‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 57 sur 122 · OU TOMBABA DES NATURELS · texte numérisé non relu

OU TOMBABA DES NATURELS

La Nouvelle-Irlande est une île importante et variée ; on y remarque les f)orts Prasiin , Likiliki , Carteret , et a baie des Frondeurs. Dans les environs du port Prasiin , on voit les chutes de la ma^niGque cascade de Bougainville. Dans les bois voisins , on est souvent tourmenté par de grosses fourmis dont la morsure est tres-douloureuse; et une espèce de corbeau vient unir au bniit des chutes d^ao son cri bizarre et semblable à Taboiement d'un chien. A Tentour du port Prasiin , M. Lesson a observé les vaquoi s, les Bartingfonia y les Cedophyllum ^ les Filao [casvarinn indica) <, propres a toute TOcéanie; et il a remarqué Tusage du syrinx ou flûte de Pan, parmi ses habitants.

Le Hollandais Schouten fut, en 1616, le découvreur de cette terre. Il en prolongea, à ce qu'il paraît, toute b bande orientale, ayant, à diverses reprises , des communications avec tes naturels. Les premiers que Ton vît lancèrent contre le bord des pierres à Taide de leurs frondes, et Ton fut obligé de leur riposter à coups de mousquet. Quelques jours après, huit pirogues firent le tour du navire : chacune d'elles était montée par huit ou dix hommes armés de zagaie^, de pierres, de massues, de sabres de bois et de frondes. On leur distribua quelques bagatelles , et on chercha à leur taire comprendre qu'on attendait d*eux d^ cochons , des poules , des cocos et des racines. Au lieu de répondre à cette demande, ils lancèrent leurs zagaîcs

contre lenavire, qui y répondit avec son artillerie. Dix ou douze sauvages forent tués. Une grande pirogue et trois pirogues plus petites lurent coulées à

OCÉANIÈ.

fond. On recueillit trois prisonniers grièvement blessés. L*un d'eux mourut ; les autres furent pansés , conduits à terre, et rendus à leurs compatriotes contre une rançon en cochons.

Ces insulaires , vigoureux et bien faits, étaient des noirs aux cheveux crépus; presque tous étaient nos. Un petit nombre seulement portait des ceintures en écorce d*arbre; des anneaux pendaient -à leur nez et à leurs oreilles. Ils portaient des bonnets en écorces d'arbre peintes, réunies deux ou trois ensemble par une sorte de cordon, et placées autour du chef comme une coiffe de femme. Ils usaient de Tarée et du bétel. C'était pour eux une marque de civilité que d'ôter leurs bonnets et de mettre leurs mains sur la tête. La poignée de leurs armes est ornée de ciselures. Parvenu à la pointe nord de la Nouvelle-Hanovre, Schouten lui donna le nom de cap Salomon-Sweert, et continua sa route à l'ouest (*).

Tasman, en 1643, parcourut à son tour la plus grande étendue de cette côte ; la prenant , comme son devancier, pour la paitijs orientale de la Nouvelle- Guinée. La relation, donnant le nom de Caho Santa- Maria, fait supposer que les Espagnols l'avaient reconnue, même avant l'expédition de Scbouten et Lemaire.

£n 1700, l'Anglais Dampier prolongea cette même terre dans un sens opposé, c'est-à-dire, du nord au sud.

Vers le milieu de la côte, et devant nie Dampier, le navire fut entouré par quarante-six pirogues, montées par deux cents noirs qui ne voulurent point accoster, malgré les signes amicaux qu'on leur faisait , et les présents qu'on leur montrait.

Dampier laissa à cet endroit le nom de Baie des Frondeurs, « Le continent, dit-il, est ici haut et montagneux, couvert de beaux arbres verdoyants.

Sur les bords des montagnes, il y avait quantité de grandes plantations et des morceaux de terre défrichés , ce qui ,

(•) D'Urville, "Voyage piltor<»»<|ue. Nous lui devons les sept parsigraphet suivants.

joint à la fumée que nous voyions, était une marque certaine que cet endroit était bien peuplé. »

Carteret, en 1767, mouilla successivement au port Prasiin, dans l'anse Anglaise et au havre Carteret , sur la partie sud-ouestde la Nouvelle-Irlande, où il se procura du bois , de Teau , quelques choux palmistes et des cocos (voy. »/. 244). En juillet 1768, Bougainville mouilla au port Prasiin , et y passa huit jours.

A son tour, en juillet 1792, d'Entrecasteaux mouilla au havre Carteret, et y passa sept jours. Ce fut une semaine diluvienne , des torrents d'eau tombèrent dans cet intervalle. On put à peine se procurer cinq à six noix de coco, et on ne vit aucun naturel.

Après cette station, d' Entrecasteaux reconnut toute la partie occidentale de la Nouvelle-Irlande, presque inconnue avant lui. Il observa que sa charpente était généralement formée par deux chaînes de montagnes de deux mille mètres d'élévation perpendiculaire ; seulement, devant l'île Sandwich, le terrain était beaucoup moins élevé.

Le capitaine Duperrev mouilla , en 1823 , au port Prasiin , dont il fit lever le plan. Il put avoir de fréquentes communications avec les naturels accourus dans leurs pirogues du village de Liki-Liki , situé sur le revers oriental de rîle.

Pour se résumer sur la Nouvelle- Irlande, il faut dire qu'elle a cent quatre-vingt-quatorze milles environ du nord-ouest au sud-est, sur une largeur variable de huit à trente milles. La partie centrale est formée par une chaîne de hautes montagnes . couvertes d'arbres jusqu'à leurs cimes. Elle est peuplée de noirs ou Mélanésiens, dont le type varie d'une terre à l'autre, mais dont le caractère général est la timidité et la défiance. Limites en latitude, 2o 3' et 4° 51' sud ; en longitude, 148» 13' et 1^0» 48' est. Dans sa partie méridionale, sur le revers occidental, sont les petites îles des Cocos , Leigh , Lamboun (Tîleaux Marteaux), et Latao (l'île Verte de Bougain ville), et, sur le revers oriental , les Ilots Eiroo et

Lountasg. Près de rextrémité nordouest de la Nouvelle-Irlande , est llle Sandwich, découverte, en 1767, par Garteret , et reconnue par d'Entrecasteauxenl792. Latitude sud 2» 49', longitude est 148" 33' (pointe est).

La Nouvelle - Irlande n^est séparée du Nouvel -Hanovre <^ue par un canal large de six milles , ou pointent quelques îlots tout bas , à l'exception d'un seul caractérisé par un pic remarquable, que Carteret nomma Byron^ et d'Entrecnsteaux Mausolée.

Le port PrasUn est situé à rcxtrémité méridionale de la Nouvelle -Irlande, à Touestducap Saint-George, par 4° 49' 48" de latitude sud , et 150** 28' 29" de longitude est. Ce nom lui fut donné par Bougainviile, en Thonneur du ministre de la marine qui ordonna le premier voyage autour du monde, exécuté par les Français; vers la même époque, Carteret relâcha dans le havre placé plus à Touest, et appartenant à la même baie, qu'il nomma Jnse aux Anglais» II ne craignit pas de s'y enfoncer et le nomma Canal de Saint- George, en imposant le nom de Nouvelle - Irlande à la terre où le portPrasIin offre une rade sûre.

Le port Prasiin se trouve parfaite* ment abrité de toutes parts , et protégé par une ceinture de montagnes nommées Lanut,

Le canal qui sépare le port Prasiin de TAnse aux Anglais a six mille marins ; ce dernier havre est arbrité par deux montagnes élevées, dont les pitons attirent sans cesse des nuages noirs et épais, de manière que quand il fait un temps superbe au port Prasiin, la pluie y tombe fréquemment par torrents.

Les arbres qui couvrent ce point de la côte, sont constamment, même par les plus beaux jours, entourés d'a- Dondantes et épaisse» vapeurs. Les noirs Papouas qui habitent cette partie du monde, nomment la Nouvelle- Irlande , Enhureu , suivant M. Lesson, et laNouvelle-Bretagne^i^irare. Ilssont dans un état perpétuel d'hostilité avec ses habitants.

L'ancrage du port PrasHn est aussi $ùt quo oommode \ la mer y est partout

également profonde ; et même oo y mouille très-près de terre, par trcaite< trois brasses, sur un fond de jpoi sables madreporiques , roélanges ï beaucoup de débris de coquilles.

CUMAT.

Lechaleur, ditM. Lesson, yestmoioi considérable qu'on ne doit le croire,

Îmr sa position presque immédiate sool 'équateur. Les vastes forêts dont h Nouvelle-Irlande est couverte en tota> lité , sans cesse arrosées par des piuiei abondantes, qui permettent une Tt> porisation continuelle , résultat d'uoe chaleur intense, rafraîchissent Fatmosphère. Ces forêts ombreuses »• tiennent en effet dans leur intérieor une humidité défendue des rayons du soleil par des dômes épais de verdure; il en résulte une chaleur humide, dont les effets sont moins sensibles sur le corps , que ceux de la chaleur acre « sèche que l'on ressent dans les déscra de l'Afrique. Le médium du thermomètre , était à mid i , de 26» 6' etdsBS Id nuit il ne descendait jamais plus basque 25° 6'. La température de l'eau, pnse au milieu de la baie, ne différait decew de l'air que d'un degré. L'hygrom«rt varia de cent trois à cent nuit, et»

baromètre se maintint à v'ngt-burt pouces. Les orages se reproduisentawc

une fréquence qui étonne; iisse»»' ment en un clin d'oeil, et se dissi/>eBï de même. Les nuages les plus mt rieurs sont les seuls qui donnent dc » pluie sur le port Prasiin; tous lesar très sont attirés par les hautes t^ tagnes du bord ou de l'intérieur de iw

nrSTOIRB NATUafiWA

Le sol fécond de cette grande fie ^^

d'un calcaire madréporique. U"*' Rf^ tagne à l'entrée du havre, arronfliej élevée en piton, paraît être volcaDiJ'J Les bords du havre sont garni* ^ bancs madreporiques nombreux, sont interrompus devant les ^ ^ d'eau douce qui descendent du ^^^ des montagnes , en formant des espwj*

Ai» nAf it^c ri viprpc Pniir flUC ICS tm^

OGÉANie.

Ml

àlèotoaridaportPfaflHn sont bordésde coraUigènes, que la marée, en se reti* Tant, laisse presque à sec^ tandis qu*à la haute mer les eaux s'avancent sur leà

Sèves jusau*aux pieds des arbres qui rmeut lalisière. Dès qu'on débarque, on observe une végétation tellement active et vigoureuse, qu'on la voit en-^ "vahir le littoral, et ne cesser que là où 4a mer lui dispute la possession du sol; d'énormes troncs d'arbres renversés encombrent les grèves , et leur ▼étusté, comme un terrain fertile, nourrit encore des colonies de plantes charnues qui s'en disputent les moindres parcelles. Cette végétation ne présente point d'éclaircie , elle couvre toute cette portion de l'Ile d'une seule forêt. Les arbres magnifiques qui la composent , les areks qui la dominent, et une foule d'autres , se pressent et croissent avec vigueur. Des lianes de toutes sortes s'entortillent autour des troncs, grimpent jusqu'aux sommités des branches , où elles semblent tendre des tilets impénétrables. Parmi ces lianes , il en est une dont les fleurs lé* gumineuses , d'un beau jaune , flattent la vue, et dont les tiges volubiles se trouvent armées de crochets épineux , qui déchirent impitoyablement le voya-

{;eQr qui s'engage sans précaution dans eurs lacis. D'éclatants papillons se croisent en tous sens sous ces ddmes de verdure; des coquilles terrestres variées en habitent le feuillage, et sur les branches se rencontre fréc|uemment le Untpinamhis noir, ponctue de jaune.

Des baringtOTiiayCpti prennent un déve* loppement énorme, des hUdscta à feuilles de tilleul, des kenco {ffuet" tarda spinosa)» et surtout des scasvola lobeUa de Vahl , croissent le pied dans Feau , et paraissent avoir besoin, pour l'entretien de leur vie , d'une exposition toute maritime. Il en est de même d'un très-beau pancraticum qu'on ne trouve que sur le rivage. Ce végétal {pancraticum amboinensé)^ remarqoable par une hampe florale élevée 9 que couronnent des corolles Manches à étamines purpurines, a de larges feuilles roides, charnues, dans Jes aisselles desquelles on trouva

en abondance la coquille terrestre, type du genre scarabe, que M. de filalnvilte a décrite comme nouvelle , en la nommant scarabe de tesson^ scarabus Lessonil (Dict. des se. nat. ^ t. 48, p. 82). Une ci ncidèle bleue a tête dorée volait sur les branches , et annonçait son passade par une odeur de rose fragrante qu'elle laissait échapper derrière elle. Çà et là s'élevaient les tiges droites des rotangs , si estimés en Europe pour faire des cannes, et sur la plupart des troncs d'arbres s'enlaçaient tes tiges grimpantes des poivres cubèbes; le faux lagon {ci/cas circinqlis)^ remarquable par ses stipes droits et son port de palmier , était alors chargé de fruits. Les Papous (*) de la Nouvelle-Irlande le recherchent , et font avec sa moelle intérieure des pains analogues à ceux qu'ils retirent des vrais sagoutiers. Les plantes nourricières de ces profondes loréts , se trouvent être le laka^ si commun sur toutes les fies de la mer du Sud. ( inocarpus edulis ) ; le sahest, qui est le p?ja des Taîtiens ( tacca pinnatifida ), \e chou caraïbe (arum escidentum). Les areks {areca oleracea)^ dont on abat un grand nombre pour en obtenir le bourgeon terminal ou le chou, formaient des groupes épais dans certains emplacements , en s'unissant aux tiges épineuses des cariotaurenSy des lataniers et des pandanus. On doit remarquer que les forêts équatoriales des Moluques , de la Nouvelle-Guinée et de la Nouvelle-Irlande, remarquables par les gigantesques proportions des arbres de toutes sortes qui les composent, ont très-peu d'arbustes et de plantes herbacées. La chaleur solaire pénètre à peine sous l'épaisse et haute verdure qui couvre le sol sans cesse humide , toujours ombragé , et où rè^ne une fraîcheur qui fait place , aussitôt qu'on a franchi quelques espaces dénudés, à l'action d'une chaleur insupportable. La vapeur qui s'exhale du sol lorsque le soleil s'élève , se condense en nuages au-dessus des arbres, et n'imite pas mal la fumée qui s'élèverait de

; (*) liies Ptpouit.

dessus un village. Toute l'épaisseur de ces vastes forets vierges est jonchée de troncs énormes , déracinés par leur mort naturelle, et couchés sur la terre qu'ils embarrassent , et à laquelle leur décomposition lente, en se réduisant en humus, rend les principes qu'ils en reçurent. Sous leurs écorces crevassées ,'se logent de froids reptiles; mais cependant la nature , qui aime h présenter le contraste de la vie et de la mort, voile encore ces traces de destruction, en les couvrant de fougères au feuillage découpé et grêle, d*epidendrum parasites à corolles bizarres et vivement peintes, de lichens et de bolets de formes et de couleurs diverses. De tous les végétaux arborescents, rinocarpe est sans contredit un de ceux qui attirèrent le plus notre attention. Sa taille à Taïti n'avait "rien d'extraordinaire, tandis qu'à la Nouvelle-Irlande il acquiert des proportions considérables, élève sa cime a de grandes hauteurs, et envoie au loin ses racines qui rampent à la surface du sol, en présentant des parois minces, et en même temps élevées de plusieurs pieds , de manière à former des sortes de cabanes naturelles , séparées par de légères cloisons, et capables de contenir sept à huit personnes. Tel est l'ensemble bien imparfait du puysage aux alentours du port Prasiin. Par cette simple esquisse on doit penser auel effet imposant il imprime dans Tame du voyageur européen. Le silence de ces lieux sombres et inhabités, ou les noirs indigènes ne se présentent qu'accidentellement, n'est interrompu que par le bruissement des jeunes tiges des arbres sous les pas de l'explorateur, par les cris rauques et discordants du lori papou . ou par le bruisseuïent des élytres des grosses cigales. Tout porte l'dme du naturaliste , i)iéme le plus exclusivement porté vers les collections , à un sentiment indéfini , à une émotion profonde, à un plaisir mêlé de quelque chose de vague et de triste que rie)) ne peut reudre, et dont plus tard il ne se souviendrait pas , h moins qu'il n'en trouve l'expression dans son journal , écrit

sous l'inspiration des seoSatîoiis dit

moment (*}.

Les rivages du port Prasiin sont parcourus par un grand nombre de sources qui descendent des montagnes placées autour du havre au'elles abritent. La plus remarquable comme la plus abonclante de ces sources est celle q^ue fiougainviile a décrite dans sa relation , et que M. Duperrey , je crois, a nommée Cascade de Bauaainvilte. Le marin français, qui la vit dans la saison de l'hivernage , en p;irle en ces ternies : « Nous avons tous été voir une cascade « merveilleuse qui fournissait les eaux « du ruisseau du navire V Étoile, « L'art s'efforcerait en vain de pro- « duire, dans les palais des rois, ce « que la nature a jeté dans un coin «inhabité, ^'ous en admirâmes les « groupes saillants , dont les grada- « tions presque réeulières précipitent « etdiversilient la chute des eaux. Nous « suivions avec surprise tous ces « massifs variés pour ta figure, et qui « forment cent bassins inégaux , où « sont reçues les nappes de cristal , « coloriées par des arbres iinntenses, « dont quelques-uns ont le pied dans « les bassins mêmes. Cette cascade a mériterait le plus grand peintre »

(voy. pL 243). Pendant la durée de notre relâche , dit M. Lesson , la source ne fournissait que peu d'eau , car nous étions à la fin de l'été dans cette partie du monde, et au moment où la saison des pluies allait commencer ; les chutes de la Cascade de Boogainville sont à peu de distance du rivage, à- l'est du port Prasiin : elles sont formées par cinq gradins , s'elevant rapidement les uns au - dessus 'des autres , dans une élévation d*environ trente à quarante pieds; l'eau s'est creusé une ouverture à la moitié de la montagne , et jaillit en nappes écumantes , limpides et fraîches , dont le murmure se mêle au bruissement des feuilles , à là chute des vieux arbres qui tombent de temps à autre et encombrent son lit , ou jettent en travers des ponts chancelants :

(*) Lesson.

OCÉANIË.

Itt

éanx, très-chargëes de sels, ont comme ciselé la suiface des rochers qu'elles baignent, et les strates d'où elles tombent en nappes , sont bordées de stalactites calcaires, groupées d'u ne manière agréable. Le lit et les strates, ajoute M. Lesson , sont formés de chaux carbonatée, due, sans aucun doute, à des masses madréporiques, qui ont moulé sur le noyau primitirun terrain récent. Les pores de ces coraux , depuis longtemps éteints , sont remplis par des cristaux plus blancs du sel , que l'eau tient en suspension, et que plusieurs autres principes salins rendent purgative. Gomme site romantique , cette cascade mérite' de fixer Tattention ; mais nous l'avons trouvée bien inférieure à celle de Kidi- Kidi , à la Nouvelle-Zeeland, et de l'Ile de France. I)e grosses fourmis, dont la morsure est douloureuse, sont trèscommunes en ce lieu , et le calme de la forêt est , de temps à autre , interrompu par le cri d'un corbeau analog^ue à notre corneille , et qui imite à faire illusion , l'aboiement a'un chien. Bou- Çainville avait déjà indiqué cette particularité , en disant , dans sa~ relation : « !Nous y remarquâmes une espèce « d'oiseau dont le cri ressemble si fort a à l'aboiement d'un chien, qu'il n'y a « personne qui n'y soit trompé la pre- « mière fois qu'on l'entend. »

L'île Lambouiv que Bougainville a nommée Jle aux Marteaux , parceque les gens de son équipage y trouvèrent un grand. nombre oe ces coquilles bivalves , alors rares dans les collections, est très-riche en productions naturelles remarquables. Nous y cherchâmes toutefois mfructueusement ces testacés dont nous ne vîmes aucun débris. Une anse considérable entame la partie boréale de cette île et se termine sur le rivage par des grèves sablonneuses déclives, et par des bancs de coralli^ènes. Jamais nous n'avions vu de pomts aussi riches en zoophytes; ils pullulaient dans cet espace resserré, abrité des vagues du large qui déchirent et mettent à nu les roches de la côte méridionale où s'arrêtent leurs efforts. Ces plateaux de coraux sont, au contraire, recou-

73* lÂ^raison^ (OcÉANIB.) T. III,

verts d'une petite masse d'ean , dont la surface est toujours paisible et réchauffëe par l'influence directe du soleil. La lumière, pénétrant avec force sous cette couche, a fait développer un luxe de vie que nous n'avions encore observé nulle part. Aussi nous arriva-t-il fréquemment de passer des heures entières en ces lieux , ayant de l'eau jusqu'à moitié des cuisses , pour ;i^ dessiner des zoophytes, et saisir leur éclat fugace et leurs formes qui , sans cette précaution, eussent échappé à notre étude. Nos collections s'y ao* crurent considérablement en éponges, en actinies, en zoanthes, en ascidies, etc. Des serpules ou tuvaux de mer , dont les animaux à tentacules étaient d'un azur doré et brillaient de teintes vraiment fantastiques , se trouvaient entrelacées au milieu des coraux , et le zoophyte sortait de son tube pour s'épanouir comme une belle fleur, et s'y cachait au contraire avec vivacité, lorsque l'eau, agitée par

Quelques mouvements lointains , lui onnait, par ses ondulations même légères, la conscience d'un danger quelconque. Des holothuries, des étoiles de mer à six rayons droits et linéaires, Vasterias cUscoidea , le fongie avec ses larf;es polypes en ventouses, une actinie verte à tentacules rouées, une actinie pourpre le plus vif, des aplydium, couvraient cette partie de la baie. Sur le rivage, attachés aux troncs couchés des arbres abattus par la vétusté, adhéraient de larges huîtres minces très-délicates. De nombreux fragments de nautiles {nautUus pompi' Uus ) jonchaient les sables des grèves , et attestaient que ce céphalopode doit abonder à certaine proiondeur. A ces objets se joignaient des cônes , des porcelaines, des trochus, etc. (*).

La végétation de l'île Lamboun s'étend dans la plus grande partie de la côte jusqu'à la mer. Partout elle est d'une rare beauté. Les cycas s'y montraient en plus grande abondance

(*) Ce paragraphe et ceux qui suivent sur la Nouvelle-Irlande, sont extrails de la relation du savant naturaliste M. Lesson.^ i

Mi

VUNIVÏRS.

^6 partout mlleiirfl. Son po^irtour entier était festonné par des guirlan* des de lianes suspendues de branches en branohes, d^entre lesquelles sortaient des arbres à pain sauvages. Des frégates noires volaient à de grandes hauteurs ; et sur le bord de la mer se présentait assez fréquemment un gros martin-pécheur à la tête blanche ( al" nedo cdbidUu). Sur la c6te occidentale, auprès d'une petite rivière d'eau douce, nous trouvâmes des débris des repas que les naturels y avaient faits. Un ajoupa temporaire , consistant en quelques feuilles de cocotier jetées négligemment sor des feuiUes fichées en terre, avait servi à abriter la cuisine de ces nègres, qui visitent, à ce qu'il parattf de temps a autre leurs districts maritimes, afin d'y recueillir des vi- Très. Des tas de gros coquillages épars autour du foyer, nonimé pal dans la langue' du pays, témoignaient de leur appétit. Près de là nous remarquâmes tin ccdlophylluni inojphyUum^ dont le tronc avait pris un développement monstrueux. Cet arbre, en effet, était couché sur le sol, et donnait naissance, par la partiesupérieufe du tronc, à une douzaine de branches , ' toutes plus grosses- que- nos plus forts chênes de France et' ayant plusieurs brasses de circonférence': qu'on .juge, par suite, des dimensioFls au tronc principal. Des orchidées mQ^ifi<|ues, de grandes et fraîche* fougères couvraient Técorce et se mêlaient au vert gai et lustré qu^on sait être propre à ce beau végétal , et contrastaient avec ses fleurs blanches disposées en groupes. Les vakois, les mocarpes, les baringtoliias, divers palmiers étaient d'ailleurs les arbres les plus cofnmuns sur ce ^nt de la Nouvelle-Irlande. La partie ' ïfiéntfioriare de l'Ile Lamboun ne rea- 8eh»bîè guère si sa partie boréale baignée par' kf haute mer, dont les vagues viennent se briser sur les rochers qui la bordent; Cette c6le, haute et accore, '•est déchirée et crevassée ; souvent la mer s'engouffre dans des cavernes ^u^elle s'est formées par le choc impétueux de ses bouleversements ; et comme ces profondes crevasses sont

parfois ouvertes à leur sommet par des sortes de soupiraux étroits , il en résulte que la vague, heurtée par une puissance immense contre la barrière qui reçoit le choc, s'élève ea gerbes par l'issue supérieure, et se disperse dans l'air en pluie que les vents emportent. Sur ces rocs, sans cesse ruinés, s'avancent, pour en voiler les injures, des plantes rampantes, des faisceaux de feuillage, et souvent en partent ks branches tombantes et comme filamenteuses du filaos ou casuarina indien. Il ni ceinture de coraux protège toutefois ces rocs et semble former un ouvrage avancé destiné à protéger le corps de la place. Nulle coupure n'y existe pour donner passage à une embarcation.

Revenons au port Praslin. La cote orientale, bornée ainsi par un lar^

Elateau de récifs , desséchée à marée asse, mérite toute l'attention d'ua naturaliste On y trouve un bon nombre de poissons de ceux qu^on doit appeler saxatiles, et qui, tous gracieux à To^il, appartiennent au genre Gi)étodon, aleutères, batistes, etc. L*astérte à six rayons bleus, ou dcitJbmÊe des naturels , les gros casques ou sasoj»maksy le bénitier tridacne, ou sabcnr* kenx et maronea, des lepas, des haliotides , étaient les productions noarines les plus abondantes. Des mnrenofAis et des scorpènes se tenaient cach^ sous les pierres ; deux de nos matelots, blessés par les aiguillons de ces dernières, éprouvèrent des douleurs qm furent assez longues à se dissiper. Ce point de la côte est le seul ou nous reconnûmes des muscadiers sairvaees {myristica mas de Humpkius). La toumefortia à feuilles satinées; des eueenia enlacés de pothos ; des fcetmies à reuillesde tilleul; des tecks (tedona çrandis); des cariota brdiants; «tes ixora ; des orangers, formaient les masses principales des fourrés. Partout ea rencontrait les toiles assez solides de deux araignées ( araness œukwfa el spinom), déjà mentionnées par M, de ia Billardière, et toutes àêux ^enla^ *quables par la magnificenoe de lear coloration , variée de pourpre, d'azur et de blanc. Aux troncs des ari»i«e

OCEANIE.

pendaient d'énormes nids, spongieux et celluleux, bâtis sans nul doute par une espèce de thermite ou fourmi blanche. liOrsque la nuit commençait à couvrir de ses voiles la nature entière, dans les soirées calmes et sereines , des milliers de vers luisants, que les naturels nomment kaltote j sortaient de répaisseur des bois, lançaient de petits faisceaux de lumière qui se croisaient dans tous les sens, et dont les lueurs expiraient pour se rallumer de nouveau et de nouveau s'éteindre. Mais à ces détails doivent se borner nos tableaux de ces sites lointains et sans analogie avec les nôtres.

JJne île vaste comme la Nouvelle- Irlande doit nourrir sans doute plusieurs espèces de grands animaux et 3ueiques-uns de ceux qu'on trouve ans les Moluques et à la Nouvelle- Guinée. Mais les courtes relâches des voyages de mer ne permettent guère que d'effleurer quelques points du littoral, et par suite des endroits toujours pauvres en créatures animées.

Nous ny vîmes point le babi-russa, bien que nous ne puissions douter qu'il y existé, car les naturels nous l'affirmèrent ; et, ce qui est plus positif, ils nous en apportèrent les dents canines, si reconnaissables par leur fonne caractéristique. Les cocnons, que les Papous (Papouas) élèvent en domesticité sous le nom de bouré^ appartiennent à la race de Siam, et ne nous parurent pas être nombreux. L'animal indigène le plus commun est le couscou blanc ou Kapouney que les naturels estiment à cause de la délicatesse de sa chair. Un vespertilion est le seul chéiroptère qui s'offrit à nos regards, car jamais nous n'y rencontrâmes de roussettes, bien que ces animaux aient des espèces répandues dans toutes les terres environnantes. Les chiens nommés poull tiennent beaucoup d'espèces ré* pandues chez les habitants de la Nonvelle-Hollande.

Les Papouas du port Praslin appel* knt les oiseaux mani. et ce nom a la

Slus grande ressemblance avec celui e manou ^ de la langue polynésienne.

J^es espi«efl se ressentent du voisinage

de l'équatenr, mais en même temps des rapports de création de la Nouvelle-Irlande avec les systèmes dlles Papoues et Moluques. Elles y sont, en effet, nombreuses et varices; mais elles appartiennent en même temps à quelques-unes de ces familles précieuses si recherchées dans nos musées.

La poule domestique commensale de rhomme ne diffère point de la race de nos basses-cours ; mais, par une singularité qui serait remarquable, si Von ne pensait que le nom de cet utile oiseau a un son euphonique dans la plupart des langues, les noirs du port Praslin lui donnent le nom de coq, nom qu'ils articulent nettement:

peut-être l'ont- ils reçu de quelques navires européens. Les loris (pHliacus-lori)y ces perroquets à vestiture écarlate, les gros loris papous, dont la voix est rauque, le perroquet vert à plumes lustrées des Moluques (psittO" eus sinensis), la perruche de Latham, étaient tués en grand nombre dans nos chasses.

Plusieurs espèces du riche genre des columba habitent les alentours du poii Praslin; et parmi elles, nous citerons le pigeon de Nicobar ( columba nico»

barica); la colombe pinon (colvmba pinoîi, QuoyetGaim. ,Zool. ,pl.28); la colombe demoiselle ( cofumbapueÛa), La colombe pinon , observée par nous dans son pays natal, diffère un peu de la belle figure donnée par MM. Quoy et Gaimard ; car nous trouvons dans notre Journal cette description : la tête et le cou sont d'un gris glacé, mév langé à une teinte rose légère; le ven« tre est d'un roux vif; le dessous des ailes et du dos est d'un vert doré, brillant de quelques reflets de cuivre de rosette; les rémiges et les rectrices sont d'un vert noir; les tarses sont d'un rouge vif, ainsi qu'une caroncule arrondie qui surmonte le demi-bec supérieur. La chair de cette espèce est savoureuse. Un corbeau à duvet blanc^ nommé coco par les naturels, dont la plumage est entièrement noir , ne pa* ralt pas différer de l'espèce de la Nouvelle-Gafles du Sud, que MM. Vigors et Horsfield ont nominé, par rapport

L*UNIVEftS.

à son analogie avec la corneille d'Europe, canm$ cortmoides. Sur les rivages était assez commun Taigle océanique (Jaho oceanica). Deux espèces du genre cuctdlus habitaient les bois : Tune à pluinage d'un vert uniforme ; et l'autre inédite, que nous avons figurée sous le nom de coucal atralbin ( centropi^ ateraUnis ].

Parmi lès oiseaux les plus communs, nous citerons les suivants : trois espèces dé martin-pécheur : VcUcedo abiciUa, à plumage sur le corps couleur d'aiguë marine, à tête et cou entièrement blancs ; Valcedo hispida , var, moluccana^ V alcyon cinnamominus de M. Swainson, nommé kUm-kiou par les insulaires ( cette dernière, espèce a environ six pouces de longueur.

La tête et le dos sont d'un vert brun, et les ailes et la queue seules ont une teinte d'aigue-marine. Un collier fauve entoure le cou , et le ventre et la gorge sont de cette dernière couleur , devenue plus vive et légèrement pointillée de brun. L'extrémité des rénn'ges et des rectrices est brtin ; la moitié de la mandibule inférieure est blanche, l'iris noirâtre, et les pieds sont rouges); des drongos; des stouroes {fampi'otO' rius metcUfieus) qui vivent en troupes, et dont; l^ris a l'éclat du rubis ; des hirondelles ; un soitirtHanga à gorge bronzée, nommé; sic^'c (ce soui-manga est olivâtre , excepté la gorge qui est d'un noir d^aeier bruni , et le ventre jusqu'aux couvertures inférieures de la queqe, qui est d'un jaune pur); des gobe-mouches nouveaux ( muscicapa chrysomela^ jAfHlnataumé des naturels ) ; un écbenilleur ; quelques chevaliers gris; des frégates , et quatre espèces nouvelles de gobe -mouches auxquels nous avons conservé les noms indigènes de tenouriy hincy rouhine et conice^-,

Les reptiles trouvent à port Praslin toutes les circonstances les plus favorables pour leur multiplication paisible. Chaleur, abondance d'eau , sont les deux premières grandes conditions de leur existence; aussi , bien que nous n'en ayons point vu , les navigateurs qui nous précédèrent sur cette

partie du monde, y indiquent des caïmans; comme le crocodile bicaréné n'est pas rare à la Nouvelle-Guinée , on ne doit pas douter que ce ne soit la même espèce. En revanche, nous nous y procurâmes plusieurs espèces de lacertains , et notamment le lézard de Pandang des Amboinois , ou gecko à bandes (/acerto viUataj Brong,), quelques ophidiens et des tortues. Les habitants nomment C6 dernières poules, recherchent leur chair et font des hameçons pour la pêche avec leur écaille.

Les poissons comptent une grande variété d'espèces dans cette baie, et toutes rivalisent en éclat. Ce serait nous entraîner trop loin que de les citer. Nous ne passerons pas sous silence toutefois le requin à ailerons noirs {squcUus melanopterus , Quoy et Gaim.), qui est multiplié d'une manière étonnante, ni le blennie sauteur de Commerson, sorte de poisson amphibie, qui s'élève sur les vagues, gravit les roches, s'y promène^ pour attraper les petits insectes dont il se nourrit , et , courant avec assez de rapidité sur le sable des grèves, imite, a faire illusion , les allures d'un sarigue. Eniin , ce qu'il y a de plus singulier dans les mœurs de ce poisson, c'est de le voir nager indifféremment dans l'eau des petites rivières qui se perdent dans le port Praslin , se plonger dans la mer, ou en sortir pour gravir sur les branches de quelques arbrisseaux maritimes. Ses yeux , placés verticalement sur le sommée de la tête , ses nageoires jugulaires soudées et à rayons solides, sa couleur gris de lin, tout de ce périophtiialine un être fort curieux.

Les crustacés se composent de langoustes, de cancers variés , de grapses peints , de palémons , de crevettes , d'un pagure, et d'un ocypode qui se creuse des terriers dans le bois. Les insectes y sont très-ornés et nombreux, et les papillons les plus riches et les plus colorés s'y trouvent ea grand nombre. Parmi les coléoptères, nous citerons la eicindèle à odeur de rose , type d'un nouveau genre, qui se

OGÉAIflE,

tient sur les feuilles; le ^moma, qui ne

Suitte point les écorces ; un bupreste or4, et un très-gros scarabée bicorne.

On y rencontre plusieurs phasmes, Tun filiforme et vert, et l'autre trèsgrand , noir, à corselet très-dur et hérissé de piquants. C'est de cet insecte que parle Bougainville, lorsau'il dit, p. 279 : c II est long comme le doigt , « cuirassé sur le corps ; il a six pattes , « des pointes saillantes sur les côtés , « et une queue fort longue. » On doit citer aussi les scorpions et les scolopendres , ainsi oue plusjeurs fourmis très-grosses, et aes thermes.

Les coquilles les plus répandues sont de gros cônes, des casques, de très-grands trochus , puis la veuve à peau de serpent, des tridacnes, Thyppope , des porcelaines , des ovules, des fuseaux y des haliotides , des murex , des huîtres. Tune à bords sinueux, l'autre aplatie et mince, des patelles, etc. Le scarabe ne quitte point l'atmosphère marine , et se tient sous la mousse ou dans les aisselles humides d'un pancratium; un petit bulime et une hélice noire inédite habitent les feuilles des arbres. Dans les eaux douces se trouvent une espèce du genre faune, la melania setosa de M. Gray (Zool. journal, 1. 1, p. 253, pi. 8 , f. 6 , 7 et 8 ) , une nérite épineuse, et la nérite fluviatile à lèvres rouges. Relativement à cette dernière espèce, nous ne pouvons passer sous silence un fait très-sin^julier de son organisation. Les individus les plus développés , au lieu de vivre dans les eaux douces où les fixent les lois de leur économie, se trouvaient répandus , au moins pendant la durée complète de notre séjour à la Nouvelle-Irlande, à de grandes distances dans l'intérieur des forêts , à plus d'une demi-lieue de tous ruisseaux. Cette singularité de rencontrer a chaque pas cette coquille fluviatile attachée aux feuilles des arbres , et surtout à celles des nandanus, nous parut renverser les idées reçues, et nous ne concevons pas encore comment elle peut gravir sur les troncs pour atteindre les plus légers rameaux à cause de son oper-

cule calcaire très-solide. Quant à sa respiration, elle se continue par la précaution qu'a ce mollusque de réserver dans sa coquille et sous son opercule qui ferme hermétiquement, une provision d'eau, qu'il renouvelle featrètre chaque matin dans les aisselles des feuilles des vakois ou de Quelques autres plantes, dont le feuillage enroulé reçoit toute l'eau qui est condensée pendant la nuif.

Peu de relâches nous ont été aussi favorables pour enrichir nos collections d'une quantité innombrable de zoophytes. Les holothuries , les zoanthes, les actinies, les salpa , les méduses nous offrirent de nombreuses espèces. C'est au milieu de la rade que nous prîmes, par un temps calme , un acalèpne agrégé, de forme pyramidale, long de deux pouces, composé de pièces articulées à facettes , taillées comme du cristal, se désarticulant avec une extrême facilité , ayant son centre traversé par des cordons digestifs d'un beau rouge , et disposés en ganglions renflés de distance en distance. Cet animal^ qui a de grands rapports avec celui nommé polytome par MM. Quoy et Gaimard, sera pour nous le type du genre plethosoma, Nous passerons sous silence les nombreuses espèces de madrépores, d'épongés, d'alcyonium, devers à tuyaux, de tubi pores-musique, et les disques des fongies dont les interstices des lamelles sont occupés par le polype dilaté en larges et innombrables ventouses de couleur marron clair, etc.

Les peuples qui vivent sur la vaste lie connue sous le nom de Nouvelle- Irlande par les Européens, semblables à plusieurs races répandues sur les terres environnantes , appartiennent à la grande famille desPapouas. Ces tribus noirâtres n'avaient point encore été décrites par les navigateurs, et tous les faits dont se composera leur histoire dans ce chapitre seront entièrement neufs pour la science.

Les Nouveaux-Irlandais ont la peau noire ; mais cette teinte est loin d'être décidée , et , par le mélange de jaune uni au brun , affecte la couleur fuH-

ZiB

gineuse. Leut taille n^a rien de remarquable; elle varie suivant les individus; ses proportions les plus ordinaires sont à peu près de cinq pieds un à deux pouces. Ils ont le ventre gros. Leurs membres, sans avoir cette maigreur ou ces proportions si minces que Ton sait propres à la race des noirs, sont loin toutefois de présenter ces formes régulières et gracieuses qui sont propres aux Polynésiens. Une éuaisse chevelure laineuse recouvre la tête et retombe sur les épaules par mèches très -frisées et disposées comme en tire -bouchons (voy. pL 242). Les vieillards conservent leur barbe dans toute sa longueur, et paraissent en prendre le plus grand soin; et, à ces traits les plus saillants de leur physionomie extérieure, il faut ajouter un front rétréci, un nez épate, et une large bouclie laissant entrevoir deux rangées de dents corrodées par le bétel. Leur angle facial , que M. Lesson mesura plusieurs fois avec un instrument confectionné à bord du vaisseau , ne lui parut jamais dépasser le terme de C5 à 67 degrés. Les irictions huileuses contribuent sans daute à donner à la peau d'un grand nombre de jeunes gens la douceur et le velouté qui la caractérisent; mais la majeure partie de la population se trouve affectée de cette lèpre qui dévore un si grand pombre de peuples de la mer du Sud , et oui fait tomber l'épiderme par écailles furfuracées.

. Tous les peuples de race noire, dans quelque partie du monde qu'on les observe, seniblent méconnaître les habitudes d'une modeste pudeur. Une nudité complète est pour eux l'état de nature. Ils n'ont jamais cherché à voiler à tous les yeux des organes peu faits pour être montrés au grand jour. Les [Nouveaux-Irlandais ne s'épijent point, et quelques vieillards étaient remarquables par l'épaisse villosité répandue sur leurs membres.

Us ignorent le procédé de la circoncision.

La dignité la plus froide respire sur le visage des nommes âgés; leurs

traits calmes et sereins sont empreints d'une impassibilité qui est Fapanage des sens engourdis par les ans, tandis que la jeunesse est chez ces peuples, comme partout ailleurs, caractérisée par une turbulence d'action et par une vive mobilité d'esprit. £n étudiant toutefois la physionomie des r^ouveaux- Irlandais, on pénètre aisément les passions qui viennent s'y réfléchir, et la fausseté des regards perGdes de quelques - uns contraste avec la défiance et les soupçons de certains, la bonhomie et la confiance de quelques autres. Chez ces hommes, la gaieté et l'enjouement ne paraissent être le partage que d'un bien petit nombre; leur vie s'écoule à tendre des embûches à leurs ennemis, ou à se préserver de leurs pièges , et un état U'iiostilité perpétuelle en marque le cours.

Les Nouveaux-Irlandais , soit par mode , soit pour désigner Tes castes , conservent leur clieveux et leur barbe, ou se rasent avec des coquilles. Cependant nous remarquâmes que les vieillards, dont la barbe onduleuse descendait sur la poitrine, paraissaient jouir, parmi leurs compatriotes, de îinfiuence dévolue au pouvoir. Tous indistinctement se couvrent la tête d'huile et se saupoudrent avec des poussières de chaux ou d'ocre , et ce grossier cosmétique n'imite pas mai une peinture rouge dont serait imprégnée chaque mèche de cheveux. Cet ornement malpropre et bizarre contribue à donner à ces noirs un aspect extraordinaire et sauvage; et c'est bien pis encore lorsqu'ils ont consacré quelques instants a leur toilette et couvert leur visage des fards qui sont pour eux l'idéal de la beauté. A ce sujet, nous entrerons dans quelques détails; car l'homme le moins civilisé est aussi bien ^ue celui qui prétend exclusivement a ce titre, livré à l'empire des goûts les plus extravagants et les pi us ridicules, et pourrionsnous sourire de pitié à la vue d*un ^iouveau-Irlandais , barbouillé d'huile et de poussière rouge, quand on rencontre au centre de la civilisation des cheve*

OCÉANIE

lures ébouriffêes et couvertes de poussière de farine? Ainsi la chevelure des hommes qui nous occupent , tombant en toit sur les épaules, est poudrée avec de la chaux ou de Tocre ; la barbe ne reçoit point cette parure, et seulement on la taille brin par brin , avec des valves tranchantes de coquilles, sur les côtés de la figure , de manière à ne laisser en place qu'une trèsgrosse touffe sous le menton ; mais 11 parait que Topération de tailler ces poils est longue et douloureuse, car la plupart des naturels qui vinrent visiter notre vaisseau, se soumirent sans répugnance à Tépreuve douloureuse que leur flrent endurer nos matelots , qui se faisaient un malin plaisir de les raser avec de vieux couteaux. A ces soins généraux ne se- borne point la toilette des Nouveaux-Irlandais; il en est encore d'autres qui occupent leurs loisirs, et auxquels ils consacrent avec satisfaction de longs moments ; au premier rang on doit citer leur coutume de se peindre les joues, le front , le bout du n^z , le menton , et même les épaules, la poitrine ou le ventre, avec de l'ocre délavée dans de rbuiie de coco. Sur ce fara d'un rouge sanguin, ils ajoutent, dans certaines circonstances, des raies blanches de chaux de corail. Le tatouage leur est inconnu, ou du moins n'en avons-nous vu que des linéaments légers et peu distincts chez quelques individus. Mais ils se percent la cloison du nez et même les ailes du nez, pour y accrocher des ornements singuliers, de formes très-variables, qui impriment à leur physionomie, naturellement repoussante et laide, un caractère hideux et féroce. Un bâtonnet en os ou en bols traverse la cloison des narines; celles-ci reçoivent des dents d'animaux ou des touffes de plumes, et jusqu'à des chapelets de dents de phalângers.

Ils imaginèrent de placer en cet endroit les aiguilles , les épingles et les haine- ^ns qu*on leur donna a bord de notre corvette, et ces instruments piquants ressemblaient à des chevaux de frise destinés à protéger leur face noire. Les lobes des oreilles sont aussi troués de

manière à ce ^^on puisse y loger des rouleaux de cuir; et c*est aussi en eé Jieu qu'ils plaçaient , ainsi que le font les Carolins, les couteaux, les ciseaux et les autres instruments de fer qu'il! obtenaient des marins.

Uniquemeht soumis à l'empire dei besoins physiques, les Nouveaux-Irlam dais ont reçu, dans la plénitude dei fonctions de leurs sens, un perfection^ nement d'idées instinctive^ qu'on re* trouve chez tous les hommes dont leâ idées sont restreintes par les néœssi* tés de la vie. Leurs sensations intellect tuelles sont chaque jour, à chaque instant, tendues vers les moyens decal** mer la faim du moment , de se garaa* tir des atteintes des bétes féroces , od de s'abriter des intempéries du climat.

De là sont nées les perfections de là vision, de l'odorat, ae l'audition; dé là découlent cette justesse de coup d'œil pour atteindre, avec un harpon, le poisson qui nage; cette habitude de découvrir l'oiseau le plus petit caché au milieu d'un épais feuillage ; cette prestesse pour gravir un morne escarpé. Les noirs du port Prdslin ne le cèdent d'ailleurs à aucune autre peuplade dans l'art d^ construire et manœuvrer une pirogue, de lancer une longue sagaie en bois dur , ou de jeter des pierres avec des frondes.

Parmi les hommes qui vinrent temporairement se fixer sur le rivage du port Praslin pendant notre séjour, nous remarquâmes un grand nombre de vieillards, et tout autorise à penser que la vie, exempte de ces vastes désirs qui en usent la trame, s'écoulerait sous ce ciel pendant une longue suite d'années , si la guerre et ses ravages ne venaient , de temps à autre , en troubler la monotonie. L'homme est si naturellement porté à la destruction, et la guerre est si profondément de l'essence de son organisation, que l'on remarque que les haines ne sont jamais plus vives, plus acharnées ,' que lorsqu'elles s'élèvent entre deux tribus d'une même origine..

Ainsi, les Pïouveaux-Irlandais ne diffèrent pas des habitants de la Nour velle-Bretagne, qui sont des tribus is-

mies de la même famiile, et eependant la haine qui les divise est telle que le nom de Birare ( nom indigène de la I^ouvelle-Bretagne de Dampier ) suffît pour faire nattre la colère la plus violente, et lui faire vomir, dans sa langue, des imprécations, qui, à en juger par la violence des mouvements qu^dle provoque, doivent être d*une virulente énergie. Nous serions assez tentés de penser que les Nouveaux-Irlandais sont cannibales; nous n'avons cependant sur cette grave inculpation que des présomptions; mais cet affreux penchant, résultat d*un désir immodéré de vengeance, converti en dogme religieux par les superstitions les plus barbares, est d'ailleurs plus répandu qu'on ne le pense, chez plusieurs peuples de rimmense Océanie. Les armes des naturels du port Praslin sont le plus ordinairement ornées d'os hu-.

mains entiers , et surtout d'humérus.

Des trophées si hideux nous donnèrent à penser que ces peuples , trop bruts pour protéger leurs prisonniers, les massacraient au contraire , et se partageaient leurs os, pour perpétuer après leur mort la vengeance qu'ils en avaient tirée. Nous employâmes les précautions les plus délicates pour lever nos doutes sur cette affligeante circonstance, et plusieurs naturels conGrmèrent nos soupçons , en nous prouvant par des gestes 'très-expressifs le plaisir que leur procuraient des muscles palpitants à dévorer, tandis que d'autres, au contraire, inquiets et troublés à cette question, n^ répondirent pas , témoignèrent de l'mquiétude et se hâtèrent de quitter le vaisseau.

Dans le nombre des naturels que nous visitions fréquemment, et avec lesquels nous vivions en bonne intelligence, dit M. Lesson, nous n'en trouvâmes point de contrefaits. Leurs formes, sans être arrêtées avec grâce , n'avaient point cette maigreur que présentent plusieurs races noires :

leurs membres étaient agiles et dispos. Un seul, c'était un vieillard,' avait eu les jambes brisées par un coup de casse-iete; mais la soudure des os s'était parfaitement consolidée, quoiqu'en

les déformant. Nous n'avons point à signaler parmi eux de traces d'éléphantiasis, ni de ces hydrosarcocèles, si communs à Taîti. Mais, en revanche , la lèpre et les cicatrices sur la peau en détruisent l'uniformité, et ces dernières attestent combien sont fréquentes leurs hostilités avec d'autres tribus. Il eût été intéressant d'approfondir leurs idées sur Fart chirurgical ou sur les pratiques de leur médecine , quelque grossières qu'elles soient ; mais leur intelligence ne s'éleva jamais jusqu'à vouloir comi>rendre nos questions à ce sujet ; ils se bornèrent à nous nommer les plaies eUoty et la lèpre limnimole , sans que nous puissions supposer s'ils cherchent à se garantir de celle-ci par quelques moyens prophylactiques, ou s en ^érir par oes remèdes. La lèpre atteint, à la Nouvelle-Irlande , tous les âges , cause une desquammation dégoûtante de répiderme , et occasionne, chez ceux qu'elle dévore, un prurit qui paraît les tourmenter cruellement.

Les hommes , quels qu'ils soient, ne

{)euvent être bien appréciés que dans eur intérieur. Leurs rapports habituels avec leurs familles et l'ensemble de leurs habitudes domestiques les peignent sous leur vrai jour. Malheureusement, nous ignorons complètement quels sont les liens de famille qui unissent les Nouveaux - Irlandais à leurs épouses et à leurs enfants , et œ que nous en savons , se réduit à des observations superficielles , faites par M. de Blosseville, dans une course hasardeuse au village de Leukilikl , résidence des habitants qui , pendant notre séjour dans le port Praslin, étaient venus camper sur le rivage.

Son attention était principalement captivée par un grotesque personnage ( le danseur ou la danse se nomme Iouklouk ) , qui , au moment *de son arrivée, s'était élancé sur la grève qu'il parcourait en dansant. Son habillement ridicule consistait en une énorme ceinture de vakois (*) de. neuf pieds

(*) Cet usage est entièrement semblable à celai ^i est usité dans le royaume deWooUi*

de circonférence, qui prenait h la poitrine et tombait au milieu des cuisses; par-dessus s'élevait une pyramide quadrangulaire; par derrière elle était, couverte de feuilles , et par devant elle était formée par un réseau noir, orné de figures blanches. La tête du sauvage était cachée sous cet affublement ; un de ses bras sortait du milieu des feuilles , et était armé d'une sagaie. Un second danseur se joignit au premier , ils s'approchèrent de lui , et il put les exammer et les dessiner à loisir.

Intercalons ici un passage de M. Jules de Blosseville, inséré oans le Journal des Voyages de 1829.

« Les chefs nous conduisirent d'abord à la maison des Idoles y bâtie à environ cent pieds au-dessus de la mer ; c'est un bâtiment de trente-six pieds de longueur , de dix-huit de hauteur et de onze de largeur. Cette espèce de pagode , ouverte à une de ses extrémités, est divisée en deux parties par un plancher sur lequel sont risées les idoles : la principale, placée l'entrée , est une statue d'homme , de trois pieds de hauteur, grossièrement sculptée^ peinte en blanc, en noir et en rouge , et ayant un phallus énorme ; à sa droite on voit un grand poisson, et à sa gauche une figure informe qu'on peut prendre pour celle d*un chien. De chaque côté sont placés cinq autres dieux, qui représentent des têtes humaines d'un pied de hauteur, dont on a peine h distinguer les traits. Au fond on voit une quatorzième figure d'une plus grande dimension ; elle est peinte en rouge , et ses yeux sont formes par des morceaux de nacre; à côté est attaché un ornement en bois , artistement découpé ; les naturels le nomment Prapraghariy

«En approchant de Kouncla-Barra,nou8 vîmes accrochés à un poteau , hors du mur de la ville, un vAtcment fait d'écorces d^arbre coupées par filament, el arrangé de manière à pouvoir couvrir un homme ; espèce de loup-garou , appelé Noumbo'joumho.n Voyage dans l'Afrique occidentale du major Gray et du médecin Dochard, i8a5, x vol. in-8.

et lui témoignent t)eaucoup de respect.

Ce n*est cependant qu'une décoration qu'ils placent sur l'avant de leurs pirogues. Cette pièce précieuse est voilée. On descend dans la partie inférieure par deux grandes ouvertures; j'y suivis un des chefs, mais rien de remarquable ne s'of&it à ma vue; deux tamtam sont suspendus dans l'intérieur de la maison, ainsi que quelques fruits. Ces dieux de bois reçoivent des offrandes, et un couteau me fut demandé au nom de la grande idole. Je n'avais garde de refuser , et j'ajoutai à mon présent une médaille

Sue je fis attacher au cou du grand ieu. J'espère qu'ainsi consacrée , on pourra l'y voir dans beaucoup d'années. Ce fut en vain que je cherchai à obtenir des renseignements sur la religion de ces insulaires ; il reste à savoir quel est leur degré de superstition, et s'ils font des sacrifices humains. Je ne vis aucun os humain qui me pdt le faire présumer. Toutes les idoles portent mdistinctement le nom de ^akoui,

« Entourés d*hommes et d'enfants qui fuyaient à notre approche, nous n'avions pas encore vu de femmes , pas même de petites filles. Je commençais à deviner pourquoi on nous avait tait attendre, lorsque nous débarquâmes sur l'isthme , et pour m'en assurer, je me dirigeai vers les cases. On ne nous arrêta pas; les chefs nous suivirent partout; mais inutilement essayâmes-nous de regarder à travers les planches qui servent de portes :

elles étaient trop bien jointes, et il ne

Î)énétrdit pas le moindre jour dans 'intérieur. »

Revenons à M. Lesson.

Le premier art que Ton doive examiner chez tous les peuples , quelle {|ue soit leur civilisation , dit-il, est celui de la cuisine. Manger gloutonnement est sans doute le premier besoin de la vie; mais soumettre les aliments à des préparations diverses, annonce un ramnement qui ne peut naître que sous l'influence de l'aisance et d'une position au milieu d'un sol productif; sous ce rapport, les Nouveaux-Irlan-

dais nous parurent n'avoir pas fait de grands progrès , et le feu est diez eux ragent universel dont ils réclament le secours, soit pour torréfier sur le charbon leurs aliments, soit pour réchauffer les sables des rivières sur lesquels ils dorment la nuit, ou enfin pour chasser les insectes et se garantir de leurs morsures. Ils se servent, pour allumer leurs brasiers, de deux morceaux de bois qu'ils frottent vivement , et dont s'échappent de petites étincelles qu'ils recueillent sur de la paille desséchée. Par ce procédé simple , ils peuvent , quelque part qu'ils se trouvent, préparer leurs repas, allumer instantanément ces firands feux qui sèchent leurs membres mouillés par de grandes et nombreuses averses.

Ces naturels redoutent la profonde humidité qui règne dans les forêts , et lorsqu'ils viennent camper sur un point quelconque du rivage , ils en choisissent constamment la partie nue et^ sablonneuse , se placent en rond , de manière à entourer le feu qu'ils entretiennent soigneusement au milieu du cercle, et font en sorte de placer à côté de chaque individu, des niasses de charbons ardents, destinées à les réchauffer pendant le sommeil, et à les protéger contre la fraîcheur des nuits. Ces noirs, ainsi couchés pêle-mêle sur le sable échauffé, paraissaient éprouver la plus vive jouissance à s'étendre dans tous les sens pour ne rien perdre de la chaleur que leur envolent les divers foyers qu'ils ont préparés. Il nous arriva fréquemment de les visiter au milieu de la nuit, sans que jamais nous ayons trouvé la tribu entière plongée dans le sommeil. Pour éviter les surprises , ils ont la précaution de placer a l'entour de leur campement , des vedettes qui , à la moindre apparence de danger, donnent l'alarme, et qui ont aussi pour fonction d'entretenir les feux allumés.

Les Nouveaux-Irlandais mangent à chaque instant du jour ; et quel que soit l'animal qui leur tombe sous la main , il est aussitôt jeté sur des charbons ardents, rôti et dévoré. Jamais ils ne

86 donnent la peine de dépouiller im quadrupède ou de plumer un oîsean , et ils en mangent jusqu'aux intestins.

Les insectes les plus dégoûtants et les reptiles les plus hideux ne leur causent aucun dégoût , et nous les avons tus souvent manger de gros lézards qoi étaient à peine grillés. Lorsque les habitants quittent leurs villages , ils n'emportent point de provisions avec eux; ils se fient, pour trourer de vivres dans leurs voyages, aux rédfe que découvre la marée basse. Là , en effet , ils pèchent aisément tout le poisson qu'ils peuvent désirer , et à cette ressource principale s'adjoignent une infinité de gros coc^uillages , surtout des poulpes et des bénitiers , enfin dei tortues marines, des crabes nommés koukiavasSj et de très -grosses langoustes. Mais , pendant que des naturels explorent ainsi les vastes Iwuics de récifs qui bordent toutes ces côtes, quelques autres s'avancent dans l'intérieur des forêts, et y recueillent les productions végétales nombreuses , qu'une nature riche et libérale y jeta i profusion. Au premier rang des fruits que leur maturité faisait rechercher à l'époque de notre séjour, nous mentionnerons la châtaigne d'inocarpe, dont le goi1t et la saveur ont la plus grande analoiiie avec les châtaignes d'Europe ; ce fruit , nommé laka l est tellement abondant, qu'il ionche parfois le sol; les Papouas le mangent rôti , ainsi que les pommes du faux palmier nommé cycas. L'abondance des vivres et la quantité que ces insulaires en consomment , nous ont souvent étonnés. Nous n'avons jamais, en effet , assisté à un de leurs repas, sans que nous n'ayons vu disparaître des niasses de viande, de mollusques ou de poissons; leur grand régal est de manger ces derniers crus. Parfois, pour cuire leurs aliments , ils creusent un trou très-profond dans le sable, ils le tapissent avec des feuilles fraîchement cueillies , et y déposent les chairs au milieu de pierres échauffées.

Les animaux dont ils se régalent m sont pas nombreux; ils n'élèvent que très peu de cochons, et parmi les qua-

, OCÉANIE

Irupèdes sauvages, les couscous (*) ont les seuls qui nous parurent servira eurs festins. La cuisson ne dépouille K)int ces derniers d'une odeur fra- ;rante et expansible , gui , pendant Bur vie, donne la conscience de leur oisinage, bien lonsçtemps avant ^u'on «lisse les entrevoir : cette chair est «pendant bien capable d'exciter la conroitise par sa blancheur et ses qualités ipparentes; mais ce fut en vain que lous essavâmes à différentes fois d'en joilter; l'odeur, qu'elle ne perd janais, soulève TestoiTiac le plus ro- )uste et le plus affamé. Quelques naiirels nous flrent entendre qu'ils ne lédaignaient point de man^er les îhiens ; ce poût est assez universellenent répandu sur toutes les terres de 'Océanîe. Le chou caraïbe , plante de a famille des aroîdes , si précieuse par »es qualités nutritives , croît dans tous es marécaîçes, et est vivement apprécié dans la Nouvelle-Irlande, aussi iîen que dans les îles de la Société.

Vfais ce qui nous frappa sur cette rrande tie située à une faible disiance de Téquateur, est la rareté des îocotiers qui croissent sur les rivages. Vu petit nombre de noix de cocos que ;es tribus nous apportaient comme >bjets d'échange , et à la valeur qu'eles en exigeaient en retour, nous dunes penser que ce fruit était d'autant )Uis précieux qu'il était rare. Pas un :eiii cocotier n'existe aux alentours du )ort Praslîn , et toutes les noix (jue les labîtants nous apportèrent étaient lèches :, ils nomment le coco , pris en ïntîer , lamass , la coque ligneuse arime, et le lait émulsif kaourou.

Hais si les cocos leur manquent , ils )ossèdent en abondance des ounis .bananes),- des nios (ignames), des os (cannes à sucre) , et des béréos ou ruîts à pain sauvages. L'eau pure lemble être leur unique boisson.

Jue repos, c'est-à-dire ce/ar7?/^nf«quî îonsîste à reposer sur le sol ses membres engourdis, paraît être, dit M. Lesson ,

(♦) Cest un sous- genre des phalangers, iij'on trouve quelquefois aussi dans Tile ^élèbes. G- 1. D, R.

pour les Nouveanx-Irlanda{s,la réalité du bonheur. Nous les visitâmes à toutes les heures du jour et de la nuit; nous

f tassâmes des journées, couchés au miieu d'eux , duns le but d'étudier leurs habitudes les plus apparentes, et presque toujours nous les vîmes savourer avec une sorte de volupté, ce repos si voisin de celui d'une brute. Cent fois nous trouvâmes les vieillards nonchalamment étendus près d'un foyer à demi éteint , restant des heures entières les jambes l'une sur l'autre , et les mains croisées sur leursnoitrines, dans l'immobilité la plusparraite, mais suivant de la prunelle, avec une Vive curiosité, tous nos mouvements et toutes DOS actions

Ces peuples aiment passionnément le bétel ;- ce sialo&;ue énergique noircit profondément l'émail des dents, qu'il corrode , et donne une couleur rouge sanguinolente aux membranes qui tapissent l'intérieur de la bouche. Cet usage , complètement inconnu aux Polynésiens, n'a pu leur être transmis que par les Malais , à l'époque où leur navigation s'étendait vraisemblablement dans toutes les mers qui baignent cette partie de TOcéanie. Les raisons données par Pérou, sur l'utilité de cette drogue, sont loin d'être exactes, et nul doute ç|u'il ne faille simplement attribuer l'introduction de son usage parmi tant de peuples, à la fantaisie et à la mode. Les Nouveaux-Irlandais d'un certain âge sont les seuls qui mâchent le bétel, et les jeunes gens nous sembleraient ne pas jouir de la prérogative d'en user, car aucun n'en avait encore mis dans la bouche. Sous le nom de bétel, on désigne un mélange de substances d'une grande âcreté, dont les principes se corrigent pour donner naissance à un produit mixte, d'une saveur légèrement enivrante, que nous avouerons avoir trouvée fort agréable. La base de ces matières est la chaux appelée emham, obtenue par la calcination des madrépores, et que les naturels renferment dans un fruit à épiderme rouge, nommé kambariy dont la surface est souvent enjolivée par de nombreux dessins. Ce fruit, de

la ^osseur d'une coloquinte, est produit par une plante grimpante, nommée melodinus scandens par M. de la Billardière. Dans un autre petit vase , ils conservent des fruits d'arek et des feuilles de poivrier, qu'ils saupoudrent de chaux, avant de s'en servir. La noix d*arek est ce qu'ils nomment boualy et le fruit vert ou la feuille de poivrier est ce qu'ils connaissent sous le nom depogne.

Pendant notre séjour dans la belle baie nommée port Prasiin, nous vîmes, ajoute le savant naturaliste, jusqu'à cinquante guerriers à la fois, paraissant obéir à des vieillards , portant, comme marque distinctive, leurs cheveux longs ainsi que la barbe. Ils nous cachèrent soigneusement leurs femmes; ce gui semble attester qu'à leurs idées païennes se mêlent quelques traditions musulmanes qu'ils auront puisées dans leurs relations avec les Malais. Ils nous firent entendre qu'ils jouissaient de la prérogative d'avoir plusieurs épouses ; leur conversation prouva aussi qu'ils poussaient aussi loin que possible les inquiétudes d'une humeur jalouse. Les relations que nous avons eues avec les Nouveaux- Irlandais du port Prasiin pendant notre court séjour dans cette partie de l'île , ont toujours été franchement amicales.Cependant, il nous a fallu endurer des vols nombreux, car ces noirs , bien que ne pratiquant pas le vol à force ouverte, ne négligent aucuns moyens de s'approprier ce qui tombe sous leurs mains agiles. Il était aisé de voir que nos armes à feu leur imposaient une circonspection qui ne leur était pas habituelle, car ils redoutaient singulièrement la puissance d'armes dont ils n'entendaient jamais l'explosion, même au milieu des bois, sans tressaillir. C'était avec une vive reconnaissance qu'ils recevaient les outils de fer , les morceaux de cercle de barrique avec lesquels ils fabriquaient des ciseaux. Ce métal était plus précieux.

à leurs yeux que l'or , sous quelque forme qu'il fût. Toutefois, nous n'eûmes, en aucune occasion, à regretter notre confiance envers les Nouveaux-Irlandais. Ils se conduisirent avec bon-

homie dans les forêts, où soiiTeiit nous nous confiâmes sans armes à leur bonne foi, lorsque, servant de guides dans nos courses d'histoire naturelle, ils pouvaient si aisément nous dépouiller. Nous participions sans cérémonie à leurs foyers ; souvent nous cboisissions des fruits de mapé, ou des mollusques pour calmer notre faim , sans au'ils en témoignassent le plus 1^^ déplaisir : peut-être faut-il attribuer leur conduite au soin que nous avions de les récompenser scrupuleusement Cependant, nous n'en inférerons pas qu il fût prudent de s'abandonner en toute circonstance à leur bonne foi, car souvent nous crûmes nous apercevoir que la vue d'un navire de guerre était ce qui leur imposait, et servait le mieux à réprimer leurs passions violentes,

L'espèce humaine à la Nouvclle-ïrlande et sur les terres environnantes paraît répartie en tribus éparses. Elle appartient évidemment à la race ppoua, avec un type inférieur à ceux qui habitent le plus près de Téquateor, a la Nouvelle-Guinée ou dans la grande île de Véguiou. Cela tiendrait-il à la grande humidité dans laquelle ils doivent être plongés une partie de l'année? influence assez grande pour agir sur la partie osseuse de la tête, ainsi que l'a fait observer M. le doctenr Gall , sur un assez grand nombre qoe les savants de la Coquille apportèreot de Véguiou. Il y a loin de ces insulaires à ceux des îles Viti pour le développement et la proportion des formes , quoiqu'ils semblent appartenir à la même race.

« L'île aux Cocos, dit le narrateur da Voyage pittoresque, ment à son nom; elle n'a pas même de cocotier , pas un fruit , pas un comestible.. La pêche elle-même y est mauvaise et dimdle, le fond de coraux déchirant les filets. Sur toute la bande littorale du havre Carteret , s'élève un mur de falaises qui interdit l'accès du rivage.

C'est à peine si l'on peut pénétrer jusqu'à une demi-lieue dans les terres.

Du côté de l'aiguade , en marchant le long du torrent, l'île aux Cocos serait

OCIÈANIÉ.

plus accessible , mais elle ne nourrit point de gibier. »

Uniforme dans toute son étendue , la côte de la Nouvelle-Irlande forme une lon^e et haute chaîne couverte d'impénétrables forêts; Les terres de la T^ouveile-Bretagne, qui se montrent à sept ou huit lieues de distance , annoncent un sol plus varié, plus fertile, et surtout plus populeux , à en juger par les fumées qui s'en élèvent.

M. Guilbert , en faisant le tour de nie, avait rencontré dans un site sauvage , au milieu des rochers , un caïman aux yeux à fleur de tête, à la peau écaillée qui , à sa vue , s'était aussitôt dirigé vers la mer. C'était vraisemblablement le crocodile Biporcatus.

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