaient reçue, et nous apprirent que la timidité de ses habitants venait de ce que l'un d'entre eux avait été blessé d'un coup de fusil. Un homme, âgé d'environ cinquante ans, fit comprendre par ses pestes que Téquipage d'un navire qui avait déjà abordé sur cette côte, avait eu uiie rixe avec les naturels, et que c^t accident en était résulté. Il est très- probable aueles matelots prirent leurs cris pour des marques d'agression (*).

VAstrolahCy commandée par M. Bumont d'Urville , après avoir franchi , le 2 août 1827, le détroit de Dampier, commença le relèvement minutieux de toute la côte, et le continua sur une étendue de trois cent cinquante lieues, avec la précision des méthodes les plue

(*) Journal d'Andrews.

OCEANIE.

rigoureuses; et, depuis lors, la configuration de ces terres est mieux connue. Cette corvette reconnut ainsi flte du Volcan dans le détroit, et trouva -son cratère éteint; les îles Rouk, Tupinier, Lottin, Longue, Couronne, Rich, à peine indiquées jusqu*alors ; elle traça la direction de Timmense chaîne ues monts Finisterre, signala la première le golfe de T Astrolabe, reconnut encore les Iles Dampier, Vulcain, traversa toutes les Iles Schouten , releva d'autres Iles inconnues près de lii côte, découvrit la baie liumboldt, flanquée de chaque côté par les énormes pitons des monts Bougain ville et Cyclopes. Sans la perte antérieure de ses ancres, qui lui rendait les mouillages difficiles et périlleux, elle eût vérifié le gisement intérieur de cette baie importante. À dix lieues environ à Test de ce port, V Astrolabe s'étant trouvée entraînée vers la côte par le calme et Je courant, les naturels , accourus dans des pirogues, firent mine de Tatta-

3uer; mais un coup de fusil et un coup e canon délivrèrent les Français de leurs visiteurs. Le capitaine d'Urville continua sa route , passa entre les Iles Arimoa et la terre , franchit la bande d*eaux décolorées au nord de la pointe

aui reçut son nom , et soupçonna qu'un euve considérable se jetait dans la mer à cette hauteur. Donnant ensuite dans le canal de Jobie, inexploré jusqu'à lui , il traça la configuration des lies Jobie, Misory, Baltiç et Longue; enfin, le 25, il alla mouiller au fond du havre Dori. A peine la corvette se trouvait- elle sur son ancre, que des pirogues l'entourèrent et vinrent commercer avec des matelots. La confiance était si bien établie par les précédents de la Coquille y que les femmes ellesmêmes ne songèrent plus à quitter leur résidence. L'arrivée des Français ne changea même rien aux habitudes de la peuDlade. Il en résulta seulement un redouolement d'activité commerciale. Avant pris terre sur la grève, M. d'tfrville voulut" y continuer , à quatre ans d'intervalle, ses explorations aux cabanes des Arfakis, espérant toujours y obtenir des renseigne-

71* Livraison, (Océanik.) T. Iil.

ments sur ces mystérieuses peupla-* des (*). Laissons encore parier ce savant navigateur :

« Quatre jeunes Papous, à qui j'avais promis en récompense quelques bagatelles, devaient me conduire aux lieux que fréciuentaient les oiseaux de paradis. Après avoir marché durant dix minutes dans une agréable vallée qui borde le rivage, on arrive à une côte d'une pente assez rapide, couverte généralement de très -grands arbres. Quand on a gravi à la hauteur de cent toises environ , on se trouve sur une espèce de plateau habité et cultivé par une tribu d'Arfakis, amie des Papous de la plage. Toutefois , une défiance réciproque règne entre les deux peuplades. Lors du voyage de la Coquille y quand je découvris, pour la première fois la résidence de cette tribu, les Papous de la plage employèrent tous les moyens possibles pour m'empécher d'avoir aucune communication avec ces montagnards; tantôt m'affirmant qu'ils allaient me tuer, et me couper la tête; tantôt me disant que c'étaient des imbéciles semblables aux animaux, incapables d'entendre mon langage, non plus que le leur, et qui ne méritaient que mon .mépris. Il était évident que ces Papous désiraient conserver le monopole du commerce , et paraissaient contrariés de voir les Arfakis participer aux avantages qu'ils retiraient de leurs relations avec nous.

« A cette éooque , la tribu tout entière des ArfaKis , qui me parut composée d'environ cent cinquante personnes, habitait deux immenses cabanes en bois, perchées sur des pieux de trente ou quarante pieds de hauteur, et dans lesquelles on montait par une pièce de bois entaillée.. Cette pièce de Dois se retirait durant la nuit et aux approches de l'ennemi. Chaque famille avait une cellule particulière , et chacune des cabanes ou hangars contenait une vingtaine de ces cellules.

« Ces Arfakis me reçurent alors avec beaucoup de politesse; et, plus hospU

(*) D^Urvillc, Voyage piUoresqiie.

taliers que tes Papous, ils mWfrirent même quelques rafraîchissements.

« Dans la position qu'occupaient

Erimitivement les deux cabanes sur le ord d*un ravin profond et de la plateforme qu'elles terminaient , on jouissait d'une vue ravissante. L'ensemble du havre Doréî (Dori) , les riantes ties de Manasouari et Masmapi , la côte entière fuyant vers le sud jusqu'aux limites de rhorizon , et, par-dessus tout cela, la chaîne imposante des monts Arfakis, formaient un tableau vraiment admirable. C'était la nature sauvage dans tout son luxe , dans toute sa sévérité ; sous les feux de la ligne , le voyageur contemple avec étonnement cette puissance de végétation, cette surabondance de sucs qui couvre d'arbres, de fougères et de plantes parasites, les terrains en apparence les plus arides et les plus rocailleux. Nulle part au monde je n'ai observé des végétaux d'une hauteur aussi démesurée. Les dimensions ordinaires des arbres de ces forets surpassent tout ce que j'ai jamais vu en ce genre. .

* Aujourd'hui les deux grands hangars sont abandonnés et en ruine. Les Arfakis se sont logés dans cinq ou six édiOces plus petits, construits dans le même genre, mais moins élevés, et si« tués à deux ou trois cents uas plus loin. Ils sont entourés de belles plantations de taros, de courges, de maïs, de lalavanzas, bananiers, etc.

« Bientôt nous nous sommes retrouvés au milieu de vastes et sombres forêts; alors mes guides m'ont assuré que là vivaient les oiseaux que je cherchais. Soit à cause de la pluie qui était tomt)ée dans la nuit, soit par tout autre motif, je ne vis aucun de ces brillants volatiles; je n'entendis pas même leur cri si perçant et si remarquable parmi les autres cris d'oiseaux.

Ces forets , peu garnies de sous-bois , sont faciles à traverser , et présentent même une promenade agréable sous leurs immenses et impénétrables dômes de verdure , au moment le plus brûlant de la journée.

« Après avoir franchi, pendant deux heures de marche, plusieurs ravins

et queloues fourrés très -épais, nous descendhnes vers le rivage, près de l'entrée du canal de Doréî, entre le cap Wakalo et la pointe Ambla.

« Kn approchant des villages de Doréî et Kouao, les femmes témoignèrent encore quelque timidité ; mais les hommes et les enfants sont tout à fait familiarisés avec nous. Après avoir conversé quelque temps avec eux, à l'ombre d'un bel artor^rpus, je rentrai à bord. La pièce la plus curieuse de ma chasse était un beau maïnate , oiseau que j'avais vu trois ans avaat è Sourabaya, chez le colonel français Bonelle, et qui est susceptible a* un certain degré d'éducation. »

Voici comment d'Urville raconte son excursion près de Dori.

« Les bords de la plage étant partout garnis d'une lisière de fourrés épais , où nos vêtements seraient tous restés par lambeaux , nous pénétrâmes dans les bois par le lit mênie du torrent. Pendant deux ou trois oents pas, il faut marcher avec de Teau jusqu'à la ceinture ; mais , au delà , à peine la cheville est-elle mouillée dans les temps de sécheresse. La lisière maritime uno fois franchie , la forêt se déjiage. On peut y entrer et la parcourir dans tou8 les sens. Elle est composée alors de végétaux immenses , qui forment sou* vent deux étiges de verdure.

« La Journée qui suivit cette incor» sion , dit le narrateur du Voyage pittoresque autour du monde, fut employée à visiter les villages papous , situés sur la grèvcL On en voyait deux sur la rive nord du havre, noinniés Dorrï et Kouao , et un troisième sur la petite ile de Manasouari. Tous ont la même forme. Ce sont des tuiiigars d'une grande longueur, fabriqués avec des ais et des perches grossièrement taillés , se soutenant sur des pieux à huit ou dix pieds au-dessus du niveau de la mer; tous sont ainsi construits sur pilotis, aucun n'est en terre ferme; de longs pieux, fortement entaillés, servent d'escaliers à ces demeures , et sont retirés au dedans au milieu de la nuit comme à l'approche de fenn^imi.

Cette affectation des Papous à n*avoir

OCÉANIE

des demeures que sur les eaux n'a pas été bien expliquée. Les uns y ont vu une pensée religieuse , d'autres le simple désir de se tenir à Tabri d'insectes et de fourmis importunes qui ravagent le pays, d'autres enfin, un motif de sécurité contre les attaques de leurs adversaires. J'entrai dans une. de ces cases. C'était un vrai château branlant , percé à jour de tous côtés ; un couloir long et étroit , pratiqué dans le milieu , séparait une rangée de cellules, chacune habitée par un ménage. Ces cellules n'avaient pour tout meuble qu'une natte ou deux , un pot de terre, un vase ou deux en faïence, et des sacs de farine de sagou. Les appartements des koranos (cliefs) , qu'ils noniment aussi capitansy mieux montés que les autres, avaient aussi de plus

Quelques caisses ou corbeilles en feuilles e bananier ou de nandanus , où ils déposent leurs marchandises et leurs richesses. Dans une autre cabane qui semblait une sorte de harem ou de gynécée , je vis plusieurs femmes rassemblées dans une salle commune, et travaillant à divers ouvrages. Les unes tissaient des nattes , les autres pétrissaient de l'argile, et en fabriquaient des vases de diverses grandeurs. Une d'elles chantait , tandis que les autres semblaient prendre plaisir à cette mélodie. Au milieu de toutes ces maisons alignées le long de la plage , il en est une qui frappa le plus vivement ma curiosité. Elle se composait d'une seule pièce avec un toit triangulaire, ayant pour plancher six grosses poutres transversales, soutenues chacune sur quatre pieux solides; il en résultait une sorte de colonnade de quatre rangs , dont chacune se composait de six poteaux. Tous ces pieux étaient sculptés en figures humaines , d'un travail grossier, si Ton veut , mais fort reconnaissablés. Dans ces figures toutes nues, la moitié, celles du rang extérieur, étaient du sexe masculin; les autres, du rang inférieur, étaient du sexe féminin. Elles étaient toutes surmontées d'un turban ou d'un shako formant chapiteau; de soi te que leur assemblage avec les poutres supérieures

présentait un ensemble d^architectore régulière ( voy. pL 225). Tout ce que nous pûmes savoir de nos guides au sujet de cet édifice , c'est qu'il avait une destination religieuse. Du reste, aucune perche entaillée ne semblait y donner accès.

« Ces naturels ont une religion, dont les hommages aux restes des morts semblent foire essentiellement partie.

Ils prennent le plus grand soin de Tentretien des tombeaux , et déposent sur le tertre des offrandes et des statuettes bizarres. Quelques-uns de ces tombeaux ont des formes compliquées et symétriques (* ).

« Placés aux portes de la Malalsie , des Philippines et de la Chine, les Papous ont dû recevoir de ces pays quelques notions vagues de l'art asiatique et de l'industrie européenne.

Déjà ces premiers rudiments se traduisent pour eux en progrès dans l'architecture, le commerce et les constructions. Leurs pirogues sont tout à fait différentes de celles des Mélanésiens ; elles ressemblent beaucoup pour la forme au koro-koro des Moluques.

L'une de ces embarcations entre autres me frappa surtout par sa forme et ses proportions. Plus perfectionnée que les barques malaises, elle offrait des anaioi^ies avec nos grands bateaux pécheurs. Les guides nous apprirent que c'était le navire sur lequel les habitants de Doréî envoyaient tous les deux ans leurs tributs en esclaves, écailles de tortue, oiseajx et écorce de inassoî,

(*) Ces toml)eatix sonl faits de roche dure de corail. Ils ont des coussinets en bois, ornés d'espèces de tèies de sphinx, el présenteilt une analogie extraoï-dinaire aveo ceux que Ton trouve sons la tèiedei momies dans les nécropoles de l'Egypte. Ils ont aussi des fêtes funebi-es à la lueur des lorches sur la plate-forme de leurs cabanes. Là, après avoir présenté aux conviés des féliciies disposés autour d\me table a manger, et m^" quels chacun d*eux adresse une harangue, les membres de la famille du défunt témoignent leur douleur en savouraut d«8 cochons grillés, des bananes , des ignames ei des laros rangés sur des plats. p. L. D. E«

UUNIVERS.

au sultan deTidot*, qu'ils reconnaissent pour leur souverain. »

Depuis la visite de d'Urviile, nous ne sachons pas qu'aucun navigateur ait visité aucune partie de Vile de la Pauouasie; seuienoent le gouvernement hollandais de Batavia a envoyé de temps à autre Quelques navires à la nouvelle colonie ae la baie du Triton.

ILES DES PAPOCAS.

Les îles qui portent mal à propos le nom de Papous, et que nous nommerons îles des Papouas , sont Salaouati , Véguiou, Rawak, Gamen, Battu nta, Guébé, Boni, Manaouaran, les îles En , la chaîne des îles Vayag, Rouib , ' le groupe d'Ayou , le petit groupe Asia , et les deux îles Abdou et Konibar. On y trouve des Papouas hybrides; mais la population principale se compose de celte race noire de Papouas que nous avons déjà fait connaître. JNous allons décrire les plus importantes.

ILE SALAOUATI.

Salaouati , terre haute , peuplée , et d'environ quatre-vingts milles de circuit, est séparée de la Papouasie par un détroit peu large, sinueux et semé de petits îlots; elle fut découverte en 1764, par le capitaine Watson , et est située par V 8' de latitude sud et ISS"" 35' de longitude est (milieu). L'île Salaouati paraît être occupée par des tribus' de Papouas.

nombreux et féroces, que gouverne un rajah indépendant. Les peuplades qui l'habitent vivent de poissons, de tortues et de sa^ou. Naguère ces insulaires se réunissaient aux guerriers des Sroupes voisins pour aller opérer des esceates formidables sur les points des Mol uques occupés par les comptoirs hollandais.

Nous apprenons du capitaine Forrest qu'aux mois de mars et d'avril 1770 , les Papouas de la Nouvelle-Guinée et de Salaouati réunirent une flotte pour aller faire la guerre à Guîlolo, Céram , Ambôine et jusqu'à Xoulla-Bessi. Ils ravagèrent l'île d'Am-

biou, près de Bourou, et enlevèrent pHisieurs des habitants.

« En 1770, ajoute Forrcst, cent bateaux papous (papouas) de la Nouvelle- Guiuée (Pat)ouasie), Salaouati et Mysol, s'asseniblèrent au temps de l'équinoxe du printemps, lorsque les mers sont tranquilles, et remontèrent le détroit de* l^atiencequi sépare Batchian de Guilolo. Ils ne commirent point d'hostilités; mais la compagnie hollandaise qui les redoute, leur envoya des députés et fit aux chefs des présents d'étoffes , etc., ce qui dispersa la flotte; après avoir péché quelques jours el chassé dans les bois, ils s'en retournèrent. Le rajah de Salaouati eut l'imprudence de rester par derrière. Il faut remarquer que , ni lui, ni aucun des rajahs , ne commirent de ravages.

« Les Hollandais, qui voulaient l'enlever, imaginèrent le stratagème q^ue Yoici. Un messager lui porta un papier signé et scellé du gouverneur de Ternate , en lui disant que c'était un pardon du délit qu'il avait commis en entrant à main armée sur le territoire des Hollandais; qu'il était plus heureux que les autres chefs des Papous qui avaient regagné leurs foyers sans cette absolution. Il fut invité en même temps à venir à Ternate, où le gouverneur lui rendrait tous les honneurs dus à son rang, et où il pourrait acheter dans les magasins de la compagnie ce qui lui conviendrait; cette invitation fut accompagnée d'un sac de dollars.

Le chef indien se laissa séduire : sentant que ses dollars lui seraient inutiles dans son pays, et ayant entendu parler des belles choses que les Hollandais vendaient à Ternate , il ne put résister au désir qu'il avait d'employer utilement cet argent qu'il venait d'aojuérir d'une manière aussi imprévue; il suivit donc le -député avec dix ou douze de ses sujets : il entra dans le fort et alla voir le gouverneur qui lui montra de la politesse et des égards.

« Le gouverneur, renvoyant alors la

§arde du prince indien, se crut si sûr e son prisonnier qu'il ne fît pas même fermer les portes. Quand on annonça au rajah qu il devait se rendre, il dj'

OCÉANIE

tout bas à ses gens , qui étaient prêts à mangamo ou à courir un mok pour sauver leur maître , et massacrer quelques Hollandais avant de mourir, de ne pas faire le moindre mouvement pour sa défense, mais de se sauver eux-mêmes. Ils prirent effectivement la fuite, tandis que le rajah rendait son cris (poignard) ; et dès quMls furent hors du tort , il montèrent à bord du koro-koro et s'échappèrent, P«ut-étre les Hollandais laissèrent-ils volontaire- • ment ces Indiens échapper. Le rajah est encore aujourd'hui prisonnier au Gap, où on le garde très-étroitement. »

Le détroit de Pitt ou Saggewein sépare Salaouati de Battanta. Battanta est une tle assez élevée, de vingt-six milles de long sur six de large. Sa pointe ouest est le cap Mabo : les premiers navigateurs prenaient ce cap pour l'extrémité de la Nouvelle-Guinée.

A côté est une baie où Ton peut se procurer du bois et de l'eau , mais il faut se tenir en garde contre dés Papouas féroces. Position 0* 50' lat. sud , 128" 20' long, est (milieu).

Le détroit de Gainen ou de Dampier fut reconnu par Dampier en 1700; il renferme plusieurs îles, et sépare Battanta de 1 île Véguiou. C'est par ce passage que se dirigent les navires qui veulent se rendre en Chine à conlremousson ; les courants le rendent fort dangereux. Je l'ai franchi moi-même sur le DurUra, et nous avons failli nous briser sur un rocher presque à fleur d'eau , en compagnie du Melville y qui nous donna un fort beau dîner, quelques jours après, à côté d'une des lies Carolines, au milieu de la mer du Sud, en réjouissance du danger auquel nous avions échappé.

ILE VÉGUIOU.

L'île Véguiou , plus considérable et mieux connue que les précédentes , paraît avoir été découverte par les premiers navigateurs européens qui s'établirent sur les Moluques. Dampier fut le premier toutefois qui , en 1700, constata qu'elle était séparée de la Nouvelle-Guinée; Bougainville, en 1768, en prolongea la cote méridionale;

Forrest en 1774, d'Entrecasteaux en 1793, Frevcinet en 1818, Duperrey en 1823 et 1825, enfin, d'Urvilfe, en 1827, continuèrent cette reconnaissance et recueillirent divers documents sur cette île. Forrest visita les havres de Fofahak , Rawak et Piapis, tous offrant de bons mouillages et où il se procura du poisson , du sagou et plusieurs tortues. L'île entière, au dire des naturels, contenait 100,000 habitants , 'distribués sous différents chefs, dont le plus puissant prenait le titre de rajah de Véguiou et résidait sur une Ile de la partie méridionale.

Les compagnons de d'Entrecasteaux mouillèrent à leur tour dans la baie de Boni, où ils passèrent douze jours.

Leurs relations avec les Papouas furent très-ami/'ales : chaque jour on appor* tait le long du bord du poisson , des

{coules, des tortues, des cochons, des égumes et des fruits de toute sorte.

Sur la fin de 1818, M. de Freycinet séjourna aussi pendant trois semaines dans le petit havre de Rawack , où les Papouas de Boni et de Kabareî venaient trafiquer avec les Fran^iis. Ces naturels se montrèrent aussi timides qu'on les avait dépeints entreprenants et belliqueux. Le PapouaSrouane,chef de l'ile Boni, gagne par des présents, devint Tami et le commensal du capitaine. Les officiers, les naturalistes parcoururent librement la contrée, et M. Quoy put saisir un tableau assez complet de la physionomie du pays.

« Dès que le jour parut, dit-il, nous partîmes pour Boni, où, la veille, nous avions aperçu un assez grand nombre de maisons. Arrivés vis-à-vis de l'anse où elles sont placées , nous reconnûmes qu'une ceinture de brisants nous en défendait l'approche. Il fut donc résolu que nous nous dirigerions vers la côte S. de l'île, où la mer, plus tranquille, nous permettrait un accès moins périlleux; mais la, des arbres qui couvraient les rochers en s'avançant jusque dans Teau, bordaient la cote d'un rempart presque impénétrable. Une très-petite anse nous parut être le seul point où l'on pût débarquer. Du reste, nous admirions partout la vigueur et

L'UWIVERS.

Véclat de cette végétation ; tantôt des perroquets parés des plus vives couleurs ranimaient et l'ornaient à la fois; tantôt des kakatouas d^une blancheur éblouissante se dessinaient au loin sur le vert foncé du feuillage; nous en vîmes quelques-uns entièrement noirs , ce qui est assez rare dans cette espèce d'oiseaux causeurs.»

M. Quoy et ses compagnons contin'inienrt a côtoyer Ttle Boni , quand Tembou/hure d*une petite rivière par laquelle la mer pénètre dans l'intérieur des terres, leur fitnaitre Tidéed'y entrer. Ils nV parvinrent qu'en se glissant avec peine sous les branches des mangliers dont les racines entravaient à chaque minute la marche du canot, et finirent par lui barrer tout à fait le passage. Le Chef de File \int à leur aide; il les conduisit à terre; mais ils trouvèrent les vingt cases ou maisons qui composent le village de Boni , entièrement abandonnées : les naturels, à leur approche, s'étaient réJ'ugiés dans les bois. Ces maisons étaient construites sur pilotis, au bord de la mer.

« Dans rîmpossibilité de communiquer avec les indigènes de cette fie, nous partîmes pour le fond du havre, dans 1 intention de visiter la rivière qui servit autrefois d'aiguade à Tamiral d'Entrecasteaux , et où nous fîines de l'eau à notre tour (voy.jp/. 239). Elle est étroite, sinueuse, ses oords sont couverts d'arbres d'une hauteur immense, formant un paysage et des ombrages charmants. Le soleil sur son déclin laissait régner autour de nous une douce fraîcheur. Tout à coup , trois oiseaux de paradis vinrent animer ce superbe tableau. L'un d'eux traversa la rivière en formant des ondulations avec sa queue magnifiaue; arrivé au milieu au trajet, il s éleva perpendiculairement, sans doute pour saisir quelque Îroie ; ce qui nous procura longtemps B plaisir de le considérer.

« Nous rencx)ntrânies le courant pendant l'espace-de près d'un mille : mais là, notre canot, tirant trop d'eau, fut arrêté par un amas considérable de galets, de schistes, de pétrosilex, etc«

a Ne voyant aucun asile convenable, nous revînmes à notre gite de la veille; il s'y trouvait encore du feu : chose agréable même sous Téquateur, car les nuits V sont fraîches et excessivement humicics. »

Pendant le séjour de M. Freycinet à Rawak, le kimalaha, ou chef maritime de Guébé, vint lui rendre visite dans son koro-koro armé {yoj.pL 236).

A l'arrivée des Guébéens, tous les Papouas qui entouraient VUranie disparurent sur-le-champ. Il était facile de voir que ces étrangers (voy. pi. 237), et surtout un de leurs guerriers (voy.

pi. 235), leur causaient une grande terreur, et l'on en conclut que le kimalaha et ses gen& traitaient en despotes les pauvres habitants de Véguiou.

A son tour, en 1623, M. Duperrey visita ces terres, et mouilla à Foiahak. Comme son devancier, il n*eut avec les naturels que des relations pacifiques et douces. Cependant les habitants de la plage continuaient à dérober leurs femmes aux regards des Européens. Toujours timides et défiants, ils n'en étaient pas moins des négpciant^ fort habiles (*). La relation du capitaine Duperrey n'étant pas encore publiée, nos lecteurs aimeront à retrouver ici un morceau inédit de M.

d'Urville,

« Depuis deux jours, les naturds n'avaient point encore paru le long da bord; dans mes courses précédentes nous n'avions pu approcher d'eux. Pourtant je désirais observer cette race d'hommes, touchant laquelle les dépositions des voyageurs avaient été si différentes ; les uns les dépeignant comme des sauvages féroces et sanguinaires, qui ne cherchaient que Toc* casion de surprendre les étrangers pour les égorger et leur couper la tête; d'autres n'ayant trouvé en eux ^ue des hommes doux, paisibles et timides : en outre , je voulais constater ce qu'il y avait d'exact dans le fui mentionné par Forrest, qu'un istbnw étroit séparait le port de Fofahak dN grande baie méridionale.

{*) Yojage pittoresque.

OCÉANIE

tar

« A six heures du matin , je m'em- Jtorquai avec MM. Lesson et Rolland dans le grand canot anné de sept hommes. Nous passâmes devant ta haute péninsule que couronne un morne élevé dont la forme affecte celle d*un bonnet

Çhrygien, et devant la petite Ile des ombeaux, qui se réunit a la péninsule par un récif couvert seulement de

Suelques pieds d'eau à marée basse, ur le bord de Ttle se trouvaient une dizaine de naturels postés près de leurs pirogues, qui nous regardaient venir avec inguietude, et semblaient tous prêts à s enfuir dans leurs pirogues. La connaissance que j'avais déjà acijuise du caractère des sauvages m'avait indiqué que , pour entrer en communication avec eux, rien n'est plus maladroit que de ma relier directement vers eux , quand Ils ont peur de vous , mais

au'il laut au contraire faire semblant e ne pas les voir, ou de ne point se soucier d'eux ; et peu à oeu leur défiance diminue. On sait au reste que c'est la même marche qu'il faut suivre en général pour approcher de tout ce qui est animai sauvage.

« Ainsi je recommandai à mes compagnons de ne pas faire semblant de les regarder, et nous poursuivîmes notre route. Mous ralliâmes la côte oiéridionaledu havre, qui est fort roide, et n'offre pas un seul point oii l'on puisse débarquer; elle est en outre couverte d'arbres d'une hauteur médiocre, parmi lesquels les casuarinas sont les plus nombreux.

«Vers sept heures et demie, nous parvînmes au fond, de l'anse qui termine le bras occidental du havre de Fofahak , éloigné d'une lieue de notre mouillage. En y arrivant, une triste scène s'offrit à mes regards. Le rivage n'offrait qu'un marais fangeux, couvert d'immenses mangliers du genre brugtderay dont les racines traçantes, arquées et anastomosées dans tous les sens, étendaient une sorte de lilet sur tout œ marécaee. Rien n'est plus pénible, plus difficile ^ue de s'avancer .

sur ce sol ; en cheminant sur ces racines, le pied glisse à chaque instant, et l'on court le nsque de se rompre le cou.

« Nous tf ouvflmes sur le rivage deux pirogues qui semblaient récemment tirées à terre; j'en conclus naturellement que ces lieux étaient visités par les sauvages, et que je pourrais en rencontrer de nouvel ks traces sur ma route. Après avoir suivi Tespace de cent pas le lit d'un torrent, nous tombâmes sur une case , près de laquelle gisaient sur le sol deux édifices plus considérables. Lé terrain sur ce point est couvert de mangliers , de palmiers, de iataniers, de pandanus et d'autres grands arbres. La plupart de ceux-ci ont leurs troncs couverts jusqu'à une énorme hauteur de pothos énormes, dont quelques-uns m'offraient leurs beaux spadix terminaux. A cette case commence un petit sentier qui nous permit de cheminer à travers ces inextricables lacis de végétaux. La route devient ensuite plus commode, le sol est plus ferme et plus sec, et je recueillis plusieurs sortes de plautes»

parmi lesquelles je ne citerai que la curieux nepenihesmirabiUszjaxgo^tliA toujours remplis d'eau.

« A mesure que nous nous élevions, le sentier devenait plus rapide ; le sol argileux était si glissant que nous eussions probablement échoué dans nos efforts sans des entailles pratiquées par les naturels, qui nous servaient de degrés. Toutefois il nous arrivait souvent de lAcher pied , et alors nous perdions en une seule glissade en arrière le fruit de longs eforts. Enfin nous arrivâmes au sommet de l'isthme dont j'estime la hauteur totale à cent toises environ. Là fut résolue sur-îe-champ la question qui m'appelait en ces lieux. Dans la direction de la baie de Fofahak, les arbres me cachaient la vue de la mer, et je ne pouvais voir que la haute crête dentelée qui rè^ne au delà ; mais du coté opposé , c'est-a-dire , dans la direction du sud-sud-est, je vis avec joie un immense bassin qui semblait se diriger du sud-sud -est au nord nordouest. Je remarquai sur la surface quelques îles plus ou moins considérables. Cette découverte m'encouragea, et je voulus compléter ma reconnaissance.

« En redescendant, la pente est encore plus rapide que sur le revers opg osé. Les naturels ont placé de grosses ranches d*arbres en travers, en guise d'échelons, pour appuyer les pieds. Ces diverses précautions m'annonçaient une communication assez régulière entre les deux baies. En outre nous distinguions parfaitement dans la boue l'empreinte récente des orteils des naturels. En moins d'une demi-heure, nousf parvînmes au bord d'une petite rivière. Tout alentour, le sol était couvert de tas de coquillages. Je dois même faire remarquer en passant, que dans toute l'étendue de ce chemin que nous venions de découvrir, c'est-àdire , durant une lieue environ , à toutes ces hauteurs le sol était jonché de coquilles de diverses espèces, surtout d'arches, apportées par les sauvages.

Il faut que ces cens marchent toujours avec des provisions de coquilles, et qu'ils les mangent tout le loug de la route , pour qu'elle en soit pavée de cette manière. Je songeai en moi-même que Voltaire aurait sans doute triomphé s'il avait pu citer ce fait à Tappul de son s)[stème touchant la présence des coquilles sur le faîte des montagnes.

« Le sol était couvert de mangliers aux racines entrelacées, baignées par les eaux de la mer à marée haute. D'abord je tentai de cheminer dans le lit de la rivière; mais bientôt j'en eus jusqu'au cou, et force me fui de renoncer à ce moven. Je voulus ensuite cheminer sur les racines de mangliers, mais deux ou trois chutes assez désagréables me dégoûtèrent encore de cette entreprise.

« Je me dirigeai alors sur l'anse reconnue la veille par nos officiers, au sud de l'île des Tombeau)^. Un massif de douze ou quinze cocotiers entourant une petite dise sur pilotis nous promettait le suc rafraîchissant de leurs fruits et le moyen de nous promener un peu à leur ombre , car, partout où se trouvent ces arbres , le sol est ordinairement praticable. J'eus bientôt reconnu que ce n'était guère qu'une grande cage en bambous, recouverte

de feuilles de latanier, et soutenue sur quatre piliers à quatre ou cinq pieds au-dessus du niveau de l'eau , comme toutes les habitations des Papous (lisez Papoaas). Dans l'intérieur, on netrouvaitque cinq foyers carrés, à chaque ajigle une petite plate-forme, une petite corbei lie et quelques tripangs desséchés.

« Nous n eûmes ensuite rien de plus pressé que d'aller voir si les couteaux laissés la veille par M. Bérard , en place des cocos qu'il avait fait cueillir , avaient été enlevés par. les sauvages.

Avant d'accoster à terre, j'avais entrevu à travers les mangliers un jeune sauvage qui semblait vouloir se cacher pour épier nos mouvements. J'avais fait semblant de ne pas l'apercevoir, el j'avais défendu aux marins d'aller de ce côté. A quelques pas de la maison, je vis étendus sur le sable douze à guinze cocos tout frais, attachés deux a deux, et avec deux des couteaux laissés la veille ûchés dessus. Cette galanterie de la part de notre jeune invisible me parut tout à fait d'un bon goût; elle annonçait des dispositions amicales. Nous en proiitâmes; nous ouvrîmes ces cocos, dont doos bûmes avec délices le suc. Satisfait sans doute de voir son hospitalité accueillie, le jeune Papou s'avança alors vers nous, seul et sans armes : d'un air confiant , il vint nous donner la main en disant bagous (bon),, et nous indi<)uant rar signes que c'était lui qui avait place là les cocos à notre intention.

«( Comme c'était le premier qui se hasardait à nous approcher, je lui fis beaucoup d'amitiés et lui offris des pendants d'oreilles et un beau collier.

Cette libéralité, sans doute fort inattendue pour lui, parut avoir tout à fait gagné son cœur, et il nous fit entendre que tous les cocos étaient à notre service. Je permis alors aux matelots d'aller en cueillir, en leur recommandant de ne point les gaspiller et de bien traiter les insulaires, s'il en venait d'autres. J'errai pendant une heure ou deux dans la foret , et je fis une bonne récolte de beaux lépidoptères , surtout de ces superbes papillons, wrania orontes, qui se posent sous les teuil-»

OCÉANIE

les du manglier, à la manière de nos phalènes licnenées, et voltigent comme parsauts et par bonds. Cette magnifique espèce abonde en ces h'eux marécageux.

« Je rejoignis enfin le canot ; ce fut avec joie que j*y trouvai dix à douze Papous, jouant et mangeant avec nos canotiers comme s*ils étaient d'anciennes connaissances et faisant du fëu (voy. pi, 238). Ces hommes sont, en général, d'une petite stature, d'une complexion grêle et débile, sujets à la lèpre; leurs traits ne sont pourtant point disgracieux, leur organe est doux, leur maintien grave et poli, et même empreint d'une certaine mélancolie habituelle, bien caractérisée.

« A quatre heures, nous quittâmes cette station pour regagner le bord.

En passant devant Pîle des Tombeaux, je rangeai la plage de très-près. Cette fois, Tun des naturels, s'avança nt dans l'eau avec un gros pigeon dans les mains, me fit signe d'approcher; nous fûmes bientô.t au milieu d'eux et nous examinâmes avec curiosité leur campement. Sur un grand fojrer rôtissait un énorme morceau de chair de tortue; un petit abri en planches de palmier avait été construit pour ceux qui semblaient être les chefs de la bande , et ceux-ci étaient étendus nonchalamment sur des nattes , la tête appuyée sur un petit coussin en bois sculpté. »

« L'île de Véguiou a plus de quatre- * vingts lieues de circonférence, et , selon

Pueïaues habitants, elle renferme dans intérieur une nombreuse population, dont la majeure partie est rassemblée dans une grande ville.

« La population de Véguiou est peu dissemblable de celle de Doréï , et ce qu'on a dit de la première peut se rapporter à la seconde; seulement il faut ajouter que les officiers de la Coquille trouvèrent , dans un village situé a Test de la baie, une paçode ou chapelle (voy. pi. 240) ornée de plusieurs effigies bizar- les, barbouillées de diverses couleurs, ornées de plumes et de nattes disposées d'une manière symétrique. Cette chapelle devait être un temple; ces ligures en bois des images de divinités. Ou ne' put, du reste , rien savoir de plus sur les

croyances religieuses de ces peuples. »

Au nord de Véguiou sont disséminées plusieurs petites Iles : Boni , Rawak, Manaouaran, les îles En et la chaîne des îles Vayae, qui occupe une étendue de onze milles de l'est-sudest à l'ouest-nord-ouest, toutes rocailleuses, boisées et inhabitées. Il faut citera part Rouib, qui a plus de douze milles de circuit et que domine un cône majestueux qu'on aperçoit à quinze ou vingt lieues de distance, ce qui en fait une reconnaissance précieuse pour ces parages. Elle gît par 0"* 7f de latitude sud et 127"* 45' de longitude est (sommet). Au nord de Véguiou età vinst milles du côté de sa partie orientale , se présente le groupe Aïou , petites îles environnées d'un récif de cinauante milles de circuit; Forrest est le découvreur de ce groupe. Il découvrit plusieurs de ces îles en 1775, et, suivant lui , elles sont occupées par des Papous qui vivent de poissons et de tortues.

Ces naturels font de temps à autre des incursions sur Véguiou pour se

Erocurer le sagou nécessaire a la farication de leur pain; ils emmènent leurs femmes et toute leur famille, et font en outre un petit commerce d'écailles de tortue et de nids d'oiseaux avec les Chinois de Teroate et d'Amboine. Aîou-Baba,la plus importante et la

f)lus méridionale du groupe, a cinq miles de circuit et cinq cents pieds d'élévation. Forrest distingue trois principaux chefs sous les titres de mondOy sinagxd etkimalaha. Lemondo avait plusieurs femmes dont deux étaient des Malaises enlevées à Amblou, près d'Amboine. Forrest ayant témoigné au mondo sa surprise de ce qu'il osait acheter des sujets hollandais, le chef sauvage répondit que dans ces îles on ne s'inquiétait guère des Hollandais, parce qu'ils étaient bien loin; que d'ailleurs les naturels avaient mille moyens d'éluder leurs vengeances, et

3ue, par exemple, lorsque les Uolianais demandaient la tète d'un chef papou, au lieu d'envoyer cette tête, on expédiait celle d'un esclave qu'on décapitait (*).

(•) VoyugK pittoresque.

A son tour, en 1836, M. d'Urvîile fit la géographie du groupe d*Alou. Ce savant navigateur reconnut que ses limites sont en lati t. 0» 1 9' et O"» 4 1 ' nord ; en longitude 128» 21' et 128» 45' est.

A seize milles au nord-nord-est àeê îles Aïou, on aperçoit -le petit groupe Asia, découvert en 1805 par le navire de guerre de ce nom. Il fut revu en 1823 par le capitaine Mackenzie,ft reconnu en 1828 par d'Urville. Ce sont trois

Ï»et'tes fies basses et boisées» Leurs imites sont en latitude nord ù^ .58', et en longit. est 138"* 48'. Il parait qu'elles n'ont pas d'habitants.

Les deux îles Ahdou et Konibar ont chacune environ trois milles de tour et deux cents pieds environ de hauteur. Il paraît qu'il y a à Konibar des plantations d'ignames , patates , cannes a sucre, et autres productions inter* tropicales.

Pendant le séjour que M. deFreycinet fit en 1818, à Rawuk (voy. pL 232), dans cette jolie petite île dont les maisons sont bâties sur pilotis (vov. pl.2ZZ)y et dont les habitants sont bien faits (voy. pi. 233), il reçut la visite du chef d'Aïou-Baba.

« I^es Papous (Papouas) avec lesquels nous avions communiqué, dit M. de Freycinet, nous avaient paru intelligents et spirituels; mais aucun n'égalait, sous ce double rapport, Moro , l'un des chefs des îles Àîou ,

Î|ui vint à notre observatoire. Il parait le malais avec facilité, nous adressait mille questions, et voulait une explication de tout ce qu'il voyait parmi nous d'extraordinaire. Il me demanda avec instance un thermomètre.

Je ne sais s'il en comprit Tusage, mais il parla pendant longtemps à ses compagnons, et Ton eût dit qu'il leur en expliquait l'utilité.

«Moro était nu, ne portant qu'un simple langouUy en écorce de figuier; il était trapu , et avait une immense chevelure; comme tous ses compatriotes , d'un caractère vif et gai , nous flattant avec beaucoup d'adresse lorsqu'il voulait obtenir une chose ; il me fit entendre que , pour rester en ma société, il lui fallait un costume plus

décent que le sien. En conséquence « il obtint msensiblement un pantalon, puis une chemise , puis un mouchoir pour décorer sa tête ^ etc. Fier de soa nouveau costume, il partit pour la baie de Kabarei, sans doute pour y étaler sa braverie.

« Le lendemain il revint avec deux tortues qu'il me vendit. Dès lors ,il s'établit notre commensal habituel , à ce point qu'il couchait même à bord. U étudiait et imitait nos manières avec une aisance et une facilité qui nous surprirent. 11 est vrai qu'à travers cette sociabilité improvisée, il perçait, de temps à autre, quelques traits Vie simplicité native; mais , sur notre remarque, il était le premier à en rire, et de bon coeur. Une fois, il imagina de renverser topt d'un coup la poivrière dans le creux de sa main et d'en avaler d'un seul coup tout le poivre. Je crus qu'il allait étouffer; mais, bien loin de la, il ne fit que se récrier sur l'excellence d'un tel régal : bagous , bagous!

(bon, bon!) répétait-if. Il regardait avec tant de satisfaction tout ce qui était sur la table, que, pour le contenter « je consentis à lui laisser prendre le verre, la bouteille, l'assiette, etc., dont il s'était servi. Sa joie fut au comble quand je lui eus donné un petit panier pour emballer toutes ces ricliesses. U me témoigna sa reconnaissance par le don de plusieurs perles et du plus bel oiseau de paradis que j'aie apporté de ces contrées. Il ne s'en tint pas là, il nous rendit de signalés services. Comme nous étions entourés continuellement d'une multitude de pirogues, il s'établit notre ofiici«r de police, et notre courtier général. Il laisait nos marchés avec ses compatriotes : c était toiiiours à notre béué^ fice; il est vrai qu il y trouvait aussi son compte. Si, par exemple, nous consentions à donner neuf couteaux pour une certaine quantité de denrées, il me disait que c'était assez de cinq , mais n'en livrait que quatre au vendeur, ce qui paraissait le satisfaire, et gardait le cinquième pour lui. Il s'attachait à me démontrer que cette manière d'agir n'était pas désavantageuse ;

OCÉAKIE.

3tl

ff n eotiTfnfi yolontien, en riant de son industrie. *

De tous les lieux qne parcourut Texpédition de M. de Freyci net ^ aucun ne lui offrit une végétation plus vigoureuse et plus belle qUe les fies des Pa|)ouas* Partout(*),dit-il,depu{sla60inmitédes Inonta.^^es jusqu*au bord de la mer, dans laquelle des arbres entiers inclinent leurs rameaux , elle nous rappelait la majesté et la richesse de ces loréts profondes que nous avions admirées dans le nouveau monde. Sur beaucoup de points, la place est ainsi envahie par le règne végétal. Bien plus , nos canots voguaient souvent au travers de forêts marines, dont les grands végétaux croissent au sein des eaux salées.

A illietirs, malgré les plus grands efforts, on ne peut pénétrer dans ces sombres retraites. Arrêté à chaque pas par des lianes tortueuses , embarrassé dans les débris des arbres que le temps a détruits, accablé par la chaleur, on ne tarr^e pas à préférer des routes plus faciles et plus sdres ; mais on ne peut oublier fini pression profonde que font éprouver le cahne et la majesté de cette belle nature.

Les oiseaux qui habitent ce séjour semblent , par leurs proportions , participer de sa grandeur. On n'y voit presque point de ces espèces naines au brillant plumage ; comme perdues dans ces vastes loréts, qui d'ailleurs manquent de graminées et de petits insectes, elles ne sauraient y vivre, et recherchent de préférence les endroits plusdécouverts et mieux accommodés à leur existence. En revanche, c^est le refuge des kalaos , des grosses colombes muscadivores, des pigeons couronnés plus grands encore, des perroquets verts, de Tara noir microçiosse, des cassicans, de la nombreuse lamille des loris, des gros martins-chasseurs et de quelques oiseaux de proie.

Les déGants kalaos occupent presque toujours la cime des arbres élevés , des muscadiers surtout, dont ils recher-

(*) Le reste de ce chapitre est emprunté an savant fil. de Freyôiiet

chent les fruits qu'ils avalent tout entiers, et qui donnent a leur cliair un excellent goût. Quoique leurs ailes soient peu développées, on les entend voler de loin, ainsi que Ta remarqué Dampier; ce qui tient à ce que leurs longues pennes , écartées à Textrémité, font vibrer Tair avec force, («et oiseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux.

Ici, environné de fruits, il en fait sa nourriture, tandis que s'il était né dans les déserts de T Afrique, il se repaîtrait de la chair des cadavres comme font les kalaos d'Abyssinie.

Les tourterelles muscadivores et à tubercule font entendre de sourds roucoulements , effrayants pour celui qui n'en devinerait pas d'abord la cause, en même temps que des troupes légères de loris rouges et tricolors passent avec rapidité, en poussant des cris perçants. Il nous était facile de nous procurer ces derniers qui revenaient sans cesse à un arbre dont ils mangeaient les fleurs. Nous avons remarqué une singulière prticularité de ces animaux , c'est que leurs couleurs sont infiniment plus éclatantes après la mort que lorsqu'ils sont vivants.

L'existence de ces brillants oiseaux, que les naturels façonnent à la domesticité, semble exclusivement liée à leur terre natale; car ils mouraient, malgré tous nos soins, dès que nous avions perdu les cotes de vue.

Il existe une petite espèce de kakatoua noir, semblable au blanc pour la forme et le cri, et tellement déliant que nous ne pûmes nous le procurer.

Sur la petite tle de Kawack seulement on rencontre beaucoup de cassicans Sonnerat , oiseau vif, agile ^ rusé, susceptible de vivre familièrement avec l'homme, possédant une variété de chant qu'il serait difficile de rendre ; tantôt criant très-fort , surtout le méitin , d'autres fois sifflant d'un ton trèsgrave et par coups , ou bien avec ra|^ dite, et imitant avec une rare facilité le chant des autres oiseaux.

Les cassicans fréquentent habituellement les sommités des cocotiers pour y trouver des insectes; mais nous n'a-

vons point remarqué qu ils poursuivissent les petits oiseaux comme on le pense généralement.

Une belle espèce de.martin-pécheur, que nous avons dédiée à notre collègue M. Gaudichaud, chargé de la partie botanique du voyage, se trouve aussi sur cette île : nous ne l'avons rencontré que là. On doit à M. Levaillant la division naturelle de ces oiseaux en chasseurs et pécheurs. Cette distinction, fondée sur des caractères peu saillants, tirée de la forme du bec, est bien mieux établie d'après leurs mœurs.

En effet, les martins-chasseurs , qui sont tous en général très-gros, habitent le milieu des bois, dans les lieux humides, où ils fouillent pour trouver des insectes et des vers ; aussi ont-ils presque toujours le bec terreux ; c'est du moins ce que nous avons vu sur ceux que nous avons tués à Rawack , aux Marianues et à la Nouvelle-Hollande, où on les trouve tort avant dans les terres, loin des ruisseaux. Si ouelquefois ils fréquentent les bords oe la mer, c'est pour s'emparer des petits pagures qu ils enlèvent avec ia coquille.

Dans les marécages de Tîle de Boni, Dous vîmes un gallinacé qui nous a présenté des caractères suffisants pour en former un genre nouveau , et que la longueur de ses pieds nous a lait Dommer méaapode. 11 n'est qu'à demi sauvage, vole à peine et en effleurant la terre. Le pigeon couronné vit en domesticité à Vaigiou;.Ies insulaires lui donnent le nom de mambrouc.

jVous avons trouvé, dans des cabanes abandonnées, des ceintures et des émouchoirs faits de plumes de casoars, qui semblent indiquer que ces oiseaux nabitent aussi cette île.

Les oiseaux de paradis ne sont point rares; mais il est difficile de se les

frocurer. Ils volent par ondulations, la manière des promérops à longue queue du cap de Bonne- Espérance.

Alors leurs belles plumes sont réunies «n un seul faisceau.

Les phalangers que les naturels nous apportaient [)our être mangés, les seuls mammitères que nous ayons pu

nous procurer, semblent remplacer ici les paresseux de TAmérique. Stupides comme eux, ils passent une partie de leur vie dans Tobscurité; et, lorsque trop de lumière les fatigue, ils s'y soustraient en se blottissant la tét« entre les jambes. Ils ne sortent de cette position que pour manger, ce qu'ils font avec oeaucoup d'avidité. Daus les bois ils se nourrissent de fruits aromatiques, comme nous l'avons vérifié, et à défaut, les nôtres dévoraient de la chair crue. Leur peau est tellemeut fine et tendre, qu'en se battant ils s*en arrachaient des lambeaux. La mêine chose arrivait lorsque, se fîxantà l'aide de leurs griffes aiguës, on voulait les enlever de force par leur fourrure. Ordinairement deux de ces animaux, ha* bitués dans une même cage, vivaient en bonne intelligence : en ajoutait-on un troisième, ils se battaient à outrance, en grognant et poussant des cris perçants.

Que de beaux oiseaux , que de mammifères encore inconnus, habitent ces admirables contrées, et où l'on pourrait se les procurer en y séjournant beaucoup plus longtemps qu'il n'est permis de le faire à des navigateurs dont la mission se borne à explorer une partie des côtes !

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