ILES SALOMON
GEOGBAPHIE.
Alvaro Mindana de Neyra, navigateur espagnol , envoyé à la découverte de la terre australe , exécuta le premier grand voyage de recherches, après que la Papouasie ou Nouvelle- Guinée eut été trouvée par SaavedrUy et que HerfiaTido Gallege, qui avait été auparavant premier pilote de Mindana, et auquel plusieurs géographes en attribuent la découverte , eut atteint , selon plusieurs géographes , une terre australe (*) , qui nous paraît au moins douteuse. Parti des côtes du Pérou , Mindana découvrit en 1568 un archipel qu'il nomma Iles de Salomon; il les plaça entre les 5* et 9* degrés de latitude sud ; mais ses observations de longitude furent si inexactes , que ni lui, ni aucun navigateur, ne purent retrouver ces terres. Il se trouvait alors, suivant son estimation; à quatorze cent cinquante lieues marines de Lima ; mais par ordre, par erreur ou par ignorance , les auteurs espagnols placèrent ces îles tantôt à nuit cents , tantôt à quinze cents lieues à l'ouest du Pérou.
Mindana nomma IsabeUa la plus grande île qui s'étendait du sud-est au
(*) Da]ryiDple,irijtonVa/ collection, 1. 1, p. 96 et 97,
nord-ouest ; unellelongue, située ausud d'Isabel la, reçut le nom de Guadalcor nar; une île qui renferme un volcan, celui de Sesarga, et la terre la plus méridionale qu'on trouva, le nom de Chrisioval. Nous trouvons dans Figueroa (Viagero universal, vol. xxvii , n^ 273) que ces îles étaient peuplées de noirs, armés de flèches et de lances; qu'ils se teignaient les cheveux en roux , et mangeaient la chair humaine 'avec délices. A son retour à Lima , Mindana vantait chaque jour la beauté de cette terre, et l'or qui y abondait. Ce nom de Salomon, qu'il lui donna, indiquait au roi d'Espagne une nouvelle Ophir.
Mais , jusqu'à ce jour , rien n'indique dans les îles qu'il découvrit des traces de terrains aurifères. Mindana paraît avoir trompé son pays , son prince et le monde entier ; mais , était-ce pour faire un conte et s'amuser aux dépens du genre humain? Cela n'est pas croyable. Quelque vue vaste et profonde guidait probablement ce grand navigateur. N'aurait-il pas voulu plutôt exditer, par l'appât de l'or, son gouvernement à former un établissement important dans la mer du Sud , pour prévenir le danger qui devait résulter, pour l'Amérique espagnole , d'un établissement européen dans Cette partie du monde ? Miiidana, nommé amiral des îles Salomon (*) , étendit ses découvertes dans, un second voyage : il trouva les îlesNouka-Hiva {Marquezas de Mendoça), le groupe d'iles de la Polynésie ^ qui se rapproche le plus de l'Amérique méridionale, et , ne pouvant retrouver l'archipel Salomon , il découvrit celle de Santa-Cruz, et quelques autres dont nous parierons bientôt. Il retourna pour la troisième fois aux îles Salomon, pour y fonder une colonie; mais il trouva la mort à Santa-Cruz, établissement qui périt avec lui ; et sa veuve ramena aux Philippines les débris de sa colonie.
La position des îles de cet archipel a été l'objet des plus longues contes-
(*) Figueroa , Hechos de don Garcia de Mendoza, marques de Canete, 1. vi, p. 238 et sqq.
ché le plancher, que leurs craintes firent place à la surprise et à l'admiration, en voyant le grand nombre de mousquets, de pistolets à canon de cuivre et de coutelas qui brillaient et étincelaient sur presque toutes les parois de la cabine. Ils couvraient de leurs mains leurs yeux éblouis, en s'écriant : Rett stillerf exclamations qui furent aussitôt répétées par leurs compagnons restés sur le pont. Je leur montrai un miroir, ce qui d'abord les frappa de terreur. Ils furent pendant quelques minutes comme tout effarés d'étonnement; ils se regardaient alternativement Tun l'autre et examinaient l'image qui seréfléchissaitdansla glace; mais, aussitôt qu'ils y reconnurent leurs visages noirs comme l'ébène, ils s'embrassèrent, firent les grimaces les plus extravagantes; ce n'étaient plus que rires immodérés et cris de joie.
« Néron , oui les entendait , ne put résister plus longtemps à sa propre envie et à leurs sollicitations ; d'un saut il fut dans la cabine, jetant ses regards de tous les côtés avec des cris de surprise et de plaisir, qui dépassaient toutes les bornes. Tous regaraaient et se conduisaient comme des enfants hors d'eux-mêmes , quoique plus d'un portât évidemment des marques d'un âge avancé.
c Quand nous remontâmes sur le pont, le nombre des canots s'était considérablement augmenté autour de YAfUarctic. Ceux qui les montaient , venus des tjes voisines, étaient noirs et nus comme les premiers : ils refusèrent d'abord de croire aux récits merveilleux que leur faisaient ceux de leurs amis qui se trouvaient à bord ; mais le témoignage de leurs propres yeux les convainquit bientôt qu'on ne leur avait pas dit la moitié de ce qui était. On leur fit voir alors la cuisine , on leur offrit du pain et de la viande ; ils refusèrent d'en goûter , avec une expression de crainte et presque de dégoût.
«c Les canons excitèrent aussi l'attention du chef, qui se montra fort désireux d'en connaître la nature et
Tusaçe; mais il n'eût été ni conTenable ni politique de satisfaire, pour le moment , sa curiosité à ce sujet. Je
Kris cependant un peu de poudre et h.
rûlai sur le pont en leur présence, ce oui les effraya tellement, qa*ib tombèrent aplat ventre et se cacherait le visage ; voyant qu'ils n'étaient pas brûlés , ils se relevèrent bientôt, et firent entendre que je devais jouir da pouvoir de faire le tonnerre et les éclairs qui les effrayaient quelquefois du milieu des nuages.
a Quand leur curiosité fut enfin à peu près satisfaite , et que leur anlear se fut un peu calmée, je distribuai à Néron et aux principaux personnages de sa suite , quelques présents qui parurent leur inspirer une vive reconnaissance. Néron ne voulant pas être , avec nous en reste de politesse et ëe générosité, renvoya immédiatemeot ses canots à terre ,- et ils en revinrent bientôt chargés de noix de coco et autres fruits <^u'il me pria d'accepter. Puis, sur son invitation, je l'accompagnai à terre dans son propre canot ^ tandis que M. Wallaceme suivait dans celui de VAntarctiCy bien monté d bien armé.
a Arrivés dans l'île , Néron nous conduisit à sa maison , qui ne se distinguait des autres que par son élévation et son étendue. Nous y prtma notre part de quelques rafraîchisaemeuts, consistant en fruits de différentes sortes et en poisson , que nous trouvâmes d'un goût fort agréable.
Nous étions assis sur les nattes dont la terre était couverte : les autres cbeft et quelques femmes vraiment jolies, presque entièrement nues et tâaant (les enfants dans leurs bras, formaient un cercle autour de nous. Mais j'étais évidemment le centre où se ûxaient tous les regards; j'étais certainement considéré comme le chef de qudqoe puissante tribu d'une lie éloignée.
« Notre repas fini J'offris a la reine une paire de ciseaux, un petit cootcn et quelques colliers, que Sa Majesié daigna accepter d'une manière foft gracieuse, et qu'elle considéra avec une sorte d'enchantement , surtout ks
OGÉAIilE.
ciseaux dont je lui appris aussitôt Tu-
sage.
« Le couteau et les ciseaux excité' rent Tadmi ration universelle; ce qui était bien naturel dans une société d'ôtres qui jusque-là n'avaient jamais vu ni fer ni acier, et dont les meilleurs outils étaient quelques coquilles et des pierres.
« La sensation produite par ces nouveaux trésors s'étant un peu calmée , leur curiosité se porta de nouveau sur ma personne. Aucun cependant n'osmt me toucher, à l'exception du roi Néron; encore ne le fît-il luimême qu'avec toutes .les tii(iides précautions que prend un novice qui , pour la première fois, approche de la iun)ière d*un canon une mèche allumée. S*étant assuré que j'étais construit d'os et de chair comme sa propre race, et que la couleur blanche de ma peau ne pouvait s'enlever pour laisser voir une peau naturellement noire comme la sienne , il se tourna vers ses principaux capitaines et conseillers , et leur fit un discours assez long sur un aussi prodigieux phénomène. L'assemblée 1 écouta avec moins de respect que de surprise ; ils étaient tous restes sans mouvement , comme des statues , les yeux fixes et la bouche béante.
« Sa Majesté demanda alors que j'ouvrisse mon habit et le devant de ma chemise , afin qu'elle pût faire la jnéme expérience sur ta couleur de mon corps; mais le résultat ne fit qu'accroître son étonnement. Chacun des hommes qui étaient présents, vint alors à son tour s'assurer que ma peau n'était ni recouverte d'un tissu blanc artistement fait, ni blanchie par
Quelques moyens artificiels. Aucune es femmes ne voulut toucher ma poitrine, et je crois devoir attribuer cette réserve à une modestie et à une délicatesse naturelles à leur sexe, plutôt qu'à la crainte.
« Quand la curiosité fut complètement satisfaite sur ce point, les aames m'offrirent des colliers de coquillages qu'elles ôtèrentde leurs cous, de leurs bras , de leurs jambes , pour les mettre
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aux miens. Cet acte de courtoisie fut aussitôt imité par les chefs , qui ôtèrent et m'offrirent leurs bonnets chargés de touffes de plumes arrangées avec goût, et rehaussés d'un ornement de corail rouge. Je reçus aussi de quelques jeunes filles des nattes fort bien travaillées , qu'elles me donnaient , à ce qu'elles firent comprendre par signes , pour dormir dessus.
« Cependant le rassemblement s'était augmenté autour de nous , et {mouvait être de quatre cents naturels, orsque tout à coup et à ma grande surprise , fut entonné un chant pour lequel ils unirent tous leurs voix, ' yieux et jeunes, hommes, femmes et enfants. A en juger par les gestes des chanteurs , cet hymne s'adressait évidemment à moi, et était une expression de leur reconnaissance pour les cadeaux Qu'ils avaient reçus. Adoptant cette explication , je m'ciforcai par signes, gestes et sourires, âe les remercier de leurs compliments. La politesse est un langage universel compris et apprécié .spontanément par tous les peuples , depuis le Français si courtois jusqu'au Hotteptot pauvre et méprisé.
« A la fin de ce concert, je fis entendre à Néron que je désirais faire la visite de l'Ile, et réclamai pour cette promenade, Thonneur de sa compagnie; il Y consentit volontiers, et prit avec lui quelaues-lines des principales personnes Je sa cour, des deux sexes. Par son ordre, six hommes nous précédaient, faisant l'oflice de guides et de pionniers. J'étais sans armes, persuadé que la meilleure garantie de ma sûreté personnelle é^it dans la confiance que j'avais en mes conducteurs , et ils semblaient , en effet, l'espèce d'hommes la plus innocente, la plus inofîensive que j'eusse jamais vue. Tandis que nous avancions à travers une foret, ils essayaient toutes sortes de moyens de m'amuser, jouant, sautant, courant et caracolant autour de nous , comme autant d'enfants au sortir de Pccole.
« Les objets «qui fixèrent mes regards pendant cette excursion, avaient l'apparence de la jeunesse et de la
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fraîcheur, oomme si Ule entière eût été une création récente. Tous les arbres étaient Jeunes, et la plupart des arbres à fruit semblaient nouvellement
Êlantés. Je remarquai plusieurs arrisseaux oui étaient couverts à profusion de belles graines rouges; fléron ni*apprit qu*on les cultivait comme un ornement et un objet de toilette.
A peu près au centre de rîlet mon attention fut attirée par de petits amas de corail, rangés sur des lignes régulières , séparés seulement par un sentier très-étroit et réunis dans un espace enclos d'une sorte de haie formée de pieux et de piquets enfoncés en- terre. Néron m*apprit que c'était le cimetière royal , et uue les piles de corail étaient des tombes. Les chefs et les guerriers de distinction peuvent seuls y être enterrés , et ont seuls droit de pénétrer dans cette enceinte. Après leur mort, les hommes du peuple sont jetés à la mer, et ils ont pour tombe un récif de corail ou l'estomac de quelque monstre marin !
« Tandis que je méditais sur ces distinctions humaines et terrestres qui nous suivent jusque dans la poussière du tombeau, nous atteignîmes Textrémité sud-ouest de l'île, où je clioisisun bel emplacement pour l'exécution de mes projets, qui consistaient à élever une sorte de bâtiment propre à la préparation des biches de mer. Je choisis cet endroit comme étant à la portée de notre ancruge, et parce qu'il était entouréd'une quantité suffisante de combustible d*une excellente qualité.
« Aussitôt que Néron put comprendre mon intention et mes désiirs , nonseulement il accéda volontiers à ma demande, mais il me promit l'assistance de son peuple , et il fut convenu 3ue nous nous mettrions à Pouvrage es le matin du jour suivant. Cet arrangement étant terminé et mutuellement compris, nous retournâmes au rillage, et, à sept heures du soir, je quittai mes nouveaux Qmis , qui m*a- Taient accompagné jusqu'à la barque, où mes compagnons m'attendaient ETec quelque inquiétude. »
Le ftS mai , l'équipage desoeodit à terre vin^t-cinq hommes à l'endroit que le capitaine avait choisi et désigné la veille. Chaque homme avait une hache bien aiguisée, et on se mît immédiatement a abattre des arbres et i débarrasser le terrain , juste en face de VJnfarctiCy et tout près du rÎToge.
Les matelots travaillèrent avec une telle ardeur et tant de zèle, que le soir, à six heures, non-seulement le sol était préparé pour la construction d^un bâtiment de cent cinquante pieds de longueur, sur une largeur de cinquante , et une élévation de quarante pieds, mais encore la crosse diarpente de cet édifice était déjà fort avancée. Le travail de cette journée parut beaucoup réjouir les naturels; mais la rapidité avec laquelle nos gens abattaient et étendaient les arbres à terre, leur causait à chaque instant une sorte d'étonnement et d'admiration.
Dans l'aprèis-midi , Morrell dioisit des graines de différentes espèces qu*il jugea convenir au sol et au climat de ces îles, et se rendit à terre dans Tintention d'y faire un semis, et ÎTj pré[)arer une pépinière. Suivi d^un des nommes de l'équipage , il examina le terrain avec soin dans différents endroits, vers le centre de I île. Le choix fait, on se mit à l'ouvrage avec des bêches, et on eut bientôt retourné, dans une terre riche et meuble, un espace suflisant Une centaine de naturels se tinrent, tout le temps giffl dura, spectateurs de ce travail « qu^ils suivaient avec une vive curiosité et avec étoniiement. Il fiit impossible, pendant quelque temps, de leur en faire comprendre la nature et le but ; ce ne fut que lorsqu'ils virent- placer des graines dans la terre, que la vérité
ftarut tout à coup frapper leur inteligence et leurs esprits.
« Un homme , grand , mince , bien fait, vint alors à moi , dit Morrell , et me tendit la main avec des signes d'approbation et de gratitude , me donnant à entendre qu'il comprenait à présent le but de mon mystérieux travail, et qu'il l'approuvait complètement.
OCÉANIE
La physionomie de ce personnage portait l'empreinte d'une grande pénétration et (Tun caractère décidé : il s'appelait Hennin, et était, comme je le vis plus tard , le chef de llie où nous ' étions établis. Néron , le roi , le monarque de tout Tarchipel, y était alors en visiteur, et faisait sa résidence ordinaire dans l'île la plus étendue de ses possessions , située à sept milles de la, vers le sud.
« Encouragé par la satisfaction d'Hennin et de son peuple, je continuai mon travail, et semai ainsi des pommes de terre, des citrouilles, des orangers , pommiers, poiriers , pêchers et pruniers, des oignons, des choux, des poirées, des carottes, panais, artichauts , fèves , pois , melons d'eau et muscats. Tandis que nous nous occu-
Ï)ions de préparer ainsi un semis de égumes et a'arbres à fruit, je dis à Hennin qu'il faudrait l'enclore d'une baie, de crainte qu'en marchant dessus et le foulant aux pieds , on ne rendît notre travail inutile. Il mit aussitôt du monde à l'ouvrage, et, avant la nuit, notre petit jardin était tout planté et enclos. Je dis alors à JNéron et à Hennin que, dans l'espace de quelques lunes , ils pouvaient s'attendre à recueillir, de cette nouvelle et jeune plantation, diverses productions très-bonnes à manger, et qu'ils V verraient croître des arbres, qui , dans deux ou trois ans, se couvriraient de fruits magnidques et délicieux. Hennin l'expliqua a ses compatriotes , qui répondirent par une acclamation générale de reconnaissance et de joie. »
Ce hourra fut suivi d'une allocution du roi Néron , dans laquelle Sa Majesté assura ses capitaines et ses sujets que les bjancs prenaient toutes ces peines pour leur uien-étre général , et sans autre mutif Qu'une générosité désintéressée. La un de ce discours fut couronnée par de longs cris de joie, et l'air en retentit au loin. Lorsque les cris se furent un peu calmés, Morrell fit comprendre à Néron et à Hennin que ce jardin leur était destiné , et qu'après un certain
temps , il produirait assez de graines
})our les mettre en état d'en donner à eur peuple, et d'en distribuer dans diacune des \\e& de leur archipel. Ils parurent se trouver très-honorés de cette marque d'attention de sa part, et nromirent de veiller à ce aue le jardin fût entretenu et cultive avec soin.
Au coucher du soleil, les Américains retournèrent tous à bord , et se couchèrent sur le pont , sous une espèce de tente. Les nuits sont fort belles et fort saines dans ces parages, parce qu'il n'y tombe pas de rosées. Il est difucile d'assigner la cause de cette absence complète d*humidité pendant la nuit ; mais on pouvait dormir sur le pont sans aucune crainte de fraîcheurs, de fièvres ou de rhumatismes, défendu , contre la clialeur du climat, par l'haleine légère des vents alizés , qui, soufflant du sud-est, et ne rencontrant là ni montagnes, ni terres élevées, arrivaijent mollement et sans obstacle jusqu'au navire.
Le lendemain, de bonne heure, yin^-huit hommes et l'armurier, avec sa lorge, descendirent à terre, et se mirent à continuer leurs travaux. Ils étaient assistés d'environ cent naturels, qui leur firent, avec des feuilles de cocotier, une espèce de chaume destiné à former le toit de notre édifice. La forse étiit en activité , et la nouveauté de ce spectacle attirait l'attention de tous les insulaires qui suivaient avec étonnement les préparatifs et tous les mouvements del armurier ; mais lorsque les soufflets commencèrent à jouer, le charbon à s'enflammer, et que , du fer rougi , s'élancèrent de tous côtés des étincelles , hommes et femmes, comme s'ils eussent obéi à une même impulsion, prirent aussitôt la fuite. Hennin fut le premier à qui on put persuader de se rapprocher; on lui eut bientôt démontré que sa frayeur n'avait aucun fondement, et, pour lui prouver, au contraire, l'utiiité de la forge en cinq minutes environ l'armurier Ici fabriqua un |)etit harpon.
La joie que lui causa ce cadeau
dtd
UUNIVÈRS.
fot excessive. Un autre harpoD , plus grand , fut aussitôt forgé pour le roi , et Morrell offrit aux autres chefs quelques hameçons pour la pèche. Leur amitié pour les étrangers semblait croître a mesure ^ue quelque objet frappait leur attention.
Les naturels s'étaient de nouveau, et en plus grand nombre , réunis autour de la forge, qui ne leur causait plus aucune crainte. Un homme âgé , appartenant à Tune des îles voisines , se saisit d'un morceau de barre de fer plate, d'environ dix-huit pouces, et s'enfuit en l'emportant sans cérémonie. P^éron fit courir aussitôt après le délinquant , à qui on fit restituer de force l'objet volé. Le vieillard revint néanmoins à la forge, et, murmurant d'abord contre ceux qui l'avaient poursuivi, il saisit une occasion favorable pour voler un autre objet de la forme et à peu près de la longueur du premier. Quatre de ses compagnons , qui l'avaient suivi à son retour, s'emparèrent aussi de quelquesuns des outils de l'armurier , et disparurent. On s'aperçut bientôt de ce nouveau larcin , et les voleurs , poursuivis par des insulaires sur les instances d'Hennin , furent bientôt découverts; mais leur parti s'était grossi ; ils étaient en force pour résister à ceux qui les attaquaient, et ce conflit fut bientôt une lutte sérieuse, où , de part et d'autre , il y eut des blessures graves.
Le capitaine fit tous ses efforts pour ramener, s'il était possible, la paix entre les deux partis. L'armurier quitta sa forge en ce moment pour assister au débat ; et , quoique son absence n'eût été que de quelques minutes, il ne retrouva, a son retour, presque aucun des objets qui pouvaient facilement s'emporter. Tout le fer et à peu près tous ses outils avaient été volés. Il apprit cette nouvelle perfidie au capitaine, au moment oii il était, à grand'peine , et non sans guelque risque, parvenu à rétablir la paix entre les insulaires. '
Il s'adressa aussitôt à Néron et à ]Iennin , leur fit connaître Findigne et
coupable conduite tenue à son égard , et demanda que les objets volés lui fussent immédiatement remis. T^éron se rendit facilement à sa demande, et entra dans un violent accès de rage contre ses sujets pour la manière dofit ils avaient agi. La plus grande partie des objets fut bientôt retrouvée ; un canot fut envoyé à la poursuite de ceux des voleurs qui avaient déjà pris le large ; et , suivant sa promesse , le roi fit rendre tout ce qui avait été enlevé.
Alors le capitaine américain invita Pïéron , Hennin et les principaux chefs à l'acompaçner à bord , et a y dîner : tous acceptèrent, sauf Hennin qui s*en excusa. Morrell n'attacha toutefois aucune importance à ce refus , et on se rendit à bord, laissant deux hommes pour garder la forge et veiller sur les outils. Arrivés au navire , Néron et ses compagnons y furent reçus avec cordialité. Ils parcouraient alors toutes les parties du schooner sans laisser voir aucune crainte, aucune idée de danger, admirant chaque objet qui se trouvait sur leurs pas , et montrant à tout propos un grand désir de connaître la cause et le principe de tout ce qui attirait leur attention.
Les canons placés sur le pont, ces lourds et larges corps de fer excitaient encore en eux une forte curiosité , et ils se montraient surtout inquiets de savoir pourquoi ils étaient creux. On ne pouvait les satisfaire complètement à cet égard qu'en déchargeant une des pièces, mais cela les eût alarmés à un
Eoint qui aurait empêché peut-être les lancs de regagner leur confiance. Morrell jugea donc qu'il valait mieux les laisser dans l'ignorance à cet égard.
Hélas ! les Américains étaient plus près qu'ils ne le pensaient du moment où l'expérience viendrait éclaircîr pour eux ce mystère.
« Après un excellent dîner, dit Morrell , dont je leur fis les honneurs. a«ee une politesse tout à fait hospitalière, nous retournâmes tous à lendroit de rtle où nos hommes poursuivaient leur travail avec ardeur. Au moment où nous arrivâmes, j'appris qu'il avait
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été commis encore un vol de deux haches et d'une hachette pendant mon absence, et que, cette fois, il était à peu près hors de doute que le voleur avait été soutenu, sinon encouragé, par Hennin lui-même. Je dus m*adresser à Néron ; mais au moment où je Fabordai , je vis clairement qu*il était d'intelligence avec celui dont je venais lui dénoncer la perfidie. Je fis ma plainte néanmoins de la manière la plus polie, et demandai que les articles volés me fussent aussitôt rendus.
Au lieu d'alléguer aucune excuse et d'essayer quelque moyen de conciliation. Sa Majesté noire se mit alors dans un violent accès de colère , et me donna à entendre qu'elle ne voulait plus se mêler ni s'embarrasser de ces sortes d'affaires ; je revins à Hennin , qui me fit la même réponse.
« Passer ainsi condamnation sur cet acte de perGdie , c'était, j'en étais convaincu, renoncer à tous nos projets et au succès de notre voyage ; je résolus donc de me faire rendre les objets dérobés, pacifiquement, si ie le pouvais, par la force, s'il le fallait. Pour exécuter ce projet, nous retournâmes à bord de vÂntarctic ; six hommes de l'équipage s'armèrent avec moi de mousquets , de pistolets , de coutelas , et nous allâmes prendre terre, précisément en face du village, avec la ferme résolution de faire restituer les voleurs , ou bien de nous assurer de la |>ersonne d'Hennin , et de le retenir à bord de VAnturctic comme otage et comme garantie de nos relations futures avec ses compagnons.
« Nous étions à peine à terre, que nous fdmes accostés sur le rivage par quatre des naturels sans armes, qui offrirent de me conduire au village où résidait' Hennin, et où j'étais invité par le roi au milieu d'un bosquet. J'acceptai l'offre, et nous suivîmes nos guides sans déGance. Mais .quel fut notre étonnement en sortant du bois pour entrer dans le village et dans un sentier étroit, de voir directement en face de nous deux cents guerriers sauvages, complètement armés, avec leurs arcs et leurs casse-tête, et prêts au
combat. Leurs visages étaient peints de rouçe, et leurs têtes fantastiquement ornées de plumes et de feuilles de cocotier. Tous les yeux étaient fixés sur notre petite bande avec une expression de férocité diabolique, mêlée, il me le parut du moins, d un peu de honte et de remords de cette infâme perfidie.
Quand mon regard rempli d'mdignation rencontra tes leurs, la conscience de leur crime se trahit en dépit d'euxmêmes ; et je lus dans leurs sauvages physionomies abaissées vers la terre, qu'ils sentaient de quel acte infernal ils se montraient coupables , rendant ainsi le mal pour le bien et conspirant la mort de celui c|ui , librement , avait déjà risqué sa vie pour leur rendre service.
« A la vue de cette bande formidable de guerriers, l'arc bandé, le pied gauclie en avant et tout prêts à décharger leurs flèches, je compris qu'ils étaient décidés à la guerre. Me retournant pour parler à mon héroïque poignée de compagnons choisis , je m'aperçus qu'un nombre à peu près égal de ces noirs démons , cachés des deux côtés du sentier où nous avions passé, était maintenant sorti de son embuscac[e et nous coupait la retraite. Nous étions donc complètement entourés de quatre cents cannibales féroces, déterminés à nous immoler , et qui n'attendaient qu'un signe de leur commandant pour nous cribler de leurs flèches.
« En ce moment difficile, nous fûmes constamment maîtres de nous-mêmes, et cette présence d'esprit nous soutint. Aucune joue ne pâlit, aucun nerf ne trembla dans notre petite bande de héros, dont le san^-froid et le courage croissaient avec l'imminence du danger. Je me tournai vers eux , et leur adressai quelques mots que m'inspira la circonstance, leur assurant que notre salut dépendait entièrement de notre sang-froid et de notre fermeté, et qu'une tentative désespérée pouvait seule nous sauver d'une complète extermination :je les exhortai donc à mettre leur confiance dans le ciel , et à exécuter rapidement tous mes ordres*
« Je mis alors mon mousquet à terre , je pris un pistolet de la main droite, mon coutelas de Tautre, et dis à deux de mes hommes d*en faire autant. Je donnai aux autres les ordres que je jugeai les plus utiles à notre position, et je songeai à exécuter iho fa plan d'opération. Dans le ménie njoment, Hennin haranguait sa troupe de guerriers ; mais je cherchais un autre but ; et mes yeux, parcourant avec soin toute la ligiiedes sauvages, tombèrent enûn sur ^éron , leur roi , qui s*était placé au côté opposé du cercle. Hennin avait terminé sa harangue , et chaque insulaire, la flèche appuyée sur la corde de son arc, était prêt pour une décharge générale.
« Avec une audace froide et calme , qui rendit ces sauvages immobiles de surprise, je m'avançai vers leur roi étonné, et plaçai mon pistolet sur sa gorge royale, tandis que mes deux fidèles compagnons, avec tout autant de fermeté et de résolution, prenaient leur poste de chaque côté de Sa Majesté , leurs brillants coutelas suspendus sur sa tête, avec Tordre le plus sévère de frapper au moment où une seule flèche serait tirée sur quelqu'un des nôtres. En adoptant ce plan hardi, j'avais e Snéré que , pendant la confusion que la mort de leur roi répandait infailliblement parmi les sauvages , quelques-uns des nôtres pourraient s^échapper, et, pour l'exécution, j'avais choisi Jeux hommes que je savais ne jamais hésiter à l'accomplissement d'un devoir, quelque danger qu'il y eilt. C'étaient Georges Strong et Henri Wiley, mon second officier.
« Effrayés à la vue du danger que courait leur monarque, les sauvages S'arrêtèrent tout à coup , et leurs flèiches tombèrent soudain à leurs pieds, avec leurs arcs détendus. A peine vtmes-nous l'heureux effet d'une démar^ che si hardie , et tandis que la plus grande confusion régnait dans les rangs de ces misérables, altérés de sang, nous parcourûmes le cercle, les Coutelas et Tes pistolets à la main , et nous flmes jeter à nos pieds les arcs , \es casse-téte, qui furent prompte-
ment ramassés et réunis en fadsoeaaZf désormais en notre pouvoir , par m€S autres braves camarades, John Cowan, Joseph Uicks, George Cartwrigbt et TlK)mas^ Bernard.' Tranquille sur oe
Iôiiit, je fis conduire au riva^ Sa Ma- ^sté, encore tellement ejlfrayée, qu^ellt pouvait à peine se tenir deocut. tant ses nerfs avaient été ébranlés a Vaspect de notre détermination désespérée. Le monarque prisonnier fut remis sous la garde de M. Wallace, mon premier officier, qui venait d'arriver avec un second canot. Cinq autres des principaux chefs furent également conduits à la chaloupe qui nous avait amenés , et noiLs nous vîmes bientôt, avec nos captifs, sur le pont de r^^jttarciiCy où nous remerciâmes lecid de notre miraculeuse délivrance. •
Comme l'amitié de Néron et de ses lieutenants était de la plus haute importance pour le succès de son en* treprise, Morrell se conduisit, tout le reste du jour, de manière à se condlier leur bienveillance , et il se flattait d'y avoir complètement réussi. Tout se passait de la manière la plus amicale et la plus agréable entre les travailleurs et les naturels à terre, entre eux et les prisonniers à bord. Il leor
f)rodigua tout ce qui paraissait exciter eurs désirs , objets utiles , parures , OQ friandises. Il les régala d'une musique de tambours et de ufres, et fit exécuter plusieurs airs sur un orgue de France, de grande dimension. L'orgue surtout sem'bla exciter, à un df^pré tout particulier, la curiosité de oes hommes, enfants incultes de notre triste nature. Le soir , tout le monde revint à bord en bonnes dispositions, et Morrell apprit que lâO. naturels avaient été occupés à préparer du chaume, comme la veille, même depuis ^u'on avait conduit le roi prisonnier à bord de VJntarctic. Apr& souper , le capitaine ordonna un petit concert, et ses marins donnèrent à leurs hôtes le spectacle d'une danse américaine; eux , de leur côté , figurèrent, à leur tour, quelques pas tout à fait grotesques. « Nous riions tous aux éclats, dit MorreM; en voyant ces sauvages tratt-
OGÉANIE.
TOT notre fteon dé geiUeuler de» pieds, tout aussi ridicule que leurs grimaces et contorsions nous le semblaient à nous-mêmes. En cela, ils jugeaient probablement à merveille. La soirée se passa fort bien , et la plus ^ande bienveillance ne cessa pas un instant de régner, du moins en apparence, entre toutes les personnes qui se trouvaient à bord. Les prisonniers riaient, applaudissaient, poussaient des eris d admiration ; les marins en faisaient autant; à dix heures, le quart fut établi comme à Tordinaire, et on se retira Ï^our se reposer , après avoir fait un it^ pour les chefs sauvages , avec de vieilles voiles. »
Le vendredi 28 mai , jour de deuil et de douleur, se leva sur ces Iles brillantes avec tout Téclat d*un beau ciel sans nuages. Dès cinq heures , vingt-un hommes de Téquipa^e, sous le commandement de MM. Wallace et lYiley, se rendirent à terre pour continuer tes travaux de rédifice qui commençait à s'élever. A neuf heures, après avoir donné au roi et aux chefs un aussi beau et aussi bon déjeuner que pouvait le fournir TofRce bien a p-
{)rovisionné de VAntarcHCj Morrell.
es chargea de présents et les reconduisit à terre , très-satisfaits , en apparence, de leur visite et de la réception amicale qu'ils avaient trouvée ; Ils semblaient, en effet, se donner une peine tout à fait extraordinaire pour les convaincre de leur gratitude et de leur amitié. Kntre autres gjges qu'ils s'elTorcerent de lui en donner, Néron et ses compagnons lui promirent Tasaistance de leur peuple, pour préparer le chaume nécessaire à la couverture de notre maison, qui se trouvait alors en partie élevée, et qu'il ne restait plus bientôt qu'à couvrir. On va tout a rheure apprécier la sincérité de ses promesses.
Apres avoir ainsi traité ces chefs avec toutes les marques de déférence mil sont dues au rang, et qu'il croyait aictées par une saine politique, le capitaine prit avec lui quelques hommes et commença le transport à terre des objets les plus nécessaires à la prépa*
ration du tripang ou hidie de mer.
Tout allait en ce moment le mieux dumonde : l'atelier s'achevait et n'attendait plus qu'un toit. Deu.Y cent cinquante naturels prêtaient aux travailleurs une assistance que Morrell avait promis de payer généreusement. Oo avait déjà conduit à terre plusieurs chaloupes chargées, et on se préparait à y en envoyer une autre , lorsque , quelques instants avant midi, le capitaine fut effrayé d'un bruit qui glaça son sang jusqu'au coeur : c'était le cri de guerre des sauvages , qu'il avait déjà appris à connaître ailleurs.
« Je ne sais, dit-iU je ne sais si le feu d'un volcan s'ouvrant à mes pieds, si la secousse inattendue d'un tremblement de terre, si la foudre, brisant en éclats le pont de VÀntarciiCy m'eussent causé un saisissement, une terreur égale à ce que me tit éprouver cet infernal hurlement. Je vivrais toute l'éternité, que jamais il ne cesserait de retentir à mes oreilles, jusque dans mes songes. Je ne connaissais oue trop bien les suites meurtrières ne ce cri fatal, et je n'étais pas là pour protéger mes compagnons!....
« Notre l^tterie de bâbord portait directement sur le village, et, sans sonser a la distance, je saisis une niècbe allumée et tirai 1 une des pièces. Le boulet , comme j'aurais pu le prévoir, fut perdu, et ne produisit aucun résultat; mats le bruit inattendu de cette détonation soudaine donna l'alarme à nos hommes, qui, dispersés dans les bois, s'occupaient de leurs différents travaux. Ils y reconnurent un signaNe guerre avec les naturels , et ils coururent au rivage, en face du schoouer, où ils avaient imprudemment laissé leurs armes sous la protection de deux sentinelles. Lorsqu'ils y arrivèrent , ils se trouvèrent en présence d'une bande d'environ trois cents sauvages, qui venaient de massacrer leurs deux compagnons , et les attendaient, l'arc tendu, prêts à tirer. Au moment où nos infortunés marins sortirent du taillis, une grêle de flêH ches fut dirigée contre cette poignée d'hommes sans abri et sans armes d4-
fensives ; trois's«ii1ement tombèrent à cette première décharge, quoique pas un peut^tre ne fût sans blessure.
« Partie dès la première alarme , une chaloupe bien montée voguait au secours de mes braves camarades , de toute la vitesse avec laquelle dix robustes rameurs pouvaient la faire glisser sur les vagues, que sa quille semblait effleurer. Elle était commandée Kar M. Johnson, dont Tardeur se traissait par des exclamations que nous entendions. Courage , disait-il , mes amis , forçons la marche ! Courage , pour Tamour de Dieu ne perdons pas.
un instant ! Courage , et sauvons nos frères ! Ces exhortations étaient inutiles à nos rameurs , dont Tâme tout entière semblait concentrée dans les muscles tendus de leurs bras vigoureux ; et, de mon bord , je pouvais juger de leur ardente inquiétude aux angoisses qui se peignaient sur leurs visages, tournés vers VAiUarctic,
« Cependant mes braves et infortunés camarades vendaient leur vie aussi cher que possible. Après la volée des flèches au ils avaient essuyée en sortant du Dois , Wallace , vaillant jeune homme, dont la bravoure , les vertus et la triste destinée attestent , mieux que son nom , la noble origine , rallie ses hommes , et , secondé par son ami l'héroïque Wiley, il se meta leur tête, et les conduit à ce combat désespéré , où, avec txint de chances contraires, il leur faut jouer leur vie ou leur mort. Voyant qu'un massacre général et sans distinction est le but déterminé de ces sauvages, qu'il n'y a aucun quartier à en attendre, ce brave Anglais, déjà percé de trois flèches, anime encore ses compagnons, occupés à arracher de leurs corps les dards aigus qui les déchirent. Un de ceux qui ont survécu m'a, en substance, rapporté les paroles de Wallace : Cl Mes braves amis, s'écrie-t-il, vous voyez notre destinée, mourons en hommes ; serrons-nous : le couteiûs au poing, et suivez-moi! S'il est quelque salut pour nous, c'est dansles rangs de nos ennemis. Il dit et court à la charge, donnant la mort à chaque coup qu'il porte, suivi de près et iuiité
par Wiley et les autres. Les sauvages reculent d'étonnement et d*ef&oi à la vue de ces intrépides guerriers, qui faisaient tomber des rangs entiers et s'ouvraient , au plus épais de leur armée, un large passage. Pour un blaoc qui succombe, six à huit de ces noirs cannibales mordent la poussière , jusqu'au moment où ce qui reste des nôtres , couvert de blessures , épuifé de fatigue et de sang, s'arrête et tombe a son tour. »
Certes , toute la bravoure humaine ne pouvait rien dans une sîtuatîoa aussi désespérée. Percé de flèches, qui entouraient son corps sanglant comme les dards d'un porc-épîc, l'intrépide Wallace avait reçu plus d'eioe blessure profonde'. Ses forces étaîeoC épuisées, et il tomba sur le rivage , à coté de Wiley, son ami , qui venait de recevoir un coup de massue mortel.
Mais, de sa voix mourante, Wallaee encx)ûrage encore ses compagnons :
a Courage , s'écrie-t-il , courage , mes braves amis, combattez, frappez ! »— Et le sang coulait à flots de tous ses membres. — « Pour Thonneur des marins, courage! vendez clier votre vie \ vendez là ce qu'elle vaut. Qu'il ne soit jamais dit que l'Angleterre et l'Amérique aient produit un lÀcbe!
Mourez en hommes ! » Telles furent ses dernières paroles. Par un soudain effort. Il saisit la main mourante de son ami ; et ces deux braves offiders expirèrent en jetant ua dernier r^anl sur VAntarctic,
Celui de leurs compagnons qui, le dernier , auitta vivant cette scène de carnage , les vit dans cette position:
amis constants dans cette vie , unis aussi dans la mort. Les autres oontinuèrent de combattre avec désespoir, semant le trépas autour d'eux, jusqu*à ce que, sur vingt et un marins, quatorze tombèrent morts ou épuisés.
« Cependant, dit Morrell, ou plutdt madame Morrell, son narrateur, U chaloupe qui avait été dépêchée avec M. Johnson et dix hommes, tous bîei armés, avait touché le rivage. Au moment où ils arrivèrent à une portée de mousquet des sauvages y ils firent
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un feu TÎf et bien dirigé, qui re|>oussa à quelque distance ces démons incarnés, et donna à notre petite bande de héros, réduite à sept liommes, tes moyens de faire une heureuse et utile retraite jusqu*à notre barque. Sur les sept , quatre étaient grièvement blessés, et les trois autres presque épuisés de chaleur et de fatigue.
« Les sauvages étaient revenus de la terreur que leur avaient causée nos balles, et vovant que le reste de leur proie allait échapper à leur rage , ils se précipitèrent avec toute la fureur du désespoir contre la chaloupe qui se trouvait à flot avant qu'ils eussent pu ratteindre. Les uns alors la saluèrent d'une grêle de flèches , tandis que d'autres couraient à leurs canots, et se mettaient en devoir de la poursuivre.
Tout dans leurs mouvements annonçait la détermination arrêtée d'immoler les fugitifs ou de mourir en les poursuivant.
« La chaloupe , chargée de dix*sept personnes , dont quatre étaient grièvement blessées, ne pouvait avancer ?|ue lentement, et les canots allaient acilement la gagner de vitesse. Aussitôt que les sauvages furent à la portée du mousquet, nos hommes firent sur eux un teu bien dirigé; mais la chute de leurs compagnons ne Gt que donner à leur attaque toute la fureur du désespoir ; le moment approchait , où la curiosité qu'avaient excitée en eux ces vastes corps de fer placés sur le pont de l'^-Zn/arc/ic, allait être complètement satisfaite.
« Les ennemis gagnaient si vite de l'espace sur not^e chaloupe, que je commençai à craindre que sa perte ne fût inévitable. AU moyen d'un mouvement sur nos câbles, nous tournâmes contre les canots la bordée du schooner : les canons furent tous chargés à boulet et à mitraille, et au moment où les sauvages se trouvèrent à portée, je fis signe à l'officier de la chaloupe de se diriger du côté de la poupe du vaisseau , ce qui nous pinça directement en face des canots , environ au nombre de vingt. En ce mofîient fatal, VAntarcUc fitfeu de toute
sa batterie', qui lança au milieu de la flottille les terribles messagers de mort. Deux canots furent brisés en pièces. »
Le fracas inattendu du canon, ses terribles effets dont ils ne comprenaient pas la cause, tout jeta la terreur dans*le cœur de ces barbares étonnés; car il paraît que ces insulaires n'avaient aucune idée des effets de la poudre. L'y/n/arc^'c fit pendant quelque temps un feu nourri qui força les canots^ ou plutôt leurs débris , à 'faire une retraite précipitée vers leur île.
Par ce moyen , et aucun autre n'eût été efGcace , IMorrell sauva la chaloupe , le schooner et la vie de dix-neuf braves qui revinrent à bord. Il en avait perdu quatorze; parmi les blessés était le beau-frère du capitaine, jeune homme qui n'avait pas seize ans.
Tous les hommes qui se trouvaient à bord, à l'exception du capitaine, furent pris de violentes envies de vomir, qui durèrent toute l'aprèsmidi et une grande partie de la nuit.
Cette maladie n'était pas un effet de la peur, mais bien plutôt des horreurs dont ils venaient d'être témoins. Les cadavres de leurs compagnons gisant mutilés sur le rivage, où leurs noirs et impitoyables bouchers les taillaient, les découpaient avec leurs propres coutelas ; d'autres déchirant de la pointe de leurs flèches les chairs palpitantes des malheureux qui respiraient encore, tel fut l'atroce spectacle qu'ils avaient eu sous les yeux.
Heureusement , les sauvages ne vinrent point les attaquer , car ils auraient inévitablement pris le navire ; toutefois, leur victoire eût été leur perte, car Morrell avait placé un des blessés, un homme sur qui il pouvait compter, près de la poudrière avec une mèche allumée, et il avait ordre de mettre le feu aux poudres si les sauvages venaient à se rendre maîtres du pont.
• Laissé alors pendant quelques moments à ses réflexions, le capitaine prit une longue- vue et dirigea son attention vers l'île. Des feux étaient allumés sur le rivage dans toutes les direct
tioiis; à Tentoar il Toyaitlel cadavret de ses infortunés compagnons : ces noirs anthropophajges en coupaient des lambeaux qu ils faisaient rôtir , et que dans leur voracité ils dévoraient tout palpitants avec une joie infernale.
Les indigènes transportèrent aussitôt les corps de leurs compatriotes morts dans le combat , et les ensevelirent dans la lagune. Ce devoir accompli , ils partagèrent le butin con-
Î|uis dans ce massacre ^ et les déuouil* es des étrangers; après quoi ils remontèrent par troupes dans leurs canots, et se dispersèrent dans les différentes tles auxquelles ils apparte* naient.
Aussitôt des feux s'allumèrent sur chacune des îles, et illuminèrent bientôt comme un cercle menaçant toute la partie de leurs rivages qui se trouvait du côté du scliooner. Autour de ces feux les sauvages parurent fort occupés une grande partie de la nuit : c'était sans doute pour continuer leurs horribles orgies ; mais de crainte qu'ils ne trantassent quelque nouvelle perfldie, et que se flattant de trom-
f>er réquipage et son commandant à 'aide de leurs feux , ils ne voulussent attaauer VArUarctic à la faveur des ténèbres , chaque homme se tint toute la nuit à son poste. Quarante mousquets étaient la tout prêts, bien char- §és. Les canons avaient reçu une ouble charge ; les mèches étaient constamment allumées ; sur cbaaue mât un homme était en sentinelle, faisant le guet et surveillant l'approche des canots et des pirogues s'ils venaient à se présenter; les préparatifs de défense étaient dans le meilleur état. Toute la nuit VAntarctic croisa entre les récifs et les bas-fonds de la lagune , attendant avec une impatiente anxiété le jour qui vint si lentement pour eux , et que chacun salua avee Joie.
Ce matin (c'était le 29 mai), VAntarctic se trouva à deux milles environ* du passage qui conduit de la lagune dans la pleine mer, et à sept heures , ils étaient entièrement dehors des Ue9 lAf M<usaere; tel fut le nom que
Morrell donna k oe groape, ptvei qu'une des îles qui le composent, avait été baptisée du sang des siens.
Il n'avait pas un moment à perdra.
Le désespoir des sauvages s^étail acoti par le mauvais succès de leur perfidie, et par la perte d'un si grand nombre des leurs. Leur force s'augmentait à chaaue instant par an appel général tait aux habitants de toutes les îles voisines : tous les préparatifs furent bientôt faits pour attaquer VAntarctic avec une forre imposante , et il ne restait au capitaine américain que onze hommes en ctat de s'armer |iour sa défense. Il jogei donc devoir au plus tôt mettre à la voile; chacun prit son poste et s'apprêta à recevoir l'ennemi qui s^avaiiçait avec une innombrable flottille ds canots.
Dans cet instant critique, le ctd se déclara en faveur des blancs; une brise favorable souilla de l'est, et ils virent bientôt, à leur grande joie, que les sauvages, déjà loin derrière eux, renonçaient à les poursuivre. Heuressèment qu'ils perairent ainsi courage, car le vent tomba bientôt , et le caiine qui survint, edt pu leur être funeste.
EnGn un vent favorable les ocnduisft à Manila , où le commandant de VAntarctic s'occupa ^e réparer ses pertes; il tripla la force numérique de sod équipage et renforça son arsenal et sos artillerie.
Le 13 septembre 18S0, Morrdl, accompagné cette fois de son épouse, se trouve en vue des Iles du Massacre. Un de ses marins, nommé Sbaw, qu*0 avait cru mort, reparaît et fait le rédt des longues souffrances qu*il avtit éprouvées de la part des indigènes.
L'équipage ne respire que vengeance; le capitaine garde plus de modération; mais il n'ira pas cette fois confier la vie des siens aux protestations amicales de Néron et d^Hennin. Il 8*établit sur une tie inhabitée; il oe songe à aucune autre opération , avant éy avoir construit et armé pour s*y défendre, une sorte de forteresse en bois , ou plutôt une plate-forme sur liqueile on avait placé quatre pienrieis
OGÉAKIS.
«1 euivre. Ensaite on construisit un baugar de 140 pieds de long sur 35 de lar^e et 23 de tiauteur, pour la préparation du tripang.
«Le 16 septembre, dit madame Morretl, tout était pH^ pour le travail, lorsque nous vîmes paraître près de ïWe du Massacre , un grand nombre de canots. Stiaw nous dit que cette flotte appartenait à une autre île , et qu'il ne l'avait jamais vue dans ces parages. Mon mari , soupçonnant leurs projets, ne voulut permettre à personne de réquipage d^aller le lendemain à terre à l'heure accoutumée. Ce jourlà, un des chefs vint, selon leur usage, nous offrir des fruits, mais on n'envoya point de chaloupe à sa rencontre. 11 attendit quelque temps , et finit par se diriger vers rîle où s'élevait notre' fort, et que le capitaine Morrell avait appelée VU^ fVaUace, en mémoire de Toflicier qui avait si héroïquement succombé, le jour du massacre. Par une circonstance assez extraordinaire , aucun des naturels n'avait mis le pied dans cette île , depuis que les travaux y étaient commencés. Mais bientôt nous conndmes leurs véritables intentions; car une centaine de leurs canots, cachés jusque-là par nie du Massacre, apparut soudain , cinglant vers celle de fValiace. Pïous vîmes que c'était la guerre qu*ils nous apportaient , et de son côté VÀntarctic se [>répara au combat.
Celui des chefs qui était venu nous apporter des fruits, fut le premier qui Diit pied à terre en avant du fort ; il poussa le cri du combat, et deux cents guerriers environ , gui , à la faveur (Tes ombres de la nuit , s'étaient cachés dans les bois , en sortirent tout â' coup et se portèrent en avant. I<iotre redoute fut attaquée de deux côtés à la fois ; les sauvages firent contre ses xnurs une décharge de flèches qui, s'y âttcichèrent en sifflant. La garnison tînt ferme, et attendit en silence que les assaillants se fussent avancés jusqu'à peu de distance ; alors nos pierriers , charge à mitraille, vomirent la mort; la mousqueterie suivit aussitôt, et en même temps VAntarcdc lâcha sa bor-
dée de gros canons à boulets rames, pointés et dirigés avec une adresse meurtrière sur la flottille des barbares. L'effet fut terrible : l'ennemi fit aussitôt une retraite précipitée , emportant ce qu'il put de ses ulessés et de ses morts. La terre était jonchée d^arfnes et d'équipements militaires , dépouilles de ceux qui n'étalent plus. Ne s'étant. pas attendus à une telle réception, l'effroi des sauvages tenait du prodige. Le bruit du canon , répété par l'écbo des forets , épouvantait les femmes et les enfants jusque dans leurs retraites ; ils n'avaient jamais entendu rien qui approchât d'un pareil fracas , pas même dans le premier combat qu'ils livrèrent à V Àntarctic, Les indigènes qui étaient débarqués pour l'attaque, se jetèrent à la nage; en même temps la garnison fit hisser le pavillon américain sur les remparts, et fut saluée f)ar l'équipage du scbooner, où tout e monde se livrait au plaisir d'une victoire qui ne nous avait pas coûté un homme, et où deux des nôtres seulement avaient été blessés. La musique se mit à jouer les airs nationaux de lankee Doodle et de Rule BrUarir* fUa (*).
N'oublions pas que Thistorien de ce combat, le peintre de ce tableau de carnage, est une femme modeste et réservée, qui raconte ce qu'elle a vu, et le combat auquel elle a assisté.
« Pour moi , continue madame Morrell , je vis tout cela sans aucun sentiment de crainte, tant il est facile à une femme de se mettre au niveau du courage de ceux qui l'entourent. Si quelques mois auparavant j'avais lu seulement le récit d'un pareil combat, j'aurais frémi au moindre incident, tremblé à chaque détail; mais en voyant autour de moi tant d'ardeur et de courage, à l'aspect du sang-froid que chacun mettait à faire son devoir. Je ne me trouvai point accessible a la peur , et je restai sur le
(*) Le premier est Tair natioDal des Américains ; et le second l'air national des An- 5 lais , comme le ^Ghant du départ est celui es Français. G. L. D. 11.
pont , aussi calme qu*une héroïne des anciens Jours. Le seul sentiment qui m^animat , c*était la pitié de ces pauvres créatures ignorantes , égarées, portant figures d^hommes, et qui avaient leurs âmes à sauver. Pour porter la civilisation chez ces peuplades aveugles, faudra-t-il donc toujours commencer par verser du sang? Dans la situation où nous étions , nous ne pouvions autre chose. »
Malgré cette victoire, Morrell et ses Américains ne purent s'établir d'une manière tranquille dans ces îles.
C'était toujours quelque nouveau piège de la part des naturels , toujours quelque escarmouche nouvelle. Hennin , le féroce et perfide chef dont il a été souvent question , fut tué dans l'une de ces rencontres. On recueillit et on prépara deux cents pikles de tripang.
Le pikle correspond , je crois , à cent vingt-cinq livres. Ce tripang est, selon Morrell, le meilleur qui existe sur aucune île connue.
Au milieu de nouvelles agressions , pressé par le manque de provisions , Morrell renoni^a à ses projets de cargaison , et quitta enfin ces parages le 3 novembre , à la lueur de l'incendie allumé par l'équfpage pour consumer le fort et le hangar qu'il avait élevés dans une autre espérance. Le schooner fit route a Test. Le lendemain, il se trouvait près de la côte nord de l'île Bouka , dont les naturels parurent de tout point semblables à ceux des îles qu'on quittait ; seulement les pirogues étaient plus grandes , montées par un plus grand nombre d'hommes, et marchaient plus vite.
Maintenant on se demandera quelles sont ces fies du Massacre? Après avoir bien examiné le récit de Morrell , et les cartes anciennes et modernes; malgré l'inexactitude de ses positions et les contradictions qu'on trouve dans le voyage du capitaine américain, nous le répétons , ces îles nous paraissent être celles que-Carteret a découvertes, et qui portaient son nom avant que le capitaine américain fût au monde.
Nous ajouterons encore quelques lignes* Nous avons vu que le matelot
Shaw avait joint Morrell à l'instairt où il aperçut VJntarctic de retour.
Le récit qu il lui fit de son séjour parmi les sauvages, offre quelcjue intérêt, malgré le caractère d'exagération qui y domine; mais il renferme plusieun détails curieux sur les moeurs de ces indigènes.
Shaw s*était enfiiî dans les bois,
Cendant que tous ses compagnons tomaient sous les massues et les cassetéte des sauvages. Le lendemain on le saisit , et un insulaire lui asséna sur la tête un coup de massue qui le renversa évanoui; mais le chef Hennio le prit pour son serviteur. Le pauvre Shaw avait le crâne fracassé; «a maître pansa sa blessure, en la remplissant d'eau chaude, qu^il y laissa jusqu'à ce qu'elle fût retroidie; puis il y ieta du sable en abondance.
L Américain fut occupé à faire des couteaux pour son maître, avec le fer de l'établissement de Morrell. Les enfants épilèrent tout son corps , et oa Tobligeii de se couper la barbe avec des coquilles tranchantes; la faim le tourmentait, et il serait mort sans les rats qu'il tuait et préparait de son mieux , mais en secret , car c^était la nourriture réservée aux ciiefs.
Le malheureux matelot retira peu ï peu le sable dont on avait saupoudré sa blessure , et guérit. Huit jours avant la seconde apparition de V^éntarctiCy il allait être rôti et mangé , si le roi de ces îles avait été exact au rendez- vous du sacrifice. Enfin, à l'instant où le navire fut aperçu des naturels, on l'envoya en parlementaire, et c'est ainsi que ce martyr des sauvages fut heureusement sauvé.
Voici les détails qu'il donna sur le caractère physique et moral des insulaires et sur leurs mœurs. Ils sont généralement grands, bien faits, vigoureux et agiles ; leur peau lisse est moins noire que celle des noirs d'Afrique; leurs cheveux sont légèremeot crépus, ou plutôt soyeux ; leur physionomie a une expression de férocité et de hardiesse , et ils sont tatoués. Les femmes ressemblent aux mulâtresses quarteronnes. Le vétenient des desx
OCÉANIE
Ui
sexes consiste en pagnes tressés avec des fibres de cocotier; mais ordinairement les hommes et les femmes sont nus , couverts seulement de plumes, de coquilles, et les chefs se distinguent par des bandeaux de plumes rouges qui leur ceignent le front. Les cases sont construites en bambous, et couvertes de feuilles de cocotier.
Ce groupe obéit à un seul roi absolu : outre l'autocrate, chaque île a un chef particulier et des chefs inférieurs. Quelques insulaires sont polygames , mais la plupart n'ont qu'une seule femme , et elles y sont très-réservées, parce que leurs maris les punissent de mort à la moindre infraction à la fidélité conjugale. Ils immolent, selon le matelot américain , tous les enfants , à l'exception de ceux des chefs.
TERRB DBS ARSACIDES ET ILE DE BOUGAUi VILLE.
La terre des Arsacides, vue par Mindana , fut découverte par Surville en 1769, et occupe l'extrémité nord - ouest de l'archipel de Salomon. C'est, suivant Fleurieu (*), parce que les habitants montrèrent un caractère perfide et sanguinaire, qu'il leur donna ce nom , les comparant aux fameux assassins , faussement nommés ArsacUieSy de la Perse ou de la Syrie. L'opinion de Bougainville était que cette Ile appartient au groupe des Iles qu'il nomma Louisiade. Sa position est de S"* 36' à 9" 7' de latitude sud-est , et de ISS» 87' à lô9« 4' de longitude est.
Vile de Bougainville y ainsi nommée en l'honneur du navigateur français qui la découvrit en 1768, est haute, montueuse vers la côte nordest, et son extrémité boréale s'abaisse insensiblement en une pointe de terre basse et resserrée, qui semble jointe à nie' de Bouka. Elle est peuplée. Sa position est de 5" 32' à 6" 55' de latitude sud, et de i5T 14' à 153" 25^ de longitude est.
(*) Fleurieu, Découvertes des Français, p. x36, 145, etc.
ILE BOtKA.
Cette lie iiit découverte en 1767 par Carteret, qui la nomma fFinchelsea , et revue par Bougainville, Shortiand , d'Entrecasteaux et Duperrey. Il n'est pas encore certain qu'elle soit séparée de rile Bougainville. Position 5° Cl latitude sud, et 152<> 14' (pointe nord) de longitude est. Bouka est son nom Indif^ène.
« La surface entière de l'île de Bouka, dit M. Lesson , est uniforme , et paraît à l'œil comme un vaste plateau assez élevé. Son aspect est assez agréable , et une verdure active et pressée s*est étendue partout ; il n'y a pas jusqu'aux rochers des bords de la mer qui ne soient revêtus de guirlandes de leuillage : des arbres d'un port majestueux et une ceinture de beaux cocotiers couronnent le tout. La mer déferle avec violence sur quelques petites plages de sable, apparaissant de loin en loin, comme des- taches au pied des murailles taillées à pic, qui supportent le plateau de Tîle. Ces murailles sont coupées de manière à faire supposer que les prismes de basalte les constituent en grande partie. Nous découvrîmes un grand nombre d'habitants attirés sur le bord de la mer par la vue de notre navire ; ils étaient DUS. De toutes les pirogues qui fiirent lancées à la mer, deux seules parvinrent à aborder notre vaisseau ; elles étaient montées par six hommes qui ne témoignaient aucune inquiétude à la vue d un équipage nombreux ; ils échangèrent leurs provisions d'armes, travaillées toutes avec le plus grand soin. Leurs arcs et leurs casse - tête étaient en bois rouge, sculptés soigneusement et peints de diverses manières. Le fer était aussi pour eux la marchandise la plus précieuse, et ils ne recevaient jamais une hache, qu'ils parurent nommer nikOj sans pousser de grands cris pour témoigner leur satisfaction. Les naturels de l'ile Bouka sont des Papous ( lisez Papouas ) de moyenne taille, ayant au plus cinq
f)ietls trois à quatre pouces, et dont es membres sont grêles et peu mus-
LnffHIVERS.
dés. Leur peau ^t colorée en un brun foncé, uni à une teinte jaunâtre; leur chevelure, longue, frisée, était ébouriffée, suivant la mode des habitants de Véguiou. Les traits du visage avaient une certaine douceur , et le nez n'avait rien d'é(>até. Une corde entourait le ventre vis-à-vis le nombril : à cela se réduisait leur vêtement. Nous remarquâmes que le sys* tème poileux était abondamment fourni , et que le prépuce était démesurément allongé. Sur l'avant d'une embarcation , était monté un jeune homme , barbouillé d'une poussière rouge très-épaisse, et portant sur le front une large tache blanche arrondie. Ce petit maître paraissait enorgueilli de sa parure que relevaient deux touffes de plumes rouges , passées dans les lobes des oreilles , et des fleurs de même couleur, fixées dans les cheveux. Un deuxième avait toute la tête recouverte d'ocre délayée dans de Thuile.
Tous portaient des cicatrices en relief, rangées symétriquement sur l'épaule, en forme d'éminences mamelonnées ; le poignet gauche était entouré d'un cercle d'écorce. Un seul avait appliqué'; sur la lèvre inférieure, une valve de coquille qui recouvrait le menton, ainsi que le pratiquent les habitants de la cote nord-ouest de P Amérique. Leurs peignes, faits sur le même modèle que ceux des habitants de Véguiou , étaient également enjolivés par des morceaux de nacre ; enfin tous étaient approvisionnés de bétel , dont l'usage leur a corrodé les dents, et teint en rouge de sang les gencives, la langue et les lèvres. » Ulle dé Bouka est infiniment peuplée, et selon le savant Labillardiére, naturaliste de l'expédition de d'Entreeasteaux , dans cette île et dans celle de Saarga ou des Contrariétés^ on entendit quelques mots de ta langue maiayou.
Des positions d'tles n'étant guère ^'un relevé de chiffres, nous n'avons pas cru nécessaire de nous approprier, par le changement de quelques mots^ celui que M. d'Urville a fait de celles de cet archipel qui suivent, 4'après les navigateurs déjà cités. Nous
avertissons consciencieusement ^ lecteurs, suivant potte coutume, que nous lui empruntons celles des quatre colonnes suivantes :
Ue SaoaTi.A.vB , tbc par Bovf «iiiTill* «■ i*^. r«Tu« par Shortiand «a 17SS , reoonniie par i*Ba> trecasteaas en i7ga- Ile oa |>Até d'Hc» d« traala  trentC'Stx milles de drcait. Plasiears QoU TaK- «ompagnent dan» la partie ocddenta1«L tctd 7* 9', I<Migitada est i33* ao' (poiatc wmé.)
Iles DB LA T&isoaaaiB, décoa^ertca par Bmi ▼îlle en 1768, rues par Shortiand en z^SS, Boet par d'Botreeasteaax en 1791. Gronpe de qaes ilas peu éleTées , bien boiiéea, de acp4 et demi d 'étendue , du nord-nord-eai aa oaast. Latiiode sud 7* a5', longitude est t53* xa' (milieu.)
I*e Caoïsmii , probablement ddeowvett» ^m Hindana en 1567, mais signalée poar la prcmèàaK fols par BougnioTille en 1768, reme par SunrS* en 1769, par Shortiand en 1788* rnoonno* en perba par le capitaine du ComwaUis en 179&. La pareil orientale est encore très •imparfaitement mnic lie hante, bien peuplée, de quatre-vingt mflics da nord-ouest an sud-est, sur une largeur variable d» dix à Tingt milles. Posiiion de 6* 36' à 7* 3^' latitude sud, et de i&3* 4i* à i54^ S7* tude est.
Iles Ai.»* et Middx.btov , déroorertes Shorlland en 1788, qni en fil deux capa. K.i tern pense que ce sont deux îles peu éteodnci tiiude sud 7* 38', longitude est i5i* 54* (0* leton.)
Ile Sinaoo» déconverte par Bengaiorille Z768, revue par Shortiand en 1788 i terre étendue et asses peuplée, mais d'une configorat inconnue. An sua gît la petite tle Satisfacitoa. ^■ sition 8** 17' latitude sud , i&4*^ la' loo^ itnde «1 (pointe sud, tle Satisfaction.)
Ile na vk. PxxNiàis Voi , déoonvcrte m (784 par Snrriile, reme par Manning en tjç%^ Ile ha«iè de cinq 00 six milles d'étendoe. Laûtudc and 7* io't longitude est 154** Sg'»
lie lsABai.i.x , découverte par Mindana «a tSCj, Tue par Manning en 1791. Ile grande, — **ir1nmt-i bien peuplée. Sur la carte de Lmaenatcm , die eH longue de cent cinq milles du nord-ouest aa s«^ est , et large de quatorxe à seize milles ; mais sei Térttables dimensions sont encore incoanors. Eft est accompagnée dans le nordouast de peines des. dont deux ont été nommées par Maanïnc îles /cv et Neume. Position de 7° 16' à 8* aS* de laiiiadc Md. et de I&&* 18' à 1&6* 54' de longiindc csL
lies R&Mos, dcoouTertes par MindLana ea t76j, revues par V lndi$peiu«Ale en 1794 ; groupe de deés ou trois Ilots, entourés d'un récif. Latiinda sad iT a4'* longitude est 157* 4>*'
Iles OsTBOA , découvertes par Mindana ea iS67t revues par ]'Jndispfnta6ie en 1794 '> deux îles dhâcune de cinq ou six milles d'étendue, mais pen «oapues. Latitude snd 8* 8' , longitude est 1S7* (milieu.)
lleGnwRR, découverte par Carterct ea rjêj, n- Tue en 1769 par Surville, qui la nomma lie IsmP' UmIu*. Û'après Carteret, c'est une terre bnMC, plate et bien peuplée, a^antdeux lieues et dnaii de l'est ^ l'uuesl. Position 8** btitode and , 158" is' longitude est.
Ile M&I.ATT4. décourerte par Viodaaa en iS^Tt revue par Carteret en 1767» al par Sarvilla IB 1769; d'aprài Carteret^ Ile luate, «onti— ■ et
OCÉÀNIË.
sr?
Il As ^tmêê à» l'Mt I l'MMt. Lêtitna* md S* a4', loiif itade att i58* ■•* (painte nord.)
Ile SiMtov, décooTPrte par Cart«r«t en 17671 ra* vve par Surviila en 1769; suivant Carferet , île petite et baaac. Latitade sod 8* 3o', loDf itnde est xfttf" 43'.
Ile Galbba , 'déconvarla par Mindana en 1867 , revue par Sorrille en 1769. D'à prie Orte^a , ella aurait ù% lieiiea de circuit, et serait enrironoée de réeifs mal «ennui 1 9* %%' latitnda and , 159* 6' loof itude est.
Ile BossA-ViSTA, déconcerte par Mindana «a 1(67, revoe par Snnrilie en 1769. SnÎTani Ortcfa , terre fertile, bien eultÎTéa et bteo peuplée, d'environ vingi-nauf lieues de circuit , entourée da petite Ilots p«opl^. Le tout à peine connu. Latitudie and 9* 4t', longitude est t&7* 18' (pointa sud.)
lie Sss&taA, déconverta par Mindana en tSSn » revue par Surville en t^^, qui la nomma /ilr wr CoRinriétés, et, en 1790 , par Bail . qni la nomma llwSmitKt reconnue en 1791 par d'Entrccasteanz, lie haute, bien peuplée , d'environ sept milles 'dn nord an »nd. Latitude aud 9* 49*1 lonfitod* aai xSg" 43' (milieu.)
Iles DM Tftots-Soavas, déconTertes par Snrvllla •n 1769, reconnues par d'Entrecasteaux en >^9t| chaine de très-petites iles hautaa, oceopant une étriidue de nruf milles du nord nord«ouest an sud» •ud-est. Latitude sud 10^ 33\ longitude est 159* 4o' (oeHe do milieu.)
Iles Dv Golfs, déconvertea par SnrviUe en 1769* reconnues par d 'Entrecasteanx en 179a Deux îlea dievéra, dont la plus grande a an moins quatre «illes dn nord an and. Latitude aud 10* 14', Ion* f itude est 159* fj'.
Ile PsiecesA, petite fle, d'après la carte d'Ar* rowsmith, dans le snd-oucst des iles Hammond. A 4otiie milles an nord -nord-est de Pn'nnsm , est nn récif nommé Bnégtmmttr, Découverte et dal« de la découverte inconnues. Latitude sud 9* 5', loogituda «st t&4* 46'«
Ile» HAMMoan , découvertes par Shortland en 1788, revues par d'Batracaaleaux en 174a. Trois fies hautes , ttoisées et peuplées , dont la plus grande aurait quatorze i quinte milles d'étenaue, «feprés la carte de Krnsensiern } dn reste trés*im* jMrfaiiemMii connues. Latitude sud 8° 3a', longitude est 1S4** &5' (pointe nord-ouest.)
Ile GaaaoïJi, découverte par Shortland en 1788, («vue de loin par Manning en 179a ; partie méri* dionale explorée par d'Eiitrerasteaux en 1791* D'après la carte de Krusenstern, lie haute, peuplée, dn quarante milles d'élemlue de l'est i l'ouest, sur dix à donse milles de large; mais sa forme et son étendue vers le nord sont totalement ignorées. Position de 8* 35', i 8' »3' latitude sud , et de xàS"" z4' à 1S6® longitude est.
Il<! MvaaAt, probablement découverte par Han> mn% en 179a, reconnue par d'Entrecasteaux en «793. Petite île hante, de cinq A six milles de cir* cait. Latitude snd 9<> 3', longitude est i56° 3o'. Ile MABfta , déeouverte en 1788 par Shorllend, ^■i n'en fit qn'un cap, vue en 179a par Manning,
Snr d'Entrecanteaux eu 179s- Ile haute, d'an moins ix milles d'étendue dn nord>nord-ouest au sud' wad-cst, accompagnée de plusieurs petites îles. L'^ tendue de ce groupe an nord- est est tout à fait inconnue. Latitude sud 9** 6', longitude est x&9* 4t' (pointe ouest.)
Itn GoADAïAABAs, découverte en 16^7 par Min- ^Mi , revné de loin par Shortland en 1788, par Wanninf en fj^*, explorée à demi dans la même
année par d'Eiitreeasteanx. La route de Vtitibpmt' êtAU eonstate sa séparation de l'ile dés Arsacides et celles qui en sont voisines; mais tente la cdte nord de Guadalcanar cet encore inconnue. C'ait une lie montneuse , bien peuplée, ayant aoixante* dîx'huit milles de long de l'ouest-nord- ouest à l'esté aud-est, snr vingt è ving-dnq milles au moina de larjteur. Quelques petites iles se trouvent dans la
Sertie du nord -est, vers sa pointe sod, et en outra ans le détroit de VlatlupeiuabU, restées sans nom et vaguement Indiquées. Position de 9* 16' i 9* 6^' de lalitodecnd» et de iSj* sa' à i58* 34* longitude est
lie CaiSTOTAft, déeoarerte en X&67 par Mindana , revue par Snrville en 1769, par Shortland en 1788, aux deux tiers explora par d'Eiitrecasteaux en 179a , rue aussi par V InduptntmkU en 1794. He
J rende, montuense, peuplée dans ses aoixanteouse milles da nord-ouest an snd-cst, sur seize à dix-huit milles de largeur. La cdte orientale est pe« connue. De 10* 11* à 10* 53' latitude and , et de 159** a' à 160* 3' de longitnde est
Ile AvBAt découverte par Mindana en 1507, revue par Surville en 1769» en 1790 per Bail , qnila nomma //« Sfriuit reconnue en 179a par d'Entrecasteanx. Ile haute, de quatre à cinq milles de circuit. Latitude sud 10* 5i', longitude est 1(0* V.
Ile Cataliva, découverte par Mindana en ifiéy» revue en 1769 par Surville , qui la nomma , avec la précédente , //« 4« /« DéHrratuct^ en 1790 par Bail, qui la nomma //e MmMstr, en 179a par d'Bntrecasteaux. Ile hante de trou à quatre milles de circuit. Latitude sud 10* 54', longitude est 160* 6*.
Ile BiLLosA, découverte par le capitaine Butler dv Walpole en 1794 ; ile de six milles de diamètre. Comme aucun navigateur, depuis Butler , ne l'a ai* giialée, son existence est encore fort peu certaine. Latitude aud f>* 11' , longitude est 157** 34' (milieu.)
Ile Raavvfc, décavTerle par le cepitaîne Bntler dn //'a///e/« en 1794» et revue dana la même année par V IndixpentabU. D'après Krusenstern, elle aurait dooae lienes dn nord -ouest an sud-est. Latitude sud 1 1<> 38', long, est i58* ai' (pointe snd -est.)
Quoiqu'id se tenuine la liste des iles Salomoa proprement dites, nous devons mentionner encore, tomme étant leur prolongement géologique , deux récifs dangereux, situés à peu de dislance au snd des îles précédrntea. savoir 1 le rétif de la PamJorm» découvert parle capitaine Edwards en 1791 , saiia doute le même qui fut revu en 1794 par l'Iudis* pmsmbht et en i8o4par Ruanlt Coutances. Ce brisait dangereux aurait , dit*on , prèe de quarante milles du nord au sud, et la (lointe gît par la" 8' de latitude sod, et 159"? de longitude est ; pais le récif de tFHU, signalé aussi par iidvrardsen 17911 par la latitude aud sa" ai', et longitnde ctt X56** ai'.
Avant de passer ontre, on peut mentionner encore une chaîne de petits groupes oc^nicns dispo* ses au nord des Iles Salomon, et dans une direction presque parallèle à la leur , c'est-à-dire, en commençant par le sod.
Iles Stcwast , déconvertes par Hnnter en 1791, revues par Willson du Duff es 1797 ; groupe dt cinq petites îles, dont les deux plus grandes ont trois railles d'étendue. Latitude sud 8^ 34*1 longitude est 161*.
Le dangereux récif na BaA9i.xv, découvert par Hnnter en 1791, gH par 6* 5a' de latitude sud , et 1 58" 46' de longitude est, ayant qninse millea df ronestpnord-ooeet à l'est-end-eat. Le rédf neik
rootBt pMlleus de /« Candelaria , découvert par Mindaua en 1&67, et revu en 1781 par MaurcUe , qui le nomma itonrai/or, passe pour se trouver
Ïiar 6** ao' latitude sud, et par 1&7'* longitude est. I est pourtant bien important de fixer avrc exactitude des êcurils cent fois plus redoutables |ioar la navif^ateur que les îles les plus dangereuses.
Iles Howi, découvertes en 1791 par Hanter, qui n'en vit que la partie méridionale. Il est probable qu'elles sont identiques avec les Iles vues en 16 f6
{»ar Scbouten, et revnea en i643 par Tasman , qui ec numoMi Ouiong-Java, Peut-être aussi y a-t-il deux groupes distincts. Qnoi qu'il en soit, celui que vit Huntrr sa compose d'un grand nombre d'îles basses et peuplées , dont l'étendue resta indécise. Latitude «ud &" 39', longitude est 157* 6' (pointe sud. )
lies MAaQoxair, découvertes en 1616 par Scbouten, revues en i643 par Tasman ; probablement lea mêmes îles que vit Y Indispensable en 1794 1 et qu'il Domma Iles des Cocos / les mêmes aussi que vit Mortiock en 1799 > et qu'il nomma Iles Hunter, bien qu'il les place un peu plus au sud. Qaoi qu'il en suit, les îles Marquren forment un groupe de quatorze on quinze îles basses et habitées, et dont l'étendue est au moins de quinze i vingt milles. Latitude snd 4* 3o', longitude est x54" 8'.
Iles VaiTBS, découvertes par Scbouten en 16161 revues en 1767 par Carteret , qui les nomma lies Ha/dj i en 1767 encore par Bougainville , qui ne les vit que de loin ; en 1781 par Maurelle, qui les nomma Caimanes t en 179a • par d'KntrecasteauXp et en 18x3 par Duiwrrey. qui, l'un et l'autre, ne les virent que de très'Ioin. Ce sont des groupes^'itet verdoyantes et peuplées, de dimensions encore peu ODunuea. \jk. latitude des iles Vertes eai de 4" 33' •ad, Icnr longitude de i&i* 49' (pointa sud.)
HISTOIRE NATURELLE
L'histoire naturelle de l'archipel de Salomon nous est à peu près inconnue. Parmi les productions végétales, les anciens voyageurs nomment le giroflier, le caner, le gingembre, une espèce de citronnier, et un grand nombre d'arbres résineux ou donnant une gomme odorante. On y a trouvé le palmier éventail et Tarbre à pain. La volaille, les chiens et les cochons y sont connus. De beaux perroquets, des serpents , de grosses fourmis , des arai- §nées d'une longueur démesurée, et es crapauds {*) ornés d'une crête sur le aos peuplent ses champs, ses eaux , et ses vastes et magniûques forêts. La mer y abonde en poissons.
Mindana a prétendu qu'il y avait des mines d'or et des perles dans les îles Salomon, et on a dit qu'il en avait rapporté. Selon Burney (**) , rien n'y
(*) On peut-être des basilics.
(**) Burney, Histoire d<» dccouverloS) p. 283-287.
a indiqué la nootndre trace de terrains aurifères jusqu'à ce jour; cependant cela n'est pas absolument impossible.
^ous tenons d'un capitaine bouçui, qui avait été aux fies Salomon, et jusqu'à la côte de l'Afrique orientale, que les montagnes d'Isabelle sont très-elevées, et surtout un pic nommé Savira.
On a pu voir dans Balbi (première ^ition) , Malte^run (troisième édition) , que ce même capitaine bougui, ignorant il est vrai, nous a assuré qu'à Sainte- Isiibelle , dont les habitants sont cannibales, on trouvait de nombreux débris decorps marins et quelques fossiles de grands quadrupèdes, si nous l'avons bien compris. Il nous donna \tUbia d^in énorme mammifère, qui nousa paru appartenir au mammouth , et une dent de mastodonte , animaux antédiluviens (voy. pi. 303) (nous les avons donnés gratuitement au Muséum d'histoire naturelle); un tronc de palmier volcanisé, trouvé dans un cratère de nie Célèbes, et autres objets curieux. Nous obtînmes aussi, du même Bougui , une partie d'un dronte que nous avons perdue dans notre naufrage ; et nous avons oublié s'il l'avait eue d'un habitant des îles Salomon ou d'ailleurs.
On sait, au sujet de ces fossiles, que plusieurs espèces d'animaux et quelques genres de plantes ont disparu; au reste , nous croyons que plusieurs étoiles, c'est-à-dire,'que plusieurs mondes ont également péri, et qu'en revanche notre époque assiste à de nouvelles créations. Nous nous bornerons à la description et à l'histoire du dronte, que nous extrairons d'un des Magazines les plus estimés, en regrettant de ne pas en nommer l'auteur, qui, sao3 doute, a voulu rester inconnu.
La terre que nous habitons a été plusieurs fois travailléed'horribles convulsions , qui en ont chacune modifié plus ou moins la surface, tantôt élevant au-dessus des eaux des espaces jusque-là submergés, tantôt subnier»
Î;eant, au contraire, des partie-s depuis ongtemps découvertes, et déjà peuplées de plantes et d'animaux. Ces diverses catastrophes ont non-seulement amené la destruction d'un grand nom-
OCÉANtË.
bred^individus, mais elles ont fait disparattre des espèces entières, qui n'ont laissé d'autres traces de leur existence que quelques débris enfouis dans les ooucnes dont se compose Tenveloppe extérieure du globe.
Ces débris, en général si incomplets, sî insigniGants en apparence , et qui n'avaient été lon^emps qu'un objet de stérile curiosité ou de folles conjectures , tombant enfin aux mains d'un homme de génie , ont été pour lui autant de précieuses médailles , à Taide desquelles il a pu établir sur des bases certaines Thistoire des temps anciens, riiistoire des temps antérieurs à la naissance de Thomme.
L'extinction des espèces animales répandues sur de vastes régions ne pouvait élre le résultat que de causes très -générales, telles que de grands bouleversements dans, la surface du
S lobe; celle des espèces circonscrites ans un petit es)>ace pouvait être , au contraire, due a des causes toutes locales, à des causes parfaitement indépendantes des révolutions géologiques.
Une espèce faible pouvait être détruite p^r une autre plus forte et mieux armée ; c'est ce qui est arrivé à diverses époques, et surtoutdepuis le commencement de la période actuelle , c'est-àdire, depuis l'apparition de l'homme, qui est te destructeur par excellence.
Pour nous faire une idée de cette influence destructrice de Thomme sur les êtres animés, supposons, pour un instant, que les loups, les castors, les ours, qui v étaient il y a mille ans, eussent été des animaux propres exclusivement à cette lie , comme les kangarous le sont à la Nouvelle-Hollande ; aujourd'hui la race des loups, des ours et des castors serait éteinte , comme celle des kangarous le sei a vraisemblablement dans quelques siècles.
Que l'usage des armes à feu devienne général en Afrique, et bientôt l'espèce de l'hippopotame aura complètement disparu ; il en sera de même plus tard pour le rhinocéros , et peutêtre pour l'éléphant, qui se reproduit difGcilement à l'état de domesticité.
Tout porte à croire que plusieurs es-
7 S* Livraison. (Ocbanie.) t. m.
pèces ont péri depuis que rhomnM est
sur terre, et, pour une au moins, nous en avons la certitude. Nous avons sur le dronte, qui existait encore il y a deux siècles, de nombreux renseignements historiques; mais ces renseignements ne suffisaient pas pour nous le faire complètement connaître , et il eût été impossible de lui assigner une place dans les cadres zoologiques , si les principes de la science, créés par notre illustre Cuvier, n'eussent fourni le moyen d'arriver à une déterminiition plus précise.
Les Hollandais , qui abordèrent les premiers à l'Ile de France , alors déserte, y virent un oiseau d'une trèsgrande taille et d'une figure singulière, auquel ils donnèrent le nom de dronte et celoi de dodo. Plusieurs naturalistes du commencement du dix -septième siècle en parlèrent d'après les descriptions et les dessins des voyaeeurs, et firent connaître, outre ses formes externes , quelques points de son organisation intérieure.
En 162(), le dronte y existait encore, et Herbert assure Ta voir vu à cette époque. « Cette île , dit-il , nourrit un grand nombre d'oiseaux, paTmi lesquels il faut compter le dodo , qui se trouve aussi dans l'île de Rodriguez, mais n'a été vu , que je sache, en aucun autre lieu du monde. On lui a donné ce nom de dodo en raison de sa stupidité, et, s'il eût vécu en Arabie, on aurait pu tout aussi bien lui donner celui de phénix , tant sa figure est rare. Son corps est tout rond, et si gras et si gros, que d'ordinaire il ne pèse pas moins de cinquante livres ; cette graisse et cette corpulence sont dues à la lenteur de ses mouvements.
S'il n'est pas agréable à la vue, il l'est encore moins au goût, et sa chair, quoique ne rebutant pas certains appétits voraces, est un aliment mauvais et répugnant. La physionomie du dodo porte l'empreinte d'une tristesse profonde, comme s'il sentait l'injustice que lui a faite la nature en lui donnant, avec un corps aussi pesant , de< ailes tellement petites, qu'elles ne peuvent le soutenir en l'air, et servent
èsé
L'bmvkkè.
Apurement à faire voir '(]uUl est oiseau, ce dont, satis cela, oû serait disposé a douter.
« Sa tête (est en partie coiffée d'un ùapuchort de duvet noir, et en partie nue, c'est-à-dire seulement couverte d'une peau blanchâtre presque transparente. Son bec est fortement recourbé et incliné par rapport au front; les narines sont situées a peu près verâ le milieu de la longueur du bec, qui, à partir de ce point jusqu'à l'extrémité, est d'un vert clair mêlé de jaune pâle.
« Tout le corps est couvert d'un duyet très-fm , semblable à celui qui revêt le corps des oisons. La queue e&t ébouriffée comme une barbe de C:.iiiois, et formée de trois ou quatre plumes assez courtes. Les jambes sont iortes, épaisses , et de couleur boire ; les ongles sont aigus. »
Herbert donne une figuré très-grossière du dodo. La plus exacte a été fîiite d'après une peinture appartenant originairement au prince Maurice de r<iassdu , et pipcée maintenant au muséum britannique de Londres.
Peu de tpm[)s ajjrès le voyage d'Herbert, ces îles devinrent le siège d'établissenients considérables , formés pair des Européens, et l'espèce du dronté eu disparut complètement. On conçoit très-bien comment cet oiseau ^eu ag*ile, et trop volumineux pour se cacher aisément , n'a pu échapper aux poursuites de l'homme. Ce qu'il y a de certain, c'est que, malgré les recherches très-actives faites par les naturalistes, surtout dans le siècle dernier, on n'a pu se procurer aucun renseignement à son égard, (juelnues auteurs ont été même jusqu'à prétendre que le dronte n'avait janiais existé, et que les descriptions qui en avaient été données se Tap|)ortaient au manchot et au pin- £Ouin ; mais cette opinion était tout à fait insoutenable, car, outre les Of^ures dont nous avons parlé , et le tentoi-
Fnage de naturalistes qui parlaient de oiseau comme l'ayant vu, il en existait encore des restes bien reconnaissables, et dont l'origine était connue. Ray, qui fit paraître en 1676 et en 168S deux éditions de l'ouvrage de Willugh*
by, dan;s lequel se trouve unç deserSp tion et Une û^ure du dodo, prises m livre de Bohtius, ajoute en note qu'il a vu cet oiseau empaillé dans le cabiueC de Tradescant. De ce cabinet, roîseaa passa dans le musée Âshmoléen d'Qxlord , et il est porté sur le catalogue comme existant en 1700. 11 y resta jusqu'en 1755, où les inspecteurs, le trouvant en trop mauvais état , le tirent jeter, et Ton n'en conserva que le bec et une patte. Une a»itre patte, provenant des collections de la Société royale, se trouve aujourd'hui dans le mu^um biritannique.
C'était là tout ce qui restait du dronte, lorsqu'en 1830 le muséum de Paris reçut une collection de débris organiques , trouvés à rile-de- France sous une courbe de laves , et envoyés par M. Desjardins. Dans le noiiil>re, figuraient quelques os d'oiseaux , consistant en un sternum, une tête, un humérus et un cnbUtis. Toutes ces parties furent reconnues par M. Cuvier |)our appartenir au dronte, et lui prouvèrent que cet oiseau devait être rangé parmi les gallinacés. Un voyairc que cet illustre naturaliste Gt peu d^ temps après à Londres , lui permît d'examiner le pied qui existe au muséum britannique, et même les parties conservées au musée Ashmoléen. I^e résultat de ce nouvel examen conRnna la première détermination, et montra en même temps qu'il avait dû exister une seconde espèce, un peu différente de la première.
PRÉCIS HISTORIQUE, MQBURS ET COUTITIIES.
Nous avons fait connaître au lecteur la découverte de l'archipel de Salomon par Mindana, qui mouilla sur l'îlë Sainte-Isabelle dan<^ le port de la JT^trella, situé probablement sur la bàndë nord-est.
« Les habitants du pays , dit la irelitioii espagnole , adorent des serpehts , des crapauds et autreis animaux Leo^ stature est médiocre, leur teint est bru h , leurs cheveux sont crépus , et ils n'ont de couvert que les parties naturelles ; ils se notirrisseht de coooS et d'une sorte de racine nomniéè
OCÊÀNIÈ.
naifis. lis ne rtiângent point de vi.mde et ne boivent que de Teau ; {>out*tant on ne |)eut douter qu'ils ne soient ànthropoplîases , cnr leur chef envoya à Minaana, comme présent, on quartier d'enfant, auquel tenait encore te bras et la main. Le général , ajoute la relation, flt enterrer ce morceau de cadavre en présence des naturels qui ravalent apporté. Ceux-ci parurent offensés et confus des mauvais succès de leur ambassade; ils se retirèrent la l'été basse. Ce peuple est divisé en tribus, qui sont entre elles dans un état de guerre continuelle. Les prisonniers sont réduits en esclavage. »
l^lindana flt trois expéditions et mourut dans ce pays, laissant à sa veuve le soin de raniener aux Philippines les débris de rétablissement qu'il y avait fondé, et qui ne lui survécut
f>as, car fes attaques des insulaires et es. maladies le détruisirent.
il paraît que les Espagnols, et plus tard les Français, trouvèrent dans ces îïes fertiles une population de plus de cent nulle âmes, qui semblaient appartenir à deux races, Tune à cheveux laineux , mais au nez moins épaté et aux lèvres moins épaisses que les noirs d'Afrique, et l'autre de couleur cuivrée, portant les cheveux longs qu'ils coupaient en rond autour de la tête; les uns et les autres ayant des pirogues de guerre de cinquante à soixante pieds de long, ornées de sculptures d'une rare élégance, qu*ils manœuvraient parfaitement, ayant des armes remarquables, et surtout leurs arcs qui étaient trèsélastiques. La première race appartient sans nul doute à celle des Papouas,et Tautre caractérise assez bien la race nialaie, si ces relations sont exactes.
Il serait possible que les Malais et surtout les Bouguis fussent arrivés aux îles Salomon par le détroit de Dampier, si toutefois ces marins entreprenants et intrépides n'ont pas passé le âétroit de Torrès. Mais dans l'mcertitude je n'oserais trancher cette question ethnographique qui serait d'une grande importance. Cependant elle favorise mon opinion, émise plusieurs fois dans ce long ouvrage, que les
Dayas de Kalémantan (Bornéo) et les Bouguis de Célèbes s'étaient établit dans la Polynésie et dans plusieurs tiei de là Mélahésie, habitée par les Pa* poUas. J'avais proposé de faire , sout te nom de Papouasie, une division di toutes les lies peuplées de Papouas;
§our la distinguer de l'Australie et es îles habitées par des Andamè* nés (que l'avais appelées Andaméi)ie), pour bien classiGer les deux raceft noires si distinctes de la Mélanesie. Je n'y ai renoncé que pour m'entendre mieux avec le savant M. d'Urville qui a proposé à cette éfioque la division de la Melanésie , et je n'ai laissé le noilà de Papouasie qu'a la INouvelle-Guinée^
ftarce que les savants français surtout 'ont adoptée depuis que je l'ai pro^posée (*).
Carteret retrouva le premier les tiefc Salomon en 1767.
En 1768, Bougainville reconnut la plus grande étendue de ces terres, dont il fît la deuxième partie de la Loutsiade, et que nous avons naturellement comprise dans l'ardiipel de Salomon.
U l'accosta près du cap Satisfaction, et aperçut ensuite la grande Ile à laquelle il donna le nom de Choiseul. A Bougainvil!e succéda le capitaine Surville, qui atterrit, le 7 octobre 1769, devant le détroit que forment les îlei Choiseul et Isabelle, et vint mouiller, le 13, sur la partie nord-est de cette dernière île, dans une baie fort grande, toute hérissée d'îlots, h laquelle il dotina le nom de Port Prasiin. Il n'existe, sur ces îles, aucuns documents étendus et importants, sauf ceux qui furent recueillis par Surviile ou par ses officiers, et que nous a fournis lé voyage de ce brave capitaine français dont nous avons raconté les àventiu'éÉ à la Nouvelle-Zeeland (**).
Surville expédia deux canots sou^ les ordres de Labbé, son lieutenant, pour chercher une aiguade. Cette patrouille n'ayant poiut trouvé d'eau,
(*) Voy. Tableau général de rOcéonie, au premier vol., p. ii-x4.
(*') Voyez Nouvelle -Zeelana, t. lU db rOcêauie, p. 196 et suivantes.
ZM
si ce n*est dans un marais où Ton s'enfonçait jus()u'à la ceinture, une seconde expérience fut faite; et la même patrouille trouva un filet d'eau qui découlait d'un rocher, goutte à goutte. Les naturels, qui leur servaient de guide, les avaient conduits dans cet endroit, distant de trois lieues du iiavire; là, le détachement fut abandonné par ses conducteurs , et il éprouva les plus grandes difficultés pour retrouver son chemin.
Mais, dans c«t intervalle, les indigènes avaient' tenté toutes sortes de moyens pour attirer sur la grève les équipages français , pour pouvoir ensuite tirer et échouer les canots sur le sable. Ils montraient pour cela les magniûques noix de cocos dont étaient chargés les arbres de la foret; et, comme on ne se rendait pas à leurs instances , ils cherchaient à saisir les amarres des embarcations pour les lialer vers la plage. La scène se pro- Jongea ainsi jusqu'au retour du détachement.
Quand Surville reparut, les sauvages, au nombre de deux cent cinquante, armés de flèches, d'arcs, de lances et de casse-téte, épiaient une occasion favorable pour l'attaquer. La vue de ces cinq hommes isolés sembla leur indiquer ce qu'ils devaient faire.' Ils fondirent sur ce petit, groupe, tuèrent un soldat, blessèrent le sergent d'un coup de lance, et les autres avec d'autres armes. Labbé lui-même reçut deux flèches dans les cuisses et une pierre à la jambe. Attaqués d'une manière aussi inattendue, les Français firent feu, et la décharge fut d'autant plus meurtrière , que les naturels se trouvaient à bout portant. Cette riposte terrifia la masse des assaillants, et une seconde décharge la mit en déroute. La mort d'un de leurs chefs fut en grande partie cause de cette décon- 'fiture soudaine et générale; c'était Labbé lui-même qui l'avait tué. Re- 'marquant, à l'écart des autres, un naturel qui levait les mains au ciel et qui excitait les guerriers de la voix, il 1 ajusta et l'étendit niort sur la place. A ses côtés , gisaient quarante de ses
guerriers ; les blessés avaient été emportés par les fuyards. Surville cepeodant s'obstinait à obtenir de l'eau, et, pour arriver à ce but, il résolut de s'emparer d'un sauvage. Sa première tentative eut lieu contre cinq ou six d'entre eux, qui s'étaient aventurés sur un îlot voisin ; mais ils lancèrent letir pirogue avant qu'on eilt pu les surprendre. Tous, et même l'un d'ejix, qui était grièvement blessé , regagnèrent la terre à la nage. Une autre tels, une pirogue s'étant approchée à iioe distance convenable du navire, Su^ ville dressa un piège pour surprendre deux hommes qui la montaient. Deux niatelots cafres furent embarqués dans une pirogue qu'on avait arrangée à la manière des sauvages. Ces hoin|mes , le corps nu , la tête poudrée à blanc, ornés comme les indigènes da pays, arrangés comme eux, cherchaient, en outre, à imiter leurs signes et leurs gestes. Trompés par de telles allures, les sauvages crurent pouvoir s'approcl.er du navire autant que leurs prétendus compatriotes. On to laissa s'avancer, puis , quand on les crut à portée, les canots français leur donnèrent la chasse, et, désespérant de les gagner de vitesse, tirèrent sur les fuyards ; l'un d'eux fut tué, et, en tombant a la mer, fit chavirer la pirogue. Le second voulut se sauvera la nage , mais on l'atteignit malgré ses plongeons réitérés. C'était un jeune nomme de quinze à seize ans, qui se défendit avec une intrépidité merveilleuse, usant de ses dents à défaut d'une autre arme. Arrivé sur le jKWt tout garrotté, il contreût le mort pendant une heure ; mais comme on essaya de le laisser tomber à diverses reprises de sa hauteur , dans sa chute il eut soin d'avancer l'épaule pour préserver la tête. Enfin , las de jouer la comédie, il ouvrit les yeux , et voyant l'équipage manger du biscuit, il cb demanda, et le mangea de fort "J appétit. On eut soin , toutefois, de le tenir toujours attaché, de peur au il d« se jetât à la mer. Pour intimider les sauvages, on fit encore feu dans w jour sur deux pirogues qui passaient.
OCÉANIE
Le lendemain , le captif indiaua Taiguade tant désirée, et Ton alla à diverses reprises y faire de Teau , en ayant le soin de tirer sur les pirogues qui rôdaient autour des chaloupes.
Quant aux rafraîchissements, les seuls qlie Ton put se procurer furent des cocos, des choux palmistes, des huîtres et d^autres coquillages. Tout cela n'était ^uère restaurant pour un navire ^ui souffrait des fièvres , et dont réquipage diminuait presque à vue d*œil. Cette relâche avait d'ailleurs été marquée par des incidents déplorables : le sergent blessé était mort; Labbé lui-même ne vit fermer ses
K laies que dix mois après le cornât, ce gui fît supposer que ces flèches étaient empoisonnées. L'ensemble de la physionomie des naturels a un caractère farouche, presque féroce ; quelques-uns des hommes cuivrés ont les cheveux lisses. En général , les cheveux sont coupés à la hauteur des oreilles; d'autres n'en conservent qu'une touffe sur le sommet de la tête , rasant tout le reste , excepté quelques mèches au bas de la nuque. Plusieurs divisent la touffe de l'occiput en petites queues, qu'ils pommadent avec une sorte de gomme. Le plus grand nombre se teint les sourcils et les cheveux en jaune , avec de la chaux, et s'applii^ue une raie blanche, d'une tempe à l'autre, au-dessus des sourcils. Les femmes , dont on ne vit qu'un petit nombre , tracent des raies semblables sur leurs joues et en travers sur leurs gorges. Le seul vêtement des deux sexes consiste en un morceau de natte autour des reins. Les hommes se tatouent le visage, les bras et d'autres parties du corps, et ces dessins ne manquent pas de grâce. Le lobe inférieur des oreilles et la cloison des narines sont percés pour recevoir divers ornements; les bracelets en coquillages de tridacnes et en écaille de tortue sont placés audessus du coude, et, à défaut, ils en portent d'autres au poignet, composés seulement de petits os de poissons ou d'autres animaux, enfilés à l'aide d'une ficelle; quelquefois aussi ils sus^
pendent à leur cou une espèce de peigne en pierre blanche très-estimée.
D'autres se fixent sur le front un cot qui liage qui ressemble à la nacre.
Mais les ornements qui frappèrent le plus vivement Survilfe et ses compagnons furent des colliers, des pendants d'oreilles , et même des ceintures entières en dents humaines. On dut croire qu'elles étaient les dépouiîles des ennemis dévorés à la suite des combats. L'arc de ces sauvages est d'un bois noir; la cordejest en filaments d'écorce de latanier ; la flèche, roseau de trois pieds de long, se compose de pièces soudées entre elles par un mastic très-tenace ; sa pointe est une arête de raie. Ces flèches laissent toujours quelques-unes de leurs barbes dans les plaies , qu'elles enveniment.
Les lances sont en oois noir de latanier, longues de huit a dix pieds; elles se terminent par un os de six pouces de long, garni de fortes barbes, qui rendent les blessures très - redoutables.
Les casse-tête , longs de deux pieds et demi , et de la forme d'un losange aplati, sont ordinairement en bois rouge, très-pesants; les naturels les portent à leur ceinture. Enfin, les boucliers sont en lanières de rotang , tressées ensemble , et ornés paitbis de houpes de paille rouée et jaune. Ces boucliers sont à double fin ; ils servent quelquefois de parapluie. Ils ont pour instruments des marteaux d'une pierre noire, fixés solidement à un manche , au moyen de liens de rotang; des herminettes en morceaux de tridacne, taillées en biseau et ajustées à un morceau de bois dont la courbure est naturelle. Leurs couteaux sont des noures tranchantes , et ils se servent de pierres à feu aiguisées pour se cou-
ger la barbe et les cheveux. Leurs lets de pêche se fabriquent avec les filements de Técorce du latanier. Dans leurs pirogues , on trouva une graine d'une odeur balsamique, qu'on prit d'abord pour une sorte d'onguent ; mais on apprit ensuite qu'elle leur servait d'huile à brûler. Elle donnait, en effet, une lumière plus claire que les chandelles de cire, et répandait une odeur fort
Îgréable. Ces tlea avaient des cocotiers, es banaQÎers, des cannes à sucre, des ";nanies et diverses sortes <)'qmandes.
binofiiy éviden^ment le venais de iTndan^, tient lieu de pain aux natu-
Ï^e|s. Des paysages riches et vçrdoyants talent peuplés d'aune grande quantité 4^ kakatQuas , de loris , de pigeons ra-
Î'iiers et de Qierles pli^s gços giiç ceux *f;urope. Dans leis marais, volent des ^ucijs, des alouettes de nier/ une fsp^ qe béc^kssii^e , ^iqe sorte 4ç cafard > çnfii^ dçs salamandres, çiont ^uçlques-un^ ont cinq pieds, au |iioins,de la t^te ^ la queue. Quoigu'op n'eil^ point PP^rÇV ^ ijyadv^pédes, on sut pourtant que (e cochon fauv9ge abondait dai^s (es forets des grandes îles. tJn des Qf()clers, qi^i 4*oçcupait des sciences naturelles ., rç- Hiarqua une araignée d'une espèce DouveUe, des fouripis dV'^^^r^^^^^'' prodifiieuse, des pio\^çliçs de (a grosseur d'un taon d'^urppe, çt dont la BÎqdre était cruelle. (1 rencohtifa dans ks bois une petite couleuvre de la grosseur du doi^t, 4e (ieu\ pieds de ibng, avec le dos rayé par carreaux jaunes et gris, çt le yentre d'un jaune clair. Un reptile, qu'il nonima crapaud, mais qui doit être plutôt un basilic « excita surtout son attention {*).
A ces récits de Surville et de sçs of- Sciers, nous joindrons les renseignements que leur donna leur jeune sauvage captif. On le nommait Lova-Sa," rega. Après deux ans de s( jour avec les Français, voici ce que nous ça. a appris Mooneron, l'un des oiliciers de Surville.
« Il était à peine depuis deux mois sur le vaisseau , qu'on s'aperçut de la facilité qu'il avait à apprendre notre langue ; mais les progrès qu'il avait faits furent retardes par un séjour de trois mois chez les Espagnols du Pérou; il parvint néanmoins, pendant ce temps, à se taire entendre assez bien dans les deux idiomes.
« Ce qui excita le plus son étonnement à Lima , ce fut la hauteur et la grandeur des mabons. Il ne pouvait
(*) Surville, analysé par d'Urville.
se persuader qu'elles fussent so\ides9 et, pour s'en assurer, il essajm d'ébranler les murs. Sa surprise redoublait tous les jours , en voyani les occupations et les ouvrages des jujropéens, et il ne tarda pas à reconnaître qu'ils avaient une grande supériorité sur ses compatriotes. Pendant ta traversée du port Prasiîn au Pi^TOu, M. de Sur ville le fit toujours Âianger à sa table; îl reconnut bien que c'était une faveur particulière, parce que le traitement des autres npîrs était ((ifférent du sien. A la qiort de iM- de Sufville, qui se noya par accident en arrivant au Callào de lîn^a, le jeune Lova se retira de luiâïéniedela tablé des officiers, et voulait servir comme domestique.
« On a eu pour lui des égards particuliers , et .sans doute il Tes mérita par ses bonnes qualités. Les témoignages de sa reconnaissance oot toujours prouvé gu'il sentit le prix des attentions, et jamais il n'^ abusé des ^)ontés qu'on avait pour lùf.
« Le seul défaut ûu'on lui connaisse est un mouvement de àép\U un déi^espoir auquel il se livre tellement, et
?|u'on ne peut attribuer qu'à t^on exrême sensibilité; mais ce mouvement ne tourne jamais que contre liil-mén^e et ne dure qu'un mstanjl : cVst Ih colère d'un entant. Ha l'esprit pénétrant et apprend avec ft)ci|ité et avec plaisir ^ôut ce qu'on désire qu'il sache.
« On n'a qu'à se louer de sa* probité; il aime assez la pai-iiré, mais il s'en détache sans peine. Il connaît très-bien le prix et fûsage de l'argent ; et cependant il n'y attache pas une grande valeur, tl ne paraît avoir de vifs désirs que pour satisfaire son appétit. On peut assurer qu'il a les plus heureuses dispositions , et qu'il esf exempt de beaucoup de defaut$ ((ont l'éducation la plus soignée ne garantit pas toujours. On apprit encorçde Lova Sarcn que son pays était constamment dévasté par des guerres d'île à île ; que les prisonniers ^v devenaient esclavçs ; que le roi ^tai't absolu; qu'àpr^ la inort les |)ominès moh^aienf au cid ; qu'ils Avaient ^és médecius liaEïIçs, et
OCfiANIE.
fii*î]$ traf quaient ayçe qn p^ple presque blanc. »
' Grâcç aux travaux de Buache et du savant Fieurieu, il parait certain que les îles de Surville et de Bougainville sont réellement i*archîpel Salomon de ^liiidana.
L^Aiiglais Shortiand fut le premier qui revit ces iles ; mais sa reconnaissance s'étant faite de loin, il crut, ^insi queSurvilje, que ce n'était qu'une
frande et longiie terre. Il la nomma {ouveUe- Géorgie, nom qui est resté à une seule des îles qu*il avait vues.
' Le .voyage de Tillustre d'Knlrecas-
Seaux fut le plus utile à la céograpliie fès Iles Salomon. Le 9 juillet 1792, il épinmença ses travaux devant Tlle GeorgÛ, puis il reconnut tour a tour Tés îles dé la Trésorerie , Tîle Shortland, et la baie omdentile des îles Bougainville et Bouka. En mai 1793 , ft reprit son exploration aux îles Anna et Catalina , puis sur la côte occidentale de file San-Crisloval. Ce prand jiavigateur visita ensuite Pîle Sesarga, |)roiori^ea la côtC méridionale et occidentiile de celle de Guadalianar, et reconnut enfin la partie sud de Tîle Geor- |ia.
Quelques portions des îles Çalomon furent viies successivemeiit en 1792 par Mnnning, qui passa entre Isabelle et Choiseul; en 1794 par V Indispensable y qui passa entre Cristoval et Guadilcinar , puis entre Isabelle et Waliyta; enfin, encore en 1794, par Butler : mais leurs reconnaissances opérées h la voile ne leur ont pas permis de nous laisser à ce sujet de 'nouveaux documents.
Nous ne nous efforcerons pas de tracer îci le caractère et les mœurs de ^s insulaires. Il est temps de convenir
Î|u'il y a autant de présomption que de ëgèreté, à vouloir peindre des peuples que If s navigateurs n'ont vus qu*en E assaut , et dont ils n'ont pu même se lire comprendre.
GROUPE DE TAIfIKOpO OV DE ' LA PÉROt'SE. " '
Ce groupe, découvert par l'illustre
la PérouS9 qui f |rouya \% mort , $p compose de deux fies d inégale gra()* deur. Ces îles sont entourées d'un r^ cif de coraux, d'environ trente -six milles de circuit, dit H. d'Urville oui a laissé le nom de Recherche à la plus (grande {f^anikoro)^ e^ a donné lé nom indigène de Tevai à la plus petite, dû nom du principal village. M. Dillon l'à^ vait nommée Amherst. La Redierche a treote milles de circuit, et Tevai n'en a pas plus de neuf. Les observations do ryY.¥/ro/a6eont établi le ha vredeVanouj auquel d'Urville donna le nom d'Ocilipar 11"" 4' de lat. sud et 164'' 32'de long. est. Ces terres, sur toute leur surface, sont couvertes d'arbres depuis le rn vage jusqu'aux cimes intérieures. lïo point culminant du groupe, le mont Kapogo, a 474 toise$ de hsjuteur, et peut s'apercevoir à vingt lieiifS do distance. Outre Içs deux îles principales, on trouve encore deux îlots dans la baie intérieure, dont l'un port0 le nom de Manevai, de la tribu qui l'habite, et la petite île Xianounha située dans la partie nord -ouest du groupe. Chacun de ces îlots n'a guère plus de cinq cents taises de circuit. Le brisant dangereux qui environne tout le groupe n'est interrompu que dans la partie dt^ Test , et pendant huit milles environ. Cependant sur d'autres points il offre des passes plus ou moins considérables, qui donnent accès dans l'intérirur du brisant , où Ton trouve trente ou quarante brasses de fond , avec de nombreux pâtés de coraux qui vaillent souvent à dix pieds de protondeur. Un second récif, mais celui-là adhérant à la plage, règne tout autour des îles et en rend Tabord très difficile aux canots. Ocili et païou sont les deux seuls points connus où une plage de sable facilite Taccès de la terre.
Une popul.ition restreinte et misérable occupe ces îles d'ailleurs fécondes. Le non)t)re des habitants ne semble pas s'y élever à plus de quinze cents âmes. L intérieur est une vaste et imj)énétrable forêt ; les côtes seules sont habitées; les cultures ne s'étendent jamais à plus d'un milfe du rivage. Le taro , qu ils râpent'pour leur nourriture
(Toy. p/. 248), lc8 Ignames, les bananes et Vinocarpus sont les plantes que tes naturels culti vent avec le plus de soin (*)
HISTOIRE NATURELLE f).
Llle volcanique de Vanikoro, entourée de récifs madréporiques , offre des matières qui , par leurs caractères , semblent appartenir, selon M. Cordier, à la période des terrains tertiaires. Ce sont des dolérites , des basaltes et des pépérinos. Elle est toute hérissée de pitons dont les plus élevés peuvent avoir trois cents toises ; malgré la vigoureuse végétation qui en occupe jusqu'aux dernières cimes , on remarque les couches de lave qui ont descendu jadis de ces sommets. Il ne paraît y avoir que peu de petites plaines intérieures. Le plus souvent les montagnes descendent jusqu'à la mer, et les eaux pluviales jointes à celles des marées forment des plages marécageuses couvertes de mangliers. L'île en est complètement entourée, si ce n'est dans trois ou quatre endroits oc* cupéspar des villages, comme à Tevai, Nama et Vanou , car Tanema et Paîou sont au milieu des marécages. Cette ceinture de palétuviers se distingue par la verdure plus tendre des arbres, et par la régularité de leur masse.
L'insalubrité de cette île est tellement reconnue des insulaires d'alentour, que ceux de Tikopia disaient aux Français de V Astrolabe, qu'il sulfisait de dormir à terre pour y mourir ou y contracter des fièvres qui feraient trembler; ce qu'ils leur indiquaient par des gestes énergiques. En p^et, le capitaine Dillon écrivit de la baie des Iles, que la grande quantité de malades qu'il avait eus ne lui avait pas permis de continuer ses recherches.
Ayant laissé coucher ses gens à terre, il en perdit plusieurs, surtout des Tikopiens qui Pavaient suivi. Aussi cinq insulaires de Tikopia qui étaient a\ec les Français allaient bien passer la jour-
(•) D'Urvillo.
(**) Ce chapitre est extrait des observalions du savant et intrépide docteur Gaimard.
née à terre , mais , à la nuit , ils rêvenaient coucher à bord.
Dans une le d'aussi peu d'étendàe il n'y a point de rivières , ce sont des ruisseaux ou des torrents que les |»luies doivent entretenir surtout pendant une saison. Les seules productions iniportmtes sont le taro, oui est £ade d de mauvaise qualité , l'arbre à pain , diverses variétés de bananes, le cocotier et l'içocarpus dont le fruit rénîforme a le goût de la châtaigne. H existe plusieurs autres fruits, inâb rares, comme la mangue ou eugénia , etc. Voilà la nourriture des habitants, à laquelle il faut ajouter le poisson qak est abondant et qu'ils ne savent prendre qu'à coups de flèches. Les cocboia, d'une petite espèce noire, y sont rares. Il en est de même des volailles.
Les seuls mammifères sauvages paraissent être les rats et les roussettes. Parmi les oiseaux on trouve troK espèces de colombes, la muscadivore, celle à calotte purpurine et une autre indéterminée; de petits crabiers, le grimnereau rouge et noir, common aux Mariannes ; deux merles et quelques moucherolles , parmi lesquels ae trouvait celui à éventail ; et en espèce nouvelles, le merle et le platyrhinque de Vanikoro. Les insectes y sont rares.
En espèces connues, les colombes océanique, turvert et kouroukourou, la poule sultane à tête noire, le souîmanga rouge et gris, le martîn-chasseur , le nioucheroUe à queue en éventail, le grimpereau rouge et noir, etc.
Poissons, En espèces nouvelles, la girelle de Vanikoro , la girelle trîmaculée, le doule de Vanikoro, le doale bordé, le glyphisidon à ceinture, le pemphéride de Vanikoro, le denté à cauoale bordée, le cœsio taciteté, la diacope à ventrales jaunes , la diacope orangée , le mésaprion à tache caudale, le piméleptère lembo, l'upénéus de Vanikoro , la cœranizue oblongue.
En espèces connues , le dia^raoune
rinctué, l'holocentre lion, Pholocentre tête l^rge, le glyphisidon uniocellë, le glyphisidon du Bengale , le cliorinèmé de l'île de France,le platycépbak ponctué, le scoiopside à tempe nue, k
OCEANIE.
scolopsîde treillissé, l'amphiprion perchot, ramphiprîon à tunique noire, le
f;erres filamenteux , le serran à bandeettes , la diacope axillaife , le chétodon vagaliond , lepsettus de Comnoerson , le tranchoir à moustache épineuse ^ la belle carangue, les carangues gros œil , à six bandes , de Péron , etc.
Mollusques, En espèces nouvelles, le calmar de Vanikoro , le lépioteuthe lunule , rhélice de Vanikoro , Théluine rubanée, le cyclostome cannelé, Tauricule jaune, la pyramidelle ventrue, la mitre de Vanikoro, Fémarpinule de Vanikoro, le strombe de Vanikoro , la cérite rubanée , la cérite renflée , la mélanie érythrostome , la mêlante à côtes, la nérite commune, la stomatelle tachetée , la patelle flexuelle, la patelloîde orbiculaire, Toscabrion oculé, ta piiitadine ovalaire, la modiole rutilante, la came foliacée, la cyrène de Vanikoro , la cvrène oblongue , la mactre soyeuse , la psammobie vitrée , le barillet ventricule , etc.
En espèces connues , l'hélice excluse, la doris tachetée, la doris scabre, les pj'ramidelles plissée et tachetée , la vélutine cannelée, la turbinelle cornigère, le sptérocère lambis, le strombe fleuri, les cônes radis de Banda, damier, vermicujé, tulipe et livide, etc.
Les animaux divers que nous venons d'indiquer, ainsi que de trèsnombreux zoopliytes appartenant aux genres holothurie, siphoncle, astérie, actinie, astrée, fongie, polythoé, madrépore , zbanthe , chausse - trappe , cariophyilie , alcyon , etc. , furent tous peints sur le vivant par M. Qiioy, attaché à Texpédition de M. d'Urville, et souvent anatomisés par lui avec une constance qui résista aux dangers , aux privations et aux maladies. Pour af)précier convenablement cette admirable ténacité de M. Quoy , qui ne peut être comparée qu'à son grand talent d'observation, il faut, dit M. Gaimard, en avoir été témoin comme moi.
La mer fournit assez abondamment des huîtres et beaucoup de poissons lorsqu'on trouve des lieux propres à jeter la seine; car autrement on ne peut s'en procurer que par les natu-
rels. Les récifs donnèrent à M. Quoy assez de choses remarquables pour conserver plus de trente planches.
C'est là que M. Gaimard trouva la houlette y coquille rare et recherchée dans les collections. Elle habite dans les polypiers où elle se creuse un trou. Une cfrconstance indépendante de sa volonté l'empêcha de la rendre aussi commune en Europe qu'elle y est rare.
CARACTÈRE, MOEURS ET COITTUMBS, stc.
Les renseignements qui ont été communiqués sur les moeurs des Vanikoriens proviennent des rapports du capitaine Dillon avec les Tikopiens, ainsi que de ceux qui ont été fournis par Martin Buchart , le Prussien , dont nous avons déjà parlé. Son lon^i; séjour dans cette île l'a mis à portée d'être parfaitement instruit de leurs usages.
C'est un homme intelligent et qui paraît très-digne de foi.
Le capitaine Dillon , désirant vivevient recueillir toutes les particularités possibles sur les Vanikoriens, questionna les Tikopiens avec beaucoup de soin. Voici ce qu'il apprit de leur caractère, de leurs mœurs et de leur coutumes, selon le résumé qu*en a donné M. le docteur Quoy.
Les habitans de Vànilioro sont en général petits , maigres , grêles , de chétive apparence. La hauteur démesurée du front et son rétrécissement à la iiauteur des tempes , donnent à cette race un caractère bizarre et sauvage.
Des morceaux de bois ou des coquilles passées dans la cloison des narines ne relèvent guère des nez naturellement camards (voy./>/. 245 et 246). Agiles , souples et dispos presque tous , on en voit pourtant qui se traînent , attagués de lèpre et d'ulcères. Les hommes âgés ont la tête nue et les cheveux courts.
Les femmes sont relativement plus hideuses encore que les hom.nes. Mais, si hideuses qu'elles soient , les hommes s'en montrent fort jaloux , et s'efforcent de les dérober aux regards des étrangers. - Leurs seins, fatigués de bonne heure , tombent d'une façon peu gracieuse, et, comme si la nature ne
^ prêtait pat assez vite à cette dépression , les VanikorieiiDes ont grand soin de serrer leur gorge avec une ^rte de ceinture un (^u au-dessus du àiaraeTon.
Ces derniers lui assurèrent que leurs Toisins ne sont pas cannibales; seuleiment , lui dirent-ils , quand un enneorii tombe entre leurs mains ; il est tué immédiatement; son corps est déposé dans de Peau de mer, et y^ est conservé jusqu'à ce que les os soient copiplétement défiouillés. Le squelette est alors retiré : on gratte les os que Ton coupe de diverses manières pour former les extrémités aiguës des flèches et des lances.
Les armes des Vanikoriens consistent dans de lourdes massues, des lances, des arcs et des flèches: ces dernières sont empoisonnées avec une gomme rougeâtre, extraite d'une espèce d'arbre particulière aux Iles Vaiiikoro. Dès qu'un homineest blessé à un membre avec une flèche einpoifonnée , on coupe promptement ce membre, et quelquefois on parvient à sauver l'individu; mais lorsque la blessure attaque une partie du corps que l'on ne peut retrancher avec facilité , le blessé se résigne tranquilleinent a la mort sans se plaindre, quoique souvent i) languisse quatre ou cmq jours dans les souffrances les plus horribles.
{.es ba|)itants de Tikopia dirent au capitaine Dillon que, dans les villages des Vanikoriens, il y avait une maison dédiée à la divinit^. Les crânes de toutes les personnes tuées et appartenant ^u bâtiment échoué à Yanou, sont encore conservés dans la pièce principale.
Les Vanikoriens diffèrent de pres-
Suè tous les insulaires de la mer du ^ ud; ils ont, dît M. Quoy, la couleur lîoii^e des Africains î*), avec leurs cheveux courts et laineux , et ils leur ressemblent aussi par les traits de leurs visages.
Les Vanikoriens sont en général pe-
(*) Qu plutôt des Andamènes.
tits , assex grêles ; pç q^\\\9 oçt «ir|94 de remarquable , dît M. Quoy, ç>islÛM apparence de rétrécissement |a|éral 4l Iront, produit par la saillie du coro^ nal très-l)ombé en devant, et par ^ forte arête que décrit là li^ne cou|^ temporitje (*). Leurs cheveux n*avatt* cent point su;* le front, et (es soini qu'ils prennent d^leç relever et delei r^eter en arrière , font que toutes ce| parties sont bien visibles. Les pommettes assez caillantes donnent plus d^ développement latéral à la face que n'en a le crâne. IJn autre caractèrç non moins remarquable encore , estlç peu de saillie des os du nez , ce qui fait paraître cet organe comme écrasé à sa racine : singulière ressemblance avec celui de l'orang-houtan ! Par cela les bosses orbitaires , déjà très-bombées , |e paraissent davantage. Le ucs lui -même est é|)até : ils en augmentent encore l'élargissement par d'assez longs bâtons qu'ils se passent en travers dans la cloison. Quelques-uns s'ea S^rçent les ailes du nez , et y suspenent d'assez longs anneaux* d*écaille de tortue, ^e maxillaire inférieur n*) rien de remarquable. La forn>e àa front fait que l'angle facial n^est pas trop ai^u. L'oreiilè n'aurait non plus rien d'extraordinaire, s'ils n'en per^ foraient et n'en dilataient le lobe de manière à V passer le poing ; et lorsau'un acciaent rompt cet anneau , lis en recommencent un autre dans It lanière la plus considérable. Ce qi:i est particulier, c'est que ces parties, qui sembleraient devoir s'amincir eo raison de leur extension , prennent très-souvent au contraire, par les attouchements et les tiraillements , uiie augmentation de volume ^ni pourraft représenter huit ou dix fois celui du lobe. L'œil est assez grand , ovaiaire et enfoncé : le globe est saillant ** bombé , et ressemblé > pour la forme
(*) Ce rétrécissement existe bien , ajoau le docteur Quoy , inai.^ pas autaat qu'il le paraît au preuiicr coup aœil , ainsi que jt m^eii suis assuré |iar des mesures cxartcs prist>s par ^\. Lessou avec un compas courbe sur une quiuzaiue dUodividus.
OCÉÀNIE.
ft les conleurs', à cefaii des noirs d*A- Irique. Les lèyres sont grosses , le menton petit. Les extrémités ioférieures, grêles dans les uns, sont assez bien nourries chez d'autres. Le mollet, continue le savant docteur, est placé un peu haut, et ie calcanéum chez beaucoup d'individus fait unç saillie assez remarquable; oe que Ton ne voit pas dans la race polynésienne, comparée fiomme h homme. Autre rapport avec le nègre.
Les cheveux des Vanikoriens sont crépus, et quoiqu ' ils ne les coupent pas, ils ne prennent jamais en masse un grand accroissement; il les tiennent enveloppés dans une espèce d'étotfe qui leur pend longuement sur le dos, ce qui d'abord semble donner plus de déyeloppement à leur chevelure. £d grande cérémonie, ils ont d'élégants oracelets noirs et blancs, qu'ils tiennent de l'archipel du Saint-Esprit , ne sachant pas ou plutôt ne voulant pas se donner la peme d'en fabriauer de semblables. Il en est de même ae leurs armes et de plusieurs autres choses.
Cependant ils font des anneaux d'uD
grand trochus, qu'ils se passent aussi ans les bras au nombre de sept ou buit de chaque côté. Ils façonnent en très-gros anneaux l'écaillé cle tortue , et s'en pendent ainsi jus(}u'après d'une demi'livre à chaque oreille; du reste, ils sont nus, à I exception de l'étoffe étroite qui leur cache les parties génitales. L'usage du bétel leur détruit les dents, et rougit désagréablement le oontour de la bouche.
Ces peuples , comme tous ceux qui habitent de semblables latitudes, sont sujets à la lèpre. Cette maladie s'offre le plus souvent sous la forme de l'éléphantiasis. Le vieux chef de Manévai «vdit la figure toute couverte de pustules ulcérées et suppurantes.
Que dire sur |a religion d'un peuple «vec lequel on a de la peine à échanger
3ue!ques idées, si ce n'est celles que éterminent les besoins pliysiques. Us be paraissent point avoir de culte extérieur, et on n'y a point trouvé d'idoles. La chose qu'ils consacrent parait leur tenir lieu de divinité. C'est ainsi qu'un jour le vieux chef mena
M. dUrville à son Atoua, qu^ se trouvait être un trou de fourmis ou de cancres au milieu des bois ; ils font des consécrations à ces dieux; et lorsqu'ils voulaient tirer quelque chose des Français, ils avaient l'adresse de le demander pour leur Atoua.
En évaluant à mjlle âmes la population de Vanikoro, jr^pandue dans dix pu douze viirages,'cest peut-êtrp la forcer un peu. Si Ton en juge pai* le village d'Ocili qui a été abancjonné , elle ne semblerait pas aller en augmentant. Bouzç à quinze cases contiennent une peuplade. Elles sont carrées ou ovales , et faites de larges feuilles de yakois ; le feu est au milieu, et la fdpVée sort par la porte qui est l'unique ouverture. Qn y voit çJçs individus métis, provenant de la race polynésienne. Ce croisement semble les rendre plus robustes et surtout plus Intelligents. .